Pierre Villon
Pierre Villon, pseudonyme de Roger Salomon Ginsburger, né le à Soultz (District de Haute-Alsace)[1], en Alsace annexée à l'Allemagne, et mort le à Vallauris (Alpes-Maritimes), est un architecte, résistant communiste et homme politique français.
Il est le principal rédacteur du programme du Conseil national de la Résistance (CNR).
Biographie
modifierOrigines et formation
modifierRoger Ginsburger est le fils de Coralie Hecker, et du rabbin et historien du judaïsme Moïse Ginsburger[2],[3],[4]. Il fait ses études en allemand aux lycées de Guebwiller, puis de Colmar[3],[5].
Après son service militaire, il s’établit comme architecte et décorateur à Paris, et s’inspire des conceptions modernistes de Le Corbusier et du Bauhaus[3] en raison de sa formation suivie en Allemagne de 1919 à 1922.
Engagement politique
modifierIl adhère à l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR) en et devient rapidement secrétaire de sa section architecture[5]. En , il adhère au Parti communiste français[2],[3].
En 1934, il est envoyé comme permanent à Anvers à l'Internationale des marins et dockers. À partir de , il travaille au secrétariat administratif du PCF[3]. De 1936 à 1938, Il devient le collaborateur de Jacques Duclos à la section de propagande du comité central[3],[6]. Pierre Villon est également chargé d'organiser les comités populaires, qui « seront l'une des premières formes de la résistance organisée »[6]. Il est ensuite nommé directeur des Éditions sociales internationales dès l'automne 1938[3],[7].
Résistance
modifierAprès l'interdiction de la presse communiste et du Parti communiste en 1939 sous l'impulsion du gouvernement Daladier V, il quitte son domicile et entre en clandestinité pour assurer la rédaction et la publication de L'Humanité clandestine jusqu'en [3]. Resté à Paris pourtant occupé par l’armée allemande, il prend la direction d’une autre publication clandestine, Les Cahiers du Bolchévisme[3]. Il est arrêté par la police française le [7] et condamné à huit mois de prison. Maintenu en détention administrative alors qu'il a purgé sa peine[3], il s'évade le [7] en compagnie de René Guégan — qui sera fusillé en août 1942 au Mont-Valérien —[8] du camp d'internement de Gaillon où il a été transféré le de la maison d'arrêt de Rambouillet[9].
Caché à Paris, il succède à Georges Politzer qui a été arrêté le et fusillé, à la tête des comités d’intellectuels du Front national zone Nord, puis secrétaire général du Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France, mouvement de résistance créé par le PCF, qui tente alors d’encadrer l’ensemble de la Résistance intérieure[3]. À ce titre, il siège au Conseil national de la Résistance (CNR) dès sa première réunion, le 27 mai 1943[7], et participe activement à sa création[5]. Précédemment, il siège au Comité de coordination des mouvements de résistance de la zone nord[3].
Dès [7], avec Maurice Kriegel-Valrimont et Jean de Vogüé, Pierre Villon — de son nom de guerre — est l'un des trois dirigeants du Comité d'action militaire (COMIDAC, puis COMAC) créé par le CNR, qui supervise l'état-major national des Forces françaises de l'intérieur (FFI)[3],[7]. Il prend ainsi part aux discussions sur l'insurrection parisienne, puis sur l'intégration des FFI dans l'Armée nouvelle[7].
Vice-président du CNR[10],[11] et membre du bureau permanent, il est le principal rédacteur du programme du CNR adopté le [7],[12], tandis que Georges Bidault et Pascal Copeau revoient et corrigent le texte[12].
Le , dans Paris libéré, il est reçu par le général de Gaulle[3], président du gouvernement provisoire de la République française, qui lui propose le ministère de la Guerre[2]. Il refuse pour présider la commission de Défense nationale de l'Assemblée consultative[2]. À partir du , il fait partie du Comité central du PCF et siège officieusement à son bureau politique[3].
En , il est écarté de la direction du Front national au profit de Laurent Casanova[13],[14] à la suite de l’échec de la fusion avec le Mouvement de libération nationale (MLN), ce qui interrompt son ascension dans la hiérarchie du parti[3]. Ainsi, il ne siège plus non plus au bureau politique du PCF, mais reste au comité central jusqu’en 1970[3].
