Première bataille d'El Djorf
La première bataille d'El Djorf, est un engagement armé de la guerre d'Algérie se déroulant du 22 au sur le mont d'El Djorf dans la région des Aurès, cette bataille oppose l'ALN à l'Armée française. Elle s'achève sur une défaite de l'armée française.
| Date | – |
|---|---|
| Lieu | Mont d'El Djorf dans les monts Nemenchas |
| Issue | Victoire de l'ALN |
| Général Jean Noiret Général Henri Lorillot Général Jeannot Colonel Moissenet Commandant Crespin |
Bachir Chihani Adjel Adjoul Lazhar Cheriet Abbas Laghrour |
| 25,000 soldats avec le soutien de l'artillerie et de l'ALAT | 300-400 moudjahidines |
| cf. les pertes des deux camps | cf. les pertes des deux camps |
Batailles
- Toussaint rouge
- Opération Eckhmül
- Opération Aloès
- Opération Véronique (en)
- Opération Violette
- Massacres d'août 1955 dans le Constantinois
- Opération Timgad
- Bataille d'El Djorf
- Opération Oiseau bleu
- Embuscade de Palestro
- Opération Djebel Zekri
- Bataille d'Alger
- Bataille de Bouzegza
- Bleuite
- Bataille de Timimoun
- Bataille des Frontières
- Combat du Fedj Zezoua
- Coup d'État du 13 mai 1958
- Opération Résurrection
- Opération Brumaire
- Bataille d'Aït Yahia Moussa
- Plan Challe
- Opération Couronne
- Opération Jumelles
- Semaine des barricades
- Manifestations de décembre 1960
- Putsch des généraux
- Bataille de Djebel Bouk'hil
| Coordonnées | 34° 55′ 19″ nord, 7° 31′ 50″ est | |
|---|---|---|
Prélude de la bataille
modifierLa première bataille d'El Djorf est précédée de plusieurs embuscades meurtrières. L'une d'entre elles, du , à Guentis, voit l'administrateur Maurice Dupuy et le lieutenant Guillomot être tués par balle. Une seconde, du , se déroule sur la route Taberdga-Djellal, où 26 légionnaires et 13 moudjahidines sont tués[1].
En dehors des embuscades, l'armée française avait arrêté en, , Mustapha Benboulaïd, à la tête de l'ALN dans la même région. Il fut alors remplacé par le colonel Bachir Chihani qui décida de convoquer les différents chefs des Aurès-Nemencha de l'ALN, ainsi que leurs troupes, entre le 18 et [2], à Ras Tarfa, distant de 12 kilomètres d'El Djorf[3], dont le but était une réorganisation des troupes afin de relancer les opérations militaires dans la région. Les habitants et les notables de la région furent eux aussi convoqués, ce afin de leur présenter un rapport sur la révolution algérienne depuis son déclenchement et de leur formuler parallèlement une demande de soutiens financier et logistique[4].
Informée de la présence d'un important groupe de moudjahidines sur le mont El Djorf, l'armée française d'encercler le mont d'El Djorf dans le cadre de l'opération Timgad (appelée aussi opération Pavot[5])
Composition des armées
modifierArmée française
modifierAu sein des forces militaires engagées, on compte le 4e régiment de tirailleurs tunisiens, le deuxième bataillon du 2e régiment étranger d'infanterie ainsi que des Goumiers marocains (notamment le 1er[6.1], 8e[7] et le 10e Tabor[8]), avec pour objectif d'attaquer par l'est puis de déborder par le nord depuis Cheria. L'est de la région est ensuite isolé par le 1er BEP provenant de Tébessa et se déplaçant entre l'oued Hallaïl et la frontière tunisienne. Le bouclage au sud d'El Djorf est assuré par trois compagnies portées de la légion étrangère (notamment la 23e CPLE[9]) disposant de véhicules légers (EBR) en provenance de la région de Ferkane. Trois bataillons de la 13e demi-brigade de Légion étrangère assurent le bouclage à l'ouest en provenance de Khenchela et Guentis, soit 7000 à 8000 hommes[10] selon les estimations de Dominique Farale, ancien officier de la légion étrangère et historien[11].
