Polymarket

marché de prédiction

Polymarket est une plateforme décentralisée de marchés de prédiction qui permet aux utilisateurs de parier sur des événements. Les participants peuvent déposer la cryptomonnaie USDC sur la blockchain Polygon et parier sur la probabilité d'événements futurs.

Polymarket
Histoire
Fondation
Cadre
Type
Organisation
Fondateur
Site web

Histoire

modifier

Fondée en 2020 par Shayne Coplan[1], Polymarket est une plateforme de marchés de prédiction en ligne qui permet aux utilisateurs de parier sur l'issue des événements mondiaux[2]. En , Polymarket a été condamné à une amende de 1,4 million de dollars américains par la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) et a reçu une ordonnance de mise en demeure pour des violations réglementaires, notamment pour défaut d'enregistrement en tant que « Swap Execution Facility »[3],[4] Selon la CFTC, Polymarket a offert une « coopération substantielle » tout au long de l'enquête, ce qui a permis à l'entreprise de recevoir une amende moins élevée[1].

En , Polymarket a nommé J. Christopher Giancarlo (en), ancien commissaire de la CFTC, au poste de président de son conseil consultatif[5]. En , la société a annoncé avoir levé 70 millions de dollars en deux cycles de financement[6]. Ces tours comprenaient des investissements de Vitalik Buterin, le cofondateur d'Ethereum, et de Founders Fund, une société de capital-risque fondée par Peter Thiel[1].

En , Mother Jones a rapporté que l'intérêt autour de l'entreprise avait augmenté après qu'un tweet sur l'issue du submersible Titan soit devenu viral. Le pari portait sur le fait de savoir si le submersible serait retrouvé avant une certaine date[7], plutôt qu'un pari sur le sort des passagers[8]. Polymarket avait plus de 60 marchés disponibles au moment du pari sur le submersible, y compris le résultat de l'élection présidentielle du Guatemala et la probabilité que Twitter fasse un procès à Meta, ainsi que la probabilité que la Russie utilise l'arme nucléaire[8].

Polymarket gagne en popularité avec l'élection présidentielle américaine de 2024, et il propose de nombreux paris sur des évènements politiques et économiques, soutenu par des avis jugeant les paris dominants comme plus fiables que les sondages traditionnels[9].

Bien que critiqués comme formes de spéculation, ces marchés attirent désormais aussi des investisseurs institutionnels. Polymarket rachète la plateforme réglementée QCEX[Quoi ?] pour 112 millions de dollars. Avec plus de 6 milliards de dollars échangés au premier semestre 2025, Polymarket affirme transformer la manière dont les citoyens s'informent, en misant sur l'intelligence collective des parieurs[9].

Fonctionnement

modifier

Polymarket est un site internet où les gens peuvent parier (en cryptomonnaies) sur ce qu'ils pensent qu'il va se passer dans le monde (par exemple : qui va gagner une compétition sportive, une élection ; telle loi va-t-elle être votée ; une guerre va t-elle commencer). Cette plateforme dite décentralisée (parce qu'adossée à une blockchain) se présente comme un marché d'idées prédictives, basé sur l'hypothèse de la sagesse de la foule : le principe y étant que plus les gens parient sur une chose, plus elle est supposée probable. Le promoteur et créateur du site le présente comme étant ainsi capable de prédire le futur sur lequel les usagers se prononcent. D'autres estiment que les « prédictions » de la plateforme Polymarket peuvent être facilement manipulées par des entités assez riches pour faire de gros paris, pouvant alors influencer la réalité et de vraies décisions (via des prophéties auto-réalisatrices).

Ce système pose aussi d'autres questions éthiques (quand par exemple certains parient sur des événements graves comme des conflits, des guerres ou des morts). Les paris sont faits en cryptomonnaie USDC sur la blockchain Polygon, et les participants peuvent échanger des actions qui représentent la probabilité que des résultats spécifiques se produisent dans le futur[10].

Concurrence revendiquée avec les médias

modifier

La plateforme tend à devenir, pour certains, un moyen de prédire le futur, qui  pour eux  a déjà remplacé les instituts de sondage aux États-Unis. Polymarket s'est doté d'une newsletter, Oracle, qui se présente comme un micro-média où les paris dominants sont présentés comme des prévisions, qui remplacent les analyses habituellement faites par des journalistes ou des experts du domaine. La plateforme mène d'ailleurs une offensive ouverte envers les médias traditionnels, et en cela elle est aidée par le soutien des libertariens de la tech, eux-même en croisade contre l'hégémonie des grands médias :

  • Elon Musk soutient cette alternative à l'information « optimisée pour la vérité » en connectant son chatbot Grok à Polymarket ;
  • Peter Thiel a aidé la start-up à hauteur de 200 millions de dollars issus de son fonds d'investissement ;
  • Donald Trump, Jr., un des fils du président Trump, est par ailleurs devenu conseiller stratégique de Polymarket, avec un investissement de plusieurs dizaines de millions de dollars[9]. Cet investissement s'est fait via 1789 Capital, un fonds d'investissement américain lancé en 2022 et soutenu par Donald Trump, Jr. ; qui finance des entreprises alignées sur des valeurs conservatrices et prône une stratégie « America First », notamment dans les secteurs de la finance, du numérique et de l'hôtellerie[9].

