Raffaello Sernesi
Raffaello Sernesi, né le à Florence et mort le à Bolzano, est un graveur de médailles et un peintre italien du mouvement des Macchiaioli.
| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 27 ans) Bolzano |
| Nationalité |
Italienne |
| Activité |
Peinture, gravure de médailles |
| Formation |
Académie des beaux-arts de Florence |
| Maître | |
| Mouvement |
Les Toits au soleil Pâturage en montagne Sur l'aire |

Formé comme graveur de médailles, il suit de 1856 à 1859, avec peu d'assiduité, les cours de l'Académie des beaux-arts de Florence, puis rejoint en 1859 le groupe du Caffè Michelangiolo. Il peint ensuite d'après nature, avec Odoardo Borrani, dans l'Apennin de Pistoia, à Piagentina avec Silvestro Lega, puis à Castiglioncello, chez Diego Martelli.
Engagé en 1866 dans les volontaires de Garibaldi, il est blessé et fait prisonnier par les Autrichiens, et meurt à l'hôpital de Bolzano. Son œuvre, d'une quarantaine de tableaux, se compose surtout de paysages.
Biographie
modifierFormation
modifierRaffaello Sernesi naît à Florence le , dernier des neuf enfants de Pietro Sernesi, marchand de vin, et d'Anna Fanfani[1]. Il grandit dans le quartier de San Frediano et entre très tôt à l'atelier Mariotti, spécialisé dans la gravure de médailles[1],[2].
En 1856, il s'inscrit à l'Académie des beaux-arts de Florence, où il suit, sans grande assiduité, l'école de la statue dirigée par Antonio Ciseri[1],[3]. Il tient de Ciseri un goût initial pour le portrait, comme dans son Autoportrait, conservé à la galerie des Offices[1],[n 1].
Caffè Michelangiolo
modifierEn 1858, à la mort de son père, il se consacre davantage au travail qu'aux études. Il quitte définitivement l'Académie en 1859 ; selon Telemaco Signorini, il passe alors « des quatre murs de l'atelier » à l'observation du réel « sous le ciel très libre de la nature »[1],[4].
Il commence à fréquenter le Caffè Michelangiolo, où il se lie en particulier avec Signorini et Borrani[1]. Il s'engage avec eux comme volontaire en juin 1859, mais sa mère, dont le fils aîné, Luigi, est déjà au front, intervient pour empêcher son enrôlement[1],[5].
San Marcello
modifierNaples
modifierEn juillet 1862, il se rend à Naples pour y vendre une médaille de Garibaldi qu'il a gravée, et rend visite au peintre Stanislao Pointeau à Ischia. Selon Marco Pierini, il est difficile de mesurer l'apport de ce voyage à sa peinture : la seule influence napolitaine qu'on y relève, celle de Filippo Palizzi, peut aussi s'expliquer par la présence de ses tableaux dans les collections florentines[1].
Piagentina
modifierÀ partir de 1862, il prend part à l'école dite de Piagentina, du nom du lieu, aux portes de Florence, où Lega s'est installé et où Giuseppe Abbati, Borrani, Signorini et Sernesi viennent peindre de petites vues champêtres autour de lui[1],[8],[9],[n 2].
Castiglioncello
modifierEn 1864, à l'invitation de Diego Martelli, il passe une partie de l'été à Castiglioncello avec Borrani et Abbati[1],[2],[10]. Il présente la même année à la Promotrice de Florence des tableaux tirés de ces études[2]. Il y retourne l'été suivant[1].
En 1865, il grave à l'atelier Mariotti la médaille commandée par la commune de Florence pour le sixième centenaire de la naissance de Dante, dessinée par Enrico Pazzi[1].
Guerre de 1866 et mort
modifierÀ la fin de mai 1866, après avoir confié quelques œuvres à Signorini dans l'espoir qu'il les vende, il part pour Bari, où il arrive le 8 juin pour s'engager dans le corps des volontaires italiens commandé par Garibaldi[1]. Affecté au 6e régiment, il prend part à la troisième guerre d'indépendance italienne et à l'invasion du Trentin[1].
Blessé à la jambe le à Cimego, pendant la bataille de Condino, il est fait prisonnier par les Autrichiens, qui le transportent à l'hôpital de Trente, puis, quelques jours plus tard, à celui de Bolzano[1]. Il y meurt le , de la gangrène, ayant accepté trop tard l'amputation de sa jambe[1],[n 3].
En 1910, la Société des beaux-arts de Florence lui consacre une petite rétrospective, avec des œuvres prêtées par sa famille et par Signorini[1].
