Ramón Serrano Súñer
Ramón Serrano Súñer (né le - mort le ) est un ancien ministre espagnol de Franco. Beau-frère de Franco, ce qui lui valut le surnom de Cuñadísimo (cuñado en espagnol = beau-frère : un jeu de mots sur Generalísimo, ce qui peut-être traduit par « super beau-frère »), il fut l'un des hauts dignitaires franquistes au début du régime, étant six fois ministre de 1938 à 1942 (Intérieur, Affaires étrangères et Gouvernement).
| Ramón Serrano Súñer | |
Ramón Serrano Súñér en 1940 | |
| Fonctions | |
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| Ministre des Affaires étrangères | |
| – (1 an, 10 mois et 18 jours) |
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| Président du gouvernement | Francisco Franco |
| Gouvernement | Franco II et III |
| Prédécesseur | Juan Luis Beigbeder |
| Successeur | Francisco Gómez-Jordana Sousa |
| Ministre du Gouvernement | |
| – (2 ans, 8 mois et 15 jours) |
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| Président du gouvernement | Francisco Franco |
| Gouvernement | Franco I et II |
| Prédécesseur | Junta Técnica del Estado |
| Successeur | Valentín Galarza Morante |
| Député aux Cortes Generales pour Saragosse | |
| – (2 ans, 8 mois et 14 jours) |
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| Élection | 19 novembre 1933 |
| Réélection | 16 février 1936 |
| Législature | IIe et IIIe Cortès Républicaine |
| Groupe politique | CEDA |
| Biographie | |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Carthagène (Espagne) |
| Date de décès | (à 101 ans) |
| Lieu de décès | Madrid (Espagne) |
| Parti politique | Phalange CEDA (Union des droites de Saragosse) FET y de las JONS |
| Diplômé de | Université centrale de Madrid |
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| Ministres des Affaires étrangères d'Espagne | |
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Il est le chef de la Falange Española Tradicionalista y de las Juntas de Ofensiva Nacional Sindicalista, parti unique et pilier du Movimiento Nacional. Germanophile et phalangiste convaincu, Súñer a un rôle important dans l'édification du régime franquiste et pousse à l'entrée en guerre aux côtés des puissances de l'Axe, organisant l'entrevue d'Hendaye du entre Hitler et Franco. Avec le tournant de la guerre, il perd de l'influence avec la montée en puissance des conservateurs, jusqu'à être écarté lors du remaniement ministériel d'. Il devient alors avocat, puis procureur, restant une figure influente.
Biographie
modifierJeunesse fascisante
modifierFils d'un ingénieur et d'une famille provenant du district de Tarragone, en Catalogne, Ramón Serrano Súñer naît à Carthagène en 1901. Il fait des études de droit à l'université centrale de Madrid et présida l'Association professionnelle des étudiants, dont le secrétaire était José Antonio Primo de Rivera, le fils du dictateur Primo de Rivera et fondateur en 1933 de la Phalange. Il s'entend si bien avec José Antonio Primo de Rivera qu'il sera en 1936 son exécuteur testamentaire, aux côtés du hiérarque franquiste Raimundo Fernández-Cuesta. Súñer passe ensuite une année à Bologne, où il se prend de passion pour le fascisme.
Il passe un concours de haut fonctionnaire judiciaire (avocat d'État), avec une dispense d'âge. D'abord en poste à Castellon, il vit ensuite à Saragosse, où malgré les demandes pressantes de José Primo de Rivera, il refuse de prendre part à la Phalange. Il y rencontre Zita Polo y Martinez-Valdès qu'il épousa à Oviedo le , ce qui en fait le beau-frère de Franco qui épousa l'autre sœur. Franco et José Antonio Primo de Rivera sont ses témoins lors du mariage, et se rencontrèrent à cette occasion. Súñer et Zita ont six enfants.
Súñer siège parmi les conservateurs aux Cortes de 1933 à 1936. Il se présente d'abord pour l'Union des droites de Saragosse, puis, en 1933, est élu dans la même circonscription sur les listes de la Confédération espagnole des droites autonomes (CEDA). Il s'implique dans la conspiration contre le Front populaire, en tentant notamment d'organiser une réunion, en , entre Franco et José Antonio Primo de Rivera, qui n'a finalement pas lieu.
