Plaisance (Guyana)
Plaisance est un village du Guyana, situé sur la côte orientale du Demerara, dans la région de Demerara-Mahaica. Il se trouve à environ dix kilomètres à l’est de Georgetown, entre les localités de Better Hope et de Goedverwagting[1],[2].
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| Subdivision |
Plaisance–Industry |
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0 m |
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2 854 hab. |
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Plaisance est principalement connu comme l’un des villages créés par des Afro-Guyaniens devenus libres après l’abolition de l’esclavage dans les colonies britanniques. Une ancienne plantation de 505 acres, soit environ 2,04 km2, est achetée collectivement par d’anciens esclaves au début des années 1840 pour la somme de 39 000 dollars[1].
La localité est officiellement reconnue comme village en novembre 1892. Elle comptait 2 854 habitants lors du recensement de 2012[3].
Plaisance est notamment le lieu de naissance des musiciens Eddy Grant et Rudy Grant, ainsi que du footballeur international canadien Alex Bunbury.
Géographie
modifierSituation
modifierPlaisance est située dans la plaine côtière du Guyana, sur la côte orientale du Demerara, généralement appelée East Coast Demerara.
Le village se trouve à environ 10 km à l’est du centre de Georgetown et à proximité immédiate de la côte atlantique[1].
Il est entouré par plusieurs villages formant un ensemble urbain presque continu le long de la route côtière. Better Hope se trouve à l’ouest, tandis que Goedverwagting, Sparendaam et Industry sont situés dans ses environs immédiats.
Plaisance appartient administrativement à la région de Demerara-Mahaica, également désignée comme la région no 4. Cette région comprend Georgetown et constitue la région la plus peuplée du pays.
Relief et environnement
modifierComme la majeure partie du littoral guyanien, Plaisance est établie sur une plaine très basse, proche ou parfois située sous le niveau des plus hautes marées.
Le village est traversé et entouré par un réseau de canaux et de fossés servant au drainage des eaux de pluie. Des digues, écluses et pompes contribuent également à protéger les terres contre les inondations.
La proximité de l’océan Atlantique, la faible altitude et les pluies tropicales rendent la localité vulnérable aux accumulations d’eau et aux inondations.
L’histoire locale mentionne notamment d’importantes inondations en 1847, 1849, 1855 et 1934[4].
En 2025, le conseil local de Plaisance–Industry reçoit une pelle mécanique destinée à l’entretien des canaux et à l’amélioration du drainage et de l’irrigation[5].
Climat
modifierPlaisance connaît un climat équatorial chaud et humide.
Les températures varient relativement peu au cours de l’année. Les précipitations sont abondantes et sont généralement plus importantes pendant les deux principales saisons pluvieuses, qui se produisent approximativement de mai à août et de novembre à janvier.
Le climat, la faible altitude et le drainage artificiel de la plaine côtière expliquent la sensibilité du village aux inondations.
Toponymie
modifierLe nom « Plaisance » est d’origine française et signifie littéralement « agrément », « plaisir » ou « lieu agréable ».
La présence de noms français sur la côte du Demerara témoigne de l’influence de propriétaires et de planteurs originaires de plusieurs pays européens durant la période coloniale.
Le domaine est également mentionné dans certaines sources anciennes sous l’appellation de Plantation Cotton[1].
Histoire
modifierPlantation coloniale
modifierAvant de devenir un village, Plaisance est une plantation de la colonie de Demerara.
La région de Demerara est successivement administrée par les Néerlandais puis par les Britanniques. Elle repose alors sur une économie de plantation utilisant le travail d’esclaves africains et de leurs descendants.
La plantation connue sous le nom de Plaisance ou de Plantation Cotton couvre environ 505 acres. Elle appartient à la famille Waterbodt, parfois orthographiée Watershodt dans certaines sources[1].
Les terres sont consacrées à l’agriculture et à l’élevage. Les sources disponibles ne permettent toutefois pas d’établir avec précision l’ensemble des productions successivement cultivées sur le domaine.
