Poing dans le symbole de Vénus
Le poing dans le symbole de Vénus est un symbole graphique féministe, apparu en dans la deuxième vague féministe. Il est constitué d'un poing levé, qui représente les luttes sociales, placé dans un symbole de Vénus « ♀ », qui représente le féminin.


Selon Liz McQuiston (en), il s'agit du « mot de passe visuel du féminisme partout dans le monde, restant l'un des symboles politiques les plus massivement reproduits des temps modernes »[1].
Description
modifierUn poing fermé, vu du côté de la paume, est placé dans un « ♀ ». Il s'y inscrit au centre du cercle, dans le prolongement de la croix, qui semble en être l'avant-bras.
Histoire
modifierLe symbole est créé aux États-Unis en par Robin Morgan et Kenneth Pitchford[2] pour la deuxième manifestation du Women's liberation movement à Atlantic City contre le concours de Miss America[3]. Le recours au poing est vraisemblablement inspiré par le mouvement américain des droits civiques, dont l'usage du poing levé est popularisé lors des Jeux olympiques de Mexico l'année précédente[4].
Il apparaît au Royaume-Uni la même année[5]. En France, il est utilisé par le Mouvement de libération des femmes (MLF) sur l'affiche de son premier meeting Libération des femmes, année zéro, le , à l'université de Vincennes[6],[7] ; ce visuel est repris en couverture de la revue Partisans de - [8],[9].
Le symbole devient une icône de la deuxième vague féministe après la publication en de La sororité, c'est le pouvoir (Sisterhood Is Powerful), un ouvrage dirigé par Robin Morgan, qui le fait apparaître en rouge sur sa couverture[10].
Il apparaît également en sur la couverture de Dynamite Damsel, un comic book de Roberta Gregory[10].
Variantes
modifierDans les années 1970, la Third World Women's Alliance (en) (TWWA), une organisation intersectionnelle d'inspiration socialiste révolutionnaire luttant contre la triple oppression, en utilise une version dans laquelle le poing tient un fusil. Cette version apparaît notamment comme logo sur son magazine Triple Jeopardy[11],[12] et sur leurs banderoles lors de manifestations[a].
Par ailleurs, il en existe des versions plus récentes où le symbole de Vénus est combiné avec le symbole de Mars « ♂ », qui représente le masculin, afin d'évoquer les luttes pour les droits des personnes trans et contre la transphobie[15].
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Le symbole apparaît par exemple sur une banderole de la TWWA en soutien à Angela Davis, le à New York, lors de la Women's Strike for Equality (en) (grève des femmes pour l'égalité)[13],[14].
Références
modifier- ↑ (en) Liz McQuiston (en) (préf. Germaine Greer), Suffragettes to She Devils : Women's Liberation and Beyond, Londres, Phaidon, , 240 p. (ISBN 0-7148-3619-2), p. 81, citée par Chidgey 2018 : « the visual password for feminism around the world, remaining one of the most heavily reproduced political symbols of modern times ».
- ↑ (en) « Chronology », dans Rachel Blau Du Plessis (en) (dir.) et Ann Barr Snitow (dir.), The Feminist Memoir Project : Voices from Women's Liberation, New Brunswick, Rutgers University Press, , XXVI-531 p. (ISBN 978-0-8135-3973-7), p. 501 (lire en ligne
). - ↑ (en) Jo Freeman, « No More Miss America! (-) », sur jofreeman.com.
- ↑ (en) Shirley Weber (en), « Black Power in the 1960s : A Study of its Impact on Women's Liberation », Journal of Black Studies (en), vol. 11, no 4, , p. 483–497 (496) (DOI 10.1177/002193478101100407
, JSTOR 2784076). - ↑ (en) Ruth Wallsgrove, « Signs of the times : A short natural history of some favourite feminist and gay liberation symbols », Spare Rib, vol. 10, no 120, , p. 10, citée par Chidgey 2018.
- ↑ Christine Delphy, « Les origines du Mouvement de libération des femmes en France », Nouvelles Questions féministes, nos 16-17-18 « Particularisme & Universalisme », , p. 137–148 (140) (JSTOR 40602853).
- ↑ Michèle Idels, Sylvina Boissonnas, Élisabeth Nicoli, Christine Villeneuve et Catherine Guyot, chap. 3 « Premières actions publiques », dans MLF-Psychanalyse et politique, - : 50 ans de libération des femmes, vol. 1 : Les premières années, Paris, Des femmes-Antoinette Fouque, , 270 p.-[8] p. de pl. (ISBN 978-2-7210-0685-1), p. 41–68 (lire en ligne
). - ↑ Aurore Turbiau, « Libération des femmes : année zéro : Fonder une légitimité de la parole politique et littéraire des femmes », Littératures engagées : Féminisme et lesbianisme dans l'histoire littéraire, sur Hypothèses.org, .
- ↑ Mattea Battaglia, « Les premiers combats du MLF »
, Le Monde, . - 1 2 (en) Margaret Galvan, In Visible Archives : Queer and Feminist Visual Culture in the 1980s, Minneapolis, University of Minnesota Press, , 317 p. (ISBN 978-1-5179-0324-4, 978-1-5179-0323-7 et 978-1-4529-6983-1, lire en ligne
) et (en) Margaret Galvan, « Feminism Underground : The Comics Rhetoric of Lee Marrs and Roberta Gregory », Women's Studies Quarterly (en), Feminist Press, vol. 43, nos 3-4, automne-hiver 2015, p. 203–222 (DOI 10.1353/wsq.2015.0043
). - ↑ (en) Bonnie J. Morris (en) et D-M Withers (préf. Roxane Gay), chap. 3 « Black sisterhood : Civil rights and liberation », dans The Feminist Revolution : The Struggle for Women's Liberation, Washington, Smithsonian Books, , 224 p. (ISBN 978-1-58834-612-4), p. 59–80 (67) (lire en ligne
). - ↑ (en) Delia D. Aguilar, chap. 9 « Intersectionality », dans Shahrzad Mojab (dir.), Marxism and Feminism, Londres, Zed Books, , VIII-392 p. (ISBN 978-1-78360-323-7, 978-1-78360-322-0, 978-1-78360-324-4, 978-1-78360-325-1 et 978-1-78360-326-8), p. 203–220 (204–205) (lire en ligne
), citant (en) Women of Color Resource Center (en), « Triple jeopardy – Third World Women's Alliance », sur Flickr, . - ↑ (en) Patricia Romney, « How NOW Attempted to Exclude the Third Woman's Alliance From Feminist History : Patricia Romney on the Women's Strike for Equality and Racism Within Feminism », sur Literary Hub (en), .
- ↑ (en) Angela Davis, Angela Davis : An Autobiography, Chicago, Haymarket Books (en), , 3e éd. (1re éd. Random House, , et International Publishers (en), ), XXX-358 p. (ISBN 978-1-64259-568-0, 978-1-64259-898-8 et 978-1-64259-665-6, lire en ligne
). - ↑ (en) Red Chidgey, chap. 6 « Memory Economies of a Feminist Icon », dans Feminist Afterlives : Assemblage Memory in Activist Times, Basingstoke, Palgrave Macmillan, coll. « Palgrave Macmillan Memory Studies », , IX-215 p. (ISBN 978-3-319-98736-1, 978-3-030-40440-6 et 978-3-319-98737-8), p. 119–142 (126–127) (DOI 10.1007/978-3-319-98737-8_6
, lire en ligne
).