Pyramide d'Ouserkaf
La pyramide d'Ouserkaf qui est de type à faces lisses se trouve à l'angle nord-est du complexe funéraire de Djéser. Elle a été visitée et explorée pour la première fois en 1839 par John Shae Perring et identifiée comme celle d'Ouserkaf en 1928 par Cecil Mallaby Firth.
| Commanditaire | ||||||||||||||
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| Autre nom |
Ouâb-sout Ouserkaf, Wˁb-s.wt Wsr-kʒ=f (« Les places d'Ouserkaf sont pures ») | |||||||||||||
| Nom (hiéroglyphes) | ||||||||||||||
| Type | ||||||||||||||
| Hauteur |
~ 50 m | |||||||||||||
| Base |
~ 73 m ~ 60 coudées | |||||||||||||
| Inclinaison |
53° 07′ 48″ | |||||||||||||
| Coordonnées |
Elle faisait partie d'un complexe funéraire élaboré qui tranche avec ceux bâtis par la IVe dynastie démontrant bien un changement de conception dans l'édification des monuments funéraires royaux. Cette tendance déjà sensible sous le règne du prédécesseur immédiat d'Ouserkaf, Chepseskaf, s'affirme ici avec d'une part le choix du site de la nécropole royale qui revient au cœur même de Saqqarah et d'autre part par l'architecture même du complexe funéraire.
Emplacement
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La pyramide est située dans le champ de pyramides de Saqqarah, au nord-est du complexe funéraire de Djéser. Les architectes utilisèrent l'étroit espace entre l'enceinte du complexe de Djéser et le large fossé qui l'entourait. Le grand fossé était probablement déjà comblé à cette époque, mais il ne fournissait pas de fondations solides pour la construction, ce qui explique certaines particularités architecturales du complexe d'Ouserkaf.
L'un des facteurs expliquant ce changement de priorités dans la construction des pyramides pourrait être l'essor du culte solaire à Héliopolis (Égypte). À partir d'Ouserkaf, une succession de souverains entreprit la construction de temples solaires monumentaux, en plus de leurs pyramides. Ces temples présentaient une structure similaire à celle des pyramides, comprenant un temple de la vallée, une chaussée et un sanctuaire supérieur. Ouserkaf fit construire son sanctuaire solaire à Abousir[1],[2].
L'orientation nord du complexe pyramidal d'Ouserkaf était nettement plus précise que celle de l'enceinte adjacente de Djéser, formant ainsi un angle d'environ 4° entre les deux enceintes pyramidales.
Exploration du monument
modifierL'entrée de la pyramide fut découverte en 1831 par l'égyptologue italien Orazio Marucchi[3], mais ne fut pénétrée que huit ans plus tard, en 1839, par John Shae Perring, qui emprunta un tunnel creusé par des pilleurs de tombes. Perring ignorait l'identité du propriétaire de la pyramide et l'attribua à Djedkarê Isési, avant dernier roi de la Ve dynastie. Après ses recherches, Perring fit recouvrir le tunnel des pilleurs, qui demeure inaccessible à ce jour. La pyramide d'Ouserkaf fut répertoriée officiellement quelques années plus tard, en 1842, lorsque Karl Richard Lepsius l'inscrivit dans sa liste des pyramides sous le numéro XXXI. Perring ayant déjà fait recouvrir le tunnel des pilleurs, Lepsius n'effectua pas de nouvelles recherches sur la pyramide[3].