Œuvre
modifierPortraits
modifierSes portraits, comme l'Autoportrait des Offices et le Portrait de sa sœur Assunta, témoignent, selon Marco Pierini, de son étude des maîtres anciens toscans. Une petite tablette avec un Portrait de sa sœur et le Portrait de dame, de 1859, conservé à la galerie d'Art moderne de Milan, présentent déjà, par le traitement de la lumière et le rendu de certains détails, des éléments qui annoncent la peinture de « tache »[1],[3].
Premiers paysages
modifierÀ partir de 1860, de petites études à l'huile sur carton, comme Les Toits au soleil et La Petite Coupole aux Cascine, conservées à la Galerie nationale d'art moderne de Rome, marquent sa proximité avec Signorini. Elles représentent une campagne marquée par la présence humaine, mais sans figures, avec de forts contrastes de lumière et des ombres profondes, qui s'atténuent dans les œuvres suivantes[1],[2],[n 4]. Les Toits au soleil sont cités comme exemple d'« imbrications lumineuses »[8].
Les Petits Voleurs de figues, vers 1860-1861, huile sur carton de la galerie d'Art moderne du palais Pitti, provenant du legs Martelli, sont probablement l'esquisse d'un tableau aujourd'hui perdu, présenté à la Promotrice de 1861[4].
Apennin de Pistoia
modifierLes tableaux peints à San Marcello associent une lumière claire et le recours au dessin, qui traduisent selon Marco Pierini son attachement aux peintres toscans du XVe siècle[1]. Pâturage en montagne, huile sur toile de 1861 (26,2 × 82,5 cm), d'une collection particulière, a appartenu à Arturo Toscanini[1],[7]. Signorini le décrit, en 1867, comme d'un calme surprenant et d'une tonalité très lumineuse[1].
Du même ensemble relèvent Bœufs noirs à la charrette, Pâturage à San Marcello et Jeunes Sapins de Pistoia[1],[n 5].
Castiglioncello
modifierÀ Castiglioncello, il partage avec Borrani les sujets, les points de vue, la matière et la technique, au point que leurs deux mains deviennent, selon Marco Pierini, presque superposables[1]. Il tient La Pointe du Romito vue de Castiglioncello pour l'œuvre peut-être la plus aboutie de ce bref séjour, avec la Marine à Castiglioncello, toutes deux dans des collections particulières milanaises[1].
Les tableaux de l'été 1865, comme Blé mûr et Sur l'aire, où un chien sème le désordre parmi les poules, montrent une touche plus allongée et plus fine, et des harmonies de couleur nouvelles[1],[n 6]. Les Meules, de 1865, sont conservées à la galerie d'Art moderne du palais Pitti[2], de même que les Collines florentines, de la même année[3].
Réception
modifierPour Emilio Cecchi, cité par Marco Pierini, son instinct de construction et sa « logique sereine » produisent une « tache allégée » de ce qui tendait à devenir une nouvelle rhétorique et des contrastes de clair-obscur trop crus[1]. En 1936, Nello Tarchiani voit son style évoluer de la « tache » de Signorini vers une texture de couleur très sensible, et décrit avec Cecchi son paysage comme marqué par un « sens de l'ordre, de la maîtrise, de l'austérité »[5]. Ses paysages, vues et portraits sont aussi décrits comme empreints d'une sévérité austère, tempérée dans les œuvres plus mûres par des notations atmosphériques[3].
En 1978, un article d'A. P. Tommasi Falcucci est consacré à un changement d'attribution entre Sernesi et Borrani[1]. Le marché de l'art a aussi proposé sous son nom des tableaux de Lorenzo Gelati[11].
Une recension de l'exposition des Macchiaioli au musée de l'Orangerie, en 2013, le cite parmi les peintres qui travaillent l'été à Castiglioncello[12].
Collections
modifierSelon Nello Tarchiani, la plupart de la quarantaine de tableaux connus en 1936 appartiennent à des collections particulières[5]. Ses œuvres sont conservées notamment à la galerie d'Art moderne du palais Pitti, à la Galerie nationale d'art moderne de Rome, à la galerie des Offices, à la galerie d'Art moderne de Milan et à la galerie Ricci Oddi de Plaisance[1],[5].
