Pierre de Larivey
Pierre de Larivey, né le à Troyes où il meurt le , est un écrivain, traducteur de l'italien et dramaturge français du XVIe siècle.
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Biographie
modifierLes indications du Troyen Pierre-Jean Grosley, selon lesquelles Pietro Giunti, dit Larivey, appartiendrait à la famille des imprimeurs Giunti, sont sujettes à caution. Fort peu de choses sont connues au sujet de ce Champenois. À Paris, où il fait son droit, il est en relation avec le milieu des avocats et du Parlement, et fréquente certains cercles : il est ainsi reçu chez le juriste Gilles Bourdin (il écrira deux sonnets à sa mémoire dans son Tumulus) et participe au salon du mécène Jean de Voyer, vicomte de Paulmy.
Pierre de Larivey se livre d'abord à des activités de traduction. Il traduit ainsi les Facétieuses Nuits de Straparole, la Philosophie fabuleuse (1577), la Philosophie d'Alexandre Piccolomini (1581). Mais Larivey est surtout un dramaturge. Ses comédies, versions libres de pièces italiennes, lui ont valu d'être considéré comme le créateur du genre en France. Il est l'ami d'un autre dramaturge italianisant, Guillaume-Gabriel Le Breton et de François d'Amboise, rencontrés chez Gilles Bourdin. Il est aussi l'ami de l'imprimeur et éditeur Gilles Corrozet. En 1572, il se rend avec François d'Amboise en Pologne, dans le cadre d'une mission diplomatique ; il y retourne l'année suivante pour le couronnement de Henri III. En 1585, à Paris, il reçoit le bénéfice de la chapelle Saint-Léonard. Puis il retourne en Champagne, à Troyes où il devient chanoine de la collégiale Saint-Étienne. Il poursuit ses activités de traducteur en publiant en 1595 les Les Divers discours ... sur plusieurs exemples et accidens de Lorenzo Capelloni.
Larivey a influencé Molière et Regnard. Le monologue de Séverin dans Les Esprits inspirera directement le soliloque d'Harpagon pleurant sur sa cassette.
En 1579, il publie à Paris, chez Abel L'Angelier, le recueil Les Six premières comédies facétieuses, dont l'action se passe à Paris :
- Le Laquais, d’après Il Ragazzo de Ludovico Dolce : Larivey y introduit le personnage du pédant.
- La Veuve, d’après La Vedova de Niccolò Buonaparte : on y trouve le type de l'entremetteuse bigote.
- Les Esprits, d’après L'Aridosia de Lorenzino de Médicis.
- Le Morfondu, d’après La Gelosia d'Anton Francesco Grazzini dit "Lasca" : le valet y conduit l'intrigue.
- Les Jaloux, d’après I Gelosi de Vincenzo Gabbiani.
- Les Escholiers, d’après La Cecca de Girolamo Razzi[1].
En 1611, à Troyes, chez Pierre Chevillot, il publie les Trois nouvelles comédies. Leur tonalité est différente des premières : il ne s'agit plus de vaincre des obstacles pour trouver l'amour, les personnages sont déjà mariés ; l'unité d'action y est davantage respectée et Larivey retouche moins ses modèles. L'action se passe à Troyes.
- La Constance, d'après La Costanza Girolamo Razzi, pièce proche de la comédie larmoyante.
- Le Fidèle, d'après Il Fedele de Luigi Pasqualigo, d'inspiration misogyne.
- Les Tromperies, d'après Gl'Inganni de Nicolὸ Secchi, d'un comique farcesque[2].
Selon l'auteur, ces trois dernières comédies auraient été retrouvées tardivement par lui : « me print envie d'agencer un peu de livres que j'ay en mon estude [...] je trouvay de fortune entre quelques brouillards et manuscripts six [...] comédies toutes chargées de poussières [...]. J'ay tasché de les r'habiller [...] à la façon de ce pays » (Epistre à messire François d'Amboise).
Larivey fait le choix de la prose. La critique s'accorde à reconnaître en lui le créateur d'une vraie langue comique : même s'il suit parfois de près son modèle, il parvient à donner l'impression de la langue parlée ; c'est une langue colorée volontiers grivoise. Les pièces de Larivey sont des comédies d'intrigue.
Dans l'Epître de 1579, il énumère rapidement le nom de ses modèles italiens.
