Prière dans le christianisme
La prière est dans le christianisme un acte religieux par lequel les fidèles s'adressent à Dieu. Il s'agit le plus souvent d'une demande ou d'un témoignage de gratitude. Le fait même de prononcer une prière suppose que Dieu est à même de l'entendre. La prière se réalise seul, en groupe, en tout lieu et en tout temps. Elle prend différentes formes selon les Églises et se pratique en fonction de différentes circonstances.

Née dans le judaïsme du Second Temple, la prière chrétienne se différencie progressivement des pratiques juives contemporaines. Le Notre Père, transmis sous deux formes par les évangiles de Matthieu (6, 9-13) et de Luc (11, 2-4), en constitue le modèle commun aux différentes confessions. Les Églises se distinguent ensuite par leurs formes de prière réglée — la Liturgie des Heures chez les catholiques et les orthodoxes, l'office quotidien du Livre de la prière commune dans la Communion anglicane — et par les destinataires qu'elles admettent, l'intercession des saints étant propre aux traditions catholique et orthodoxe.
Origines dans le judaïsme
modifierLa prière chrétienne naît dans le judaïsme du Second Temple, mais son rapport aux institutions juives contemporaines est débattu. L'historiographie du XXe siècle, notamment C. W. Dugmore dans The Influence of the Synagogue upon the Divine Office (1944), faisait dériver la prière quotidienne chrétienne des offices de la synagogue. Les travaux ultérieurs contestent cette filiation : un nombre croissant de chercheurs doutent qu'une liturgie synagogale sabbatique constituée ait existé au Ier siècle, l'assemblée paraissant avoir eu d'abord pour objet la lecture et l'étude de la Torah[1].
Les pratiques attestées relèvent surtout de la piété individuelle et domestique : la récitation du Chema le matin et le soir, accompagnée de bénédictions (berakhot), la tefillah et les bénédictions des repas. La Michna prescrit la tefillah trois fois par jour tout en en laissant les heures flottantes, et la date à laquelle cette prière triple est devenue obligatoire est discutée : selon Ezra Fleischer, elle n'aurait été fixée qu'à Yavné vers 90, après la destruction du Temple, la pratique ayant sans doute existé auparavant dans certains milieux pieux[2]. On ne peut donc plus faire dériver les deux heures principales de la prière chrétienne, le matin et le soir, d'un schéma juif unique qui aurait doublé les deux sacrifices quotidiens du Temple[3].
Nouveau Testament
modifierLe Nouveau Testament ne comporte pas d'exposé systématique sur la prière, mais quatre types de textes : des mentions de Jésus et d'autres personnages en prière, des exhortations à prier, des instructions sur la manière de prier, et des prières ou des hymnes rapportées[4]. Les premiers chrétiens y prient seuls ou en commun, à la maison, au Temple ou à la synagogue, en reprenant des psaumes, des cantiques et des bénédictions ; leurs prières mêlent la louange, l'action de grâce, la confession de foi et la demande[4].
Le terme grec le plus courant est proseuchomai, réservé à l'adresse à la divinité, tandis que deomai désigne plus étroitement la demande ; le substantif proseuchē désigne aussi un lieu de prière, sens attesté en Ac 16, 13 et 16[5].
L'enseignement attribué à Jésus porte sur la persévérance (Lc 11, 5-13 ; 18, 1-8), la confiance (Mc 11, 24), et le refus de l'ostentation comme de la multiplication des formules (Mt 6, 5-8) ; le Notre Père en offre le modèle (Mt 6, 9-13 ; Lc 11, 2-4). L'injonction de prier sans cesse (1 Th 5, 17 ; Col 4, 2 ; Ep 6, 18 ; Lc 18, 1) sera plus tard rapportée par la tradition à l'office divin[6]. Le conseil de prier dans le secret plutôt qu'à la synagogue (Mt 6, 5-6) a été lu comme un reflet des tensions entre l'Église et la synagogue au moment de la rédaction de l'évangile[7].
La prière peut s'accompagner de méditation, de lectures bibliques, de jeûne et de veilles ; elle se fait en toute posture, assis, debout ou à genoux[8],[9].
Églises catholique et orthodoxe
modifierDans les Églises catholique et orthodoxes la prière s'adresse à Dieu le Père, à Jésus-Christ son Fils, au Saint-Esprit, ou encore à la Vierge Marie ou aux saints[10] avec des demandes d'intercession.
La prière à la communion des saints est une spécificité catholique et orthodoxe.
Les cultures et les milieux sociaux ont une grande influence sur les manières de prier. Dans ce cadre, la prière s'appuie sur des liturgies précises et selon des rites particuliers : signes de croix, génuflexions, prosternations...
La Liturgie des Heures est la prière quotidienne des Églises catholique et orthodoxes, structurée principalement autour des psaumes et des Écritures. Dans l'Église latine, la réforme de 1971 issue du concile Vatican II a ramené le cursus de huit heures à cinq — office des lectures, laudes, une heure médiane, vêpres et complies —, prime étant supprimée et le psautier, jusque-là réparti sur une semaine, l'étant désormais sur quatre[11]. Le nombre de sept heures, souvent rapporté au verset « sept fois par jour je te loue » (Ps 119, 164), relève d'une justification postérieure : le chiffre est appliqué à un cursus monastique déjà constitué au IVe siècle, chez Basile de Césarée, et cité par Ambroise de Milan[12].