La pyramide fut ensuite laissée à l'abandon jusqu'en octobre 1927, date à laquelle Cecil Mallaby Firth et l'architecte Jean-Philippe Lauer entreprirent des fouilles. Lors de la première campagne de fouilles, Firth et Lauer dégagèrent la face sud de la pyramide, découvrant le temple funéraire d'Ouserkaf et des tombes de la période saïte, bien plus tardive[4]. L'année suivante, ils mirent au jour une dalle en relief calcaire et une tête colossale d'Ouserkaf en granit rouge, confirmant ainsi qu'il était le propriétaire de la pyramide[5],[4]. Après la mort de Firth en 1931, aucune fouille ne fut entreprise sur le site jusqu'à sa reprise par Lauer en 1948. Ce dernier y travailla jusqu'en 1955, procédant à un nouveau dégagement et à un réaménagement du temple funéraire et explorant la face est de la pyramide. Les recherches sur les côtés nord et ouest du complexe funéraire ont débuté en 1976 sous la direction d'Ahmed el-Khouly[1],[6], qui a fouillé et restauré l'entrée de la pyramide. Celle-ci a cependant été ensevelie sous les décombres lors d'un tremblement de terre en 1991. Des travaux plus récents sur la pyramide ont été entrepris par Audran Labrousse en 2000[7].
Le complexe funéraire
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Ouserkaf choisit donc de se rapprocher des origines de la royauté en faisant bâtir son tombeau à proximité immédiate de la pyramide de Djéser. Il conserve le plan d'ensemble élaboré sous la IVe dynastie comprenant un temple d'accueil ou temple de la vallée, dont on n'a pas encore retrouvé les vestiges, relié par une chaussée montante au tracé également perdu, à un temple funéraire qui jouxte la pyramide et dont il ne reste aujourd'hui que le dallage en basalte ainsi que des blocs de granite qui constituaient les portes du temple.
Au contraire des exemples précédents le temple n'est pas accolé à la face est de la pyramide royale mais est construit dans la partie méridionale du complexe funéraire. Il comprenait des magasins ainsi qu'un sanctuaire à cinq chapelles qui deviendra la règle dans tous les édifices funéraires royaux qui suivront. Une vaste cour suivait et faisait face à la pyramide. Elle était entourée sur trois de ses côtés d'un péristyle de piliers à section carrée, en granite rouge d'Assouan. Ils portaient tous la titulature du roi sur leur face donnant sur la cour. Les proportions de ce vaste espace à ciel ouvert, sont héritées des grandes cours cérémonielles des complexes funéraires de la IVe dynastie. C'est de cette cour que provient une tête colossale d'Ouserkaf en granite aujourd'hui exposée au Musée du Caire.
Le temple était bâti en calcaire pour ses murs, avec du granite pour ses piliers et portes monumentaux et du basalte pour le dallage des espaces à ciel ouvert, tandis que les parties couvertes étaient pavées de calcite ou d'albâtre. La richesse des minéraux utilisés pour la construction et les contrastes de leur couleur devaient produire un effet saisissant aux visiteurs qui fréquentaient l'édifice au temps de sa splendeur. C'est cette même qualité qui attirera très tôt dans l'Antiquité la convoitise des carriers à la recherche de matériaux de choix, tant et si bien qu'à l'époque Saïte le monument devait déjà avoir un aspect ruiné proche de celui qu'il présente aujourd'hui. De nombreux vestiges de la décoration en relief du temple ont été cependant découverts au cours des fouilles successives qui ont eu lieu au XXe siècle. Ils sont également exposés au Musée du Caire et permettent de déduire que le programme iconographique du temple était très élaboré et raffiné, à l'image de ce que Sahourê successeur d'Ouserkaf commandera pour son propre temple funéraire d'Abousir. Pour la première fois dans un monument funéraire royal ce décor pariétal recouvre la presque totalité du temple, multipliant les scènes symboliques dans lesquelles le roi divinisé occupe le rôle principal au milieu des dieux et des hommes.