Émancipation des esclaves
modifierL’esclavage est aboli dans les colonies britanniques par la loi de 1833. Dans la Guyane britannique, l’émancipation complète entre en vigueur le 1er août 1838, après une période dite d’apprentissage durant laquelle les anciens esclaves restent soumis à un travail obligatoire.
Après 1838, de nombreux Afro-Guyaniens cherchent à quitter les plantations et à acquérir leurs propres terres.
Ce mouvement donne naissance au mouvement villageois guyanien, ou village movement. Des groupes d’anciens esclaves mettent en commun leurs économies pour acheter des plantations entières, qu’ils divisent ensuite en parcelles familiales.
Entre 1839 et 1848, des dizaines de milliers de personnes quittent ainsi les plantations pour s’établir dans des villages indépendants. En 1848, la population de ces villages atteint environ 44 000 personnes[6].
Achat de Plaisance
modifierAu début des années 1840, un groupe d’anciens esclaves entreprend d’acheter la plantation de Plaisance.
Selon le National Trust of Guyana, l’acquisition est réalisée en 1842 auprès de la famille Waterbodt, par l’intermédiaire d’A. J. Waterbodt[1].
D’autres récits locaux situent le début des démarches peu après l’émancipation de 1838. Cette différence peut correspondre à plusieurs étapes successives de la négociation et du paiement.
La plantation est achetée pour 39 000 dollars par soixante-cinq anciens esclaves, hommes et femmes, qui mettent en commun leurs économies[7].
Les acquéreurs versent d’abord un acompte de 15 000 dollars. Le solde est payé au cours des dix-huit mois suivants[1].
Cette transaction est remarquable par son coût et par l’effort collectif nécessaire à sa réalisation. Les nouveaux propriétaires doivent également financer l’entretien des routes, des canaux, des digues et des ouvrages de drainage.
Développement du village
modifierAprès l’achat, les terres sont divisées entre les propriétaires. Des maisons, des lieux de culte, des écoles, des commerces et des voies de circulation sont progressivement construits.
La communauté passe d’un groupe initial de moins d’une centaine de personnes à un village plus important et densément habité[2].
L’agriculture, l’élevage, la pêche, le commerce et les activités artisanales constituent ses principales ressources.
Les habitants doivent administrer collectivement les terres communes et entretenir les infrastructures hydrauliques. Comme dans plusieurs villages issus de l’émancipation, les désaccords relatifs aux taxes, aux canaux et aux parcelles entraînent parfois des difficultés de gestion.
Reconnaissance officielle
modifierPlaisance est officiellement déclaré village en novembre 1892[4].
Cette reconnaissance lui confère une organisation administrative plus formalisée et permet la création d’organes locaux chargés des routes, de l’assainissement, du drainage et des autres affaires communautaires.
Au cours du XXe siècle, la localité est progressivement intégrée à l’agglomération qui se développe le long de la côte orientale du Demerara.
Administration locale
modifierPlaisance est aujourd’hui administré avec Industry au sein du Plaisance–Industry Neighbourhood Democratic Council, ou conseil démocratique de quartier de Plaisance–Industry.
Cet organisme fait partie des conseils démocratiques de quartier de la région de Demerara-Mahaica. Il porte le code administratif 409 dans les listes des collectivités locales guyaniennes[8].
Le conseil est notamment responsable de l’entretien des voies locales, des canaux, des espaces publics et de certains équipements communautaires.
Monument de Plaisance
modifierUn monument commémoratif consacré à l’histoire du village se trouve dans l’enceinte de la Zoar Congregational Church, sur Prince William Street[1].
Le monument prend la forme d’un pilier et porte les noms des premiers propriétaires ayant participé à l’achat collectif de Plaisance.
Il est inauguré en 1966, année de l’indépendance du Guyana, afin de rendre hommage aux fondateurs de la communauté.
