Pour la Palestine comme pour la Terre
Pour la Palestine comme pour la Terre (titre original : The Destruction of Palestine is the Destruction of the Earth)[1], sous-titré Les ravages de l'impérialisme fossile, est un essai de l'auteur suédois Andréas Malm, publié en ligne en anglais sur son blog en 2024[2] après avoir été retranscrit d'une conférence publié à l'université américaine de Beyrouth le 4 avril 2024[A 1]. Le texte a été édité en 2025 en langue anglaise par les éditions verso[3]. Il a été traduit en français et publié aux éditions La Fabrique[4] la même année[5].
Contexte politique
modifierLe 7 octobre, le Hamas palestinien a déclenché l'opération Tufan Al-Aqsa contre Israël. Brisant le blocus, les attaquants palestiniens ont pris 215 otages israéliens, et causé plus d'un millier de pertes civiles, essuyant presque autant de pertes militaires. Suite à cette attaque, l'État d'Israël a intensifié la colonisation et la répression militaire contre le territoire Palestinien, au point que l'on a pu parler de génocide[6]. La destruction de la bande de Gaza par Israël avait causé, au moment de la publication du livre, 38 794 victimes civiles (dont 16 172 enfants) et près de deux millions de déplacements[A 2].
Genèse
modifierAndréas Malm est un militant suédois pro-palestinien et antiraciste. Il a publié en 2002 un premier ouvrage en suédois sur la Palestine (non traduit en français)[7], sujet sur lequel il publiait des billets de blogs et autres articles depuis quelques années déjà. Son engagement militant l'a ensuite conduit à se préoccuper des questions climatiques, à propos desquels il a publié un certain nombre de texte publiés en français (L'Anthropocène contre l'histoire, Comment saboter un pipeline, La Chauve-Souris et le capital, Avis de tempête). La publication de Pour la Palestine comme pour la Terre lui a donc permis de relier deux sujets d'intérêt politique et intellectuel pour montrer leurs liens sous-jacents, plutôt que de les traiter séparément.
Réception
modifierLa publication de l'ouvrage a fait l'objet d'un certain nombre de recensions et d'articles de presse, en France comme à l'étranger. C'est notamment le cas du magazine français Socialter[8] en février 2025 puis de Blast en avril 2025[9] lors de la parution française, tout comme de l'hebdomadaire Lundimatin[10]. Suite à son article, le media Blast a ensuite publié une vidéo dans sa série Focus sur le livre[11]. Le journal Fracas a quant à lui consacré un entretien à l'auteur suite à la parution du livre[12].
Dans la presse académique francophone, le CAREP de Paris a publié un article dans le cadre de la sortie du livre en juillet 2025[13]. Quant à la publication anglaise de l'ouvrage, elle a fait l'objet d'une revue de presse en mai 2025 dans le journal Washington Report on Middle East Affairs (en)[14] ainsi que dans Philosophy Today (en) en 2026[15]. Parmi les organes de presse affiliés à des partis politiques, il faut citer le journal du NPA, L'Anticapitaliste, qui a publié un long article sur l'ouvrage en octobre 2025[16].
Plusieurs associations engagées sur la question palestinienne ont aussi participé à donner de la visibilité à cet ouvrage. C'est ainsi le cas de l'UJFP qui a publié un billet sur cet ouvrage en février 2025[17] ainsi que de l'association belgo-palestinienne en octobre 2025[18].
Inversement, le journal Le Figaro a publié un article assez critique à l'égard de cet ouvrage en mars 2025[19]. L'ouvrage de Malm est aussi cité par le journal Le Point en novembre 2025 pour critiquer les choix éditoriaux de la maison d'édition La Fabrique[20].
Résumé détaillé
modifierPas de limites
modifierDans ce petit texte introductif, l'auteur montre que suite à l'opération Tufan Al-Aqsa, la riposte israélienne contre les territoires Palestiniens, n'a pas connu de limites, dans la mesure où l'armée israélienne repoussait systématiquement toutes les lignes rouges du droit international ou de la morale. Il montre ensuite que les ravages climatiques ne cessent aussi de s'accélérer et ne semblent pas pouvoir connaître encore de limite.
La destruction de la Palestine c'est la destruction de la Terre
modifierLe premier génocide du capitalisme tardif avancé
modifierLe génocide que commet actuellement l'État d'Israël en Palestine est différent des précédents historiques, dans la mesure où il fait l'objet d'un « effort transnational »[A 3], notamment pour fournir Israël en armes.
