Promenade à Saint-Briac
Promenade à Saint-Briac est une peinture à l'huile sur toile réalisée en 1887 par le jeune artiste français Émile Bernard. Cette œuvre appartient à une collection privée et capture un moment charnière dans l'évolution artistique de Bernard alors qu'il séjournait sur la côte bretonne[1].
| Artiste | |
|---|---|
| Date | |
| Matériau | |
| Dimensions (H × L) |
32 × 40 cm |
| Localisation |
Contexte artistique et signification
modifierÉmile Bernard passa de longs séjours dans la commune côtière de Saint-Briac-sur-Mer entre 1886 et 1889. Logé à l'auberge de Madame Lemasson, il s'imprégna pleinement du paysage et des coutumes locales[2]. Les historiens de l'art soulignent que c'est à Saint-Briac que Bernard a véritablement trouvé sa voix artistique singulière. C'est durant cette période précise, entre 1887 et 1888, qu'il a commencé à simplifier les formes et à expérimenter avec des couleurs vives et pures, développant ainsi les principes fondateurs du cloisonnisme et du synthétisme. Ces avancées esthétiques ont profondément influencé son proche collaborateur Paul Gauguin lorsque Bernard a ensuite présenté ses nouvelles œuvres à Pont-Aven[3].
Un tableau important
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Ces vagues de lignes sinueuses et ces contours marqués se retrouvent directement dans la manière dont Munch peindra le ciel, le pont et la figure torturée du Cri quelques années plus tard, en utilisant le style de l'Art Nouveau et du Symbolisme qui découlent en partie des recherches de l'École de Pont-Aven. Les historiens de l'art s'accordent à dire que c'est Gauguin (et ses figures de la mélancolie aux formes synthétiques) ainsi que Vincent van Gogh (avec ses lignes de pinceau frénétiques et vibrantes) qui ont été les vecteurs d'influence directs lorsque Munch a découvert l'avant-garde lors de ses séjours à Paris au tout début des années 1890[4]. Émile Bernard a donc façonné les armes stylistiques (la ligne ondulante, la couleur arbitraire et émotionnelle) qui ont permis au Cri d'exister, même si la transition s'est peut-être opérée à travers le prisme de Gauguin et de Van Gogh[5]. Pour ce qui est des bois gravés de Munch, les spécialistes reconnaissent une influence directe de Bernard[6][7].
La perspective fuyante et le pont-promenade
modifierTout comme Munch utilise une rambarde rectiligne de pont pour projeter violemment le spectateur vers la figure du premier plan, Émile Bernard structure Promenade à Saint-Briac autour d'une perspective oblique très marquée. Le chemin ou la digue crée une diagonale acérée qui coupe la composition. Ce procédé géométrique rompt avec la douceur des paysages impressionnistes de l'époque pour installer un sentiment d'isolement et de trajectoire suspendue. Le personnage au premier plan de Bernard partage une parenté troublante avec la figure centrale de Munch : le visage est effacé ou réduit à sa plus simple expression[8]. La silhouette est enveloppée dans une forme sombre et fluide (un grand manteau/chapeau breton). La silhouette semble glisser ou errer le long de cette diagonale. Elle n'est pas ancrée de manière réaliste dans le sol, ce qui lui donne un aspect presque spectral et introspectif, préfigurant l'errance existentielle du personnage de Munch. Dans Le Cri, le ciel et la mer se tordent en vagues frénétiques qui répondent à l'angoisse du personnage. Chez Émile Bernard en 1887, on assiste à la naissance de cette arabesque synthétique. Les vagues de la mer de Saint-Briac et les courbes du rivage se déploient en lignes sinueuses, épaisses et décoratives. C'est précisément cette audace, faire de la ligne un conducteur d'émotion plutôt qu'un outil de réalisme, qui relie organiquement ces deux chefs-d'œuvre dans l'histoire de la modernité[9].
Le peintre et Saint-Briac
modifierÉmile Bernard séjourna à Saint-Briac en 1886, 1887, 1888, 1889, 1891. La rue de l'auberge où il descendait porte aujourd'hui son nom.
Marché de l'art
modifierUne vente aux enchères organisée à Brest par la maison Thierry Lannon & Associés le a permis d'adjuger la toile à 163 800 €, surpassant largement son estimation initiale de 60 000 €. Les commissaires-priseurs ont souligné la modernité de l'œuvre et l'ont rapprochée du célèbre tableau Le Cri de Munch[10].
Références
modifier- ↑ Jean-Jacques Luthi et Emile Bernard, Emile Bernard: catalogue raisonné de l'œuvre peint, Editions SIDE, (ISBN 978-2-86698-000-9, lire en ligne).
- ↑ « Enfin, on connaît mieux Émile Bernard », Ouest France, (lire en ligne).
- ↑ (de) Isabelle Cahn et Antoine Terrasse, Gauguin und die Schule von Pont-Aven, Hirmer, (ISBN 978-3-7774-7980-4, lire en ligne).
- ↑ Edvard Munch, Musée d'Orsay et Munch Museet, Munch et la France: Paris, musée d'Orsay, 24 septembre 1991-5 janvier 1992 : Oslo, musée Munch, 27 janvier-21 avril 1992, Editions de la Réunion des musées nationaux, (ISBN 978-2-7118-2351-2, lire en ligne).
- ↑ Christophe Penault, Emile Bernard, Hérault de la peinture moderne, Centre Cristel éditeur d'art (lire en ligne).
- ↑ (en) Peter W. Guenther, Edvard Munch, Sarah Campbell Blaffer Gallery, (lire en ligne).
- ↑ (da) Liza Kaaring, Munch og Goldstein: Intense linjer, Aarhus Universitetsforlag, (ISBN 978-87-7184-971-4, lire en ligne).
- ↑ (en) « Edvard Munch », sur Edvard Munch (consulté le ).
- ↑ (en) Antoine Salomon, Guy Cogeval, Édouard Vuillard et Mathias Chivot, Vuillard: The Inexhaustible Glance : Critical Catalogue of Paintings and Pastels, Skira, (ISBN 978-88-8491-119-3, lire en ligne).
- ↑ « « Notre plus belle vente depuis plusieurs années » : Sérusier, Bernard et Maufra, champions des enchères, à Brest », Ouest-France.fr, (lire en ligne [archive du ], consulté le ).