Principe fondamental d'Ehrenpreis

En mathématiques, le principe fondamental d'Ehrenpreis joue un rôle très important dans la théorie des systèmes d'équations linéaires aux dérivées partielles à coefficients constants. On dit d'un espace fonctionnel 𝒲 qu'il vérifie le principe fondamental s'il est un 𝔇-module, où 𝔇 est l'anneau des opérateurs différentiels, et si les solutions exponentielles-polynômes du système homogène forment un sous-ensemble total de l'espace des solutions dans une puissance de 𝒲. C'est le cas des fonctions indéfiniment dérivables et des distributions sur un ouvert convexe de ℝn. Ce théorème a d'abord été énoncé[1] par Leon Ehrenpreis (en)[2],[3], puis démontré par Victor P. Palamodov[4] et indépendamment par Bernard Malgrange[5],[6], et enfin par Ehrenpreis lui-même[7] ; on devrait donc l'appeler plus justement (malgré la tradition) « principe fondamental d'Ehrenpreis-Palamodov-Malgrange ».

Ce résultat, qui a son intérêt propre, a des conséquences très importantes : d'une part on en déduit que tout opérateur différentiel scalaire à coefficients constants admet une solution fondamentale (ou « fonction de Green »), résultat dû à Ehrenpreis[8] et Malgrange[9] (indépendamment et avec des méthodes différentes) ; d'autre part, il permet de déterminer de manière algébrique s'il existe des solutions, dans une puissance de 𝒲, à un système différentiel linéaire aux dérivées partielles non homogène à coefficients constants : il faut et il suffit (lorsque 𝒲 vérifie le principe fondamental) que le second membre vérifie des « conditions de compatibilité ». Les espaces 𝒲 vérifiant le principe fondamental sont des 𝔇-modules injectifs. L'espace des fonctions indéfiniment dérivables et celui des distributions sur un ouvert convexe de ℝn ont donc cette dernière propriété ; il en va de même de l'espace des hyperfonctions sur un tel ouvert.

Principe fondamental

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Introduction

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Considérons tout d'abord une équation différentielle (ordinaire) linéaire à coefficients constants

R(D)u=0

où D=−i∂, ∂=ddx et où R(D)∈𝔇 avec 𝔇=ℂ[D]. Soit la décomposition en facteur premiers de R(ζ) sur ℂ[ζ] :

R(ζ)=∏σ=1μPσ(ζ)

où Pσ=pσρσ avec pσ(ζ)=ζ−ζσ (ζσ∈ℂ, ρσ≥1). La solution générale de R(D)u=0 est maintenant bien connue[10], mais en vue de la généralisation qui va suivre nous allons indiquer une méthode algébrique (ou, plus précisément, relevant de l'« analyse algébrique ») pour déterminer cette solution. Posons N=ℂ[ζ]R(ζ) et Qσ=ℂ[ζ]Pσ(ζ). On a

N=⋂ρ=1μQσ

et cette expression est la décomposition primaire de l'idéal N de ℂ[ζ] (les idéaux primaires étant les Qσ). On a d'après le théorème des restes chinois, puisque les Qσ sont premiers entre eux pris deux à deux,

ℂ[ζ]N=⨁σ=1μℂ[ζ]Qσ.

D'autre part, l'espace des solutions dans un espace fonctionnel 𝒲 (qu'on suppose être un 𝔇-module) de l'équation R(D)u=0 s'identifie à[6]

Hom𝔇(𝔇𝔇R(D),𝒲)=Hom𝔇(coker𝔇(∙R),𝒲)

(voir l'article Module injectif). Or, on a d'après ce qui précède

Hom𝔇(𝔇𝔇R,𝒲)≅⨁σ=1μHom𝔇(𝔇𝔇Pσ,𝒲),

soit donc ker𝒲(R∙)≅⨁σ=1μker𝒲(Pσ∙).

Prenons 𝒲=ℰ(ℝ) (où ℰ(ℝ)=C∞(ℝ)). Comme il est bien connu, tout élément de ker𝒲(Pσ∙) est de la forme

uσ(x)=∑l=1ρσλσ,lℬσ,l(ζσ,x)eixζσ

où λσ,l∈ℂ et ℬσ,l(ζσ,x)=xl−1. On obtient donc le résultat classique

u(x)=∑σ=1μ∑l=1ρσλσ,lℬσ,l(ζσ,x)eixζσ.

