Pierre Laurent de Belloy

auteur dramatique français

Pierre-Laurent Buirette, dit Dormont de Belloy ou Dormont du Belloy, né le à Saint-Flour et mort le à Paris, est un comédien et dramaturge français.

Pierre Laurent Buirette de Belloy
Portrait anonyme pour l’Académie française.
Fonction
Fauteuil 34 de l'Académie française
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Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 47 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Surnom
Citoyen de CalaisVoir et modifier les données sur Wikidata
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Activités
Autres informations
Membre de

Connu surtout pour sa tragédie patriotique du Siège de Calais, qui a remporté un énorme succès en 1765, il a également mis en scène d’autres personnages historiques français dans Gaston et Bayard et Du Guesclin.

Biographie

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Issu d’une famille originaire du Soissonnois anoblie en 1643[1], Pierre-Laurent Buirette était le fils de Jean Laurent, receveur général des tabacs de Saint-Flour et d'Antoinette Beaufils, dont le père était avocat du roi de la même ville. Âgé d'environ cinq ans, il suit son père, appelé pour quelques affaires, dans la capitale, où il meurt. Confié à la tutelle de l’un de ses oncles, Philippe-Henri Buirette, célèbre avocat au Parlement[1], qui le destinait au barreau, l’enfant ne devait jamais revoir sa mère.

Placé par son oncle au collège Mazarin, il se distingue dans ses études, de manière à faire pressentir ses talents futurs. Regardant la carrière du barreau, où lui-même s’était illustré, comme la première de toutes, son oncle le destine, sans son aveu, au barreau. Le pupille obéit aux volontés de son tuteur, en se consacrant, en secret, à la lecture des lettres, qu’il aimait déjà au-dessus de tout. En 1743, il fait la connaissance d’Gabriel-Henri Gaillard, dont il sera l’ami intime, jusqu’à sa mort[1]. le jeune homme voulait être comédien ce que l'oncle, probablement janséniste, a si mal pris qu'il a fait émettre une lettre de cachet contre son neveu, qui a alors résolu de quitter la France. Ayant intégré, d’abord sous le nom de Dormont, et ensuite sous celui de De Belloy[1], une troupe de comédiens avec laquelle il part en tournée dans les cours d’Europe du Nord, il écrivit aux siens pour leur demander du mettre « au rang des morts », déclarant renoncer à sa part d'héritage et changer de nom pour prendre celui de « Dormont de Belloy ».

Il fait carrière comme acteur en Russie et se fait apprécier par l'impératrice Élisabeth. Sa première pièce, Le Triomphe de l'amitié (1757), imitée de Métastase, a été créée à Saint-Pétersbourg. De retour à Paris, après la mort de son oncle, il donne sa première tragédie, Titus, version remaniée du Triomphe de l'amitié, représentée à la Comédie-Française, le , et qui tombe dès la première représentation, ce qui a fait dire à un plaisant :

Titus perdit un jour ; un jour perdit Titus.

En revanche, il connait un certain succès avec Zelmire (1762), tragédie également imitée de Métastase, dans laquelle Mlle Clairon a donné toute la mesure de son talent. Cette pièce, et surtout le Siège de Calais (1765), l’ont placé au rangs ses meilleurs auteurs de tragédies.

Sa première pièce patriotique, le Siège de Calais, deux ans après la fin de la Guerre de Sept Ans, triompha en 1765, après un début hésitant et en dépit des réserves de Diderot et de Voltaire, qui firent valoir que cette tragédie n'ajoutait rien à la gloire de la France. La pièce fut jouée à la Comédie-Française le avec un succès extraordinaire. « On est réputé mauvais patriote pour oser élever la voix », observait Bachaumont dans ses Mémoires secrets.

Louis XV ayant demandé à voir la pièce, celle-ci a été représentée à la Cour, le . Peu avant, le , une représentation gratuite a été donnée pour le peuple à la Comédie-Française, avec un très grand succès, conforté par le « ballet patriotique » ajouté à la fin du spectacle et les pièces d'or et les rafraîchissements distribués à la foule par les acteurs et les actrices. En province, dans les villes de garnison, des représentations spéciales furent données pour la troupe. Calais fit l'auteur citoyen d'honneur tandis que le Journal des Savants signalait que le gouverneur de Saint-Domingue avait fait imprimer la pièce pour la distribuer gratuitement. Seul le duc d'Ayen, avec son esprit habituel, osa dire au Roi : « Je voudrais que le style de la pièce fût aussi bon français que moi. » La pièce célèbre « cet amour tendre... qui dans le souverain adore la patrie[2] ».

