Robin Morgan

poétesse, professeure et militante féministe américaine

Robin Morgan, née le à Lake Worth (Floride) et morte le à Manhattan (État de New York), est une journaliste, lectrice, théoricienne du féminisme, essayiste et poétesse américaine. Elle est également une ancienne enfant star.

Robin Morgan
Robin Morgan en 2012.
Biographie
Naissance
Décès
(à 85 ans)
New York (État de New York, États-Unis)
Nationalité
Domicile
Formation
Activités
Période d'activité
Conjoint
Kenneth Pitchford (divorcé)
Enfant
Blake Morgan (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Site web
Distinction
100 Women ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Œuvres principales

Biographie

modifier

Robin Morgan est née le à Lake Worth en Floride. Sa mère, Faith Berkeley Morgan, née Malkah Teitlebaum, est une américaine juive originaire d'Europe de l'Est qui vit à New York. Son père, Mates Morgenstern, un chirurgien originaire d'un famille juive aisée et cultivée de Vienne, émigre en 1940 aux États-Unis où il exercera comme obstétricien. Il rencontre brièvement Faith Berkeley lors de son arrivée dans le pays et bénéficie de son aide, mais ne souhaite pas s'établir avec elle. Lorsqu'elle lui annonce qu'elle est enceinte de lui, il lui demande d’avorter ce qu'elle refuse[1].

Faith Berkeley Morgan ment à sa fille pendant des années, prétendant qu'elle avait été mariée avec Mates Morgenstern mais qu'il était mort, affirmant ensuite qu'il était rescapé des camps de concentration, mais également, que Robin était née en 1942[1].

Lors de la rencontre de Robine Morgan avec son père, en , celui-ci lui révèle, certificat de naissance à l'appui, qu'elle est bien née le et non en 1942, qu'il n'a jamais été marié à sa mère, dont il est de 10 ans l'aîné, mais l'est depuis 1941 avec une femme également originaire de Vienne, Viga, sa fiancée viennoise de longue date, dont il était séparé par la guerre[1].

Robin Morgan dans le studio de la radio WOR pour The Robin Morgan Show en 1946.

L’enfance de Robin Morgan est marquée par son engagement précoce dans des activités de modèle, d’animatrice radio et d’actrice. Dès son plus jeune âge, sa mère la fait travailler comme mannequin. À cinq ans, elle anime déjà sa propre émission de radio intitulée Little Robin Morgan au sein de la station de radio new-yorkaise WOR. Elle est également une participante régulière de l'émission radio Juvenile Jury.

À l’âge de huit ans, en 1949, elle entame une carrière d’actrice dans une série télévisée populaire à succès de CBS intitulée Mama[2]. Elle joue ensuite dans plusieurs téléfilms à grand spectacle comme Kiss and Tell et Alice au pays des merveilles, et participe à de nombreuses émissions en direct, comme Omnibus, Hallmark Hall of Fame, Robert Montgomery Presents et Kraft Theatre[2].

Mais, préférant écrire plutôt que jouer la comédie, Robin Morgan parvient, malgré l’opposition de sa mère, à mettre fin à sa carrière précoce dans le monde du spectacle en rompant ses engagements pour la série Mama à l'âge de 14 ans. Elle entame par la suite des études à l'université Columbia et travaille en parallèle comme secrétaire à l'agence littéraire Curtis Brown où elle collabore avec des écrivains comme W.H. Auden[2].

Elle publie ses premier poèmes et débute une carrière littéraire pendant laquelle elle publiera plus de vingt ouvrages, des romans, essais, mémoires et poèmes et donnera de nombreuses conférences sur les droits des femmes, notamment dans les collèges et universités[2].

Pendant les années 1960, elle s'engage dans l'activisme politique et participe au mouvement des droits civiques et aux manifestations contre la guerre du Vietnam.

En 1968, elle participe à l’organisation à Atlantic City de la première manifestation contre le concours de beauté Miss America[3]. Elle rédige en août 1968 le communiqué de presse et les revendications en 10 points[4].