Œuvres
modifier| Date | Œuvre | Lieu de conservation |
|---|---|---|
| 1859 | Autoportrait | Galerie des Offices, Florence[1] |
| 1859 | Portrait de dame | Galerie d'Art moderne, Milan[1],[3] |
| vers 1860 | Les Toits au soleil | Galerie nationale d'art moderne, Rome[1],[2] |
| vers 1860 | La Petite Coupole aux Cascine | Galerie nationale d'art moderne, Rome[1] |
| vers 1860-1861 | Petits Voleurs de figues | Galerie d'Art moderne, palais Pitti, Florence[4] |
| 1861 | Pâturage en montagne | Collection particulière[1],[7] |
| 1861 | Pâturage à San Marcello | [1],[2],[n 5] |
| vers 1861 | Bœufs noirs à la charrette | Collection particulière, Florence[1] |
| vers 1861 | Jeunes Sapins de Pistoia | Collection particulière[1] |
| 1864 | La Pointe du Romito vue de Castiglioncello | Collection particulière, Milan[1] |
| 1864 | Marine à Castiglioncello | Collection particulière, Milan[1],[2] |
| 1865 | Blé mûr | Collection particulière[1] |
| 1865 | Sur l'aire | [1],[2],[n 6] |
| 1865 | Les Meules | Galerie d'Art moderne, palais Pitti, Florence[2] |
| 1865 | Collines florentines | Galerie d'Art moderne, palais Pitti, Florence[3] |
Galerie
modifierNotes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Le Dizionario biografico date l'Autoportrait de 1859, l'Institut Matteucci de 1858.
- ↑ Le lieu est aussi appelé Pergentina. Les Offices font remonter à 1863 la fondation de l'école de Piagentina par Lega, Borrani, Abbati et Sernesi.
- ↑ Le Dizionario biografico précise qu'il meurt le 9 août, et non le 11, date le plus souvent indiquée, notamment par l'Enciclopedia Italiana.
- ↑ Le Larousse date Les Toits au soleil de 1862.
- 1 2 Le Dizionario biografico situe le Pâturage à San Marcello dans une collection particulière vénitienne, l'Institut Matteucci à la Galerie nationale d'art moderne de Rome.
- 1 2 Le Dizionario biografico situe Sur l'aire à la galerie d'Art moderne du palais Pitti ; l'Institut Matteucci le place dans une collection et situe au palais Pitti Les Meules.
Références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 (it) Marco Pierini, « Sernesi, Raffaello », sur Dizionario biografico degli italiani, Treccani, (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 (it) « Sernesi Raffaello », sur Dizionario degli artisti, Istituto Matteucci (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 (it) « Sernési, Raffaello », sur Enciclopedia on line, Treccani (consulté le ).
- 1 2 3 (en) « Fig thieves (Urchins) », sur Gallerie degli Uffizi (consulté le ).
- 1 2 3 4 (it) Nello Tarchiani, « Sernesi, Raffaello », dans Enciclopedia Italiana, Rome, Istituto della Enciclopedia Italiana, .
- ↑ (it) Ferdinando Arisi, « Borrani, Odoardo », sur Dizionario biografico degli italiani, Treccani, (consulté le ).
- 1 2 3 (it) « Raffaello Sernesi, Pastura in montagna », sur Palazzo Blu (consulté le ).
- 1 2 « Les Macchiaioli », sur Larousse (consulté le ).
- ↑ (en) « Oration (The prayer) by Giuseppe Abbati », sur Gallerie degli Uffizi (consulté le ).
- ↑ (it) Fulvio Conti, « Martelli, Diego », sur Dizionario biografico degli italiani, Treccani, (consulté le ).
- ↑ (it) Emanuela Bianchi, « Gelati, Lorenzo », sur Dizionario biografico degli italiani, Treccani, (consulté le ).
- ↑ « Des impressionnistes italiens ? Musée de l'Orangerie », sur Artscape (consulté le ).
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (it) Telemaco Signorini, « Raffaello Sernesi », Gazzettino delle arti del disegno, , p. 230-232.
- (it) Emilio Cecchi, « Alcuni dipinti di Raffaello Sernesi », Vita artistica, vol. 2, no 1, , p. 21-24.
- (it) Giampaolo Daddi, Raffaello Sernesi : Considerazioni ed ipotesi, Oggiono-Lecco, P. Cattaneo, .
- (it) A. P. Tommasi Falcucci, « Sernesi o Borrani : Un cambio di attribuzione », Storia dell'arte, nos 32-34, , p. 181-184.
- (it) Carlo Del Bravo, « La luce di Sernesi », dans Artista. Critica dell'arte in Toscana 1997, Florence, , 146-159 p..
- (it) Marco Pierini, « Sernesi, Raffaello », dans Dizionario biografico degli italiani, vol. 92, Rome, Istituto della Enciclopedia Italiana, .
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :