Aka (peuple)
Le peuple Aka, ou parfois Akka[1], est une population autochtone (dite "pygmées") nomades d’Afrique centrale, vivant principalement dans le sud de la République centrafricaine, ainsi que dans le nord de la république du Congo.
Ce peuple de chasseurs-cueilleurs entretient des relations de commerce avec les fermiers Ngbandi.
Ethnonymie
modifierSelon les sources et le contexte, on observe de très nombreuses variantes : Akas, Baaka, Ba.Aka, Babenga, Babenjelle, Ba.Benjelle, Babenzele, Ba.Benzele, Babinga, Babingas, Bambenga, Bambenzele, Ba.Mbenzele, Bayaga, Bayaka, Beká, Benjelle, Biaka, Binga, Bingas, Mbaka, Mbenzele, Mbinga, Mòáka, Nyoyaka, Pygmées Aka, Tara-Baaka, Yadinga[2].
Selon le père spiritain, Henri Trilles, Aka signifie seigneur dans l'ancienne langue égyptienne[3], alors que Babinga signifie client[4].
Culture
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Structure sociale
modifierLa vie traditionnelle mobile des Aka persiste encore le long de la rivière Lobaye. Leur déplacement se fait en fonction de leur gibier et des familles d'agriculteurs et agricultrices avec lesquels le campement a des relation de troc. Le campement change d'endroits entre six à sept fois par an, toujours dans la même zone géographique[5].
Les campements sont composé de cinq à vingt foyers. Le nombre évolue en fonction des saisons. Les membres voyagent beaucoup entre campements pour des visite de voisinage ou visite de longue durée[6]. Leurs habitations semi-permanente (mongulu) sont des huttes hémisphériques construites en branches et feuilles empilées comme des tuiles, en cercle et avec les entrées tournées les unes vers les autres [7]. Ce sont les femmes qui sont responsables de leur construction[8].
Les Aka ont une très forte connaissance de la forêt[9], ce qui leur permet de trouver la majorité de leurs subsistances entre deux et trois kilomètres autour du campement[5].
Il existe trois rôles spécialistes[10],[9]:
- Le kombeti avec plus d'influence dans les discussions sur le déplacement des camps . Il sert souvent d'intermédiaire avec les Ngandu
- Le tuba est le chasseur ayant tué beaucoup d'éléphants. Il gère les chasses et organise la formation des jeunes garçons
- Le nganga est le soigneur traditionnel
Ces trois rôles sont le plus souvent tenu par des hommes mais n'ont aucun pouvoir coercitif sur les membres du camp[11]. Dans les grands camps, il peut y avoir deux kombeti : une pour les femmes et l'autre pour les hommes[11].
Chaque camp a des relation exclusive avec des familles Ngbandi permettant d'échanger des produits de la forêt (viande, miel, chenilles...) contre les produits des fermes (manioc, plantain, outils en fer, marmites...). L'échange peut aussi se faire via des journées de travail à la ferme[5].
Depuis la colonisation, ces relations tendent à être de plus en plus inégalitaires au profit des familles fermières[5].
Société égalitaire
modifierIl n'y a pas de chef avec des pouvoirs de décision, le kombeti, le tuba et le nganga n'ayant pas d'autorité sur les autres[10]. Le prestige individuel est mal vu[10]. Il n'est pas non plus permis qu'une personne force une autre à réaliser une activité, même des parents avec leurs enfants[10].
Une à deux fois par jour, les membres du camp se réunissent pour exprimer leur mosambo, c'est-à-dire prendre la parole publiquement pour remonter des plaintes, commenter les événements de la journée ou encore organiser le camp par consensus[11]. En cas de désaccord, les personnes peuvent prendre à leur tour la parole pour présenter leurs points de vue. Elles peuvent aussi quitter le camp pour en rejoindre un autre à leur propre initiative[11].
Les échanges sont basés sur le troc. Les résultats de la chasse et l'excédent de la cueillette sont partagés entre tous les foyers du campement. Lors de la prise du repas[9], chaque foyer envoie une assiette de mets aux autres membres du campement et recevra des assiettes de la part des autres foyers[6].
Système de genre
modifierLa société est patrilinéaire mais tend vers l'égalité entre les membres et entre les femmes et les hommes[10]. Les campements s'organisent souvent autour de personnes avec le même lien sanguin côté paternel[10].
Les activités sexuelles avant mariage sont considérées comme normales[11]. Le mariage est exogame[10]. Après celui-ci, l'époux se met aux services de la famille de son épouse pendant plusieurs années avant de retour[10],[11]. La monogamie est la norme et le divorce fréquent[11].
Les rôles de genre sont très souples[12]. Les hommes participent autant que les femmes à l’élevage des enfants. La chasse aux grands mammifères et la récolte de miel restent cependant l'apanage des hommes qui partent armés de sagaies lors de la saison des pluies[10]. Les battues collectives (chasse aux filets) et cueillettes impliquent tout le campement voire plusieurs campements[9].