Modes de pulvérisation
modifierLa destruction physique du territoire palestinien est centrale dans ce génocide. Cependant, Malm historicise ces violences et montre que la destruction physique systématique des villages palestiniens est une pratique coloniale remontant au moins jusqu'en 1948 avec le plan Daleth. Contrairement à 1948, les violences actuelles sont conjointes d'autres violences destructrices systématiques : celles du climat. Il évoque à cet égard la déforestation en Amazonie, mais surtout le passage de la tempête Daniel en Libye, à Derna. La destruction de cette dernière, est très proche de celle de Gaza, quoique la tempête n'ait eu aucune intentionnalité. Malm montre cependant que si la tempête n'est pas intentionnelle, la poursuite du « business as usual »[A 4] l'est. Pour mieux comprendre ces articulations entre climat et violences génocidaires, Malm propose de faire une analyse historique de la colonisation, pour la lier à l'importance des énergies fossiles.
Sachez que nous avons le pouvoir de vous pulvériser
modifierEn 1840, la Grande-Bretagne a déployé des bateaux à vapeur, une arme reposant sur l'énergie fossile, au Proche-Orient afin d'écraser Méhémet Ali. Celui-ci allait contre les intérêts économiques de celle-ci en concurrençant sa production de coton et en menaçant de refuser les accords de Balta-Liman (un accord de libre-échange permettant à la Grande-Bretagne d'écouler ses surproductions à l'étranger).
La pulvérisation d'Acre
modifierDébut novembre 1840, les bateaux à vapeur, après plusieurs autres bombardements, réduisent la ville d'Acre « en un tas de gravats »[A 5], notamment après avoir fait sauter la poudrière de la ville le 3 novembre. L'historiographie contemporaine permet de souligner un autre détail d'importance : ce bombardement visait surtout à causer de nombreuses victimes civiles afin de contraindre l'armée à se rendre[21].
La vapeur, dans la mesure où elle était tout le temps contrôlable, à l'inverse du vent qui créait des aléas dans le conflit, offrait une agilité nouvelle aux bateaux anglais, leur permettant de s'approcher des côtes et de rendre leur bombardement d'autant plus destructeur.
L'Égypte subordonnée
modifierAndréas Malm analyse dans ce chapitre le contexte économique de l'Égypte pour montrer sa dépendance envers la culture du coton qui l'a empêché d'évoluer vers une économie fossile dans la mesure où les ressources en charbon étaient monopolisées par la Grande Bretagne.
La Palestine délivrée
modifierCette séquence a été décisive pour le sort de la Palestine, dans la mesure où lors du bombardement d'Acre, l'idée d'une colonisation juive de la Palestine a été évoquée pour la première fois dans une lettre de Lord Palmerston à l'ambassadeur d'Istanbul. L'auteur évoque ensuite l'importance d'un proche de Palmerston, le très croyant comte de Shaftsbury. Une colonisation juive aurait pour intérêt de créer un contre-pouvoir face à Méhémet Ali, de développer économiquement cette province ottomane et d'en faire un débouché économique pour la Grande Bretagne. C'est à cette époque que se construisent deux narratifs essentiels à la justification de la colonisation : « un, il n'y a pas de peuple en Palestine, deux, la terre doit être prise par la force d'une technologie fonctionnant aux énergies fossiles »[A 6]. L'auteur souligne ainsi l'importance de l'énergie fossile dans ce projet de colonisation, facilitant l'arrivée des colons en réduisant les temps de voyage, elle est aussi un argument de colonisation en affirmant que ces terres auraient besoin d'une exploitation rationnelle et technologique.
Une structure, pas un évènement
modifierAvant d'exister en Palestine, Malm défend que « le sionisme a d'abord existé au niveau de la superstructure, l'empire fossile »[A 7]. Il développe ainsi l'importance de la pensée sioniste et impérialiste dans la vie politique anglaise avant même qu'elle ne trouve à se concrétiser. Il souligne enfin une lacune de son travail qui ne repose pas sur des sources arabes.
Étapes d'une double destruction
modifierCe chapitre traite succintement du fait que l'exploitation du territoire palestinien a autant consisté en une destruction de ses ressources physiques de la terre palestinienne qu'en la destruction de ses habitants.