Symbole féministe désigné par Robin Morgan pour une « Miss America protest » en 1968, où il fut popularisé.

Elle conçoit aussi à cette occasion le premier logo féministe, un poing fermé placé à l’intérieur du symbole féminin ♀, un dessin schématique en rouge sur fond blanc dont elle confie la réalisation graphique à Kenneth Pitchford[5],[6].

En octobre, elle publie un article sur la manifestation, « Miss America Goes Down »[7], dans la revue underground Rat (en), une publication dont elle s’empare avec d’autres féministes en 1970 pour en éliminer le sexisme ambiant[8].

C’est en 1968 également qu’elle crée le vocable « herstory », un jeu de mot à partir du mot « history », pour mettre en valeur le pan de la discipline historique consacré aux femmes[9].

Elle cofonde W.I.T.C.H.(Women's International Terrorist Conspiracy from Hell), une initiative provocatrice et ludique. La première action de guérilla-théâtre a lieu le soir d'Halloween 1968 sous forme d’un défilé dans Wall Street de sorcières vêtues de capes noires qui proclament l'effondrement prochain des actions. Le lendemain, la bourse aurait chuté de plusieurs points[10].

Robin Morgan arrêtée lors d'un sit-in à Grove Press en 1970.

En 1970, elle dirige la publication de Sisterhood Is Powerful, une anthologie qui deviendra un texte majeur du mouvement féministe[3]. Elle fonde en 1984 avec Simone de Beauvoir le Sisterhood Is Global Institute (en), un think tank spécifiquement féministe[11]. De 1989 à 1994, elle est rédactrice en chef de Ms. Magazine, le magazine féministe et libéral américain cofondé en 1971 par Gloria Steinem et racheté en 1989 par le mouvement American Feminists qui le publie alors sans publicité[12].

En 2005, avec Jane Fonda et Gloria Steinem, elle co-fonde le Women's Media Center, une organisation qui vise à « rendre les femmes visibles et puissantes dans les médias »[13].

Robin Morgan a aussi fondé, ou participé, à la fondation de nombreuses institutions et groupes féministes : parmi d'autres le National Battered Women's Refuge Network, le National Network of Rape Crisis Centers ou le National Museum of Women in the Arts.

En 2006, elle publie The Burning Time, évoquant l'histoire d'Alice Kyteler.

En 2010, on lui diagnostique une atteinte de la maladie de Parkinson. Elle continue cependant à écrire et s’exprimer publiquement. Sa maladie lui inspire plusieurs poèmes qu’elle diffuse dans une conférence TEDWomen en 2015[5],[14].

En 2019, la styliste Maria Grazia Chiuri crée deux t-shirts pour la collection automne-hiver de Dior portant les titres de deux ouvrages emblématiques de Robin Morgan : «Sisterhood is global » et « Sisterhood is powerful »[15].

Hospitalisée à New York, elle meurt dans son sommeil le à l’âge de 85 ans, trois jours après le décès de Gloria Steinem, son amie et compagne de lutte de longue date[3].

Son fonds d’archives, les Robin Morgan papers, est conservé par la Duke University et géré par le Sallie Bingham Center for Women's History & Culture[16].

Vie privée

modifier

En 1962, Robin Morgan épouse le poète Kenneth Pitchford, dont elle divorce en 1990[16]. Leur fils Blake (en), né en 1969, est un musicien, militant et producteur de disques[5].

Issue de parents juifs, Robin Morgan est adepte du wiccanisme, un mouvement religieux néo-païen fondé au XXe siècle au Royaume-Uni par Gerald Gardner qui pratique, entre autres, la magie blanche et la sorcellerie bienveillante[17].

