Raphaël Barsimanto
Raphaël Barsimanto (en hébreu : Bar Siman Tov), né le 19 décembre 1906 à Tire, dans l'Empire ottoman (actuelle Turquie), et mort le 13 avril 1945 à Estedt en Allemagne, est un Juif d'origine ottomane installé en France depuis 1922, déporté pendant la Seconde Guerre mondiale.
| Naissance | |
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| Nom dans la langue maternelle |
Raphaël Bar Siman Tov |
| Lieu de détention |
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Interné au camp de Drancy, il est déporté à Auschwitz par le convoi no 36, puis transféré en janvier 1945 au camp de Mittelbau-Dora, où il est affecté au Kommando de Osterode (« Dachs IV »). Sa trace se perd au printemps 1945, lors de l'évacuation des camps du Reich ; son décès survient le 13 avril 1945.
Biographie
modifierOrigines familiales et jeunesse
modifierRaphaël Barsimanto naît à Tire, dans la province de Smyrne (İzmir), en 1906[note 1]. Ses parents se prénomment Yaakov (Yakov, 1869-) et Srouta Chiprot (Shruta, 1885-)[1].
Il est issu d'une famille juive de huit enfants, composée de sept garçons et d'une fille. Sa fratrie comprend Yitzhak (né en 1900), Haïm (né en 1905), Nissim, Alberto, Gabriel, Shlomo et Rachel. Son frère Gabriel est le père de Yacov Barsimantov.
Durant son enfance et son adolescence, Raphaël Barsimanto réside à Salonique, ville appartenant à l'Empire ottoman jusqu'à son rattachement à la Grèce en 1912-1913. La ville abrite alors une importante communauté juive, principalement séfarade.
Émigration et installation en France
modifierEn 1922, Raphaël et son frère Haïm, qui ne souhaitent pas servir dans l'armée turque, embarquent clandestinement sur un navire à destination de Marseille[1]. Ils s'installent ensuite à Paris, où les deux frères se marient[1].
Raphaël épouse Esther (Ester) Pessah, avec laquelle il a deux filles, Jacqueline et Solange[1]. Il réside à Paris, dans le 11e arrondissement, au 31 rue Basfroi, et son frère, Haïm, réside au 43, rue du Chemin-Vert.
Haïm Barsimanto exerce par la suite le métier de cordonnier à Aubervilliers. Il réside également au 12, rue des Partants, à Paris.
Engagement militaire
modifierRaphaël Barsimanto aurait servi comme engagé volontaire dans un régiment de marche de volontaires étrangers (RMVE) pendant la drôle de guerre. Ces unités, constituées de volontaires étrangers, se limitent à trois régiments (21e, 22e et 23e RMVE) formés entre septembre 1939 et mai 1940[2].
Arrestation et internement à Drancy
modifierRaphaël Barsimanto est arrêté à Paris le 21 août 1941, lors de la rafle du 20 août 1941 : cette opération du 11e arrondissement, menée par la police parisienne sous contrôle allemand, conduit à l'arrestation de 4 232 hommes juifs de diverses nationalités, internés au camp de Drancy qui ouvre à cette occasion[3].
Déportation à Auschwitz (septembre 1942)
modifierMonowitz-Buna (1942-1945)
modifierIl est affecté au camp d'Auschwitz III-Monowitz, dont les détenus fournissent une main-d'œuvre forcée à l'usine de caoutchouc synthétique de l'entreprise IG Farben ; le Lagerführer en est alors Vinzenz Schöttl[6].
Les archives du camp documenteraient plusieurs épisodes de sa détention : une admission à l'infirmerie (Häftlingskrankenbau) de Monowitz du 15 au 18 décembre 1943, puis une sanction disciplinaire datée du 9 février 1944 pour avoir fumé à proximité d'une installation industrielle, document signé notamment par Bernhard Rakers et Vinzenz Schöttl.
Évacuation d'Auschwitz et transfert à Mittelbau-Dora
modifierLe 17-18 janvier 1945, devant l'avancée de l'Armée rouge, les SS évacuent le complexe d'Auschwitz : les détenus de Monowitz marchent environ 55 km vers Gleiwitz, la plupart étant ensuite transportés en train vers d'autres camps du Reich[7].
Raphaël Barsimanto survit à cette évacuation. Il est transféré le 1er février 1945 au camp de concentration de Mittelbau-Dora[1] et y reçoit le matricule 107035.
