Psychodrame humaniste de Moreno

Jacob Levy Moreno considérait que l'action, la mise en action, avec toutes ses composantes verbales, non verbales et interactionnelles, était la route menant à la psyché. Il en développa une méthode pour explorer et mettre en mouvement cette psyché.

Les fondements de la méthode

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En psychodrame classique, l'être humain est conçu comme étant un « être relationnel, dont la spontanéité et la créativité sont les piliers qui lui permettent d'actualiser ses interactions et les rôles intériorisés qu'il utilise »[1].

Une vision humaniste de l'interaction

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Jacob Levy Moreno développe, dans les années 1930, la psychanalyse étant en plein essor, une vision à la source de la psychothérapie humaniste. Elle contient les prémices de ce que Carl Rogers et Abraham Maslow appelleront « la tendance innée à l'auto-actualisation de l'être humain ». Moreno, proche de Martin Buber met l'accent sur la relation et sur la rencontre recherchée. En choisissant la mise en action de l'univers intérieur du patient, il s'adresse à la globalité de son « être-en-devenir », inhérente à l'approche humaniste.

Le développement de la personnalité et des rôles

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Bischof, en 1964, affirme que la théorie Morennienne est une théorie d'interaction biosociale[2]. L'enfant, dès son plus jeune âge, agit, interagit : il sourit, pleure, crie, montre du doigt, et cherche ainsi à entrer en relation. Selon les données internes et externes (son environnement), ses interactions se développent et prennent forme. Cette élaboration inconsciente-consciente de toute une gamme de réponses que le nourrisson, l'enfant puis l'adulte produit, donne lieu à l'émergence de « rôles » qui vont s'ajuster, se modifier avec l'âge. Moreno définit les « rôles », non pas comme au théâtre, mais comme une forme construite de et par notre vie et nos interactions ; il le dit en 1961 : « La forme fonctionnelle dans laquelle l'individu réagit à un certain moment, à une certaine situation, à laquelle d'autres personnes ou objets participent »[3].

La santé

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Pour Moreno, deux piliers de la santé sont fondamentaux et liés : la spontanéité et la créativité. Grâce à eux, la personne se vit en accord avec elle-même et avec les divers « rôles » qu'elle a développés. Grâce à eux, l'ajustement à la réalité (interne et externe) est le moins difficile. Si les réponses que l'être humain donne aux stimuli (internes et externes), se répètent systématiquement, se bloquent, voire, se figent, sa santé est affectée, les troubles (voire la pathologie) naissent et se développent.

La fonction de base du psychodrame classique

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La psychothérapie humaniste par le psychodrame, que propose Moreno, est une réactualisation de la relation à soi, aux autres, au monde : elle a comme fonction de dénouer certaines situations (passées, présentes ou anticipées du futur), en les mettant en scène, et les traversant ; le but est de « défiger » certains de nos rôles, c'est-à-dire d'y réintroduire de la spontanéité et de la créativité.

En ce sens, le « working through » (littéralement : « travail à travers ») est un élément essentiel de soin et d'implémentation de nouvelles bases vers le changement désiré. C'est une traversée thérapeutique en profondeur, basée sur un dialogue intérieur/extérieur mis en mouvement.

La méthode en pratique

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Le psychodrame classique, humaniste est à l'origine une psychothérapie des relations ; elle s'effectue en groupe : un, voire deux « psychodramatistes », formés et expérimentés, et un groupe de participants.

Le groupe se réunit, selon des cadres : par exemple, un groupe de 4-8 personnes se réunira 2 heures chaque semaine, un groupe de 8-10 participants 3 heures 30 deux fois par mois, etc.

En séances individuelles, le « psychodramatiste » et son client/patient se retrouvent une fois par semaine (le plus souvent 45–50 minutes). Le groupe étant « absent », le patient utilise des coussins, des chaises, des figurines ou des objets divers pour représenter les diverses personnes ou les divers aspects significatifs de la situation qu'il aborde.