Une étude sur les relations entre les pères et leurs montrent que les hommes passent près de la moitié de leur temps avec leurs enfants [13],[12]. Ils donnent aussi le sein aux bébés pour les calmer en l'absence de leur mère[13]. De plus, les liens entre époux sont très forts, la mère et le père partagent la chasse, la préparation de la nourriture, les activités sociales et les loisirs[10].
Système de croyance
modifierChants polyphoniques
modifierLeur complexe musique polyphonique a été étudiée par plusieurs musicologues comme Simha Arom, qui a réalisé plusieurs enregistrements[14] sur le terrain, et Mauro Campagnoli, qui a étudié leurs instruments et les a comparés avec ceux d'autres peuples pygmées comme les Bakas. Des compositeurs occidentaux contemporains tels que György Ligeti, Steve Reich et le pianiste Pierre-Laurent Aimard se sont intéressés à leur musique. Le trio Aka moon a, quant à lui, basé une grande part de son répertoire sur l'étude des musiques pygmées[15].
Les traditions orales du peuple Aka font partie du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l’UNESCO depuis 2003[16].
Notes et références
modifier- ↑ Un Voyage au cœur de l’Afrique de Rodolphe Radau, ou encore La Vie mode d'emploi de Georges Perec.
- ↑ Source BnF
- ↑ Henri Trilles, Les Pygmées de la forêt équatoriale, Librairie Bloud et Gay, Paris, 1932, 532 pp.
- ↑ Berger Augustin, « Trilles, Henri », sur Dictionary of African Christian Biography, 1866-1949 (consulté le )
- 1 2 3 4 (en) Bahuchet, Serge, « On the Role of Mobility », dans Nomad lives, Averbouh, Aline, et al., éditeurs, (lire en ligne), p.63-83
- 1 2 Serge Bahuchet, « Le repas chez les Pygmées et autres habitants de la forêt d’Afrique centrale », dans J. L. Flandrin et J. Cobbi, Tables d’hier, tables d’ailleurs, Editions Odile Jacob, (lire en ligne), p. 437-453
- ↑ Jacques Attali, L'homme nomade, Fayard, (ISBN 978-2-213-64165-2, lire en ligne)
- ↑ Radio partenaire, « Centrafrique : comment les pygmées Ba'Akas préservent et valorisent leur mode de vie traditionnel », sur RFI, (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 (en) Adam Howell Boyette, « Aka fieldsite in the Congo Basin », university of sheffield (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 (en) Barry Hewlett, Intimate Fathers: The Nature and Context of Aka Pygmy Paternal Infant, Michigan.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 (en) Jerome Lewis, Forest hunter-gatherers and their world: a study of the Mbendjel Yaka Pygmies of Congo-Brazzaville and their secular and religious activities and representations, University of London, (lire en ligne)
- 1 2 (en) Joanna Moorhead, « Are the men of the African Aka tribe the best fathers in the world? », sur The Guardian, (consulté le )
- 1 2 (en) « Men have nipples to sooth crying baby until it can be fed »
- ↑ Centrafrique : anthologie de la musique des pygmées Aka, Harmonia Mundi, 2002, 2 CD
- ↑ « Centrafrique. Anthologie de la musique des Pygmées Aka », sur Radio France (consulté le )
- ↑ UNESCO, « Les chants polyphoniques des pygmées Aka de Centrafrique », sur UNESCO, (consulté le )
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (de) Gerhard Kubik, Moses Yotamu et Artur Simon, « Zone VI, Ewe- und Aka-Völker », in Westafrika, VEB Deutscher Verlag für Musik, Leipzig, 1989, p. 144-165
- (en) Barry S. Hewlett, Intimate fathers : the nature and context of Aka pygmy paternal infant care, University of Michigan Press, Ann Arbor, 1991, 201 p. (ISBN 978-0-472-10184-9)
- (en) Barry S. Hewlett et L. Sforza Cavalli, « Cultural transmission among Aka pygmies », American Anthropologist, 1986, no 88, p. 922-934
- (en) Koichi Kitanishi, « The Aka and Baka : food sharing among two central Africa hunter-gatherer groups », in Senri ethnological studies (Osaka), no 53, 2000, p. 149-169
- Henri Guillaume, Du miel au café, de l'ivoire à l'acajou. La colonisation de l'interfluve Sangha-Oubangui et l'évolution des rapports entre chasseurs-collecteurs pygmées Aka et agriculteurs (Centrafrique, Congo), 1880-1980, Peeters-Selaf, Louvain-Paris, 2001, 784 p. (ISBN 90-429-1016-X)