Il en irait de même si l'on avait choisi pour 𝒲 l'espace des distributions 𝒟′(ℝ) ou l'espace des combinaisons linéaires d'exponentielles-polynômes

𝒫ℰ(ℝ)=⨁ζ∈ℂℂ[x]eixζ

Soit 𝔭σ=Qσ l'idéal premier appartenant à Qσ (i.e. 𝔭σ=ℂ[ζ](ζ−ζσ)) et Vσ=𝒵(𝔭σ) la variété algébrique associée à 𝔭σ (voir l'article Décomposition primaire). On a évidemment ici Vσ={ζσ} et on peut écrire

u(x)=∑σ=1μ∑l=1ρσ∫Vσℬσ,l(ζ,x)eixζdμσ,l(ζ)

où μσ,l est la mesure sur Vσ donnée par μσ,l{Vσ}=λσ,l. C'est sous cette forme que la solution est généralisée dans ce qui suit[11].

On appelle variété caractéristique du 𝔇-module coker𝔇(∙R) l'ensemble algébrique V=𝒵(ℂ[ζ]/N). On a

V=⋃1≤σ≤μVσ

où les Vσ=𝒵(𝔭σ) sont les composantes irréductibles de V (voir l'article Décomposition primaire).

Notons encore que les polynômes ℬσ,l(ζ,x) ont la propriété suivante : un polynôme f(ζ)∈ℂ[ζ] appartient à Qσ si, et seulement si

ℬσ,l(ζ,∂∂ζ)f(ζ)∈𝔭σ (l=1,...,ρσ).

Les ℬσ,l(ζ,∂∂ζ) (l=1,...,ρσ) sont appelés des opérateurs noethériens attachés à l'idéal primaire Qσ (terminologie de Palamodov[4]).

Représentation intégrale des solutions

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La représentation intégrale détaillée des solutions, telle que présentée ci-dessous, a tout d'abord été obtenue par Palamodov[4], dont la terminologie est réutilisée dans cet article.

Définition du système différentiel

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Considérons à présent le système multidimensionnel d'équation

R(D)u=0

où D=(D1,...,Dn), Dj=−i∂j=−i∂∂xj, Dα=(−i)|α|∂α, α=(α1,...,αn), 𝔇=ℂ[D] et R(D)∈𝔇q×k (voir l'article Opérateur différentiel). Soit alors M=coker𝔇(∙R(D)). Ce 𝔇-module M de présentation finie est une représentation intrinsèque du système considéré (voir l'article Système linéaire). L'anneau 𝔇 est noethérien d'après le théorème de la base de Hilbert.

Soit 𝒲 un espace fonctionnel qui est un 𝔇-module. Le ℂ-espace vectoriel des solutions du système défini par M dans 𝒲k s'identifie à

𝔅𝒲=Hom𝔇(M,𝒲).

(voir l'article Module injectif).

Variété caractéristique

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La variété caractéristique associée au 𝔇-module M est par définition l'ensemble algébrique V associé au module cokerℂ[ζ](∙R(ζ)) où ζ=(ζ1,...,ζn). Cet ensemble coïncide avec l'ensemble des z∈ℂn pour lesquels rangℂR(z)<k. La notion de variété caractéristique rend notamment possible la classification suivante des systèmes différentiels : le système est dit

  • déterminé si dimV<n (où dimV est la dimension de V: voir l'article Décomposition primaire) ;
  • surdéterminé si dimV<n−1 ;
  • sous-déterminé si dimV=n, i.e. V=ℂn.

Le cas d'un système sous-déterminé est écarté dans le reste de ce paragraphe. Généralisons les notations de l'introduction ci-dessus, en posant N=ℂ[ζ]1×qR(ζ)⊂ℂ[ζ]1×k. Soit

N=⋂ρ=1μQσ

la décomposition primaire de N, 𝔭σ=Qσ l'idéal premier appartenant à Qσ et Vσ=𝒵(𝔭σ) la variété algébrique associée à 𝔭σ. On a de nouveau

V=⋃1≤σ≤μVσ.

Le lemme de normalisation de Noether entraîne qu'il existe un entier nσ′′,0≤nσ′′≤n−1, tel que (i) 𝔭σ∩ℂ[ζσ′′]=0, où ζσ′′=(ζ1,...,ζnσ′), et (ii) ℂ[ζ]/𝔭σ est un ℂ[ζσ′′]-module de type fini. Soit Kσ le corps des fractions de l'anneau intègre ℂ[ζ]/𝔭σ et eσ=dimℂ(ζσ′′)Kσ.