Un temps - un lieu

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Quelle que soit la situation représentée, qu'elle soit issue du passé, du présent, qu'elle relève de l'imaginaire ou de l'anticipation du futur, elle est mise en action dans l'Ici et maintenant. Plutôt que dire : « J'ai dit à ma femme que je n'étais pas d'accord », le patient est encouragé à jouer, ici et maintenant, la scène, et dire à sa femme (représentée par un autre membre du groupe ou un objet, une chaise vide.): « Je ne suis pas d'accord ».

Deux espaces

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Pour faciliter le passage entre le « dire  » et le « vivre », entre le « parler de » et la mise en action, deux espaces sont systématiquement présents dans une séance : un lieu de parole avec le thérapeute, et un lieu appelé « scène » où se joue l'univers interne/externe du protagoniste (le patient).

Trois phases du psychodrame

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Un psychodrame classique comporte trois phases :

Durant l'échauffement, chacun des membres du groupe se recentre, laisse venir ce qui lui est important ; à travers un exercice, une expérience brève proposée par le « psychodramatiste », il va entrer peu à peu dans le thème à aborder ; il va poser les bases émotionnelles, sensorielles, comportementales, et parfois cognitives, de la situation qui va être représentée. En groupe, émerge de l'échauffement la personne qui va mettre en action une situation significative de sa vie. Ou bien, elle est choisie. Cette personne est appelée le protagoniste.

« L'Action »

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Accompagné par le « psychodramatiste » et le groupe, le protagoniste déterminé choisit la situation qu'il désire dénouer ; il met en place les éléments qui la composent. En premier, le lieu et les objets : la salle à manger, la cuisine, les fenêtres, les portes, fauteuils, etc. En second, les personnes présentes: son épouse, ses enfants ou son chef, ou son ami....

Il va imaginer l'espace jusqu'à y être (très peu d'accessoires sont en général utilisés). Il va choisir des membres du groupe (en séances individuelles : des figurines, des chaises, etc.) pour représenter les personnes significatives de la situation.

Le dialogue commence ici et maintenant « comme si » c'était réel. Peu à peu, et par l'utilisation que fait le « psychodramatiste » des techniques du psychodrame (voir plus loin), le dialogue devient réel.

Par association de sensations et d'idées, cette scène peut déboucher sur une scène antérieure, parfois une scène de la petite enfance. Cette spirale thérapeutique, et le working through, facilite le changement désiré, en fin de l'action, en revenant petit à petit à la scène première.

le « Partage »

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C'est un moment important. Le protagoniste s'est dévoilé, s'est montré dans son intimité, et se retrouve décontenancé, fragilisé. Le partage est ce moment où chaque membre du groupe exprime ce qui a résonné de sa propre vie dans le travail du protagoniste. Chacun-e partage des sensations, des émotions, des situations personnelles, même si les circonstances étaient différentes.

Le lien humain s'approfondit. Aucune interprétation ne doit être faite, le psychodramatiste doit y veiller. Le trajet effectué dans l'Action suffit.

le « Processing »

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Une quatrième phase est ajoutée en formation, lorsqu'un étudiant a dirigé un psychodrame avec comme protagoniste un collègue, membre du groupe : le processing. Ce moment d'apprentissage est centré sur le « psychodramatiste » (et non plus le protagoniste).

Une analyse est faite sur divers processus : relation entre le psychodramatiste, le protagoniste et le groupe ; utilisation de la méthode et de ses techniques ; aspects théorico-cliniques.

Quatre fonctions du psychodramatiste

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En psychodrame humaniste, le « psychodramatiste » est un compagnon de route formé et expérimenté. Il facilite le processus en acceptant inconditionnellement l'être qu'il accompagne et le groupe, par son écoute, et son respect des cadres de références présentés.

Il a quatre fonctions :

Psychothérapeute

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Le psychodramatiste vérifie les indications du psychodrame et de certaines techniques utilisées au cours de la séance, en fonction du diagnostic et des processus complexes mis en mouvement. Il tient compte des résonances, parfois des identifications, qui peuvent émerger.