Kommando Dachs IV (Osterode)
modifierIl est affecté au Kommando extérieur d'Osterode-Petershütte, dit « Dachs IV ». Ce camp annexe du complexe de Mittelbau-Dora, créé le 20 novembre 1944, compte environ 800 détenus début mars 1945 ; ceux-ci sont employés par l'entreprise Rhenania-Ossag et le groupe d'intervention IV de l'Organisation Todt au creusement de galeries destinées à abriter une raffinerie souterraine[8]. À la différence de la plupart des chantiers de Mittelbau, il échappe au contrôle de l'état-major SS de Kammler, l'opération relevant de l'état-major spécial de Geilenberg (ministère de l'Armement). Le camp est fermé le 21 mars 1945[9].
Disparition et décès présumé (avril 1945)
modifierDébut avril 1945, à l'approche des troupes américaines, les SS évacuent les camps annexes de Mittelbau-Dora par trains et marches vers le nord ; un grand nombre de détenus sont tués en chemin, en particulier à Gardelegen le 13 avril 1945[10].
La trace documentaire de Raphaël Barsimanto disparaît à cette période. Son décès est présumé survenu en avril 1945, peut-être le 13 avril, dans les environs d'Estedt (Allemagne).
Famille
modifierRaphaël Barsimanto a deux filles, Jacqueline et Solange, qui survivent à la guerre avec leur mère[1].
Son frère Haïm (Victor) est arrêté le 5 octobre 1943 et envoyé le 11 octobre 1943 à Alderney, dans les îles Anglo-Normandes, où il travaille comme déporté ; il survit et parvient à s'en échapper. Son épouse Sarah et leurs filles Jeanine et Louise, arrêtées à Paris le 7 mars 1944, sont déportées à Auschwitz par le convoi no 69 : les deux fillettes sont gazées à l'arrivée, et Sarah meurt en septembre 1944. Leur fille aînée, Violette (1925-1945), arrêtée dans la nuit du 21 au 22 juillet 1944 dans un foyer de l'UGIF, déportée par le convoi no 77, meurt à Bergen-Belsen vers la fin d'avril 1945. Haïm meurt à Paris en 1972 et est inhumé en Israël[1].
Son frère aîné Yitzhak a émigré en Israël en 1950 et y est mort le 26 avril 1966. Il inhumé au cimetière de Segula, à Petah Tikva.
Il est l'oncle de Yacov Barsimantov, diplomate israélien assassiné par Georges Ibrahim Abdallah en 1982.
Notes et références
modifierNotes
modifier- 1 2 Les sources divergent sur sa date de naissance : le 19 décembre 1906 [réf. nécessaire], le 15 août 1906 d'après la liste du Mémorial de la déportation des Juifs de France de Serge Klarsfeld, ou le 15 mai 1906 selon l'arrêté du 16 janvier 2008 portant mention « Mort en déportation ».
- ↑ La version anglaise de la notice de Roy Bar Siman Tov indique « 64484 », la version hébraïque « 65484 ».
Références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 (en) Roy Bar Siman Tov, « Violette Bar Siman Tov, 13 novembre 1925 – avril 1945 », sur Convoi 77, (consulté le ).
- ↑ « Engagements et trajectoires transnationales : une micro-histoire des soldats du 21e RMVE (1939-1950) », sur theses.fr (consulté le ).
- ↑ (en) « 20 August 1941: Roundup of Paris », sur Mémorial de la Shoah (consulté le ).
- ↑ Liste des « Juifs nés en Turquie déportés de France » établie d'après Serge Klarsfeld, Mémorial de la déportation des Juifs de France, Paris, , en ligne (consulté le 21 octobre 2026) : « Barsimanto Raphael, Tire, convoi 36, 23.9.1942 ».
- ↑ (en) « Transport 36, Train 901-31 from Drancy to Auschwitz Birkenau on 23/09/1942 », sur Yad Vashem (consulté le ).
- ↑ (en) « Monowitz », sur Auschwitz Subcamps (consulté le ).
- ↑ (en) « Major death marches from Auschwitz, January 1945 », sur United States Holocaust Memorial Museum (consulté le ).
- ↑ (en) « Death Sites », sur Totenbuch KZ Mittelbau-Dora (consulté le ).
- ↑ (hu) « Osterode-Petershütte külső tábor, Mittelbau-Dora koncentrációs tábor », sur Memorial Archives (consulté le ).
- ↑ (en) « Gardelegen », sur United States Holocaust Memorial Museum (consulté le ).