Quatuor à cordes no 16 de Beethoven

composition de Ludwig van Beethoven

Le quatuor à cordes no 16 en fa majeur, op. 135, de Ludwig van Beethoven, est composé rapidement de juin à [1] et publié en avec une dédicace à Johann Wolfmayer[1], un commerçant mécène. Il est le dernier des quatuors de Beethoven, et même sa dernière œuvre. Le compositeur l'intitule « Der schwergefasste Entschluss » (La résolution difficilement prise).

Caricature de Beethoven par J.P.Lyser 1825

Présentation de l'œuvre

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Composé après le grand Quatorzième Quatuor, le Seizième Quatuor n'est jamais joué du vivant de son compositeur. Il est créé, comme tous les autres quatuors de la dernière période, par la formation de Schuppanzigh. Sa composition est contemporaine de problèmes familiaux (tentative de suicide de son neveu Karl[2], dont il avait la charge), pécuniaires et de santé, mais il reste empreint de simplicité et d'optimisme. Si on excepte le finale de substitution que Beethoven composa pour son Treizième Quatuor à l'automne 1826, le Seizième Quatuor est sa dernière œuvre.

Des derniers quatuors il est le plus court et le plus classique. Le troisième mouvement porte le titre « Süsser Ruhegesang, Friedensgesang » (doux chant de repos, de paix). Son thème rappelle celui de la scène au bord du ruisseau de la Symphonie pastorale.

Selon André Boucourechliev, le mouvement final, par les grandes lignes de sa structure, rappelle la sonate pathétique[3].

Selon Theodor de Wyzewa : "Mais quel autre que Beethoven aurait su mettre, en quelques lignes d'un contrepoint simple et sans recherche, une aussi poignante expression de mélancolie ? Toujours la même phrase se déroule, lente et sombre, et parfois elle s'élève comme une plainte ou un reproche, et la voici qui revient en dessous avec sa lourde tristesse.Il faut aller jusqu'aux derniers quatuors, notamment au largo du quatuor en la majeur (op. 135), pour retrouver un pareil accent de désolation."[4]

Mention épigraphique

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Ce quatuor est resté célèbre pour l’inscription, sur le manuscrit, d'un autographe de Beethoven[5]. En effet, le dernier mouvement porte l'inscription en épigraphe : "Der schwer gefasste Entschluss – Muss es sein ? Es muss sein ! » (La décision difficile à prendre – Le faut-il ? Il le faut !)."

Le sens de ce motto, qui traduit la pensée créatrice de Beethoven, a suscité de multiples commentaires[6] par de nombreux exégètes.

Il peut s'agir :

  • d'une référence à une conversation entre deux amis surpris par le musicien, qui s'est amusé de l'opposition et qui en fait une traduction musicale, même si on peut y voir des connotations métaphysiques, puisque le verbe « müssen » porte la notion de nécessité inévitable et peut donc facilement amener la notion de destin (littéralement : « Cela doit-il être ? Cela doit être ! ») ;
  • de la réponse de Beethoven à un certain Dembscher ayant voulu faire jouer chez lui un de ses quatuors sans bourse délier ; le compositeur a exigé en réponse que le quidam lui paye 50 florins[3] ;
  • d'une sorte de mise en scène, destinée à l’éditeur ; selon Élisabeth Brisson : " (...) éditeur, qui va certainement se sentir lésé et rebuté par les passages sauvages, en rupture avec les habitudes d’écoute de l’époque, telle la répétition cinquante fois de suite du même motif dans le Trio du Vivace : pour se faire pardonner, Beethoven a l’idée judicieuse de se présenter comme victime de son inspiration ![7].
  • D'après Jean Chantavoine : "Beethoven......a voulu seulement montrer la musique capable, tout comme le langage discursif, de poser une thèse et une antithèse, de les opposer, de les développer et de conclure, non par une synthèse, car il n'est point l'homme de la conciliation, mais par une affirmation bien déduite"[8].

En réalité[9], l’original d'une lettre adressée à Moritz Schlesinger, éditeur et ami de Beethoven, ayant été perdue dans un incendie, ledit Schlesinger en avait reconstitué de mémoire deux versions :

  • "[Première version] Voyez quel homme malheureux je suis ; non que ce fût chose difficile de l’écrire, car je pensais à quelque chose d’autre de beaucoup plus grand et ne l’ai écrit qu’en réponse à la promesse que je vous avais faite et à un besoin d’argent ; que cela m’ait été difficile, vous le pouvez déchiffrer dans le « es muss sein »…"
  • [Deuxième version] Voici, mon cher ami, mon dernier quatuor, ce sera le dernier, mais il m’a demandé du labeur, je n’arrivais pas à me mettre à composer le dernier mouvement. Comme vos lettres me rappelaient mes engagements, je me suis enfin résolu à écrire mon quatuor et c’est pour cette raison que j’ai écrit la devise : « La décision difficilement prise — Le faut-il ? — Il le faut, il le faut ! »…

Ainsi, cette lettre reconstituée, et dans chacune des deux versions, permet d'expliciter avec clarté le sens profond de cette mention épigraphique. Il en ressort donc la difficulté pour Beethoven d'écrire ce dernier quatuor par l'obligation qu'il s'impose[10], mais aussi le fait que la parole beethovénienne ne peut que se transformer en symbole afin d' acquérir le niveau d’abstraction qui lui seul permettra de se rapprocher de la musique.

