Points-Cœur

ONG humanitaire catholique non rattachée à l'église

Points-Cœur, fondée en 1990 par Thierry de Roucy, est une ONG humanitaire d'origine catholique qui n'est plus rattachée à l'Église catholique depuis 2020, année où elle a été canoniquement dissoute en raison de ses dérives sectaires.

Points-Cœur
Histoire
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Histoire

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Fondation et développement

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Le , Thierry de Roucy, alors Supérieur général de la Congrégation des Serviteurs de Jésus et de Marie basée à l'abbaye d'Ourscamp, déclare avoir reçu lors d'une prière communautaire un appel intérieur à fonder de petites communautés de jeunes parmi les pauvres[1]. En 1992, l'association civile Points-Cœur est fondée en France comme cadre juridique pour les activités de l'œuvre. Les deux premières maisons avaient été ouvertes dès 1990 en Argentine et au Brésil, dirigées par onze bénévoles[2].

Condamnation du fondateur et dissolution

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Au début des années 2000, à la suite d'une alerte par l'ex-bras droit du fondateur sur des abus sexuels dont il a été victime, la Congrégation pour la doctrine de la foi ouvre une procédure judiciaire interne qui aboutit au terme d'un procès de sept ans[3],[4].

Le , il est reconnu coupable par le tribunal ecclésiastique de Lyon de « délits d'abus de pouvoir, d'abus sexuel et d'absolution du complice » sur son adjoint, majeur au moment des faits. Il est condamné à ne plus confesser les membres de Points-Cœur pendant trois ans et à dédommager la victime à hauteur de 60 000 euros[5], montant porté à 80 000 euros en appel par l'officialité de Montpellier en 2015[4],[6].

Début 2016, Dominique Rey déclare Thierry de Roucy suspens a divinis pour « manquement caractérisé » à son devoir d'obéissance. Il ne peut plus prêcher ni délivrer les sacrements. L'évêque indique que cette sanction « renforce l'interdiction faite à Thierry de Roucy de demeurer en contact avec les membres de Points-Cœur »[7].

Succédant au père Guillaume Trillard (en 2014)[3], le père Laurent Pavec fut le modérateur général de Points-Cœur à partir de 2017[4].

Le , Thierry de Roucy est finalement renvoyé de l'état clérical[8].

L'association privée de fidèles Points-Cœur s'autodissout lors d'une assemblée générale extraordinaire le [9]. Dans un communiqué du , le diocèse de Fréjus-Toulon indique que « les associations canoniques n'existant plus, subsiste seule l'association civile Points-Cœur qui est devenue dès lors une ONG indépendante sur laquelle l'Église n'a plus aucun pouvoir ni de suivi, ni de contrôle »[9].

Dérives sectaires

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Au début des années 2000, des familles tentent d'alerter l'épiscopat français sur des dérives sectaires observées au sein de Points-Cœur et s'inquiètent de l'emprise du fondateur sur les membres de l'œuvre.

En , un collectif animé notamment par l'universitaire Yves Hamant, père d'une ancienne volontaire de Points-Cœur, adresse une lettre aux évêques réunis à Lourdes en commission plénière mettant en cause 14 communautés. En décembre, le bureau « Dérives sectaires » de la Conférence des évêques de France produit un rapport confidentiel sur la base de témoignages recueillis. Une enquête canonique est alors diligentée par Dominique Rey[10].

En 2014, le rapport d'enquête canonique dénonce un « enfermement de l'œuvre sur elle-même », une « méfiance envers l'Église » et des « lacunes [dans] la formation » de ses membres[7],[3]. Dominique Rey nomme un prêtre de son diocèse commissaire pour l'œuvre[11], mais maintient en place le père Guillaume Trillard, modérateur de Points-Cœur, décision contestée par les familles du collectif de Lourdes qui le considèrent comme trop proche du fondateur et incapable de mener une réforme.

En 2016, Dominique Rey confie la direction de Points-Cœur et de ses branches religieuses à Jean-Marie Le Vert, évêque émérite de Quimper. Ce dernier se heurte à une forte résistance de la part d'un groupe de familles de Points-Cœur qui défend Thierry de Roucy et son œuvre[10].

À la suite du renvoi de l'état clérical du fondateur, les branches ecclésiales de Points-Cœur sont dissoutes entre 2017 et 2020.

