Rava-Rouska
Rava-Rouska (en ukrainien : Рава-Руська) ou Rawa Ruska (en polonais ; en allemand : Rawa-Ruska ; en yiddish : ראווע, Rave) est une ville de l'oblast de Lviv, en Ukraine. En 2022, sa population était d'environ 8 500 habitants[1].
| Rava-Rouska (uk) Рава-Руська | ||||
Héraldique |
Drapeau |
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| Administration | ||||
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| Pays | ||||
| Oblast | ||||
| Maire | Ivan Ivanoussa | |||
| Code postal | 80316 | |||
| Indicatif tél. | +380 3252 | |||
| Démographie | ||||
| Population | 8 647 hab. (2017) | |||
| Densité | 831 hab./km2 | |||
| Géographie | ||||
| Coordonnées | 50° 13′ 16″ nord, 23° 37′ 54″ est | |||
| Altitude | 241 m |
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| Superficie | 1 041 ha = 10,41 km2 | |||
| Divers | ||||
| Fondation | 1455 | |||
| Statut | Ville depuis 1939 | |||
| Localisation | ||||
| Géolocalisation sur la carte : Ukraine
Géolocalisation sur la carte : Ukraine
Géolocalisation sur la carte : oblast de Lviv
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Située en Galicie polonaise, Rawa Ruska fait successivement partie de l'Empire austro-hongrois en 1918, puis de la Pologne de 1919 à 1939 grâce au traité de Riga, puis de l'Union soviétique de 1939 à 1941. Occupée de 1941 à 1944 par les troupes allemandes durant la Seconde Guerre mondiale, elle intègre ensuite la république socialiste soviétique d'Ukraine jusqu'à l'indépendance de l'Ukraine en 1991 dont elle fait partie depuis.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la population juive y a été exterminée dans un ghetto et dans le camp d'extermination de Bełżec.
Rawa Ruska a comporté un camp de prisonniers de guerre, où périrent successivement de nombreux prisonniers soviétiques entre 1941 et 1942, puis français et belges à partir de 1942 dans le Stalag 325.
Géographie
modifierRava-Rouska se trouve à la frontière polonaise, à 52 km au nord-ouest de Lviv.
Histoire
modifierRava-Rouska reçut des privilèges urbains (droit de Magdebourg) en 1622.
De la première partition de la Pologne en 1772 jusqu'en 1918, Rava-Rouska appartient à l'Autriche puis à l'Autriche-Hongrie avec le statut de chef-lieu d'un arrondissement. En 1857, elle est reliée à Jarosław par le chemin de fer. La ville devient un important nœud ferroviaire où les lignes de Lviv, Cracovie et Lublin se rencontrent.
En 1880, Rava-Rouska compte environ 10 500 habitants dont 37,3 % de Juifs, 34,6 % de Polonais, 20,8 % d'Allemands et 7,0 % de Ruthènes.
Pendant la Première Guerre mondiale, la première campagne de Galicie aboutit à un désastre pour l'armée austro-hongroise. La 5e armée russe réussit à percer une brèche entre la 1re et la 4e armées austro-hongroises lors de la bataille de Rava-Rouska (6-), entraînant l'occupation de la Galicie orientale par les troupes russes.

Après la Première Guerre mondiale, la ville fait partie du nouvel État polonais. Elle est rattachée à la voïvodie de Lwów. Jusqu'en 1928, elle abrite une école de garde-frontières polonais (en) transférée ensuite à Góra Kalwaria.
Seconde Guerre mondiale
modifierEn , lorsque l'Allemagne nazie envahit la Pologne, l'Union soviétique, conformément aux dispositions secrètes du pacte signé le 23 août 1939 (pacte Ribbentrop-Molotov), annexe la partie orientale de la Pologne. Au début de la Seconde Guerre mondiale, Rava-Rouska est envahie par l'Armée rouge en , puis annexée par l'Union soviétique au sein de la République socialiste soviétique d'Ukraine. La ligne de démarcation avec la partie occidentale de la Pologne, occupée par l'Allemagne, passe alors à la limite nord-ouest de la ville.
Le débute l'invasion de l'Union soviétique par l'armée allemande. Rawa Ruska est conquise et rattachée le au Gouvernement général. Dès le premier jour de l'occupation allemande, la ville devient le théâtre d'assassinats de masse commis par les nazis.
Une commission d'enquête soviétique, qui œuvrera du 24 au , estimera que 18 000 soldats russes ont été fusillés ou ont péri de mauvais traitements ou de maladie à Rawa Ruska et aux alentours en 1941-1942, tandis qu'une dizaine de milliers de Juifs, au moins, résidant dans la région ont eux aussi été exécutés[2].
Le mémorial Yad Vashem a réuni de nombreux documents et témoignages sur la situation des juifs et les crimes de guerre commis par les nazis à Rawa Ruska[3].