Cependant cette liste ne semble pas complète, la présence du 1re RTA, 2e RTA, du groupe mobile 221 (GM 221), 45e RTRS, du 5e RCA et du 513e Groupe de transport ainsi que du groupement mobile d'artillerie (GMA) commandé par le colonel Moissenet sont attestés par les archives de l'ECPAD[12], ainsi que la présence du 3e BPC[13],du 65e régiment d'artillerie[14], du 8e Hussards, du 28e Régiment d'artillerie, du 23e régiment d'infanterie (France), du 4e régiment de chasseurs d'Afrique,du 62ème Régiment d'infanterie,du 10e bataillon de parachutistes coloniaux[6] qui est aussi rapporté.
La présence des généraux Noiret[15], Lorillot, Jeannot[16], de Sainte Opportune[5] et du commandant Crespin[17] est aussi attestée par les archives de l'ECPAD.
Le dispositif militaire est complété par l'emploi de l'ALAT et l'utilisation d'hélicoptères pour le transport de troupes[18]. Ces éléments supplémentaires appuient le nombre de 25.000 hommes engagés dans l'opération Timgad pour l'armée française, cependant le nombre d'hommes ayant participé directement à bataille est estimé entre 10,000 à 15.000 hommes selon les sources françaises[19].
Armée de libération nationale
modifierLes effectifs de l'ALN lors de cette bataille sont estimés entre 300 et 400 moudjahidines divisés en trois sections : la première section commandé par Adjel Adjoul équipé d'armes automatiques, la deuxième section commandé par Sidi Henni disposant de fusils mais avec peu de munitions et la troisième section commandé sous les ordres d'Abbas Laghrour[19].
Déroulement de la bataille
modifierLe 22 septembre à Draa El Melah, au nord du mont d'El Djorf, l'armée française détecte des mouvements suspects et décide d'envoyer une section de reconnaissance de la 6e compagnie du 2e REI qui accroche des éléments de l'ALN qui tentaient de fuir la région qui était alors bouclée, l'accrochage fait du côté français : 4 tués dont le lieutenant Grandsard qui commandé la section et 7 blessés, elle fait du côté de l'ALN : 21 tués[19].
Après cet accrochage, Bachir Chihani et son état-major ordonnent aux hommes de l'ALN de se regrouper au mont d'El Djorf possédant des pitons rocheux et des grottes difficile d'accès.
Le 25 septembre à 8 heures du matin, le village troglodyte d'El Djorf est bombardé après qu'il fut évacué pour punir les habitants d'avoir accueilli un rassemblement de l'ALN[19].
La même journée, après l'échec de l'offensive du 22 au 24 septembre de l'armée française[3], les tirailleurs tunisiens avec l'appui de nombreuses autres unités reprennent l'offensive dès 9 heures du matin, progressant lentement et subissant de lourdes pertes, la 7e compagnie du 2e REI est alors appelée en renfort, toutefois les légionnaires n'avaient progressé que de 250 mètres au milieu de la journée, à 14 heures l'offensive est stoppéee et les légionnaires usent alors d'explosifs et de lance-flammes sans que cela ait d'effet sur leur avancée[19]. Les légionnaires et le 1er bataillon du 8e régiment de tirailleurs tunisiens se retirent.
Dans la nuit du 25 au 25 septembre 160 moudjahidines décrochent et forcent le passage aux goumiers du 1er Tabor qui bouclaient les gorges au sud, l'affrontement faisant 21 morts de chaque côté. La section d'Adjel Adjoul et celle de Sidi Henni avaient par la suite fait jonction à l'ouest d'El Djorf et réalisèrent une marche forcée vers le nord-est afin d'échapper au bouclage de l'armée française. Bachir Chihani et d'autres moudjahidines purent échapper au bouclage une semaine plus tard alors que l'armée française avait dynamité l'entrée de la grotte où ils se trouvaient.