Références dans la littérature

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L'écrivain tchèque Milan Kundera étudie et illustre ce « Es muß sein! » dans son roman L'Insoutenable Légèreté de l'être. Il en fait le symbole de la nécessité, mais aussi de ce qui pèse, qui a de la valeur, par opposition à la légèreté, qui elle est frivole[11].

Structure de l’œuvre

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Le quatuor comporte quatre mouvements :

Sa durée d’exécution est d'environ 23 minutes[13].

Repères discographiques

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Références

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  1. 1 2 Jean Massin et Brigitte Massin, Ludwig van Beethoven, Fayard, , 845 p. (ISBN 978-2-213-00348-1), p. 720
  2. ↑ « Karl tente de se tuer le 30 juillet 1826 ». Barry Cooper, Dictionnaire Beethoven, J.C.Lattès, , 613 p. (ISBN 978-2-7096-1081-0), p. 57
  3. 1 2 André Boucourechliev, Beethoven, Solfèges - Seuil, , 184 p.
  4. ↑ Theodor de Wyzewa, Beethoven et Wagner, Perrin, , 548 p., p. 54
  5. ↑ Francois Sirois, Parcours de la musique classique, Les éditions de L’instant même,, , 302 p. (ISBN 978-2-89502-259-6), p. 254
  6. ↑ Pour l’auditeur, le sens de cette résolution reste abscons.
  7. ↑ Élisabeth Brisson, Beethoven et après, Fayard, , 150 p. (ISBN 978-2-213-71857-6), p. 58
  8. ↑ Jean Chantavoine, Beethoven, Paris, Félix Alcan, , 274 p., p. 163
  9. ↑ Beethoven, Beethoven par lui même, Buchet Chastel - Nouvelle traduction par Sofiane Boussahel, , 123 p. (ISBN 9782283031957), p. 87
  10. ↑ Le verbe müssen exprime avant tout une nécessité, voire une contrainte qui est voulue par la nature même des choses. En français, il se traduit généralement par "devoir".
  11. ↑ Milan Kundera, L'Insoutenable Légèreté de l'être, Gallimard, coll. « Folio », , 475 p. (ISBN 978-2-07-038165-4), p. 281
  12. 1 2 3 4 Élisabeth Brisson, Guide de la musique de Beethoven, Paris, Fayard, coll. « Les Indispensables de la musique », , 878 p. (ISBN 978-2-213-62434-1 et 2213624348), p. 823
  13. ↑ Durée moyenne basée sur les enregistrements discographiques cités
  14. ↑ Enregistrement salué par un Diapason d'or dans la revue Diapason n°379 du mois de février 1992
  15. ↑ « Un souffle épique, une grandeur insurpassable animent ces interprétations d'une autre époque ». Le guide 1996 du CD : Tome 1, Répertoire Classique, Marabout, (ISBN 978-2-501-02361-0), p. 69
  16. ↑ « Une des grandes interprétations de l'histoire du disque ». Le guide 1996 du CD : Tome 1, Répertoire Classique, Marabout, (ISBN 978-2-501-02361-0), p. 69
  17. ↑ Enregistrement salué par un Diapason d'or dans la revue Diapason n°356 du mois de janvier 1990
  18. ↑ « Une intégrale qui n'a pas vieilli ». Le guide 1996 du CD : Tome 1, Répertoire Classique, Marabout, (ISBN 978-2-501-02361-0), p. 70
  19. ↑ « L'intégrale des Végh constitue la référence absolue pour les quatuors de Beethoven ». Le guide 1996 du CD : Tome 1, Répertoire Classique, Marabout, (ISBN 978-2-501-02361-0), p. 69
  20. ↑ « L'intelligence beethovénienne des Lindsay s'avère admirable. Leur lecture colle littéralement à la partition tout en la fouillant de la manière la plus sensible. La référence moderne ». Le guide 1996 du CD : Tome 1, Répertoire Classique, Marabout, (ISBN 978-2-501-02361-0), p. 70
  21. ↑ « Le Quatuor Alban Berg a réussi comme nul autre l'ascension de cet Himalaya de la production beethovénienne : clarté, intensité, expressivité, sens aigu de l'architecture caractérisent cette version ». La Discothèque idéale : sous la direction de Bertrand Dermoncourt, Arles/Paris, Actes Sud, , 280 p. (ISBN 978-2-330-00216-9), p. 37
  22. ↑ Enregistrement salué par un Diapason d'or dans la revue Diapason du mois de décembre 2012, p. 74
  23. ↑ Enregistrement salué par un Diapason d'or dans la revue Diapason n°323 du mois de janvier 1987
  24. ↑ « Un Beethoven sobre et allusif mais d'une frémissante sensibilité ». Le guide 1996 du CD : Tome 1, Répertoire Classique, Marabout, (ISBN 978-2-501-02361-0), p. 69
  25. ↑ Enregistrement salué par un Gramophone Award 2005 de la revue Gramophone
  26. ↑ Enregistrement salué par une note de 5 diapasons dans la revue Diapason du mois de septembre 2008, p. 123
  27. ↑ Enregistrement salué par un Diapason d'or dans la revue Diapason du mois de novembre 2010, p. 90
  28. ↑ Enregistrement salué par un Diapason d'or dans la revue Diapason du mois de décembre 2011, p. 73
  29. ↑ Enregistrement salué par un Diapason d'or dans la revue Diapason du mois de juin 2013, p. 87
  30. ↑ Enregistrement live au festival de Pâques de Deauville en 2015

Liens externes

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