Ce nombre eσ est la multiplicité de la variété algébrique Vσ, c'est-à-dire le nombre de points de Vσ∩Aσ où Aσ est une variété affine de ℂn de dimension n−nσ′′, en position générale[12].

Opérateurs noethériens et solutions exponentielles-polynômes

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Le ℂ[ζσ′′]-module ℂ[ζ]1×k/Qσ est de type fini. Soit rσ son rang, i.e.

rσ=dimℂ(ζσ′′)(ℂ(ζσ′′)⊗ℂ[ζσ′′](ℂ[ζ]1×k/Qσ)).

On montre que ρσ=rσ/eσ est un entier[12]. Pour tout σ∈{1,...,μ}, il existe des opérateurs noethériens, dits attachés au ℂ[ζ]-module Qσ, et notés

ℬσ,l(ζ,∂∂ζσ″″)∈ℂ[ζ,∂∂ζ″]1×k (l=1,...,ρσ)

où ζσ″″=(ζnσ′′+1,...,ζn), ayant la propriété caractéristique suivante :

f(ζ)∈ℂ[ζ]1×k et ℬσ,l(ζ,∂∂ζ″)f(ζ)∈𝔭σ(l=1,...,ρσ)⟺f(ζ)∈Qσ

où 𝐚𝐛=∑1≤i≤kaibi lorsque 𝐚,𝐛∈ℂ1×k.

Dans la suite, ℂ[ζ,ζ″] est plongé dans ℂ[ζ,x] où x=(x1,...,xn) et on peut donc écrire ℬσ,l=ℬσ,l(ζ,x). Soit

𝒲0=⨁ζ∈ℂnℂ[x]ei⟨x,ζ⟩

l'espace des combinaisons linéaires d'exponentielles-polynômes sur ℝn. On a le résultat suivant[13] :

Théorème — Les fonctions u:x↦ℬσ,lT(ζ,x)ei⟨x,ζ⟩,ζ∈Vσ,l=1,...,ρσ,σ=1,...,μ, sont des solutions du système différentiel dans 𝒲0k.

Exemple

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Considérons l'exemple suivant, dû à Palamodov[4], et détaillé par Hörmander[13] et Björk[12] :

R(D)=[D22D32D2−D1D3]

d'où R(ζ)=[ζ22ζ32ζ2−ζ1ζ3].

On vérifie que N=ℂ[ζ]R(ζ) est un idéal primaire Q ; on peut donc dans ce qui suit omettre l'indice σ puisqu'il ne prend que la valeur 1. La variété caractéristique V s'obtient en écrivant rangℂR(z)<k, soit encore R(z)=0, d'où z2=z3=0 ; il s'agit donc de l'axe z1, et sa multiplicité est e=1. On vérifie aussi que 𝔭=Q est l'idéal ζ2ℂ[ζ]+ζ3ℂ[ζ] ; cet idéal est écrit pour plus de simplicité [ζ2,ζ3]. Le quotient ℂ[ζ]/Q est engendré par les images canoniques ζ¯2 et ζ¯3 (ce qu'on écrira ℂ[ζ]/Q=[ζ¯2,ζ¯3]), on a ζ′=ζ1, et le rang r de ℂ[ζ]/Q sur ℂ[ζ1]/Q est égal à 2. Par conséquent, ρ=r/e=2. On peut choisir comme opérateurs noethériens[14] ℬ1(ζ,∂∂ζ″)=1 et ℬ2(ζ,∂∂ζ″)=ζ1∂∂ζ2+∂∂ζ3 avec ζ″=(ζ2,ζ3). En effet, on vérifie que

{1.f(ζ)∈[ς2,ς3]ζ1∂f∂ζ2+∂f∂ζ3∈[ζ2,ζ3]⟺f(ζ)∈[ζ22,ζ32,ζ2−ζ1ζ3].

Les solutions exponentielles-polynômes du système différentiel forment donc le ℂ-espace vectoriel engendré par u:x↦u(x) où

u(x)=eix1ζ1+(ζ2x2+x3)eix1ζ1

comme on le vérifie facilement a posteriori. On notera que ℬ2(ζ,∂∂ζ″) dépend de ζ et cette dépendance est inévitable dans cet exemple. Une méthode systématique pour déterminer des opérateurs noethériens associés à un module primaire a été obtenue par Oberst[15].

Principe fondamental

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Soit K⊂ℝn un compact convexe. Nous caractérisons ici les solutions dans Cν(K), l'espace des (germes de) fonctions ν fois continûment différentiables dans un voisinage ouvert de K[13]. La fonction support de K est

HK(ξ)=supx∈K⟨x,ξ⟩.