Les pertes des deux camps
modifierBien que l'estimation des pertes des deux camps lors de la bataille soit jugée « extrêmement difficile »[4], des chiffres ont été avancés par plusieurs historiens, chercheurs et vétérans :
Armée française
modifier- Entre 400 et 800 morts, plus de 1500 blessés, 100 soldats disparus, 8 avions abattus, 3 véhicules blindés détruits, 50 mitrailleuses récupérées ainsi que divers équipements militaires selon les sources recueillies par Mekideche Aljia[4].
- Entre 600 et 700 morts selon le moudjahid El Ouardi Guetal ayant participé à la bataille[20].
- 600 morts, 800 blessés, un avion bombardier et un hélicoptère à bord duquel se trouvaient 14 officiers et soldats (ainsi que 70 armes de guerre et des munitions, les deux récupérés) selon le commandant Brahim Kacem cité par Achour Cheurfi[3].
- Abdelhai Abdelhafid cite dans son article deux sources qu'il juge contradictoires, la première faisant état de nombreux véhicules détruits et endommagés, d'une centaine d'armes récupérées et d'une quantité de munitions estimée à 20 mules, ainsi que d'une centaine de mules et chameaux tués collatéralement par l'ALN. La seconde source, quant à elle, fait état de 107 morts, 4 avions abattus, 25 armes récupérées (dont 7 mitrailleuses, un mortier de 60 mm, 7 pistolets-mitrailleurs MAT49 et 4 fusils MAS 36), 4 émetteurs servant pour les transmissions et une grande quantité de munitions. Enfin, une troisième évoque l'incendie d'un camion, 3 avions abattus, 4 chars détruits et 7 armes abandonnées[21].
- 13 tués, 43 blessés français, 2 tirailleurs tunisiens tués ainsi que 12 fusils, 1 pistolet mitrailleur et un poste radio perdu selon l'armée française cité par Emmanuel Alcaraz[19]
Armée de libération nationale
modifier- 170 morts selon le moudjahid El Ouardi Guetal ayant participé à la bataille[20].
- 80 morts et 25 blésées selon Achour Cheurfi[3].
- 110 morts, 7 prisonniers et 60 armes récupérées selon Jean Balazuc[13].
- Mekideche Aljia cite 60 à 70 morts et entre 60 à 90 blessés, ainsi que 15 armes perdues[4].
- 80 morts selon Adjel Adjoul ayant participé à la bataille[1].
- Ouanassa Siari Tengour cite 45 morts et 40 prisonniers[2].
- Abdelhai Abdelhafid cite 75 morts et plus de 20 blessés[21].
- 77 morts, 3 blessés, (un document cite 27 armes récupérés, un deuxième en cite 60 et un dernier 170) selon l'armée française cité par Emmanuel Alcaraz[19].
Conséquences de la bataille
modifierUne des premières conséquences directes de la première bataille d'El-Djorf fût son écho sur la scène nationale qui conforta le moral des troupes de l'ALN[2]. La bataille contribua à l'inscription de la question algérienne à la 10e session de l'Assemblée générale des nations unies le [21]. Par ailleurs, elle fût considérée comme l'un des premiers « chocs frontaux » (wahja) où l'ALN put engager le combat, frontalement, contre une armée ennemie (armée française) plus nombreuse et mieux équipée[18].