Critiques

modifier

Atteinte aux principes de la démocratie

modifier

Pour Nikos Smyrnaios, chercheur en sciences de l'information, « Polymarket est une extension encore plus obscène des paris sportifs traditionnels », qui incarne la vieille posture libertarienne qui est de « « pousser la logique du marché jusqu'au bout, pour tout » ». Une posture, selon lui hypocrite et cynique :« Ces élites de la tech se voient encore en sauveurs de la démocratie. […] Mais la démocratie implique des limites qu'ils ne sont pas prêts à accepter »[11].

Possibilité d'interférence dans l'élection présidentielle américaine de 2024

modifier

En 2024, le résultat des élections américaines est devenu le marché le plus actif sur la plateforme[6], avec plus de 1,9 milliard de dollars le [12] misés sur la course présidentielle entre le candidat républicain Donald Trump et la candidate démocrate Kamala Harris[1]. Nate Silver, fondateur de la société d'analyse de sondage FiveThirtyEight, devient conseiller de Polymarket en 2024[13]. A partir de , Polymarket mène ses opérations de prédiction électorale à partir de l'étranger, pour échapper au contrôle de la CFTC[14].

De fortes divergences de prédictions sont observées entre Polymarket et ses concurrents. Ainsi, le , Polymarket a affiché une augmentation des chances de victoire de Donald Trump aux élections de 2024, à 53,3 % et celles de Kamala Harris, à 46,1 %. En même temps, deux concurrents de Polymarket continuent de suggérer que Harris avait de meilleures chances de gagner, à environ 51 %.

Selon le Wall Street Journal, une partie des grands mouvements internes au Polymarket pourraient avoir été un mirage créé par quatre parieurs ayant misé 30 millions de dollars sur Trump, même si les paris n'étaient pas nécessairement malveillants[15]. Polymarket déclare alors qu'elle lance une enquête sur une éventuelle manipulation du marché pour une campagne d'influence en faveur de la campagne présidentielle de Donald Trump en 2024[15].

Délits d'initiés

modifier

Le fonctionnement même de Polymarket rend possible les délits d'initiés, en pariant sur un événement dont on sait par ailleurs qu'il va se produire ; une condamnation a été prononcée en Israël sur cette base à l'encontre de deux individus ayant utilisé des informations confidentielles pour parier sur le déroulement de la guerre Iran-Israël de [16]. D'autres soupçons de délits d'initiés, voire de conflits d'intérêts, concernent les paris sur le déclenchement du conflit américano-israélo-iranien de 2026 : fin , six comptes créés peu de temps auparavant ont misé plusieurs millions de dollars sur la date de déclenchement et réalisé des profits élevés. Établir le caractère frauduleux des paris est cependant très difficile car l'identité des parieurs n'est pas connue[6]. Les soupçons de conflit d'intérêts sont en outre renforcés par le fait que Donald Trump, Jr. y exerce la fonction de conseiller stratégique[17].

En un militaire américain est arrêté pour avoir utilisé en janvier sa connaissance de l'enlèvement de Nicolás Maduro afin de parier sur Polymarket ; il aurait misé 33 000 $ et gagné 409 881 $[18].

Incitation à commettre un délit

modifier

Afin de gagner un pari, des parieurs peuvent être incités à truquer les instruments de mesure qui vérifient l'événement. Ainsi, pour gagner un pari concernant la météo, il y aurait eu une fraude informatique en avril 2026[19].

Paris sportifs suspects

modifier

En 2026, Polymarket s’associe à Palantir pour repérer des paris sportifs suspects. Le site va recourir à l’intelligence artificielle pour détecter les flux financiers suspects liés à des rencontres sportives[20].

Problèmes éthiques

modifier

L'objet de certains paris peut également être considéré comme éthiquement douteux, notamment lorsque ceux-ci portent sur des faits de nature violente comme un éventuel bombardement nucléaire de l'Iran en 2026[17].

Interdictions nationales

modifier

Dans 33 pays en , l'accès est interdit et/ou bloqué en raison de sanctions internationales ou de l'application des lois sur la finance, les jeux d'argent, le blanchiment d'argent, ou le droit de la consommation[21]. La France et la Belgique interdisent Polymarket en raison de l'absence d'agrément concernant les réglementations sur les jeux d'argent et de hasard[22],[23]. Dans d'autres pays, pour des raisons similaires, des autorités ont envisagé d'interdire Polymarket[10], et les États-Unis l'ont interdit en 2022. De nombreux usagers contournent les interdictions au moyen de VPN, et des milliardaires comme Elon Musk et Peter Thiel ont financièrement soutenu Polymarket. En 2025, après l'élection de Donald Trump pour un second mandat, le site est de nouveau autorisé aux États-Unis[24].