Branches dissoutes

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Fraternité Molokaï

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La Fraternité Molokaï regroupait les séminaristes et prêtres au service de la mission de l'œuvre Points-Cœur, sous le vocable de saint Damien de Molokai, « l'Apôtre des lépreux ». Elle a été dissoute par décret épiscopal le , après confirmation par la congrégation pour les instituts de vie consacrée[12].

Servantes de la Présence de Dieu

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Fondées en 1994, les Servantes de la Présence de Dieu constituaient la branche religieuse de Points-Cœur, regroupant des femmes qui vivaient du charisme de Points-Cœur selon l'état religieux apostolique. Reconnue par le diocèse de Fréjus-Toulon comme association privée de fidèles en vue de devenir un institut religieux, elles vivaient en petites communautés de cinq ou six réparties dans 4 prieurés : à Flassans-sur-Issole (France), au Pérou, au Salvador[13] et en Argentine. Elles comptaient 33 sœurs de 7 nationalités différentes à leur apogée. Elles ont été dissoutes le [11].

Fraternité Saint-Maximilien-Kolbe

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La Fraternité Saint-Maximilien-Kolbe regroupait des laïcs qui vivaient du charisme de Points-Cœur dans le monde, sous le vocable de saint Maximilien Kolbe. Elle a également été dissoute dans le cadre de la liquidation des structures ecclésiales de l'œuvre.

Association privée de fidèles

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L'association privée de fidèles Points-Cœur, qui encadrait notamment les laïcs et laïques consacrés, s'est autodissoute lors d'une assemblée générale extraordinaire le [9].

L'ancien centre américain de Points-Cœur, le « Centre international pour une culture de compassion », situé à Woodbourne, dans l'État de New York, est mis en vente en 2019 pour trois millions d'euros[14],[15].

Tentatives pour se faire passer pour un mouvement de l’Église catholique

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En 2023, le cardinal Parolin adresse une lettre aux évêques de France, pour alerter sur les pratiques de Points-Cœur qui « continuerait à se faire passer pour une communauté religieuse » alors que l'ONG n'a plus d'existence canonique depuis 2020. Ses membres continueraient de porter un habit religieux et proposeraient à des jeunes une vie consacrée, sans autorisation ecclésiale[16].

En , Charles Morerod, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, « interdit toute collaboration entre l'ONG Points-Cœur et les réseaux catholiques romains de son diocèse », Points-Cœur se faisant toujours passer pour une entité ecclésiale malgré la rupture des liens[17]. En , Jean-Marie Lovey, évêque de Sion, demande à ne plus promouvoir Points-Cœur, en indiquant que l'association « ne doit recevoir aucun soutien ecclésial »[18].

L'archidiocèse de Vienne, qui avait accueilli plusieurs membres de l'organisation[19], rappelle cependant en que Points-Cœur ne fait plus partie de l'Église catholique et met fin à sa collaboration avec l'organisation[20].

Associations civiles et partenariats

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Points-Cœur bénéficie depuis 2005 d'un statut consultatif spécial au Conseil économique et social de l'ONU[7],[21].

À la suite de la dissolution de la communauté ecclésiale en 2020, des associations civiles liées à Points-Cœur poursuivent leurs activités dans différents pays[P 1],[P 2], comme en Uruguay[22] et aux Philippines[23].

Points-Cœur envoie de jeunes bénévoles âgés de 18 à 30 ans pour des séjours de 14 à 24 mois dans des quartiers défavorisés de 16 pays sur quatre continents. Les bénévoles vivent par groupes de quatre à six dans des maisons de quartier, où ils accueillent les habitants et leur rendent visite quotidiennement[P 3].

La Fondazione Stabat de Milan collabore avec l'association Punto Cuore à Afragola, avec laquelle elle a développé l'Alpha Center, un centre sportif et éducatif dans le quartier défavorisé de Salicelle, décrit comme « initié et porté par des amis du mouvement ecclésial Points-Cœur »[24],[P 4],[25]. Cette fondation organise également le Festival de Letino en Italie, une manifestation culturelle internationale inspirée par Points-Cœur[P 5],[26].