Animateur de groupe

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Le « psychodramatiste » accompagne le protagoniste, et, en même temps, accorde une attention bienveillante à chaque membre du groupe. Le « psychodramatiste » crée un climat où chacun peut contribuer et se proposer pour représenter tel ou tel élément (le réveille-matin, l'arbre devant la fenêtre, etc.)

Producteur

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Le « psychodramatiste » facilite la mise en scène, la mise en place du « décor » symbolique et le dialogue. Certains membres du groupe n'étant pas sur scène, il organise les lieux pour que tous voient ce qui se passe et assiste à un réel moment de vie du protagoniste.

l'Analyste de situation

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Le psychodramatiste, tout en gardant en tête l'objectif que le protagoniste a choisi d'avoir, reste attentif et à la globalité et aux détails de chaque moment représenté. Il entend ce que le protagoniste souligne ou évite, il relève le mot choisi, l'impuissance parfois rencontrée, les émotions exprimées ou non, les apparentes contradictions ou incohérences présentes...

Cinq « instruments »

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Le « Pychodramatiste » est un professionnel formé et expérimenté en psychothérapie humaniste par le psychodrame.

Le « Protagoniste » est membre du groupe dont la situation significative est mise en action et donne lieu à un psychodrame.

Les « Moi-auxiliaires » sont les membres du groupes, qui, comme une prolongation de la représentation du moi du protagoniste, vont incarner divers rôles dans le psychodrame.

Le « Public » sont les membres du groupe qui assistent au psychodrame et qui à tout moment peuvent être sollicités ou se proposer pour un rôle

La « Scène » est le lieu où se déroulent l'Échauffement et l'Action ; tout y est possible, en toute sécurité.

Plus de cent techniques

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Dans son livre sur le psychodrame (édité par Payot: Rivages en 2003), Anne Ancelin Schützenberger en présente plus d'une centaine : le renversement de rôles, le double, le miroir et l'aparté, l'arrêt sur image, la chaise vide, le double multiple, la projection dans le futur, le rôle training, la sculpture humaine, le soliloque, le surplus de réalité, etc.

Notes et références

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  1. ↑ Apter, N. (2003). The human being: J.L. Moreno's vision in psychodrama. International Journal of Psychotherapy (European Association for Psychotherapy), no 8(1), pp.31-36
  2. ↑ Bischof, L.J. (1964) Interpreting Personality Theories (2nd ed.). New York : Harper & Row.
  3. ↑ Moreno, J. L. (1961). The role concept, a bridge between psychiatry and sociology. American Journal of Psychiatry, 118.

Bibliographie

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La plupart des livres de psychodrame classique humanistes sont écrits en anglais, allemand, espagnol ou dans d'autres langues.

En français, deux livres de base sont à recommander. Ils présentent le psychodrame selon Moreno. Même s'il ne s'agit pas de livres sur le psychodrame analytique, des ponts avec la psychanalyse y sont largement présentés.

  • Ancelin-Schutzenberger, A. (2003). Le psychodrame. Paris: Payot & Rivages.
  • Leutz, G.-A. (1985). Mettre sa vie en scène. Paris: Édition Epi/Desclée de Brouwer.

Un troisième, passionnant lui aussi, présente la biographie de Moreno.

  • Marineau, R. (1989). J.L. Moreno et la troisième révolution psychiatrique. Paris: Éditions A.M. Métaillé.

En anglais, voici trois livres de bases qui se complètent bien :

  • Blatner, A. (1996). Acting-in: Practical applications of psychodramatic methods. New York, NY: Springer Publishing Company Inc.
  • Karp, M., Holmes, P., & Bradshaw Tauvon, K. (1998). The handbook of psychodrama. London and New York: Routledge publ.
  • Kellermann, P. F. (1992). Focus on psychodrama. The therapeutic aspects of psychodrama. London (England). Bristol, PA (USA): Jessica Kingsley Publishers Ltd.