Après le pari de 30 millions de dollars d'un trader français sur Donald Trump[10], l'Autorité nationale des jeux française déclare en avoir interdit le site français de Polymarket, car non conforme aux réglementations sur les jeux d’argent et de hasard[22]. Le , l’Autorité nationale des jeux ordonne aux fournisseurs d’accès à l'Internet français de bloquer l’accès au site Polymarket américain à partir de la France, au motif que la plateforme américaine « fait la promotion d’une offre illégale de jeux d’argent et de hasard »[19]. Cette nouvelle interdiction est consécutive à la manipulation présumée de capteurs météo de l'aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle ayant permis à des internautes de parier sur l’évolution des températures[25].

Notes et références

modifier
  1. 1 2 3 4 (en) Zachary Folk, « Peter Thiel Invests In Polymarket Political Betting Platform—But The Future Of Gambling On Elections Remains Unclear », sur Forbes (consulté le ).
  2. (en) « A resurgent online betting market is boosted by crypto and current events » [archive du ], sur NBC News, (consulté le ).
  3. (en) « CFTC Fines Polymarket and Issues a Cease and Desist » [archive du ], sur Yahoo Finance, (consulté le ).
  4. (en) « Event-Betting Platform Polymarket to Pay $1.4 Million U.S. Fine », Bloomberg, (lire en ligne, consulté le ).
  5. (en) « Crypto Betting Service Polymarket Taps Ex-CFTC Head as Chair After Agency Probe », Bloomberg, (lire en ligne, consulté le ).
  6. 1 2 3 (en) « Peter Thiel's VC Firm Backs Election Betting With Polymarket Investment », Bloomberg, (lire en ligne, consulté le ) :
    « Polymarket has raised $70 million across two rounds, with the most recent raise led by Founders Fund... »
  7. (en) Ali Breland, « Meet the gamblers who won big betting on the submarine's fate », sur Mother Jones (consulté le ).
  8. 1 2 (en) « A resurgent online betting market is boosted by crypto and current events » [archive du ], sur NBC News, (consulté le ).
  9. 1 2 3 4 (en) « Polymarket secures investment from Trump Jr-backed 1789 Capital », sur Reuters, .
  10. 1 2 3 Nicolas Lellouche, « La France veut interdire Polymarket, le site pour parier sur l'actualité avec des cryptomonnaies », sur Numerama, (consulté le )
  11. Martin Lapouille, « Adios les médias traditionnels : bienvenue dans l'ère de l'infofinance », sur Numerama, (consulté le ).
  12. (en) « Presidential Election Winner 2024 », Polymarket (consulté le ).
  13. Felix Salmon, « Prediction markets notch an important win with Biden's drop out », Axios, (lire en ligne [archive du ], consulté le ).
  14. (en) « Polymarket likely to remain offshore for now despite ruling in favor of U.S. election betting », sur Yahoo Finance, (consulté le ).
  15. 1 2 (en) « A Mystery $30 Million Wave of Pro-Trump Bets Has Moved a Popular Prediction Market », sur The Wall Street Journal, .
  16. (en) Emily Nicolle, « Polymarket Iran Bets Hit $529 Million as New Wallets Win Big », sur bloomberg.com, (consulté le ).
  17. 1 2 Artiom Missiri, « En vidéo – Une bombe nucléaire sera-t-elle utilisée en Iran avant 2027? Sur Polymarket, les paris sont lancés », Le Temps, (lire en ligne Accès libre).
  18. ATS, « Un militaire américain poursuivi pour des paris sur la chute de Nicolas Maduro », Le Temps, (lire en ligne Accès libre).
  19. 1 2 « Polymarket : la France bloque l’accès sur son territoire au site de paris sur l’actualité », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
  20. « Marchés prédictifs : Polymarket s’associe à Palantir pour repérer des paris suspects liés au sport » Accès libre, sur LeMonde.fr avec AFP, (consulté le )
  21. (en) « Geographic Restrictions », sur Polymarket Documentation (consulté le )
  22. 1 2 « Suite à l’intervention de l’ANJ, le site POLYMARKET ne propose plus ses services sur le territoire français », sur Autorité nationale des jeux,
  23. (en) Sebastian Warowny, « Belgium Blocks Polymarket Over Regulatory Non-Compliance », sur iGaming Express, (consulté le )
  24. (en) Lucas Ropek, « Polymarket Says It's Coming Back to the U.S. », sur Gizmodo, (consulté le ).
  25. Michaël Szadkowski, « Sur Polymarket, ces paris météo qui peuvent rapporter gros », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )

Voir aussi

modifier

Articles connexes

modifier

Liens externes

modifier