Prises de position

modifier

Depuis le début des années 1960, Robin Morgan est une figure influente du féminisme radical et l'une des théoriciennes les plus écoutées du féminisme international. Son anthologie Sisterhood Is Powerful, publiée en 1970, aurait contribué à la naissance de mouvements féministes aux États-Unis. Son ouvrage regroupe des écrits féministes « classiques » d'auteures engagées, tels que Mary Daly, Kate Millett et Jo Freeman, mais aussi des extraits de documents féministes comme le SCUM Manifesto.

Ce recueil s'attarde aussi sur des sujets divers et variés comme l'orgasme féminin, les difficultés d'être et femme et noire ou encore sur la nature de la prostitution[17]. L'ouvrage de Robin Morgan est cité par la New York Public Library comme l'« un des 100 livres les plus influents du XXe siècle », en même temps que les œuvres de Keynes, Durkheim, ou Simone de Beauvoir[18].

Distinctions

modifier
  • BBC 100 Women 2018[19]

Principales publications

modifier

Poésie

modifier

Essais et autobiographies

modifier

Fictions

modifier

Anthologies

modifier

Notes et références

modifier
(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Robin Morgan » (voir la liste des auteurs).
  1. 1 2 3 (en) Morgan Robin, « Storming the gates of Mycenae », dans Robine Morgan, Saturday's child : a memoir, New York, W.W. Norton, , 551 p. (ISBN 0-393-05015-7, lire en ligne), p. 149-174
  2. 1 2 3 4 (en) « Robin Morgan », sur www.veteranfeministsofamerica.org (consulté le )
  3. 1 2 3 « Robin Morgan, poétesse et féministe américaine, est morte à 85 ans », Le Monde,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
  4. ↑ (en) Robin Morgan, « Press release and open letter inviting women to attend the Miss America protest », sur Duke University,
  5. 1 2 3 (en-GB) Associated Press, « Robin Morgan, child star who became feminist, poet and editor, dies aged 85 », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
  6. ↑ (en) Robin Morgan, Saturday's child : a memoir, New York : W.W. Norton, (ISBN 978-0-393-05015-8, lire en ligne), p. 260
  7. ↑ (en) Robin Morgan, « Miss America Goes Down », Rat, no 20 sept - 5 oct 1968,‎ (lire en ligne)
  8. ↑ (en) Agatha Beins, Liberation in Print: Feminist Periodicals and Social Movement Identity, University of Georgia Press, (ISBN 978-0-8203-4952-7), pp. 17–18
  9. ↑ (en) « herstory - Women’s Media Center », sur womensmediacenter.com (consulté le )
  10. ↑ (en-US) Mary McGill, « Wicked W.I.T.C.H: The 60s Feminist Protestors Who Hexed Patriarchy », sur VICE, (consulté le )
  11. ↑ Pierre Groppo, « En coulisses », Vanity Fair no 87, mars 2021, p. 90-95.
  12. ↑ (en-US) Greg Evans, « Robin Morgan Dead: Women’s Media Center Co-Founder With Jane Fonda & Gloria Steinem Was 85 », sur Deadline, (consulté le )
  13. ↑ « New Season of "Women's Media Center Live with Robin Morgan" », sur www.feminist.com (consulté le )
  14. ↑ (en) [vidéo] « 4 powerful poems about Parkinson's and growing older », Robin Morgan, , 707 min (consulté le )
  15. ↑ « Dior : le nouveau t-shirt féministe que tout le monde s’arrache - Elle », sur elle.fr, (consulté le )
  16. 1 2 (en) Robin Morgan, « Robin Morgan papers, 1940s-2019 and undated, bulk 1970-2019 », sur Duke University, 1941-2019
  17. 1 2 (en) Reena Bernards, « ROBIN MORGAN », sur Jewish Women's Archive (consulté le )
  18. ↑ (en) Elizabeth Diefendorf, « The New York Public Library's Books of the Century », sur New York Public Library, (consulté le )
  19. ↑ (en-GB) « BBC 100 Women 2018: Who is on the list? », www.bbc.com,‎ (lire en ligne, consulté le )

Liens externes

modifier