Références
modifier- 1 2 Tramor Quemeneur, Ouanassa Siari Tengour et Sylvie Thénault, Dictionnaire de la guerre d'Algérie, Groupe Robert Laffont, (ISBN 978-2-38292-311-5, lire en ligne)
- 1 2 3 Ouanassa Siari Tengour, « Adjel Adjoul (1922-1993) : un combat inachevé », Insaniyat / إنسانيات. Revue algérienne d'anthropologie et de sciences sociales, nos 25-26, (ISSN 1111-2050, DOI 10.4000/insaniyat.6187, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 Achour Cheurfi, La révolution algérienne, 1954-1962 : dictionnaire biographique, Casbah éditions, (ISBN 978-9961-64-478-2, lire en ligne), p. 140
- 1 2 3 4 (ar) مقيدش علجية, « معركة الجرف التاريخية الكبرى 22-25/09/1955 », مجلة الباحث في العلوم الإنسانية و الإجتماعية, vol. 10, no 3, , Pages 1159-1168 (lire en ligne)
- 1 2 « Opération Pavot dans le massif du Nemencha par la division de marche de Tunisie. », sur imagesdefense.gouv.fr (consulté le )
- ↑ Colonel Jean Bergue., « le 8e Régiment de Tirailleurs Tunisiens (1955-57) », *, * (lire en ligne [PDF])
- ↑ Ce texte est à l'origine un article sûrement publié à l'origine dans un journal qui n'est pas cité et un extrait de cette article à était cité dans un livre dont le nom n'est pas trouvable puis cette extrait à était cité dans un rapport de l'instance vérité et dignité.
- ↑ « Histoire de la première escadrille d'hélicoptères moyens AA », sur www.aha-helico-air.asso.fr (consulté le )
- ↑ Le 40e goums du 10e Tabor à participer à l'opération Timgad (Nordine Boulhais, p.110).
- ↑ Tibor Szecsko, Le grand livre des insignes de la Légion étrangère, FeniXX, (ISBN 978-2-307-65384-4, lire en ligne), p. 160
- ↑ À cela s'ajoute un bataillon de tirailleurs sénégalais, une compagnie de tirailleurs algériens et 5 harkas locale mentionné plus tard dans le témoignage.
- ↑ Auteur Laghrour, « Témoignage d’un officier français sur la bataille du Djorf dans les Nemamchas en 1955 », sur Abbès Laghrour عباس لغرور ------------ Les précurseurs de la révolution algérienne, (consulté le )
- ↑ ECPAD, « Opération Timgad » (consulté le ), F 55-191 à F 55-212
- 1 2 Jean Balazuc, L'armée française pendant la guerre d'Algérie: une chronologie mensuelle, mai 1954-décembre 1962, l'Harmattan, (ISBN 978-2-343-18636-8, lire en ligne), p. 90
- ↑ « PC opérationnel du camp du Drap d'Or à El Amra au coeur des Monts des Nemencha (massif des Aures). », sur imagesdefense.gouv.fr (consulté le )
- ↑ « Convoi de ravitaillement au poste avancé d'Ouldja ; route de Constantine ; opération Timgad. », sur imagesdefense.gouv.fr (consulté le )
- ↑ « Le généraux Jeannot et Lorillot en visite au Camp du Drap d'Or à El Amra dans les monts Nemencha (massif des Aures). », sur imagesdefense.gouv.fr (consulté le )
- ↑ « Le camp du Drap d'Or, évacuation sanitaire pendant l'opération Timgad par le GH 2 du commandant Crespin. », sur imagesdefense.gouv.fr (consulté le )
- 1 2 Emmanuel Alcaraz, Histoire de l'Algérie et de ses mémoires: Des Orignies au Hirak, KARTHALA Editions, (ISBN 978-2-8111-2360-4, lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 7 « Les lieux de mémoire de la guerre d'indépendance algérienne », sur Karthala (consulté le )
- 1 2 « La bataille d'El Djorf: un moment phare dans l'histoire de la guerre de libération », sur Algérie Presse Service, (consulté le ).
- 1 2 3 (ar) عبد الحي, عبد الحفيظ, « معارك جيش التحرير الوطني إبان المرحلة الأولى من الثورة الجزائرية -معركة الجرف 22- 25 سبتمبر 1955 - أنموذجا-Battles of the National Liberation Army during the First Stage of the Algerian Revolution - The Battle of El-Jurf, September 22- 25, 1955, as a Model- », مجلة العلوم الإسلامية والحضارة, vol. 9, no 2, (ISSN 2600-6960, lire en ligne [archive du ], consulté le )