Soit

ν=sup1≤σ≤μ{n−nσ′′}.

Théorème — Soit

u(x)=∑σ=1μ∑l=1ρσ∫Vσℬσ,lT(ζ,x)ei⟨x,ζ⟩dμσ,l(ζ)

où les μσ,l sont des mesures complexes, de support est inclus dans Vσ. Supposons

∫Vσ(1+|ζ|)qexp⁡{HK(−ℑ(ζ))}d|μσ,l(ζ)|<∞

où l'entier q est supérieur ou égal au degré de ℬσ,l en ζ. Il existe un entier δ≥0 tel que si u∈Cν+δ(K)k est solution du système différentiel, alors l'intégrale apparaissant dans l'expression de u(x) ci-dessus, ainsi que ses dérivées jusqu'à l'ordre ν, est convergente absolument et uniformément (par rapport à x). Réciproquement, cette expression définit une solution du système différentiel dans Cν(K)k.

D'autres conditions fournissent les solutions dans des espaces de distributions[4] ou d'hyperfonctions[16].

On suppose dans tout ce qui suit que l'anneau 𝔇 est muni de la topologie discrète, ce qui en fait un anneau topologique.

Définition - Principe fondamental[17] — Soit 𝒲 un 𝔇-module topologique qui contient l'espace vectoriel 𝒲0 des combinaisons linéaires d'exponentielles-polynômes (éventuellement restreintes à un ouvert non vide Ω de ℝn). On dit que cet espace 𝒲 qu'il vérifie le principe fondamental si pour toute matrice R(D)∈𝔇q×k (quels que soient les entiers q est k), l'adhérence dans 𝒲k de ker𝒲0(R(D)∙) est égale à ker𝒲(R(D)∙) et im𝒲(R(D)∙) est fermée dans 𝒲q.

Le résultat suivant est clair :

Lemme — L'espace 𝒲0 des combinaisons linéaires d'exponentielles-polynômes restreintes à un ouvert connexe non vide Ω de ℝn, muni de la topologie discrète, vérifie le principe fondamental.

On a d'autre part le résultat suivant[5],[4],[7] :

Théorème — 

  1. Soit Ω un ouvert convexe de ℝn. L'espace ℰ(Ω) des fonctions indéfiniment dérivables sur Ω (muni de sa topologie habituelle d'espace de Fréchet), l'espace 𝒟′(Ω) des distributions sur Ω (muni de sa topologie habituelle[18]) et l'espace 𝒟′F(Ω) des distributions d'ordre fini sur Ω (muni de la topologie induite par celle de 𝒟′(Ω))[19] vérifient le principe fondamental.
  2. Soit Ω un ouvert connexe de ℝn. Pour que ℰ(Ω) ou 𝒟′(Ω) vérifient le principe fondamental, il est nécessaire que Ω soit convexe.
  3. L'espace 𝒪(ℂn) des fonctions entières, muni de la topologie de la convergence uniforme sur tout compact (qui en fait un espace de Fréchet-Schwartz), et l'espace 𝒪(ℂn;exp) des fonctions analytiques à croissance au plus exponentielle sur ℂn, isomorphe au dual 𝒪(ℂn)′ via la transformée de Fourier-Laplace, vérifient le principe fondamental.

L'espace ℬ(Ω) des hyperfonctions sur un ouvert convexe Ω de ℝn n'est pas un espace vectoriel topologique, néanmoins une représentation intégrale telle que ci-dessus existe pour une hyperfonction u(x), les intégrales devant être prises au sens des hyperfonctions[16] (ce résultat est dû à Kaneto).

Systèmes différentiels non homogènes

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Position du problème

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Considérons maintenant le système multidimensionnel d'équation

R1(D)u=f

où l'opérateur D est défini comme plus haut ; 𝔇 désigne de nouveau l'anneau des opérateurs différentiels et R1(D)∈𝔇q1×k1. Le second membre v appartient à 𝒲q1 où 𝒲 un espace fonctionnel qui est un 𝔇-module. La question qui se pose est de savoir si ce système admet des solutions u∈𝒲k1.

Condition de compatibilité

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Puisque l'anneau 𝔇 est noethérien, il existe une matrice R2(D)∈𝔇q2×k2, avec k2=q1, pour laquelle la suite

𝔇1×q2⟶∙R2(D)𝔇1×q1⟶∙R1(D)𝔇1×k1

est exacte, c'est-à-dire ker𝔇(∙R1(D))=im𝔇(∙R2(D)).