La différence d'orientation de ce temple funéraire du schéma classique des complexes pyramidaux de l'Ancien Empire est diversement appréciée et interprétée par les égyptologues. Certains estiment que l'architecte d'Ouserkaf n'a eu d'autre choix en raison du caractère accidenté du terrain à l'est de la pyramide, d'autres pensent qu'Ouserkaf a cherché à affirmer ainsi le caractère solaire de la dynastie, faisant bénéficier de la sorte son temple d'un ensoleillement maximum dans la journée. Il est vrai qu'il est le premier pharaon à édifier un temple solaire en dehors d'Héliopolis à Abousir, site qui sera d'ailleurs choisi par ses successeurs pour édifier leur nécropole royale et d'autres temples solaires (voir notamment celui d'Abou Ghorab). Mais les édifices solaires, qui ne sont pas des édifices funéraires, ne semblent pas répondre à ce plan architectural singulier à Saqqarah. Il est tout aussi probable qu'Ouserkaf choisit délibérément d'étendre son complexe funéraire vers le sud à l'image du complexe funéraire de Djéser qui présente lui aussi un développement sur un axe nord-sud, et que l'imitation ait été jusqu'à ménager l'accès au temple au sud-est de l'enceinte du complexe comme pour le complexe funéraire de Djéser, voire qu'il n'y ait jamais eu de temple bas ni de chaussée d'accès ce qui expliquerait qu'on en ait retrouvé aucune trace jusqu'à présent. Autre particularité du complexe funéraire, pour la première fois la pyramide-satellite est intégrée au temple funéraire royal alors qu'auparavant elle ne figurait dans les complexes funéraires de la IVe dynastie qu'en tant qu'élément annexe voire isolé du complexe.
Enfin au sud du temple funéraire se trouvait une pyramide secondaire, attribuée à Néferhétepès, probable grande épouse royale d'Ouserkaf. Cette petite pyramide très dégradée comporte un accès aux appartements funéraires de la reine, situé sur la face nord. La chambre funéraire aujourd’hui à l'air libre comporte encore une partie de sa couverture constituée d’une voûte en chevrons. Du fait du délabrement extrême du complexe funéraire d'Ouserkaf il est difficile de reconnaître sur place comment cette pyramide de reine était accessible. Si au début de son excavation Cecil Mallaby Firth la croyait articulée au temple funéraire du roi les fouilles ultérieures menées par Jean-Philippe Lauer puis Audran Labrousse ont révélé qu'elle comportait un accès indépendant par un petit temple accolé à sa face est, aujourd'hui disparu, identifiant ainsi un petit complexe pyramidal qui servira de modèle par la suite.
La pyramide
modifierDe dimensions modestes, avec une base d'environ soixante-treize mètres et une hauteur initiale de près de cinquante mètres, la pyramide elle-même est construite en blocs de calcaire taillés de petites dimensions disposés en assises régulières.
On accède aux appartements funéraires du roi par une entrée située sur la face nord de la pyramide qui était autrefois dissimulée par le revêtement de calcaire Tourah aujourd'hui disparu. Un couloir s'enfonce dans le sol et mène à une chambre à herses qui distribue deux ensembles de chambres perpendiculaires. Au nord-est se trouvaient les magasins qui devaient abriter le mobilier funéraire du roi, dans l'axe de la pyramide se trouvait l'antichambre avec immédiatement à l'ouest la chambre funéraire royale qui contient encore le sarcophage d'Ouserkaf ainsi que son coffre à canopes. Aucune inscription n'a été relevée ni dans les appartements souterrains ni sur le sarcophage. La base mesure 73,3 m et la hauteur actuelle est de 49,4 m.
La méthode de construction et les proportions du monument tranchent là encore avec les édifices de la IVe dynastie. Il semble qu'Ouserkaf ait porté ses efforts de constructeur sur d'autres projets dont son temple solaire d'Abousir serait un témoin. Le fait que le complexe funéraire royal n'est plus l'objet d'un chantier titanesque comme précédemment ce fut le cas à Dahchour, Gizeh ou Abou Rawash trouble la plupart des rédacteurs de l'histoire de l'Égypte antique au point d'élaborer des hypothèses d'une dégradation des technologies ou d'une crise économique due à une pénurie généralisée des moyens, épuisés par les projets dispendieux des règnes précédents. Cette hypothèse cadre mal avec l'histoire de l'Ancien Empire et celle de la Ve dynastie qu'Ouserkaf inaugure, qui ne présente alors aucun signe particulier d'une éventuelle décadence de moyen et de pouvoir. Plus raisonnablement et en l'absence de preuves concrètes de l'une ou l'autre des hypothèses avancées, il convient de comprendre ces particularités à l'aune des points de convergence avec le complexe de Djéser, fondateur de la IIIe dynastie, tout comme Ouserkaf est à l'origine d'une nouvelle dynastie de rois.