Jugements
modifier- Sainte-Beuve, Tableau historique et critique de la Poésie française et du Théâtre français, 1828 :
- « Larivey mérite, après l'auteur de 'Patelin', d'être regardé comme le plus comique et le plus facétieux de notre vieux théâtre. [...] Dans ces seuls mots ['Les Esprits'] : 'Il sera plus riche que moi! - O Dieu, ce sont tous les mêmes!' il y a un accent d'avarice, une naïveté de passion, une science de la nature humaine, qui suffiraient pour déceler en Larivey un auteur comique d'un ordre éminent »
- Frédéric Godefroy, Histoire de la littérature française depuis le XVIe siècle jusqu'à nos jours. I. Prosateurs et Poètes (lire en ligne sur Gallica)
- « Larivey ne composait pas et ne traduisait pas: il arrangeait. Il prenait le plan d'une pièce, et le modifiait à sa fantaisie; il changeait le lieu de la scène, souvent le nom des personnages, les événements, de manière à rendre les pièces intéressantes pour le public français. Parfois il supprimait des scènes et des rôles, surtout des rôles de femmes : il ajoutait rarement. Quant au dialogue, il le traduisait presque toujours fidèlement, en ayant soin cependant de le franciser autant que possible, tirant grand parti pour cela des locutions proverbiales et populaires ».
- Gustave Lanson, Histoire de la littérature française, 1920
- « On a de lui neuf comédies, toutes prises aux Italiens. Ses prologues mêmes ne sont pas originaux: de là vient qu'il signale les œuvres anciennes auxquelles chaque pièce doit quelque chose, et fait le silence sur les œuvres italiennes dont toutes ses pièces sont traduites. [...] Ainsi, dans sa comédie des Esprits, Larivey n'a vu Plaute qu'à travers Lorenzino de' Medici, et la fusion de l'Aululaire et de la Mostellaria s'est offerte à lui toute faite dans l'Aridosio du prince florentin. » [lire en ligne]. »
- Eugène Lintilhac, Histoire générale du théâtre en France, tome II : La Comédie, Moyen Âge et Renaissance, 1905
- « l'art de traduire le texte, même en le suivant mot à mot, est si personnel qu'il écarte l'idée d'en chercher le modèle » [lire en ligne]. »
Œuvres
modifier- Théâtre
- Les Six premières comédies facécieuses de Pierre de Larivey, champenois. À l'imitation des anciens Grecs, Latins & modernes Italiens. À sçavoir : Le laquais. La vefve. Les esprits. Le morfondu. Les jaloux. Les escolliers, Paris, Abel L'Angelier, 1579 (Lire sur Gallica)
- 5 réimpressions jusqu'en 1611, dont :
- Les Comédies facécieuses de Pierre de Larivey Champenois. À l'imitation des anciens Grecs, Latins, et modernes Italiens. À savoir : Le laquais. La veuve. Les esprits. Le morfondu. Les jaloux. Les escolliers, Rouen, Raphaël du Petit Val, 1600 (Lire sur Gallica).
- 5 réimpressions jusqu'en 1611, dont :
- Trois comédies des six dernieres de Pierre de Larivey Champenois. A l'imitation des ançiens Grecs Latins & Modernes Italiens. A scavoir La Constance. Le Fidèle. Et les Tromperies, Troyes, Pierre Chevillot, 1611.
- Traductions
- Le second et dernier livre des facecieuses nuicts du Seigneur Jehan François Straparole : contenant plusieurs belles fables, & plaisans énigmes, racontées par dix damoiselles, & quelques gentilshomme, Paris, Abel L'Angelier, 1576, [4]-345 f.
- Les trois livres de l'Humanité de Jésus-Christ,... Traduits d'italien en françois, par P. Delarivey, Troyes, P. Chevillot, 1604
Mises en scènes modernes
modifier- 1953 : Les Esprits, adaptation et mise en scène d'Albert Camus, avec Maria Casarès, Paul Œttly, Festival d'Art dramatique d'Angers[3].
- 1963 : Les Esprits, adaptation d'Albert Camus, mise en scène d'Ariane Mnouchkine, spectacle de l'Association théâtrale des étudiants de Paris (ATEP), avec Philippe Léotard et Christian Worth, Festival mondial du théâtre universitaire, Nancy[4].