L’inscription mentionne également :
- la création, en 1960, du premier conseil du village entièrement élu ;
- la visite de la reine Élisabeth II et du prince Philip Mountbatten à Plaisance le 5 février 1966 ;
- l’accession du Guyana à l’indépendance le 26 mai 1966[1].
Le monument est inscrit et présenté par le National Trust of Guyana comme un élément du patrimoine national.
Population
modifierPlaisance comptait 2 854 habitants lors du recensement national de 2012[3].
Le chiffre correspond au village proprement dit et ne doit pas être confondu avec la population de l’ensemble du territoire administré par le conseil de Plaisance–Industry.
La population est historiquement majoritairement afro-guyanienne, en raison de la fondation du village par d’anciens esclaves africains et leurs descendants.
La croissance de Georgetown et de l’agglomération de la côte orientale a progressivement réduit la séparation physique entre Plaisance et les communautés voisines.
Société et culture
modifierHéritage afro-guyanien
modifierL’histoire et l’identité de Plaisance sont étroitement liées à l’émancipation des esclaves et au développement des villages afro-guyaniens.
L’achat collectif de la plantation constitue un symbole d’indépendance économique et politique. La possession de terres permet aux habitants de réduire leur dépendance envers les propriétaires des anciennes plantations.
Les églises chrétiennes jouent historiquement un rôle important dans l’éducation, l’organisation sociale et la vie culturelle du village.
Au cours des années 1860, les catholiques de Plaisance et de Sparendaam sont notamment desservis par une station missionnaire temporaire avant la construction de l’église Saint-Jean-Baptiste de Sparendaam[9].
Musique
modifierPlaisance occupe une place particulière dans l’histoire de la musique populaire guyanienne en raison de la naissance de plusieurs musiciens de la famille Grant.
Eddy Grant, né à Plaisance en 1948, devient le fondateur du groupe britannique The Equals avant de poursuivre une carrière internationale en solo.
Il est notamment connu pour les chansons Electric Avenue, Gimme Hope Jo’anna, I Don’t Wanna Dance et Living on the Frontline.
En 2017, il intitule l’un de ses albums Plaisance, en hommage à son village natal.
Son frère Rudy Grant, également né à Plaisance, mène une carrière de chanteur de reggae et de soca sous plusieurs noms, dont The Mexicano et Little Brother Grant.
Sa chanson Mash in Guyana, composée après un voyage dans son pays natal, est parfois présentée comme un hymne non officiel du Mashramani, la fête nationale de la République du Guyana.
Sports
modifierLe football et le cricket sont parmi les principaux sports pratiqués dans le village.
Plaisance possède des terrains et un centre communautaire utilisés pour les activités sportives, culturelles et sociales.
Le centre communautaire et son terrain ont fait l’objet de programmes publics de rénovation, notamment pour améliorer les installations sportives et le drainage[10].
Éducation
modifierPlaisance possède plusieurs établissements d’enseignement, notamment des écoles maternelles, primaires et secondaires.
La Plaisance Primary School accueille les élèves du niveau primaire.
La Plaisance Community High School, devenue par la suite Plaisance Secondary School, dessert également le village et certaines localités voisines.
En 2010, des militaires du génie de la marine américaine participent à la construction de salles de classe supplémentaires dans le cadre d’une mission humanitaire. Des photographies de ces travaux sont conservées sur Wikimedia Commons.
Économie
modifierL’économie traditionnelle du village repose sur l’agriculture, l’élevage, la pêche, l’artisanat et le petit commerce.
Le développement urbain de la côte orientale et la proximité de Georgetown ont progressivement transformé Plaisance en une localité résidentielle et commerciale.
De nombreux habitants travaillent aujourd’hui à Georgetown ou dans d’autres communautés de l’agglomération.
Les principales activités locales comprennent :
- le commerce de détail ;
- les transports ;
- les services ;
- la construction ;
- l’administration publique ;
- l’éducation ;
- les petites activités agricoles et artisanales.