Début de la guerre civile
modifierAprès le déclenchement de la Guerre d'Espagne, il soutient Franco et est à la tête de la Phalange. En , il est arrêté à Madrid pour conspiration contre la République, et détenu dans la prison Modelo. Après avoir été transféré grâce à des amis dans une clinique pour des soins gastriques prétendus, il s'évade en [réf. nécessaire], déguisé en femme.
Il rejoint le consulat hollandais, d'où il obtient un faux certificat le faisant passer pour un militaire républicain, ce qui lui permet de rejoindre Alicante. De là, il rejoignit Marseille à bord d'un navire argentin, puis se rend à Biarritz, Hendaye et enfin Salamanque le , ville où siéège le gouvernement provisoire des insurgés franquistes. Ses deux frères sont fusillés en par les Républicains à Aravaca, près de Madrid, alors que lui-même devait mourir centenaire. En , Súñer se venge en faisant exécuter le procureur du tribunal qui avait requis l'exécution de ses deux frères[1].
Édification du régime franquiste
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Il rédige le décret d'unification du qui fusionne tous les partis politiques du camp franquiste au sein de la Falange Española Tradicionalista (FET) y de las Juntas de Ofensiva Nacional Sindicalista (JONS), et est nommé président de la Junta Política de cette dernière. L'appui de sa belle-sœur Carmen Polo est décisif dans cette ascension aux plus hauts niveaux du régime franquiste. Il se charge ensuite de la Ley de la Administración Central de Estado, qui remplace la Junta de Defensa Nacional, exclusivement composée de militaires, par la Junta Técnica del Estado présidée par Franco, avec comme secrétaire général Nicolás Franco.
Súñer convainc Franco de l'importance de créer un véritable gouvernement, négociant sa composition avec celui-ci – et parvenant à éloigner son frère Nicolás en le faisant nommer ambassadeur à Lisbonne. Il devient ainsi ministre de l'Intérieur dans le premier gouvernement franquiste formé en , poste qu'il conserve jusqu'en 1940 (en , il devient ministre du Gouvernement, portefeuille résultant de la fusion entre le ministère de l'Intérieur et celui de l'Ordre public), et cumule ce portefeuille avec celui de ministre de la Presse et de la Propagande de 1939 à 1940. Súñer a son mot à dire sur la nomination de tous les ministres et, d'une manière générale, fait passer le régime nationaliste de la situation qu'il qualifie « d'État de camp militaire » à celui d'un gouvernement structuré autour d'une légalité qui lui est propre, mais réelle ; il devient alors le numéro deux de ce gouvernement[2].
L'ambassadeur d'Allemagne, Stohrer, dans une dépêche datée du , qualifie Súñer de « sans conteste le premier et le plus influent conseiller du chef de l'état, le membre le plus remarquable du cabinet. Mais, c'est un fanatique tenté de mysticisme, dont la conduite est toujours difficile à prévoir... c'est un élève des jésuite défenseur intransigeant de l'Église. On peut supposer qu'il subit fortement l'influence du Vatican[3]. »
Il est le rédacteur principal du Fuero del Trabajo, loi organique du inspirée de la Charte du travail fasciste et pilier de l'État franquiste. Chargé de la propagande, il crée l'agence de presse d'État EFE et fait promulguer la Ley de Prensa e Imprenta qui établissait une censure préalable à toute publication (celle-ci sera abrogée en 1966). Chargé de la reconstruction en tant que ministre du Gouvernement, il crée l'organisme Regiones Devastadas () et crée aussi, par décret, la ONCE (organisation nationale des aveugles).
Ministre des Affaires étrangères
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Après la défaite des Républicains et la formation du deuxième gouvernement franquiste, Súñer est nommé aux Affaires étrangères, portefeuille qu'il conserva jusqu'en 1942. L'un des plus germanophiles les plus puissants du régime, il parvient aussi à mettre en place des relations solides avec Mussolini. Selon Ciano, le ministre italien des Affaires étrangères Súñer est « un extrémiste dont la francophobie relevait presque de la pathologie[4]. »
Lorsque les nazis demandent à Súñer ce qu'ils doivent faire des 927 civils espagnols (plusieurs notes envoyées à l'ambassade d'Espagne), déportés d'Angoulême vers Mauthausen le (première déportation opérée en France vers un camp d'extermination), ce dernier répond à Hitler « qu'il pouvait faire ce qu'il voulait de ces rouges, la nouvelle Patrie ne les considérant pas comme étant Espagnols »[5]. La plupart y meurent. Le juge Garzón tentera de le traduire en justice. Mais le « cuñadísimo » (comme il était surnommé, qui peut être traduit par « super beau-frère »), du « Criminalísimo » (comme est surnommé Franco par analogie au titre de « generalísimo » qu'il s'était attribué), mourra sans avoir été inquiété.