L'Angélus est une prière mariale brève, récitée trois fois par jour, le matin, à midi et le soir, au son de la cloche ; le Regina cæli la remplace durant le temps pascal. Comme les autres exercices de piété, sa récitation est recommandée sans jamais faire l'objet d'une obligation[13].
Protestantisme
modifierDans le protestantisme, la prière est adressée à Dieu seul, Père, Fils et Esprit-Saint[14]. Les protestants ne demandent pas l’intercession des saints. Dans la Communion anglicane et dans certaines Églises méthodistes, le Livre de la prière commune est utilisé comme guide[15]. Son office quotidien a été composé par Thomas Cranmer en reprenant la structure des offices abrégés du cardinal Quiñones, dont la préface du Book of Common Prayer est en grande partie démarquée[16].
La prière d'illumination précède la lecture des Saintes Écritures : le chrétien prie pour que le Saint-Esprit l'éclaire, et lui permette d'entendre la Parole de Dieu[17].
Dans le christianisme évangélique, la prière est faite à Dieu (Trinité) au nom de Jésus[18]. Elle a lieu en privé ou durant le service[19].
Miracles
modifierDans le catholicisme, les miracles peuvent être liés à la prière et à l’intercession des saints.
Dans le protestantisme, les miracles et la guérison par la foi sont un processus qui surviennent à la suite de prières[20].
Dans le christianisme évangélique, les miracles et la guérison par la foi sont possibles avec la foi et la prière, par le Saint-Esprit[21]. Le biblicisme fait en sorte que les miracles décrits dans la bible sont encore d'actualité et peuvent être présents dans la vie du croyant[22],[23].
Notes et références
modifier- ↑ Bradshaw 2002, p. 36 et 39.
- ↑ Bradshaw 2002, p. 39-41 ; Taft 1986, p. 7-8.
- ↑ Taft 1986, p. 5-6.
- 1 2 Taft 1986, p. 4.
- ↑ Walter Bauer et Frederick W. Danker, A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature, 3e éd., Chicago, University of Chicago Press, 2000, p. 779-780.
- ↑ Taft 1986, p. 4-5.
- ↑ Taft 1986, p. 7.
- ↑ Leland Ryken, James C. Wilhoit, Tremper Longman III, Dictionary of Biblical Imagery, InterVarsity Press, USA, 2010, p. 450
- ↑ Erwin Fahlbusch, Jan Milic Lochman, Geoffrey William Bromiley, David B. Barrett, John Mbiti, Jaroslav Pelikan, Lukas Vischer, The Encyclopedia of Christianity, Volume 4, Wm. B. Eerdmans Publishing, USA, 2005, p. 325-326
- ↑ E. Bertrand Feumetio et Anicet Bongo Ondimba, Un certain chemin de vie, éd. Éditions Publibook, 2009, p. 239.
- ↑ Taft 1986, p. 313-314.
- ↑ Taft 1986, p. 87 et 142.
- ↑ Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie. Principes et orientations, Cité du Vatican, 2001, no 11.
- ↑ Hans J. Hillerbrand, Encyclopedia of Protestantism: 4-volume Set, Routledge, Abingdon-on-Thames, 2016, p. 1846, 1843.
- ↑ J. Gordon Melton, Encyclopedia of Protestantism, Infobase Publishing, USA, 2005, p. 48, 97-98.
- ↑ Taft 1986, p. 323.
- ↑ « Culte protestant : la prière d'illumination », sur regardsprotestants.com (consulté le ).
- ↑ Brian Stiller, Evangelicals Around the World: A Global Handbook for the 21st Century, Thomas Nelson, USA, 2015, p. 106
- ↑ Gerald R. McDermott, The Oxford Handbook of Evangelical Theology, Oxford University Press, UK, 2013, p. 318
- ↑ Hans J. Hillerbrand, Encyclopedia of Protestantism: 4-volume Set, Routledge, Abingdon-on-Thames, 2016, p. 373
- ↑ Franck Poiraud, Les évangéliques dans la France du XXIe siècle, Editions Edilivre, France, 2007, p. 69, 73, 75
- ↑ Sébastien Fath, Du ghetto au réseau: Le protestantisme évangélique en France, 1800-2005, Édition Labor et Fides, Genève, 2005, p. 28
- ↑ James Innell Packer, Thomas C. Oden, One Faith: The Evangelical Consensus, InterVarsity Press, USA, 2004, p. 104
Annexes
modifierBibliographie
modifier- (en) Paul F. Bradshaw, The Search for the Origins of Christian Worship : Sources and Methods for the Study of Early Liturgy, New York, Oxford University Press, , 2e éd. (ISBN 0-19-521732-2).
- Robert Guelluy, La Prière du chrétien, Bruxelles, Facultés universitaires Saint-Louis, coll. « Publications des Facultés universitaires Saint-Louis », .
- (en) Robert F. Taft, The Liturgy of the Hours in East and West : The Origins of the Divine Office and its Meaning for Today, Collegeville, The Liturgical Press, , 2e éd. (ISBN 978-0-8146-1405-1).
- Collectif, « Prier avec style. Esthétique et poétique de la prière de langue d’oïl », Études françaises, numéro préparé par Ariane Bottex-Ferragne, vol. 60, no 3, 2024, 237 p. [lire en ligne].