Notes et références

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  1. Hoyeau 2021, p. 34-38.
  2. « Points-Cœur », sur Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie (consulté le ).
  3. 1 2 3 Céline Hoyeau, « Le Saint-Siège demande un audit sur Points-Cœur », La Croix, (lire en ligne, consulté le ).
  4. 1 2 3 Bernadette Sauvaget, « Thierry de Roucy, le prêtre intenable que l'Église catholique menace d'excommunier », Libération, (lire en ligne, consulté le ).
  5. Hoyeau 2021.
  6. Céline Hoyeau, « Le fondateur de Points Cœur reconnu coupable d'abus sexuel », La Croix, (lire en ligne, consulté le ).
  7. 1 2 3 AG, « Toulon : l'ONG catholique Points-Cœur placée sous surveillance », sur France 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur, (consulté le ).
  8. Céline Hoyeau, « P. Thierry de Roucy, fondateur de Points Cœur, renvoyé de l'état clérical », La Croix, (lire en ligne, consulté le ).
  9. 1 2 3 Malo Tresca, « Le diocèse de Fréjus-Toulon s'inquiète de « dérives » au sein de Points-Cœur », La Croix, (lire en ligne, consulté le ).
  10. 1 2 Laurence Desjoyaux et Anne-Laure Filhol, « Après la réduction à l'état laïc de son fondateur, retour sur l'affaire Points-Cœur », La Vie, (lire en ligne, consulté le ).
  11. 1 2 « Encore une communauté nouvelle qui s'effondre », sur L'Envers du décor, (consulté le ).
  12. Maurice Page, « Les évêques ne condamnent pas l'œuvre 'Points-Cœur', mais mettent en garde », Cath.ch, (lire en ligne, consulté le ).
  13. Manuella Affejee, « La communauté Point-Cœur auprès des pauvres de San Salvador », sur Radio Vatican, (consulté le ).
  14. Céline Hoyeau, « Point-Cœur, la mise en vente du Centre de l'ONG catholique fait polémique », La Croix, (lire en ligne, consulté le ).
  15. Pascal Mureau, « L’étonnant patrimoine immobilier de l’ONG catholique Points-Coeur », Le Courrier picard, (lire en ligne, consulté le ).
  16. Matthieu Lasserre, « Points-Cœur : le Vatican appelle à la vigilance », La Croix, (lire en ligne, consulté le ).
  17. Grégory Roth, « Le diocèse LGF coupe officiellement les ponts avec l'ONG Points-Cœur », Cath.ch, (lire en ligne, consulté le ).
  18. Maurice Page, « Diocèse de Sion: Mgr Lovey sévit contre Points-Cœur », Cath.ch, (lire en ligne, consulté le ).
  19. « Nominations 2022 », sur Diocèse de Fréjus-Toulon, (consulté le ).
  20. (de) « Diözesanblatt 2024-1 » [PDF], sur Archidiocèse de Vienne, (consulté le ).
  21. Comité chargé des organisations non gouvernementales, « Rapports quadriennaux pour la période 2017-2020 présentés par les organisations non gouvernementales dotées du statut consultatif auprès du Conseil » [PDF], sur Conseil économique et social de l'ONU, (consulté le ), p. 22.
  22. (es) Leandro Lía, « Puntos Corazón: la casa donde late la solidaridad », sur Iglesia Católica Montevideo, (consulté le ).
  23. (de) « Ein junger Italiener, erzählt von seiner Arbeit und dem Projekt der Gemeinschaft "Offenes Herz" auf den Philippinen », sur Pfarre St. Jakobus Guntramsdorf, (consulté le ).
  24. (de) « Das Alpha-Center öffnet seine Tore », sur supportinternational.de (consulté le ).
  25. (it) « Afragola: Inaugurazione del nuovo campo di calcio del centro sportivo comunale Alphacenter nelle Salicelle », sur vesuvianonews.it, (consulté le ).
  26. (it) « Festival di Letino 2026: a Gallo Matese e Letino il racconto del progetto che nasce da lontano », sur amolivenews.it, (consulté le ).

Références liées à l'ONG

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  1. (pl) « Placówki partnerskie », sur Domy Serca (consulté le ).
  2. (de) « Freiwilligendienst », sur Offenes Herz e.V. (consulté le ).
  3. « Points-Cœur », sur pointscoeur.org (consulté le ).
  4. (it) « Alpha Center – Scheda Progetto », sur percorsiconibambini.it (consulté le ).
  5. « Festival di Letino », sur letinofestival.com (consulté le ).

Bibliographie

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Études

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Témoignages de bénévoles

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Liens externes

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