Le , il part pour l'Allemagne avec plusieurs autres pro-nazis, dont Demetrio Carceller Segura (es), Miguel Primo de Rivera (frère de José Antonio), Dionisio Ridruejo, Antonio Tovar, Manuel Halcón (es) et Miguel Mora Figueroa[6]. Il peut ainsi organiser l'entrevue d'Hendaye () au cours de laquelle lui et Franco rencontrèrent Hitler pour discuter d'un engagement éventuel de l'Espagne dans la Seconde Guerre mondiale. Súñer est surnommé « ministre de l'Axe », tellement son orientation pro-allemande était évidente[7] ; il tente de convaincre Franco de rejoindre l'Axe, mais les demandes respectives des deux États sont jugées irréalistes : Hitler réclame l'usage de bases aériennes et une des îles des Canaries, tandis que Franco réclamait Gibraltar et les colonies françaises d'Afrique du Nord, ce qui mettait, aux yeux d'Hitler, en péril la collaboration avec Vichy. En plus, les relations personnelles entre Súñer et Ribbentrop sont mauvaises : le premier jugeant le second « grossier, cassant, dépourvu de tact, falot », tandis que le second jugeait le premier « insaisissable et jésuitique »[8].
Le , il accompagne Franco à Bordighera pour une rencontre entre le Caudillo et Benito Mussolini. Là encore, Mussolini ne réussit pas à convaincre Franco d'entrer en guerre aux côtés des forces de l'Axe ; Franco persévère à émettre des conditions jugées trop élevées, prix à payer pour l'engagement de l'Espagne. L'Espagne reste donc officiellement neutre, devenant un État « non-belligérant ». Sur proposition de Súñer, elle envoie en 1941 la Division Bleue (División Azul) (environ 50 000 hommes) sur le front de l'Est, sans entrer officiellement en guerre. Hitler est déçu que Súñer n'insiste pas plus pour que Franco soutienne l'Allemagne, et le décrit comme « creusant la tombe de l'Espagne nouvelle ».
Même s'il travaille la plupart du temps dans le même sens que Franco, Súñer s'oppose à l'influence croissante de l'Église catholique dans la politique de la Phalange, revendiquant le rôle révolutionnaire de celle-ci. De plus, Suñer, qui s'oppose à l'influence croissante des conservateurs aux dépens des pro-fascistes, accuse Franco de mettre en place un véritable culte de la personnalité ; ce dernier lui reproche d'être un facteur de dissension au sein de son propre parti. Il continue de jouer un grand rôle dans la mise en place des structures de l'État espagnol – son influence était telle qu'on le surnomme donc : le Cuñadísimo.
Avec l'entrée en guerre des États-Unis et les victoires soviétiques sur le front de l'Est, l'influence de Súñer baisse. Lors de son discours de Barcelone du , Serrano Súñer avertit qu'avec la défaite républicaine, l'heure de la « Révolution » (nationale) était proche[9]. La crise de mai 1941 (es) marque un arrêt dans la surenchère phalangiste : Franco décide en effet de diminuer l'influence des pro-nazis, protégés de Súñer, en nommant Fidel Dávila chef du Haut État-major (es) et en rétablissant le portefeuille ministériel du Gouvernement, attribué au monarchiste antiphalangiste Valentín Galarza Morante, ce qui est considéré par les phalangistes comme une attaque frontale contre eux[9]. La crise de est aussi le début de l'ascension de Carrero Blanco, lequel prône la neutralité et la mise au pas des phalangistes et devient proche conseiller de Franco[9]. Par ailleurs, José Luis Arrese, l'un des protagonistes de la crise et adversaire de Serrano, est nommé secrétaire général des FET et des JONS[9].