En 1950, il témoigne contre les accusés du procès de la Gestapo de Vichy et de celle de Montluçon[15].
Dix ans plus tard, il se réunit avec plus de deux mille résistants du Massif central contre le projet visant à transformer les appartements occupés à Vichy par le maréchal Pétain de 1940 à 1944 en « musée Pétain »[16].
Député
modifierMembre de l'Assemblée consultative provisoire à Paris dès le [17], il préside la commission de la Défense nationale jusqu'en . Il siège également à la commission de l’Alsace et de la Lorraine et à celle du Règlement[3].
Il devient député communiste de l'Allier aux deux Assemblées nationales constituantes, puis à l'Assemblée nationale dès 1946. Il dépose cette même année une proposition de loi « fixant le statut et le droit des combattants volontaires de la Résistance »[3]. Continuellement membre de la commission de la Défense nationale de 1945 à 1958[3], il la préside de 1945 à 1946[18],[19], avant d'en être le vice-président de 1946 à 1947[3]. Durant ses mandats, il appartient également à la commission du Règlement, et à la commission du Suffrage universel et des Pétitions[3].
En 1958, il s'oppose au référendum constitutionnel de 1958[20].
Il fait partie des cent anciens résistants qui appellent « à se retrouver et à agir au grand jour » contre « les factieux de l'OAS et leurs complices »[21].
Il est constamment réélu jusqu'en 1978, sauf pendant la législature 1962-1967 au cours de laquelle son siège est occupé par le socialiste Charles Magne. Il annonce en ne pas se représenter au Palais Bourbon pour le scrutin de mars 1978[22],[23]. Le communiste André Lajoinie prend sa succession[24].
Autres engagements
modifierPierre Villon est élu secrétaire général de l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance (ANACR) à sa création en , puis succède à Charles Tillon comme président de 1954 à 1964[2],[3],[7].
Il a été également un membre actif du Mouvement de la paix, et vice-président de la Fédération internationale des résistants (FIR)[3],[7].
Il est brièvement vice-président de la Ligue contre la force de frappe en , avant de démissionner de ses fonctions[25].
Vie privée
modifierIl épouse en 1929 la musicienne Doris Niedermann, qui décède en 1939[3]. Il se marie ensuite avec Marie-Claude Vaillant-Couturier le à Gentilly[3]. Elle adopte le fils qu'il a eu de sa précédente union.
Âgé de 79 ans, Pierre Villon s'éteint le à Vallauris dans les Alpes-Maritimes[6],[a].
Synthèse des résultats électoraux
modifierÉlections législatives
modifierGPRF et IVe République
modifierVe République
modifier| Année | Parti | Circonscription | 1er tour | 2d tour | Issue | |||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Voix | % | Rang | Voix | % | Rang | |||||
| 1958 | PCF | 3e de l'Allier | 15 163 | 35,31 | 1er | 17 267 | 37,98 | 1er | Élu | |
| 1962 | 14 879 | 38,93 | 1er | 18 176 | 44,09 | 2e | Battu | |||
| 1967 | 16 677 | 38,26 | 1er | 23 950 | 55,10 | 1er | Élu | |||
| 1968 | 16 672 | 37,78 | 1er | 21 842 | 50,42 | 1er | Élu | |||
| 1973 | 15 988 | 37,02 | 1er | 23 109 | 53,43 | 1er | Élu | |||
Distinctions
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Chevalier de la Légion d'honneur (décoré en 1946 par le général Paul Legentilhomme aux Invalides)[10].
Croix de guerre -[3].
Médaille de la Résistance française avec rosette[3].
Médaille des évadés[3].
Hommage
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Par délibération du Conseil de Paris en 2019, son nom est adjoint à la dénomination de la place en l'honneur de son épouse Marie-Claude Vaillant-Couturier inaugurée dix ans auparavant et située dans le 4e arrondissement de Paris afin d'être renommée Place Marie-Claude-Vaillant-Couturier-et-Pierre-Villon[26].
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Fichier des décès de l'INSEE, ne pas tenir compte de la notice du Maitron qui indique à tort 1981.