En effet, ker𝔇(∙R1(D))⊂𝔇1×q1 est de type fini, et il suffit donc de choisir une matrice R2(D) dont les lignes forment un ensemble générateur de ker𝔇(∙R1(D)) (ce raisonnement resterait valable si 𝔇 était seulement un anneau cohérent).

Puisque R2(D)R1(D)=0, pour que le système ci-dessus ait une solution, il faut évidemment que la condition de compatibilité

R2(D)f=0

soit satisfaite. La question qui se pose est de savoir si cette condition de compatibilité, qui est nécessaire, est suffisante pour que le système différentiel admette une solution, c'est-à-dire si l'on a

im𝒲(R1(D)∙)=ker𝒲(R2(D)∙).

Principe fondamental, injectivité et platitude

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Théorème — Supposons que 𝒲 vérifie le principe fondamental. Alors la suite

𝒲k1⟶R1(D)∙𝒲q1⟶R2(D)∙𝒲q2

est exacte.

Corollaire —  Tout opérateur R(D)∈𝔇 admet une solution fondamentale (ou « fonction de Green ») qui est une distribution d'ordre fini[9].

Oberst[24],[25] a montré que l'espace 𝒲0 des combinaisons linéaires d'exponentielles-polynômes est le 𝔇-module cogénérateur canonique.

Corollaire — Si l'espace fonctionnel 𝒲 vérifie le principe fondamental, c'est un 𝔇-module cogénérateur injectif. Si de plus 𝒲 est un espace de Fréchet ou le dual d'un espace de Fréchet réflexif, son dual 𝒲′ est un 𝔇-module plat.

En outre, le module des hyperfonctions sur un ouvert convexe de ℝn est un cogénérateur injectif (d'après un résultat dû à Komatsu[27]). Pour que ℰ(Ω) soit un 𝔇-module divisible, l'ouvert Ω étant connexe, il est nécessaire (et suffisant) que Ω soit convexe (résultat dû à Malgrange[6]).

En liaison avec le corollaire ci-dessus, on obtient par dualité le résultat suivant[4] :

Corollaire — Soit Ω un ouvert convexe non vide de ℝn ; les 𝔇-modules 𝒟(Ω)[28] et ℰ′(Ω) sont plats. De même, les 𝔇-modules 𝒪(ℂn) et 𝒪(ℂn;exp) sont plats.

On notera qu'un 𝔇-module injectif ne vérifie pas nécessairement le principe fondamental au sens précisé ci-dessus. Par exemple, l'espace 𝒮′(ℝn) des distributions tempérées sur ℝn est un 𝔇-module injectif[29], mais ne contient pas les exponentielles-polynômes, et n'est donc pas cogénérateur. (Néanmoins, son dual 𝒮(ℝn), à savoir l'espace de Schwartz des fonctions déclinantes, est un 𝔇-module plat[6], ce qu'on peut conclure aussi d'un résultat général sur la dualité entre injectivité et platitude[26].)

Notes et références

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  1. ↑ Avec une erreur, heureusement sans conséquence majeure, relevée et corrigée par Palamodov.
  2. ↑ Ehrenpreis 1960
  3. ↑ Ehrenpreis 1963
  4. 1 2 3 4 5 6 7 Palamodov 1970
  5. 1 2 Malgrange 1961-1962
  6. 1 2 3 4 Malgrange 1962-1964
  7. 1 2 Ehrenpreis 2006
  8. ↑ Ehrenpreis 1954
  9. 1 2 Malgrange 1956
  10. ↑ Dieudonné
  11. ↑ Cette écriture peut paraître redondante et exagérément compliquée, avec notamment la dépendance de ℬσ,l par rapport à ζ, mais elle est indispensable en vue de la génération effectuée plus loin et qui est le but principal de cet article ; cette dépendance est alors polynômiale, et son omission est l'erreur initiale d'Ehrenpreis déjà mentionnée.
  12. 1 2 3 Björk 1979
  13. 1 2 3 Hörmander 1990
  14. ↑ Ce choix n'est pas unique.
  15. ↑ Oberst 1999
  16. 1 2 Oshima 1974
  17. ↑ L'énoncé d'Ehrenpreis est un peu différent.
  18. ↑ Schwartz 1966
  19. ↑ Une distribution est d'ordre ≤m si, et seulement si elle est égale à une somme finie de dérivées d'ordre ≤m de mesures de Radon.
  20. ↑ Palamodov 1970, Prop. 3, pp. 297-298.
  21. 1 2 Treves 2007
  22. 1 2 Bourbaki 2006
  23. ↑ En raisonnant par l'absurde, et en procédant comme dans Bourbaki 2006, p. III.5, dém. de la prop. 6 (avec une suite généralisée au lieu d'une suite).
  24. ↑ Oberst 1990
  25. ↑ Oberst 1995
  26. 1 2 Bourlès 2011
  27. ↑ Komatsu 1968
  28. ↑ Bien que 𝒟(Ω) ne soit ni un espace de Fréchet, ni le dual d'un espace de Fréchet.
  29. ↑ Malgrange 1959-1960