Massacre des Juifs
modifierDe nombreux Juifs polonais et d'autres personnes cherchant à fuir les persécutions du régime nazi gagnent Rawa Ruska et la population juive de la ville augmente entre 1939 et 1941. Une partie d'entre eux, de même que d'anciens habitants de la ville, sont déportés en Sibérie par le régime stalinien en 1940 et au début de 1941.
Dès le , le groupe des archivistes du Ghetto de Varsovie, Oneg Shabbat, publie dans un bulletin en Yiddish et en polonais édité clandestinement, des informations sur les déportations massives des juifs des ghettos de plusieurs villes polonaises, notamment Rawa Ruska, vers le camp d'extermination de Belzec[4].
Les bulletins d'Oneg Shabbat publiés en mars et sont transmis à Londres et le , la BBC diffuse les premières informations sur l'extermination des juifs en Pologne. Ces publications n'arrêteront pas le massacre en cours[5].
Le , deux mille Juifs sont déportés à Belzec. Au cours des mois suivants, un grand nombre de convois de Juifs de Galicie orientale à destination de Bełżec passent par la gare de Rava-Rouska. En , les Allemands enferment dans un ghetto, non seulement les Juifs restants de Rawa Ruska, mais aussi les Juifs des villages voisins, de sorte que bientôt 15 000 personnes s'y entassent[6]. En , les détenus dans les différents camps sont au nombre de 24 000, dont près de la moitié à Rawa Ruska même. Au cours de plusieurs « Aktionen », entre et , les Allemands et leurs auxiliaires ukrainiens vident le ghetto. Une partie des Juifs sont assassinés sur place et les autres déportés à Belzec ou dans le camp de concentration de Janowska, près de Lviv.
Le Stalag 325
modifierAnnexée à la Pologne en 1921 par le traité de Riga, la Pologne orientale est prise par les Soviétiques le . Le , les armées allemandes l'envahissent à leur tour et dès les premiers jours de l’opération Barbarossa, y établissent des camps de prisonniers de guerre.
Le Stalag N° 325, Secteur postal 08509, est créé à Rawa-Ruska dans une caserne inachevée de trente six hectares qui comportait un bâtiment de caserne, quatre logis et quatre écuries. Les premiers détenus incarcérés sont des soldats de l'armée soviétique[7].
Camp pour prisonniers soviétiques
modifierParticulièrement destinés aux Soviétiques, les camps de la « série 300 » ont pour chef-lieu Poznań et relèvent du Wehrkreis XXI. Entre et , plus de 18 000 prisonniers de guerre soviétiques détenus dans des conditions inhumaines à Rawa-Ruska y trouveront la mort.
Sous la direction de l’Oberscharführer SS Stein et du chef de la gendarmerie, commandant de la ville de Rawa-Ruska Klein, ils sont fusillés sans jugement par les agents de la Gestapo et leurs corps emportés sur des remorques de tracteurs et enfouis dans la forêt de Wolkowice[8].
Camp de représailles pour réfractaires et évadés français et belges
modifierEn , les autorités allemandes décident de transformer le Stalag 325 de Rawa Ruska en camp de représailles pour les prisonniers de guerre français et belges internés en Allemagne qui ont tenté de s'évader ou se sont rendus coupables de refus de travail ou de sabotages.
L'ensemble des camps principaux, sous-camps et Kommandos du Stalag 325 se situent au sein du Gouvernement Général de Pologne, zone d’expulsion des Polonais à destination de l'Allemagne et d'extermination des Juifs.



Le premier convoi arrive à Rawa-Ruska le .
En octobre 1942 les prisonniers français et belges sont environ 10 000 hommes ; certains d'entre eux retournent alors en Allemagne, d'autres sont répartis dans des « sous-camps » ouverts dans la région.
Les conditions de vie y sont particulièrement pénibles en raison du climat avec des températures de −20° à −30 °C pendant les cinq mois d'hiver et une très forte chaleur en été ; mais aussi et surtout d'une nourriture très insuffisante, des conditions de vie au quotidien particulièrement difficiles et du travail forcé auquel sont contraints les prisonniers. À Rawa Ruska, les robinets d'eau étaient rares et bien insuffisants pour plusieurs milliers d'hommes, ce qui aurait amené - mais ce n'est pas prouvé - Winston Churchill à décrire dans un discours à la BBC, le camp de Rawa Ruska comme celui « de la goutte d'eau et de la mort lente ».
En janvier 1943, le camp de Rawa-Ruska est déplacé à Lemberg (Lviv).
En mémoire des combattants français et belges qui sont passés par le Stalag 325 durant la Seconde Guerre mondiale, l'association « Ceux de Rawa-Ruska » a vu le jour. Elle a regroupé l'ensemble des anciens combattants déportés d'Allemagne en Galicie polonaise entre 1942 et 1944, soit environ 25 000 hommes.