Israël fossile
modifierCet article détaille l'engagement actuel d'Israël dans des investissements fossiles. Il évoque ainsi les prospections de Chevron en Palestine avec notamment la plateforme de Tamar, tant comme les extractions en Grande-Bretagne par des compagnies israéliennes.
La combustion de Gaza
modifierDans ce chapitre, l'auteur détaille les émissions de CO2 dues à l'armement, rappelant que en temps de paix, ce secteur est responsable de plus de 5 % des émissions mondiales de CO2.
Contre la théorie du lobby
modifierAndreas Malm critique aussi l'idée, qu'il attribue à John Merasheimer, selon laquelle les États-Unis seraient sous l'emprise d'un lobby israélien, expliquant leur engagement en soutien de ce pays. Andréas Malm considère que cette hypothèse déresponsabilise grandement les États-Unis et accorde trop de pouvoir aux lobbys israélien. Il estime que cet engagement est le reflet de l'idéologie politique états-unienne, dont elle est seule responsable. Il montre ainsi que le soutien à Israël répond aux États-Unis à des intérêts géopolitiques dans la région, tout comme à leurs intérêts économiques.
Détruire ce qui détruit la Palestine et la planète
modifierAndreas Malm continue sa comparaison entre le déreglement climatique et le génocide en Palestine. Il montre que ces deux phénomènes sont parfaitement documentés mais n'en font pas moins l'objet de l'indifférence générale. Il conclut sur les accords internationaux sont valeur ni conséquences sur ces question.
Restaurer la supériorité technologique
modifierL'opération Tufan Al-Aqsa a constitué une négation sans précédent de l'outillage militaire technologique d'Israël par des combattants dotés de peu de moyens. Malm comprend donc la répression violente et génocidaire de l'État d'Israël comme une volonté de réinstaurer sa supériorité technique sur la Palestine.
Réponse à certaines objections sur la résistance
modifierCette annexe constitue une réponse à l'article de blog publié par Matan Kaminer sur Verso en mai 2024 intitulé After The Flood[22].
La gauche de la résistance
modifierCet article commence en évoquant l'existence et l'importance de la gauche palestinienne notamment à travers ses deux partis, le FPLP et le FDLP. Il estime ainsi que « le bloc de gauches forme par ses effectifs le deuxième bloc sur le terrain »[A 8], ces deux partis confondus. Malm montre que la gauche est ainsi très développée en Palestine, et que les gauches européennes, qui par ailleurs « ne pratiquent plus la lutte armée »[A 9], devraient s'y intéresser.
Sur une note personnelle
modifierL'auteur évoque dans cette partie son attrait personnel pour le FPLP. Il écrit que l'engagement pour les Palestiniens a été ce qui l'a conduit à l'engagement climatique puis il invite les militants européens à s'inspirer des Palestiniens : « [Il] y a bien une chose à imiter, et c'est l'esprit de résistance, la volonté de se battre comme si toute notre dignité existentielle en dépendait »[A 10].
La Palestine avec ou sans combustibles fossiles
modifierL'auteur répond ensuite à l'objection qui tend à souligner que le Hamas utilise aussi des énergies fossiles et qu'une Palestine libérée ne cesserait pas pour autant les extractions. En effet, il n'y a pas de réel mouvement climatique en Palestine, mais :
Injecter la conscience climatique dans la lutte palestinienne et dans d'autres luttes au Proche-Orient est une mission historique nécessaire mais cela ne peut pas nous détourner de la défense immédiate de l'existence et des droits du peuple palestinien[A 11].
Sur le meurtre de colons
modifierPour répondre à une objection critiquant le meurtre de colons civils par les Palestiniens, l'auteur s'appuie notamment sur la pensée de Adi Callai[23] mais aussi sur des écrits de Nelson Mandela[24]. Si ces pertes sont déplorables, la résistance palestinienne avait essayé toutes les autres voies et le meurtre de civils a paru être un dégât collatéral nécessaire à la fin des violences coloniales, puis génocidaires de l'État d'Israël.
Sur le Hamas réel
modifierAndréas Malm montre dans ce chapitre que le Hamas est loins des clichés occidentaux qui le suivent. Accusé de messianisme, ce parti s'est pourtant éloigné de la religion au fil des années (rupture avec l'antisémitisme, perte d'importance du port du hijab, etc.). Sa laïcisation, si elle n'est pas complète, reste notable, notamment comparée au projet religieux d'Israël. Quant à l'accusation d'autoritarisme, elle ne tient pas face à la facilité avec laquelle le FPLP a pu s'installer dans le paysage politique même sous le Hamas. Quant aux accusations de manipulations sectaires, Malm les juge absurdes tant les relations entre communautés religieuses sont bonnes en Palestine avec le Hamas.