Le gouvernement britannique mise sur l'hostilité des principaux chefs de l'armée espagnole contre Súñer et n'hésita pas à verser 13 millions de dollars à trente généraux pour qu'ils entravent le pouvoir de Súñer[10]. D'autre part, le futur amiral Carrero Blanco, très opposé depuis le début à une entrée en guerre de l'Espagne, agit en ce sens en démontrant à Franco que cette décision impliquerait la perte immédiate des Canaries. Enfin, l'amiral Canaris, envoyé par Hitler en à Madrid, dissuade aussi Franco d'entrer en guerre, transmettant au ministre des Affaires étrangères sa conviction de l'impossible conquête de l'Angleterre[11].
Le , après les incidents entre phalangistes et carlistes à la basilique de Begoña (es) (Bilbao), Serrano Súñer est écarté lors du remaniement ministériel et doit par ailleurs démissionner de son poste de président de la junte du parti unique (FET) et des JONS.
À la fin de l'année 1945, Súñer, déçu de ne pas avoir été écouté par Franco et d'être écarté du pouvoir, de manière provocatrice, dans une interview à Paris-Presse, déclare « oui, j'ai été pro-allemand et l'Espagne a été pro-allemande [...] L'Espagne nationaliste a des origines fascistes [...] Mon plan était d'entrer en guerre au moment de la victoire allemande[12]. »
Après 1945
modifierAprès la Seconde Guerre mondiale, Súñer écrit à Franco pour lui proposer de mettre en place un gouvernement de transition où les intellectuels exilés auraient leur place, mais Franco ne prend pas cette proposition au sérieux. Súñer finit par se retirer de la vie publique en 1947, et revient à la carrière judiciaire – il retourne à la vie d'avocat d'État, ainsi que procureur jusqu'en 1957. Il est aussi président d'honneur de la Radio Inter (es), dont il avait posé les bases en tant que ministre de la Presse et de la Propagande et qui commence à émettre en 1950, avec comme secrétaire général Dionisio Ridruejo. Il aurait par la suite financé en sous-main cet ancien dignitaire franquiste, engagé dans la Division Bleue, qui vire vers l'opposition au régime franquiste. Il devint également un ami intime d'Oswald Mosley, le fondateur de la British Union of Fascists (BUF), et lui est d'une aide précieuse après-guerre[13].
À son décès en 2003, à près de 102 ans, c'est le dernier haut dignitaire franquiste encore en vie. Quelque temps avant sa mort, il est l'un des 35 visés par la plainte instruite par le magistrat Baltasar Garzón pour « détention illégale et crimes contre l'humanité. »
Œuvres
modifierNotes et références
modifier- ↑ Anthony Beevor, La Guerre d'Espagne, Paris, Calmann-Lévy, , 888 p., p. 806.
- ↑ Anthony Beevor, La Guerre d'Espagne, Paris, Calmann-Lévy, , 888 p., p. 605-606.
- ↑ Max Gallo, Histoire de l'Espagne Franquiste, Paris, Marabout Université, , 490 p., p. 63.
- ↑ Max Gallo, Histoire de l'Espagne Franquiste, t. 1, Paris, Marabout Université, , p. 109
- ↑ (es) Journal El Mundo du 6 février 2005.
- ↑ Luis Suárez Fernández, Franco, Barcelone, Ariel, 2005. (ISBN 84-344-6781-X), p. 176.
- ↑ Max Gallo, Histoire de l'Espagne Franquiste, Paris, Marabout Université, , Tome 1, P.127.
- ↑ Michel del Castillo, Le Temps de Franco, Paris, Livre de Poche, , 441 p., p. 328
- 1 2 3 4 (es) Ismael Saz Campos, España contra España: los nacionalismos franquistas Marcial Pons, Ediciones de Historia Madrid, 2003 (ISBN 9788495379573) [lire en ligne].
- ↑ Anthony Beevor, La Guerre d'Espagne, Paris, Calmann-Lévy, 888 p., P.732
- ↑ (en) Richard Bassett, Hitler's Spy Chief : The Wilhelm Canaris Mystery, Londres, (1re éd. 2005), 319 p. (ISBN 978-0-297-86571-1, lire en ligne)
« Tell Franco that no German soldier will ever set foot in England. »
- ↑ Max Gallo, Histoire de l'Espagne Franquiste, PARIS, Marabout Université, , 490 p., p. 188
- ↑ Jan Dalley, Un fascisme anglais. 1932-1940, l'aventure politique de Diana et Oswald Mosley, éd. Autrement, 2001, p. 36.3.