Références
modifier- ↑ « Acte de naissance n°106 avec mention de mariages et décès », Archives départementales du Haut-Rhin (consulté le ), p. 669/773
- 1 2 3 4 5 « Pierre Villon », sur Musée de la résistance en ligne (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 « Biographie de Pierre Villon-Ginsburger », sur www2.assemblee-nationale.fr (consulté le ).
- ↑ Charles Reich, « Pierre Villon (Roger Ginsburger) 1901-1980 », sur judaïsme-alsalor.fr.
- 1 2 3 Claude Willard, « Notice VILLON Pierre (GINSBURGER Roger, Salomon, dit) », sur maitron.fr.
- 1 2 3 « Pierre Villon est mort », Le Monde, (lire en ligne
). - 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Musée de la Résistance nationale – Champigny-sur-Marne, « Fonds Pierre VILLON » [PDF], sur francearchives.gouv.fr (consulté le ).
- ↑ Jean-Pierre Besse, Annie Pennetier, « GUÉGAN René », sur Le Maitron, (consulté le ).
- ↑ Pierre Boissonnat, « En 1942, l'incroyable évasion de Pierre Villon, résistant emprisonné au château de Gaillon », actu.fr, (lire en ligne).
- 1 2 « Prise d'armes aux Invalides », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne
, consulté le ). - ↑ Fabien Conord, « Tensions entre socialisme et communisme en Bourbonnais (1945-2002) », dans Les « petites Russies » des campagnes françaises, Études rurales, (lire en ligne).
- 1 2 « Témoignage de Georges Bidault sur le CNR », sur Musée de la résistance en ligne (consulté le ).
- ↑ Daniel Virieux, « De la Résistance à la “Renaissance”. Le cas du Front national (septembre 1944-décembre 1945) », dans Associations et champ politique, Éditions de la Sorbonne, (DOI https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.60724
), p. 339-358. - ↑ Daniel Virieux, « Le Front national et la recomposition des droites à la Libération », dans La recomposition des droites, Presses universitaires de Rennes, (DOI https://doi.org/10.4000/books.pur.16294
). - ↑ « VIFS INCIDENTS AU PROCÈS DE LA GESTAPO DE VICHY au cours de l'audition des députés communistes MM. VILLON ET VÉDRINES », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne
, consulté le ). - ↑ « Contre le projet de création d'un " musée Pétain " à Vichy », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne
, consulté le ). - ↑ Journal officiel de la République française, « Débats de l'Assemblée consultative provisoire : compte rendu in-extenso de la séance du 7 novembre 1944 », Gallica, (lire en ligne sur Gallica, consulté le ).
- ↑ « Feuilleton n°11 du 2 décembre 1945 », sur Gallica, (consulté le ).
- ↑ « A L'ASSEMBLÉE CONSULTATIVE », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne
, consulté le ). - ↑ « POUR LE " NON " », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne
, consulté le ). - ↑ « Cent anciens résistants appellent à " agir au grand jour contre les factieux de l'O.A.S." », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne
, consulté le ). - ↑ « M. Pierre Villon (P.C.F.) ne se représente pas », Le Monde, (lire en ligne
). - ↑ « Quinze des soixante-treize députés communistes sortants ne sollicitent pas le renouvellement de leur mandat », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne
, consulté le ). - ↑ Michel Noblecourt, « La mort d’André Lajoinie, ancien député et figure du communisme rural », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne
, consulté le ). - ↑ « M. Pierre Villon donne sa démission du bureau de la Ligue contre la force de frappe », Le Monde, (lire en ligne
). - ↑ « 2019 DU 133 Dénomination place Marie-Claude Vaillant-Couturier et Pierre Villon (4e) » [PDF], sur Ville de Paris (consulté le ).
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Léon Strauss, « Pierre Villon (pseud. Ginsburger Roger Salomon, Colbert, Pacaud) », in Nouveau Dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 38, p. 4007
Article connexe
modifierLiens externes
modifier- Archives conservées par : Institut français d'architecture (070 Ifa, GINRO, FRAPN02_GINRO)
- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Ressources relatives à la vie publique :
- « Biographie sur le site Le judaïsme d'Alsace et de Lorraine par Charles Reich »