Transports
modifierPlaisance est traversée ou desservie par l’axe routier principal reliant Georgetown aux localités de la côte orientale du Demerara.
Des minibus et des taxis collectifs assurent les déplacements vers Georgetown, Sparendaam, Better Hope, Buxton et les autres communautés côtières.
La localité était autrefois desservie par le chemin de fer du Demerara, ouvert au XIXe siècle. Ce réseau reliait Georgetown à la côte orientale avant sa fermeture définitive en 1972.
Le tracé de l’ancienne voie ferrée reste utilisé localement comme axe routier ou comme repère géographique.
Enjeux contemporains
modifierDrainage et inondations
modifierLa gestion des eaux constitue l’un des principaux enjeux de Plaisance.
L’entretien insuffisant des canaux, les dépôts de déchets, les fortes précipitations et le mauvais fonctionnement de certaines infrastructures peuvent provoquer des inondations.
Les autorités locales et nationales organisent régulièrement des opérations de nettoyage, de creusement et de curage des canaux.
L’acquisition d’une pelle mécanique en 2025 vise notamment à permettre au conseil de Plaisance–Industry d’effectuer ces travaux plus régulièrement et avec une plus grande autonomie[5].
Urbanisation
modifierLa proximité de Georgetown entraîne une augmentation de la circulation, de la construction et de la densité de population.
Cette urbanisation contribue à l’économie locale, mais exerce aussi une pression sur les routes, les réseaux d’assainissement, les espaces publics et les infrastructures de drainage.
Préservation du patrimoine
modifierLe monument de Plaisance et les lieux de culte historiques témoignent du rôle joué par le village dans le mouvement d’émancipation et l’accession à la propriété des Afro-Guyaniens.
Des habitants, historiens et associations cherchent à préserver cette mémoire, notamment par la publication de travaux historiques, l’organisation de commémorations et l’entretien du monument des propriétaires fondateurs.
Personnalités liées à Plaisance
modifier- Eddy Grant (né en 1948), chanteur, musicien, auteur-compositeur et producteur guyanien-britannique, né à Plaisance ;
- Rudy Grant, chanteur guyanien de reggae et de soca, frère d’Eddy Grant, né à Plaisance ;
- Alex Bunbury (né en 1967), footballeur international canadien, né à Plaisance ;
- Teal Bunbury (né en 1990), footballeur international américain, fils d’Alex Bunbury, dont la famille paternelle est originaire de Plaisance.
Dans la culture
modifierEn 2017, Eddy Grant publie un album intitulé Plaisance.
Le titre constitue un hommage à son lieu de naissance. L’album mêle des références à son enfance, à la culture guyanienne et à son parcours musical international.
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 (en) « Plaisance Monument », sur National Trust of Guyana, (consulté le ).
- 1 2 (en) « Plaisance-Sparendaam », Stabroek News, (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 (en) « 2012 Population by Village », sur Bureau of Statistics of Guyana, (consulté le ).
- 1 2 (en) « Books – Plaisance », Stabroek News, (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 (en) « Industry/Plaisance NDC receives excavator to aid drainage works », sur Ministry of Agriculture of Guyana, (consulté le ).
- ↑ (en) « National Day of Villages », sur Parliament of Guyana, (consulté le ).
- ↑ (en) Michel Outridge, « A look at Plaisance », Guyana Chronicle, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (en) « Neighbourhood Democratic Councils (NDCs), Guyana », sur GuyNode (consulté le ).
- ↑ (en) « St. John the Baptist Roman Catholic Church », sur National Trust of Guyana, (consulté le ).
- ↑ (en) « Plaisance gets community upgrades », sur Ministry of Education of Guyana, (consulté le ).
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (en) Beryl Adams-Haynes, Plaisance : From Emancipation to Independence and Beyond, .
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Présentation du monument de Plaisance, sur le site du National Trust of Guyana.
- Présentation de l’ouvrage Plaisance: From Emancipation to Independence and Beyond, dans Stabroek News.
