Raymond de Poitiers

prince d'Antioche

Raymond de Poitiers, né vers 1112-1115 à Toulouse[1], mort le , à la bataille d'Inab, prince d'Antioche de 1136 à 1149, est le second fils du duc Guillaume IX d'Aquitaine et comte de Poitiers, et de sa femme Philippie de Toulouse.

Raymond de Poitiers
Raymond de Poitiers accueillant Louis VII à Antioche, d'après une enluminure de Jean Colombe pour les Passages d'outremer de Sébastien Mamerot, vers 1473-1474.
Fonction
Prince d'Antioche
avec Constance d'Antioche
-
Titre de noblesse
Prince d'Antioche
-
Prédécesseur
Avec
Successeur
Biographie
Naissance
Décès
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Inab (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Militaire, gouverneurVoir et modifier les données sur Wikidata
Père
Mère
Fratrie
Conjoint
Constance d'Antioche (de à )Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants
Autres informations
Conflit
Blason.

Biographie

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Premières années

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Philippie de Toulouse a plus de quarante ans, vers 1112-1115[2], au moment de la naissance de son dernier fils, Raymond[3], né à Toulouse[4], au beau milieu de la liaison de Guillaume IX d'Aquitaine, avec la vicomtesse de Châtellerault, Dangereuse de L'Isle Bouchard[5],[6]. A la mort de Philippie, le jeune Raymond n'a que quatre ans. Héritier de sa mère et du Toulousain, il est élevé dans le Château Narbonnais, la citadelle de Toulouse, sous la protection de Guillaume de Montmoreau, chevalier périgourdin. Après la mort de la comtesse une sédition s'organise, à l'instigation de l'évêque de Béziers, Arnaud de Lévezon. Les habitants de Carcassonne se révoltent. Guillaume d'Aquitaine n'intervient pas dans ces conflits et le jeune Raymond perd son héritage. Il est âgé de dix ans lors de la prise du Château-Narbonnais[7],[8]. Revenu en Aquitaine, il se refuse à rester à la cour de son père, à qui il reproche la perte du Toulousain. Dépourvu de terres depuis le décès de sa mère, Raymond quitte le Poitou autour de 1130. Il se rend en Angleterre à la cour d' Henri Ier Beauclerc (roi d'Angleterre), où il est armé chevalier par le roi. Il y demeure à son service et y connait le succès. Après la mort du roi, il est approché par un chevalier de l'Hôpital, Gérard Jébérron, envoyé par Foulques V, roi de Jérusalem, afin de lui proposer la principauté d'Antioche. Il gagne secrètement la principauté, au début de 1136, déguisé en marchand[9],[10] ,[11].

Prince d'Antioche

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La principauté d'Antioche et les États latins de la région en 1135.

Il épouse en 1136 Constance, âgée de 9 ans, fille et héritière de Bohémond II, prince d'Antioche et d'Alix de Jérusalem, et assure le gouvernement de la principauté après les régences de Baudouin II et de Foulque, rois de Jérusalem. Le mariage a l'approbation du patriarche d'Antioche, mais pas celui d'Alix de Jérusalem, à qui Raymond fait croire qu'il va l'épouser[12],[10]. Les premières années du règne commun de Raymond et de Constance sont occupées par des conflits avec l'empereur byzantin Jean II Comnène, qui cherche à récupérer la Cilicie et à réaffirmer ses droits sur Antioche. Raymond est obligé de lui prêter l'hommage lige et de s'engager à lui céder Antioche dès que Jean II et lui auraient conquis des terres plus à l'est. L'expédition de 1138, à laquelle prennent part Jean et Raymond, est un échec. Raymond est en effet peu pressé de conquérir un fief, ce qui signifierait de se départir d'Antioche. Jean retourne à Constantinople après avoir demandé en vain le retour de la citadelle d'Antioche.

Raymond de Poitiers et Josselin II d'Édesse jouant aux échecs pendant le siège de Shaizar mené par Jean II Comnène. Miniature du XIIIe siècle.

Se produit ensuite une lutte entre Raymond et le patriarche, Raoul de Domfront. Raymond est gêné par l'hommage qu'il a dû prêter au patriarche en 1135, qui est membre de l'opposition et qui s'est fait élire de manière irrégulière. Raymond triomphe en 1139, faisant déposer le patriarche et le remplaçant par Aimery de Limoges. En 1142, Jean II Comnène revient à l'attaque, mais Raymond refuse de reconnaître sa précédente soumission, et Jean ravage les abords de la ville, incapable de lancer une autre action contre Raymond. Par la suite, Manuel Ier Comnène, successeur de Jean II, oblige Raymond à faire une visite humiliante à Constantinople où il doit renouveler son hommage et accepter la présence d'un patriarche grec.