Rester fidèles au serment
modifierL'auteur valorise dans cet article le mouvement pro-palestinien New Yorkais qui est très au fait de l'actualité du génocide et connaît finement ses enjeux politiques. L'auteur invite ensuite à admirer autant les militants des droits civiques que les combattants palestiniens trop souvent déconsidérés, si ce n'est ignorés.
Sur le fait de blâmer les combattants
modifierCette dernière partie revient sur l'opération Tufan Al-Aqsa et l'auteur, sans minorer la première intifada, n'en défend pas moins que le 7 octobre a eu un impact bien plus fort et immédiat. Il démonte ensuite l'objection qui fait porter au Hamas la responsabilité du génocide. Israël est seule responsable de sa réponse à l'opération Tufan Al-Aqsa, dans la mesure où elle aurait pu réagir de bien des manières différentes, notamment en ne commettant pas de génocide.
Réponses à certaines objections sur le lobby
modifierCette ennexe vise à revenir sur des objections qui ont été portées contre les idées de Malm à propos du lobby israélien. Il y développe ses idées concernant le fait que la thèse d'un lobby israélien contrôlant les États-Unis serait fausse et irréaliste.
Notes et références
modifierCitations du livre
modifierRéférences
modifier- ↑ « The Destruction of Palestine is the Destruction of the Earth », sur Middle East Monitor, (consulté le )
- ↑ (en) « The Destruction of Palestine Is the Destruction of the Earth », sur Verso (consulté le )
- ↑ (en-US) « The Destruction of Palestine Is the Destruction of the Earth by Andreas Malm: 9781836740070 | PenguinRandomHouse.com: Books », sur PenguinRandomhouse.com (consulté le )
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- ↑ « La fabrique éditions | Pour la Palestine comme pour la Terre » (consulté le )
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- ↑ « Details for Bulldozers mot ett folk : om ockupationen av Palestina och det svenska sveket / › Högskolan Väst(HV) catalog », sur koha.hv.se (consulté le )
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- ↑ « Andreas Malm, « Pour la Palestine comme pour la Terre » - Les bonnes feuilles », Blast, (lire en ligne)
- ↑ Franz Himmelbauer, « Pour la Palestine comme pour la Terre d’Andreas Malm », Lundimatin, no 470, (lire en ligne)
- ↑ « Accaparer, extraire, détruire : Andreas Malm, la Palestine martyrisée comme la Terre », sur Blast le souffle de l’info, (consulté le )
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- ↑ (en-US) CAREP, « Palestine et Capitalocène : le double front d’Andreas Malm face à l’impérialisme extractiviste », sur CAREP Paris, (consulté le )
- ↑ (en) Ida Audeh, « The Destruction of Palestine Is the Destruction of the Earth/Moral Abdication: How the World Failed to Stop the Destruction of Gaza. », Washington Report on Middle East Affairs, vol. 44, no 3, , p. 84-87 (ISSN 8755-4917)
- ↑ (en) Jonathon Catlin, « Andreas Malm, The Destruction of Palestine Is the Destruction of the Earth. », Philosophy Today, vol. 70, no 1, , p. 201-204 (ISSN 0031-8256)
- ↑ Philip Deline, « Pour la Palestine comme pour la terre », L'Anticapitaliste, nos 168-169, Été-septembre 2025 (lire en ligne)
- ↑ Union Juive Française pour la Paix (UJFP), « Pour la Palestine comme pour la Terre — UJFP » (consulté le )
- ↑ Manon Marée, « Pour la Palestine comme pour la Terre, les ravages de l'impérialisme fossile », sur Association belgo-palestinienne, (consulté le )
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- ↑ Ismaël el Bou-Cottereau, « La lente dérive de La Fabrique, maison d’édition radicale-chic », Le Point, (lire en ligne)
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- ↑ « Le Soulèvement du ghetto de Gaza - Adi Callai », sur lundimatin (consulté le )
- ↑ Nelson Mandela et Jean Guiloineau, Un long chemin vers la liberté: autobiographie, Fayard, (ISBN 978-2-213-02986-3)