Dormont de Belloy, alors surnommé « le poète national », donna encore trois nouvelles tragédies, sans toutefois renouer avec le succès de Zelmire et du Siège de Calais. Il a néanmoins dû encore de grands succès à Gaston et Bayard (1771), qui lui a valu d’être élu à l'Académie française, Pierre le Cruel (1772), Gabrielle de Vergy (1777). Il a été, pour son temps, un novateur, puisant ses meilleures inspirations dans les annales de la France. Membre de l’Académie française en 1771[3]. Il a fini ses jours dans une situation proche de la misère, à l'âge de 47 ans.

Postérité critique

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La principale pièce de Dormont de Belloy reste Le Siège de Calais. Dans la préface de cette tragédie, il se flatta d'avoir créé le genre de la tragédie nationale. Si ceci n'est pas exact – l'auteur signale d'ailleurs les essais de Voltaire dans ce domaine – il y apporta du moins le souci de l'exactitude historique et les intentions patriotiques, la pièce ayant pour but affiché de soutenir le moral de la nation après la défaite de la Guerre de Sept Ans. Aussi affiche-t-elle bruyamment des sentiments volontiers cocardiers, dont témoigne le vers passé en maxime :

Plus je vis d'étrangers, plus j'aimai ma patrie.

— Acte II, scène 3

Il exalte la monarchie, voyant dans l'alliance entre le souverain et son peuple la clé de la force d'une nation ; il fait tout particulièrement l'éloge de la loi salique qui, selon lui, doit empêcher que la France puisse jamais tomber sous la domination d'un prince étranger.

Par ailleurs, il attaque vivement les Philosophes, coupables selon lui d'être de mauvais Français :

Je hais ces cœurs glacés et morts pour leur pays,
Qui, voyant ses malheurs dans une paix profonde,
S'honorent du grand nom de citoyens du monde.

— Acte IV, scène 2

Le parti philosophique ressentit durement ces attaques mais, dans l'enthousiasme général, il lui fut difficile de répliquer sur le moment. Il le fit donc à retardement. Dans le Salon de 1767, Diderot attaqua brutalement de Belloy à propos d'un médaillon gravé intitulé L'Apothéose de M. de Belloy : « Une apothéose ? et pourquoi ? Pour une mauvaise tragédie, sur un des plus beaux sujets et des plus féconds, d'un style boursouflé et barbare, morte à n'en jamais revenir. » Voltaire, qui avait commencé par approuver la pièce, la critiqua dans son Essai sur les mœurs (chapitre LXXV) : « L'idée de réparer les désastres de la France par la grandeur d'âme de six habitants de Calais, et de mettre au théâtre d'assez mauvaises raisons en assez mauvais vers en faveur de la Loi salique, est d'un énorme ridicule. »

Cette hostilité permet d'expliquer que l'énorme triomphe du Siège de Calais ne se soutint pas durablement. Pourtant, la pièce n'était pas mal accordée à l'esprit du temps. Le roi qu'elle exalte est un roi en union avec son peuple, par-dessus la tête de l'aristocratie, un peu à l'image de celui de La Partie de chasse de Henri IV de Charles Collé, dont la première rédaction date de 1762. Une partie de la noblesse ne s'y trompa point, qui s'indigna de la pièce. Selon Collé, de grands seigneurs amateurs de théâtre, à l'instar du duc d'Ayen, étaient « révoltés de ce que les héros de cette tragédie n'étaient que de plats bourgeois » et trouvaient « insolent que les vilains fussent des héros, et que le seul traître de la pièce fut un seigneur de la plus grande maison ».

Ainsi que le note Jacques Truchet : « La signification historique du Siège de Calais et l'intense politisation dont fut entourée sa création rendent presque inutile de se poser la question de sa valeur littéraire. Celle-ci reste en vérité très faible : énormes invraisemblances, discours interminables et froids en dépit d'une recherche outrancière de pathétique... [...] Au reste, dans sa médiocrité même, elle présente un caractère exemplaire en tant que chef-d'œuvre de néo-classicisme » (Théâtre du XVIIIe siècle, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1974, tome II, p. 1439).