Photos
modifier- Vue de la pyramide d'Ouserkaf dans le désert
- Vue sur la face nord de la pyramide d'Ouserkaf avec l'accès aux chambres souterraines
- Vue sur la cour du temple funéraire et de la face sud de la pyramide d'Ouserkaf
- Ruines du temple d'Ouserkaf et de la pyramide de reine attribuée à Néferhétepès
- Vue sur la chambre funéraire de la pyramide attribuée à la reine Néferhétepès
Images virtuelles
modifier- Essai d'élévation du complexe pyramidal d'Ouserkaf à Saqqarah, réalisé à partir du plan relevé par Jean-Philippe Lauer et Audran Labrousse.
- Complexe funéraire d'Ouserkaf avec la pyramide de son épouse Néferhétepès.
- Essai de restitution de la pyramide de Néferhétepès.
- Essai de restitution du temple funéraire d'Ouserkaf.
Notes et références
modifier- 1 2 Lehner 1997, p. 140.
- ↑ Verner 2001a, p. 306.
- 1 2 Khouly 1978, p. 35-43.
- 1 2 Firth 1929.
- ↑ el-Khouly 1978, p. 35-43.
- ↑ el-Khouly 1985.
- ↑ Labrousse et Lauer 2000.
Bibliographie
modifierÉtudes architecturales du complexe d'Ouserkaf
modifier- (en) Cecil Mallaby Firth, « Excavation of the Department of Antiquities at Saqqara », Annales du service des antiquités de l'Égypte, no 29, ;
- Jean-Philippe Lauer, « Le temple haut de la pyramide du roi Ouserkaf à Saqqarah », Annales du service des antiquités de l'Égypte, no 53, ;
- (it) Vito Maragioglio et Celeste Rinaldi, L'Architettura delle Piramidi Menfite : Le Piramidi di Userkaf, Sahurâ, Neferirkarâ. La Piramide Incompiuta e le Piramidi minori di Abu Sir, vol. VII, Rapallo, Officine Grafiche Canessa, ;
- (en) Ali El-Khouly, « Excavation at the pyramid of Userkaf, 1976: preliminary report », The Journal of Egyptian Archaeology, no 64, , p. 35–43 ;
- (en) Ali El-Khouli, « Excavation at the pyramid of Userkaf », Journal of the Society for the Study of Egyptian Antiquities, no 15, ;
- Audran Labrousse et Jean-Philippe Lauer, Les complexes funéraires d'Ouserkaf et de Néferhétepès (2 vol.), Le Caire, IFAO, coll. « Bibliothèque d’étude » (no 130), , 126 p. (ISBN 978-2724702613).
Études sur les pyramides
modifier- (en) Mark Lehner, The Complete Pyramids, Londres, Thames & Hudson, , 256 p. (ISBN 978-0-5000-5084-2) ;
- Jean-Pierre Adam et Christiane Ziegler, Les pyramides d'Égypte, Paris, Hachette, , 222 p. (ISBN 9782014621242, lire en ligne) ;
- (en) Iorwerth Edwards, The pyramids of Egypt, Londres, Penguin Books, (1re éd. 1947) (ISBN 978-0140136340, lire en ligne) ;
- (en) Miroslav Verner, The Pyramids: The Mystery, Culture and Science of Egypt's Great Monuments, New York, Grove Press, , 512 p. (ISBN 978-0-8021-1703-8, lire en ligne) ;
- (en) Miroslav Verner, The Pyramids : The Archaeology and History of Egypt’s Iconic Monuments, Le Caire, New York, The American University in Cairo Press, (1re éd. 1997 (tchèque), 2001 (anglais)), 464 p. (ISBN 978-9774169885).