Pendant la deuxième croisade, Louis VII, roi des Francs et sa femme Aliénor d'Aquitaine, nièce de Raymond, s'arrêtent à Antioche, en [13]. Raymond cherche à les inciter à prendre Alep, Hama et Césarée (de Syrie) avant de descendre vers Jérusalem. En effet les projets de Raymond sont très clairs : la reconquête d'Édesse, dont la perte a déclenché la croisade. La survie d'Antioche dépend de l'arrière- pays sans cesse menacé par les Turcs[14]. Contre toute attente, Louis VII refuse, préférant poursuivre son pèlerinage. Raymond et sa nièce sont si proches, dit-on, que Louis en prend ombrage. Certains chroniqueurs, notamment Jean de Salisbury et Guillaume de Tyr, qui ne sont pas des témoins directs, évoquent des familiarités (familiaritas) entre Raymond et la reine, sans retenir toutefois l'accusation d'adultère, insistant d'avantage sur la jalousie du roi[15]. Guillaume de Tyr se place cependant sur un plan purement politique. Ce sont en effet, selon lui, les ambitions personnelles de Raymond qui sont à l'origine de l'incident d'Antioche[16]. Eudes de Deuil, témoin direct en tant que chapelain de la croisade, arrête son récit exactement à la date d'arrivée à Antioche. Beaucoup plus tardivement certains chroniqueurs tels Hélinand de Froidmont ou Aubry de Trois-Fontaines, à partir du milieu du XIIIe siècle, brodent et insinuent un adultère, dans le but politique de mettre en avant la vertueuse dynastie capétienne, au détriment du lignage Plantagenêt jugé immoral . Ces positions ont depuis été très nuancées par les médiévistes, notamment par Ralph V. Turner, Jean Flori et Martin Aurell, qui n'y voient que calomnie[17],[18],[19]. Aliénor se range à l'avis de son oncle et menace Louis VII de faire annuler leur mariage et de demeurer à Antioche, si le secours de la croisade est refusé à Raymond[20]. Louis se résout à emmener Aliénor de force, sur les conseils de son entourage. Les époux sont néanmoins réconciliés par le pape Eugène III à Tusculum, en . Leur seconde fille naît en 1150. Cependant le mariage est annulé, pour cause de consanguinité, en [21]. Aliénor épouse en secondes noces, le , Henri Plantagenêt, le futur roi d'Angleterre[22].

Le , abandonné par les croisés, Raymond est tué à la bataille d'Inab, en défendant sa principauté contre Nur ad-Din. Sa tête et son bras droit sont envoyés par le vainqueur au calife de Bagdad[23],[24]. Raymond est décrit par Guillaume de Tyr comme « un seigneur d'ascendance très noble, de figure grande et élégante, le plus beau des princes de la terre, un homme d'une conversation et d'une affabilité charmante », fort dans le maniement des armes et dans l'expérience militaire, « protecteur des lettres bien qu'illettré », un croyant sincère et un mari fidèle, mais une personnalité entêtée, colérique et peu raisonnable.

Mariage et descendance

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De son mariage avec Constance d'Antioche, naissent :

Notes et références

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  1. Ralph V Turner, Aliénor d'Aquitaine, Paris, Fayard, , 485 p. (ISBN 978-2-213-66286-2), p. 18.
  2. Aurell 2024, p. 83 et 374 (note 12) situe plutôt la naissance de Raymond entre 1108 et 1112.
  3. Son prénom est traditionnel dans la famille des comtes de Toulouse et a été choisi afin de revendiquer l'héritage familial pour le puîné. Philippe Paquant, Philippa de Toulouse : un héritage subtilisé par les puissances masculines. Microscoop : un regard sur les laboratoires en Centre Limousin Poitou Charentes (CNRS), 2023, 87, pp. 18-19 (halshs-04133820) (lire en ligne) https://cnrs.hal.science/CESCM/halshs-04133820v1.
  4. La Chronique de Saint-Maixent (éd. Verdon p. 170) dans Aurell 2024, p. 374 (note 12)
  5. Michel Dillange, Guillaume IX d'Aquitaine, le duc troubadour, La Crèche, Geste éditions / histoire, , 189 p. (ISBN 2-84561-059-9), p. 117.
  6. Turner 2011, p. 18.
  7. Richard 1903, p. 484-490.
  8. Dillange 2002, p. 127-128.
  9. Yannick Hillion, Aliénor d'Aquitaine, Paris, ellipses, , 525 p. (ISBN 9782340-003828), p. 113
  10. 1 2 Pernoud 1965, p. 72-73.
  11. Turner 2011, p. 33.
  12. Hillion 2015, p. 113.
  13. Régine Pernoud, Aliénor d'Aquitaine, Paris, Albin Michel, , 315 p. (ISBN 2-253-03129-1), p. 70.
  14. Pernoud 1965, p. 74.
  15. Aurell 2024, p. 168.
  16. Flori 2004, p. 329.
  17. Flori 2004, p. 305 et 334.
  18. Turner 2011, p. 104-111.
  19. Aurell 2024, p. 164-169.
  20. Jean Flori, Aliénor d'Aquitaine, La reine insoumise, Paris, Payot, , 545 p. (ISBN 2-228-89829-5), p. 295-335.
  21. Flori 2004, p. 80.
  22. Flori 2004, p. 83.
  23. Pernoud 1965, p. 81.
  24. Martin Aurell, Aliénor d'Aquitaine, Souveraine femme, Paris, Flammarion, Grandes Biographies, , 503 p. (ISBN 978-2-0804-6324-1), p. 170
  25. (en) Charles Cawley, « Princes of Antioch 1136-1268 (Poitiers), Constance 1130-1163 », sur Foundation for Medieval Genealogy.

Annexes

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Bibliographie

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Liens externes

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