- Henri Guillaume, "L'État sauvage...Pygmées et forêts d'Afrique Centrale", in États et sociétés nomades (A. Bourgeot et H. Guillaume ed.), Politique Africaine, Karthala, 1989, no 34, pp. 74–82 (ISSN 0244-7827)
- (en) Andrew J. Noss, « Aka net hunting », in Philip M. Peek, African folklore: an encyclopedia, Routledge, New York, 2004, p. 175-177
- (en) Masato Sawada, « Rethinking methods and concepts of anthropological studies on African Pygmies' world view : the creator-God and the dead », in African study monographs (Kyoto), numéro special, no 27, 2001, p. 29-42
- Serge Bahuchet, Les Pygmées Aka et la forêt centrafricaine : ethnologie écologique, SELAF, Paris, 1985, 638 p. (ISBN 978-2-85297-179-0)
- Serge Bahuchet et Henri Guillaume, Aka-farmer relations in the northwest Congo Basin, in Politics and History in band societies (E.Leacock et R.Lee ed.), Cambridge University Press-Editions de la Maison des Sciences de l'Homme, 1982, pp. 189-211 (ISBN 2735100197)
- Vincent Dehoux et Henri Guillaume, Chasse, sexualité et musique, un arc musical des Pygmées Aka, in Ndroje balendro, musiques, terrains et disciplines (V.Dehoux, S. Fürniss et al. ed.), Peeters-Selaf, Louvain-Paris, 1995, pp. 67-86 (ISBN 2-87723-158-5)
- Noël Ballif, Les pygmées de la grande forêt, L'Harmattan, Paris, 1992, 240 p. (ISBN 2738409644)
- Beb-Deum, PK 12 : voyages en Centrafrique, de Bangui aux pygmées Aka : entre mutineries et coups d'État : -mars, , Éd. du Rouergue, Rodez, 2003, 96 p. (ISBN 978-2-84156-473-6)
- Victor Bissengué, Contribution à l'histoire ancienne des Pygmées : l'exemple des Aka, L'Harmattan, 2004, 205 p. (ISBN 978-2-7475-7282-8) sangonet.com
- Susanne Fürniss, « Le système pentatonique de la musique des Pygmées Aka (Centrafrique) » (thèse de doctorat de l'Université Sorbonne nouvelle), in Journal des africanistes, 63 (2), 1993, p. 133-137
- Elisabeth Motte-Florac, Les plantes chez les pygmées Aka et les Monzombo de la Lobaye (Centrafrique) : contribution à une étude ethnobotanique comparative chez des chasseurs-cueilleurs et des pêcheurs-cultivateurs vivant dans un même milieu végétal, Peeters Publishers, 1980, 573 p. (ISBN 978-2-85297-065-6)
- Jacqueline M.C. Thomas et Serge Bahuchet (dir.), Encyclopédie des pygmées Aka : techniques, langage et société des chasseurs-cueilleurs de la forêt centrafricaine (Sud- Centrafrique et Nord-Congo), Société d'études linguistiques et anthropologiques de France, Paris, plusieurs volumes. Premier livre : Les Pygmées aka ; fasc. 1 : Introduction à l'Encyclopédie (1983, 140 p.) ; fasc. 2 : Le monde des Aka (1990, 242 p.) ; fasc. 3 : La société (1990, 244 p.) ; fasc. 4 : La langue (1990, 183 p.) vjf.cnrs.fr
Discographie
modifier- (en) Louis Sarno, Bayaka : the extraordinary music of the Babenzele pygmies and sounds of their forest home, Ellipsis Arts, Roslyn, N.Y., 1995, 1 CD + 1 livret de 93 p. (ISBN 978-1-55961-313-2)
- Centrafrique : anthologie de la musique des pygmées Aka (texte de Simha Arom, trad. par David Stevens), prod. Radio-France, Paris ; distrib. Harmonia Mundi, Arles, 2002, 2 CD (2 h 14 min 34 s) + 1 livret
- Henri Guillaume et Bernard Surugue, Chasseurs Pygmées, 1 disque, livret trilingue et photos, Orstom-Selaf, Paris, 1982
Filmographie
modifier- Berceuse Aka, documentaire réalisé par François Gaulier et Alain Epelboin, CNRS Audiovisuel, Meudon, 1988, 6 min (VHS)
- Bernard Surugue et Henri Guillaume, Mbaso, le temps du miel, documentaire 16 mm. couleur, 12 min. (disponible en vidéo), Orstom-Cnrs, 1980
- Les maîtres fous, documentaire ethnographique réalisé par Jean Rouch, 1956
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- (en) et (it) Pygmées Aka (en Italie) Musique et danses d'un groupe Aka en tournée en Italie, avec photos et paysages sonores.
- « La forêt et les campements résidentiels de référence pygmée Aka de la République Centrafricaine » (site de l'UNESCO)
- Blogs concernant les pygmées Aka
- Edmond Dounias, Les tarières à ignames sauvages des Pygmées Aka et Baka d’Afrique centrale, article de Techniques et Culture (2001)