Références

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  • (en) Jan-Erik Björk, Rings of Differential Operators, North Holland, , 375 p. (ISBN 0-444-85292-1, lire en ligne)
  • N. Bourbaki, Espaces vectoriels topologiques, Springer, , 364 p. (ISBN 3-540-34497-7)
  • (en) Henri Bourlès, « Injectivity and flatness of semitopological modules », ArXiv 1107.1639v3,‎ (lire en ligne)
  • Jean Dieudonné, Calcul infinitésimal [détail des éditions]
  • (en) Leon Ehrenpreis, « Solution of some problems of division I », Amer. J. Math., vol. 76, no 4,‎ , p. 883-890 (lire en ligne)
  • (en) Leon Ehrenpreis, « A fundamental principle for systems of differential equations with constant coefficients and some of its applications », Proc. Int. Symp. on linear systems, Jérusalem,‎
  • (en) Leon Ehrenpreis, « The fundamental principle and some of its applications », Studia Mathematica (Ser. Specjalna),‎ , p. 35-36 (lire en ligne)
  • (en) Leon Ehrenpreis, Fourier Analysis in Several Variables, Dover, , 528 p. (ISBN 0-486-44975-0, lire en ligne) (Première édition : Wiley & Sons, 1970)
  • (en) Lars Hörmander, Introduction to Complex Analysis in Several Variables, Amsterdam/New York/Oxford, North Holland, , 268 p. (ISBN 0-444-88446-7, lire en ligne)
  • (en) Hikosaburo Komatsu, « Resolution by hyperfunctions of sheaves of solutions of differential equations with constant coefficients », Math. Ann., vol. 176,‎ , p. 77-86 (lire en ligne)
  • Bernard Malgrange, « Existence et approximation des solutions des équations aux dérivées partielles et des équations de convolution », Ann. Inst. Fourier, vol. 6,‎ , p. 271-355 (lire en ligne)
  • Bernard Malgrange, « Division des distributions. IV : Applications », Séminaire Schwartz, vol. 4, no 25,‎ 1959-1960, p. 1-5 (lire en ligne)
  • Bernard Malgrange, « Sur les systèmes différentiels à coefficients constants », Séminaire Jean Leray, no 7,‎ 1961-1962, p. 1-14 (lire en ligne)
  • Bernard Malgrange, « Systèmes différentiels à coefficients constants », Séminaire Bourbaki, no 246,‎ 1962-1964, p. 79-89 (lire en ligne)
  • (en) Ulrich Oberst, « Multidimensional Constant Linear Systems », Acta Applicandae Mathematicae, vol. 20,‎ , p. 1-175 (lire en ligne)
  • (en) Ulrich Oberst, « Variations on the Fundamental Principle for Linear Systems of Partial Differential and Difference Equations with Constant Coefficients », Applicable Algebra in Engineering, Communication and Computing, vol. 6, nos 4/5,‎ , p. 211-243 (lire en ligne)
  • (en) Ulrich Oberst, « The construction of Noetherian Operators », J. of Algebra, vol. 222,‎ , p. 595-620 (lire en ligne)
  • (en) Toshio Oshima, « A Proof of Ehrenpreis' Fundamental Principle in Hyperfunctions », Proc. Japan Acad., vol. 50,‎ , p. 16-18 (lire en ligne)
  • (en) Victor P. Palamodov, Linear Differential Operators with Constant Coefficients, Springer-Verlag, , 443 p. (ISBN 3-642-46221-9, lire en ligne)
  • Laurent Schwartz, Théorie des distributions, Paris, Hermann, , 418 p. (ISBN 2-7056-5551-4)
  • (en) François Treves, Topological Vector Spaces, Distributions and Kernels, Dover Publications, , 565 p. (ISBN 978-0-486-45352-1 et 0-486-45352-9, lire en ligne)

Articles connexes

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