- 1989 : Le Fidèle, mise en scène de Jean-Marie Villégier, Théâtre national de Chaillot, Salle Gémier, Paris[5].
Éditions modernes
modifier- Les Esprits, édition, introduction et notes par Michael J. Freeman (en), Exeter, University of Exeter, coll. « Textes littéraires » no 30, 1978, XXXVIII-151 p. (ISBN 0-85989-024-4)[6].
- Les Esprits, édition de Michael J. Freeman (en), Genève, Droz, coll. « Textes littéraires français » no 345, 1987, XIV-196 p.
- Le laquais : comédie (édition critique avec introduction et notes par Madeleine Lazard et Luigia Zilli), Paris, Nizet, coll. « Société des textes français modernes », , 215 p. (ISBN 2-86503-184-5)[7].
- Les Trois livres de l'humanité de Jesus Christ de Pierre L'Arétin, traduits d'italien en françois par Pierre de Larivey, édition critique par Bruna Conconi, Paris, Éditions Honoré Champion, coll. « Textes de la Renaissance » (no 146), 009, 522 p. (ISBN 978-2-7453-1834-3)[8].
- Théâtre complet. Tome I. Les six premières Comédies facecieuses (Le Laquais, La Veuve, Les Esprits), édition par Luigia Zilli, Paris, Garnier, 2011.
Notes et références
modifier- ↑ Jean Balsamo, Vito Castiglione Minischetti, Giovanni Dotoli, Les traductions de l'italien en français au XVIe siècle, Schena, 2009, p. 268.
- ↑ John MacGillivray, Life and works of Pierre Larivey, Leipzig, Frankenstein and Wagner, 1889, p. 32 (Lire en ligne).
- ↑ Claude Sarraute, « Calderon, Pierre de Larivey, Joachim du Belley et Racine au IIe Festival d'art dramatique d'Angers », Le Monde, (lire en ligne).
- ↑ « Les Esprits - 1963 », sur Les Archives du spectacle.
- ↑ « Une pièce inconnue de Larivey à Gémier. Villégier tenté par les monstres », Le Monde, (lire en ligne).
- ↑ Bodo L. O. Richter, « Pierre de Larivey, Les Esprits [compte-rendu] », Bulletin de l'Association d'étude sur l'humanisme, la Réforme et la Renaissance, no 9, , p. 80 (lire en ligne
). - ↑ Gabriel-André Pérouse, « Pierre de Larivey, Le Laquais [compte-rendu] », Réforme, Humanisme, Renaissance, no 25, , p. 93 (lire en ligne
). - ↑ Bruno Méniel, « Pietro Aretino, Les trois livres de l’humanité de Jésus-Christ traduits par Pierre de Larivey, éd. Bruna Conconi », Cahiers de recherches médiévales et humanistes, 2010 (Lire en ligne).
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Yvonne Bellenger (dir.), Pierre de Larivey, Champenois, chanoine, traducteur, auteur de comédies et astrologue (1541-1619) (actes des sixièmes Journées rémoises et troyenne, 25-27 janvier 1991, Centre de recherche sur la littérature du Moyen âge et de la Renaissance de l'Université de Reims), Paris, Klincksieck, coll. « Actes et colloques » (no 36), , 126 p. (ISBN 2-252-02923-4).
- Michael J. Freeman, « Gilles Corrozet et les débuts littéraires de Pierre de Larivey », Bibliothèque d'Humanisme et Renaissance, vol. 48, no 2, , p. 431-438 (lire en ligne
). - Olivier Hatzfeld, « Larivey Pierre de », dans Michel Corvin (dir.), Dictionnaire encyclopédique du théâtre à travers le monde, Paris, Bordas, (ISBN 9782047312957), p. 807-809.
- Jean-Jacques Kihm, Pierre de Larivey : un précurseur de Molière en Champagne (textes de dix conférences diffusées à partir du 19 février 1963 au cours d'émissions radiophoniques), Mortemart, Rougerie, , 149 p. (ISBN 978-2-85668-151-0).
- Céline Lombi, La lecture du comique chez le Champenois Pierre de Larivey et les auteurs français de la fin du XVIe siècle : le renouveau de la comédie et ses modèles italiens, thèse de doctorat, Université de Reims, 2017 [lire en ligne].
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Ressource relative au spectacle :
- Ressource relative aux beaux-arts :