Gravure d’Augustin de Saint-Aubin.

Théâtre

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  • Le Triomphe de l'amitié, tragédie nouvelle en cinq actes et en vers, jouée à Saint-Pétersbourg (première version de Titus).
  • Titus, tragédie en 5 actes et en vers, Paris, Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain, 28 février 1759.
  • Zelmire, tragédie en cinq actes et en vers, Paris, Théâtre Français, 6 mai 1762 (lire en ligne sur Gallica).
  • Le Siège de Calais, tragédie en cinq actes et en vers, Paris, Théâtre Français, 13 février 1765 (lire en ligne sur Gallica).
  • Gaston et Bayard, tragédie en cinq actes et en vers, Paris, Théâtre Français, 24 avril 1771 (lire en ligne sur Gallica).
  • Pierre le Cruel, tragédie en cinq actes et en vers, Paris, Théâtre Français, 20 mai 1772.
  • Gabrielle de Vergy, tragédie en cinq actes et en vers, Paris, Théâtre Français, 12 juillet 1777, Vve Duchesne, , viii-112 p., in-8º (lire en ligne sur Gallica).
  • Mémoires historiques : I. Sur la maison de Coucy, encore existante ; II. Sur la véritable aventure de la dame de Fayel ; III. Sur Eustache de Saint-Pierre, 1770.
  • Poésies fugitives.
  • Observations sur la poésie française.
  • Œuvres complètes, Paris, 1779, 6 vol. in-8º.
  • Œuvres choisies, Paris, 1811, 2 vol. in-8º.

Iconographie

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Références

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  1. 1 2 3 4 Gabriel-Henri Gaillard, « Vie de de Belloy », dans Chefs-d'œuvre de de Belloy et de Lefranc de Pompignan, édition ornée de la vie et des portraits des auteurs ; du catalogue de leurs pièces, avec une analyse de celles qu'on n'a point cru devoir admettre dans les chefs-d'oeuvre ; des jugements que les savans en ont portés, et des anecdotes les plus piquantes auxquelles chaque pièce, l'auteur et les acteurs ont pu donner lieu, Paris, Billois, , 2 vol. : illustr. ; 14 cm (OCLC 559112373, lire en ligne), p. 7.
  2. ↑ Bernard Hours, « Contre-révolution avant 1789 », Dictionnaire de la Contre-Révolution, sous la direction de Jean-Clément Martin, Paris Perrin, 2011, p. 198.
  3. ↑ Pierre Larousse, « belloy (Pierre-Laurent buirette, dit Dormont de) », dans Paul Augé, Larousse du XXe siècle en six volumes, t. 1, , 1040 p., 6 vol. : ill., pl., cartes ; in-4º (lire en ligne sur Gallica), p. 641.
  4. ↑ Lombardia Beniculturali, Louis-Simon Lempereur dans les collections

Bibliographie

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  • Léon Bélard, « Pierre-Laurent Buirette de Belloy, poète dramatique », Revue de la Haute-Auvergne,‎ (ISSN 1141-1325).
  • (it) Carminella Biondi, « Le Siège de Calais di Dormont de Belloy : ragioni di un successo », Intorno a Montesquieu, saggi a cura di C. Rosso, Pise, 1970
  • Anne Boës, La Lanterne magique de l'histoire : essai sur le théâtre historique en France de 1750 à 1789, Oxford, SVEC, 1982.
  • Clarence Dietz Brenner, L'Histoire nationale dans la tragédie française du XVIIIe siècle, Berkeley, University of California Press, , vii, 196-329 p., in-8º (OCLC 878046954, lire en ligne).
  • Roland Krebs, « Tragédie nationale et patriotisme. Le Siège de Calais de Belloy vu par les écrivains allemands », Germanistik aus interkultureller Perspektive, 1989, p. 61-75.
  • Margaret-M. Moffat, « Le Siège de Calais et l'opinion publique en 1765 », Revue d’histoire littéraire de la France,‎ , p. 339-354 (ISSN 2105-2689, lire en ligne).
  • Jacques Truchet, « Notice du Siège de Calais », Théâtre du XVIIIe siècle, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1974, tome II, p. 1435-1439
  • (de) Erich Zimmermann, Pierre-Laurent Buirette de Belloy : sein Leben und seine Tragödien, Leipzig, Grimme & Trömel, , 201 p., in-8º (OCLC 459242080).

Liens externes

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