Aujourd'hui, après la disparition des anciens du Stalag 325, l'Union Nationale de Ceux de Rawa-Ruska compte désormais les descendants ainsi que des sympathisants. En tant qu'association mémorielle, elle témoigne des motifs et conditions d’internement dans ce Stalag de représailles et veille à la transmission auprès du public et des jeunes générations, des valeurs pour lesquelles ces prisonniers y ont été internés.
Époque contemporaine
modifierAprès l'occupation allemande, Rava-Rouska redevient un territoire au sein de la République socialiste soviétique d'Ukraine. À l'indépendance de l'Ukraine, en 1991, elle appartient au nouvel État, créé par le nouveau gouvernement. Un point de passage frontalier avec la Pologne se trouve au nord-ouest de la ville.
Population
modifierRecensements (*) ou estimations de la population[9] :
Transports
modifierGrâce à sa gare ferroviaire, la ville se trouve à 53 km de Lviv par le chemin de fer et à 60 km par la route européenne 372.
Personnalités
modifier- Emil-Edwin Reinert (1903-1953), réalisateur, scénariste et ingénieur du son français, né dans la ville.
Notes et références
modifier- ↑ Чисельність наявного населення України на 1 січня 2022, Number of Present Population of Ukraine, as of January 1, 2022, State Statistics Service of Ukraine.
- ↑ Official documentation of the Soviet Extraordinary State Commission, regarding Nazi war crimes in the Lwow region, dated, 08/09/1944-11/08/1945.
- ↑ Rawa Ruska, Collections, Yad Vashem.
- ↑ Anna Majchrowska, March 1942, First Oneg Shabbat bulletins, Jewish Historical Institute.
- ↑ June 26, 1942, BBC informs about the extermination of Polish Jews, Jewish Historical Institute.
- ↑ Chochana Boukhobza, Les évadés de Rawa Ruska, témoins de la Shoah, Véronique Chemla, 19/03/2019.
- ↑ Laurent Barcelo, « « Rawa-Ruska, camp de la goutte d'eau et de la mort lente » », Guerres mondiales et conflits contemporains, vol. 202-203, no 2, , p. 155 (ISSN 0984-2292 et 2101-0137, DOI 10.3917/gmcc.202.0155, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Jean-Pierre Azéma, De Munich à la libération, Paris, Seuil, 1979, p. 177.
- ↑ « Recensements et estimations de la population depuis 1897 », sur pop-stat.mashke.org — (uk) « Office des statistiques d'Ukraine : population au 1er janvier 2010, 2011 et 2012 », sur database.ukrcensus.gov.ua — « Office des statistiques d'Ukraine : population au 1er janvier 2011, 2012 et 2013 », sur database.ukrcensus.gov.ua.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Bernard Delpal, La visite du camp : missions sanitaires du CICR auprès des prisonniers de guerre français détenus en Allemagne, Presses Universitaires de Rennes, 2005, p. 213-228.
- Laurent Barcelo, Rawa-Ruska, camp de la goutte d'eau et de la mort lente, Guerres mondiales et conflits contemporains, 2001, n° 202-203, p. 155-164.
- Daniel Bilalian, Le Camp de la goutte d'eau, Paris, Presse de la Cité, 1980, rééd. 2018.
- Raymond Jarny, L'enfer de Rawa Ruska – Chronique de guerre, d'évasions et d'espoir, Presse de Valmy.
- Pierre Jautée, « Dossier Rawa-Ruska », Mémoire vivante - Bulletin de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, no 51, (lire en ligne [PDF]).
- L. Josso, Le Refus, 1940-1945, préface de Marie-Élise Cohen, Guérande, Imp. La Presqu'île.
- Léon Hubert, Triple évasion de Rawa Ruska (stalag I B, IX B et IX A (Friedwald) et Rawa Ruska), édition indépendante.
- Rapport du Sénat, Demande d'extension du bénéfice de pension d'invalidité aux prisonniers de guerre de Rawa-Ruska, 1987.
- Jean-Pierre Azéma, De Munich à la libération, Paris, Seuil, 1979, p. 177.
- Pierre Gascar, Le temps des morts; Le rêve russe, Paris, Gallimard, 1953, 1998.
- Jean Labrosse, Terre d'Exil : Rawa-Ruska... un camp de représailles! l'U.P.G. (Union de prisonniers de guerre), Éd. ouvrières, Paris, 1945.
Liens externes
modifier- Site officiel
- (en) Héraldique ukrainienne
- (en) Yad Vashem, Rawa Ruska, Informations, témoignages, noms, photos.
- Père Patrick Desbois, La Shoah par balles, Yahad - In Unum.
- Union Nationale Ceux de Rawa-Ruska et leurs descendants.
- Fédération Nationale des Déportés et Internés, Résistants et Patriotes, Le système concentrationnaire, Rawa-Ruska, Camp 325.
- Association de Rawa-Ruska
- 13 avril 1942, Ouverture de Rawa-Ruska, le « camp de la mort lente, Herodote.
- (en) David Stern, Ukrainians visit Nazi atrocity sites as taboo ends, BBC News, western Ukraine, 19/07/2015.
