Rebecca Smith (meurtrière)
Rebecca Smith, baptisée le 17 mai 1807 et morte le 23 août 1849, est la dernière femme britannique à être exécutée pour infanticide. Elle est reconnue coupable du meurtre de son jeune fils Richard et pendue publiquement à Devizes, dans le Wiltshire. Après son procès, elle avoue avoir également empoisonné sept de ses autres enfants, un seul étant devenu adulte.
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(à 42 ans) |
Biographie
modifierRebecca Prior nait dans le village de Bratton, dans le Wiltshire, fille de William et Sarah Prior (ou Pryor). Elle est baptisée le 17 mai 1807. Son père, mort en 1830, est un agriculteur prospère, tandis que sa mère est un membre éminent de l'église baptiste particulière locale[1].
En mai 1831 elle épouse un ouvrier agricole, Philip Smith, qui a la réputation d'être un ivrogne. Leur premier enfant, Jane, nait l'année suivante. Dix autres suivent, dont aucun ne survit plus de quelques mois.
En 1846, à la suite du décès de sa mère, Smith hérite de 100 £ ( soit 10 000 $ en 2026) et elle déménage avec sa famille à Westbury[2]. Son mari dilapide l’héritage, la forçant à trouver un travail saisonnier comme cueilleuse de légumes ; par conséquent, la famille vive dans « un état visible de pauvreté et de mauvaise santé »[3].
Découverte de l'infanticide
modifierLe onzième enfant de Smith, Richard, nait le 16 mai 1849. Il est au début en bonne santé, mais il tombe malade le 7 juin et meurt le matin du 12 juin. L’officier d’état civil local, George Shorland, enregistre la cause du décès comme inconnue, mais des rumeurs le poussent à ouvrir une enquête[3]. Le corps de Richard, exhumé le 22 juin, est autopsié le 24 juin : de l'arsenic est découvert dans son estomac. Les voisins de Smith affirment qu'elle avait tenté à plusieurs reprises de se procurer du poison avant et après la naissance, jusqu'à l'achat d'« arsenic blanc » le matin du 7 juin. Des enquêtes sur la mort de deux autres de ses enfants (Sarah et Edward) sont menées le 18 juillet, et il est découvert que leurs deux corps contiennent également de l'arsenic[4].
Procès et exécution
modifierSmith est jugée pour la mort de Richard le 9 août 1849, devant la cour d'assises de Devizes. Dix-huit témoins sont appelés à la barre, dont plusieurs témoignent de ses tentatives pour se procurer du poison ainsi que des déclarations mensongères qu'elle avait faites au sujet de l'état de santé de son fils[4]. Le jury met trente minutes à la déclarer coupable tout en recommandant toutefois la clémence ; le juge ignore cette recommandation et la condamne à mort[5].
Une semaine après le procès, Smith avoue à l'aumônier de la prison qu'elle a utilisé de la mort aux rats pour tuer sept de ses autres enfants[6]. De ses onze enfants, seul l'aîné a survécu jusqu'à l'âge adulte – deux sont morts de causes naturelles et les huit autres ont été tués. Smith a déclaré que son mari était un alcoolique violent et qu'elle était terrifiée à l'idée que ses enfants « se retrouvent dans le besoin »[2].
Smith est pendue publiquement à Devizes le 23 août 1849, malgré deux demandes de grâce envoyées au ministre de l'Intérieur, George Grey[5]. La presse et le grand public sont largement favorables à son exécution, bien que l'infanticide soit généralement considéré comme moins odieux qu'un meurtre classique et donc moins passible de la peine capitale. Parmi les éléments inhabituels (et donc retenus à son encontre) figurent le caractère prémédité de l’acte et sa brutalité apparente – l’empoisonnement étant considéré comme beaucoup plus cruel que les méthodes plus courantes à l'époque consistant à noyer ou à étouffer l'enfant[6]. En tant que femme mariée plus âgée, elle suscite également moins de sympathie que les jeunes femmes, qui ayant accouché hors mariage, tuaient leur bébé pour éviter la stigmatisation sociale[7].
Analyse
modifierSelon une étude portant sur les femmes accusées d'infanticide entre 1829 et 1913, le traitement de Smith réservé est exceptionnel : la grande majorité des femmes se trouvant dans des circonstances similaires ont été déclarées non coupables pour d'aliénation mentale, tandis que les quelques autres qui ont été reconnues coupables d'avoir tué leurs enfants ont été condamnées à mort mais ont vu leur peine commuée[8]. Il a été suggéré que la défense habituelle fondée sur l’aliénation mentale ne lui était pas accessible compte tenu du nombre de victimes[9].
Notes et références
modifier- Sally Hendry, Mother and Murderer: The Sad True Tale of Rebecca Smith, Hobnob Press, (ISBN 9781914407345)
- ↑ (en) Watson, « Religion, Community and the Infanticidal Mother: Evidence from 1840s Rural Wiltshire », Family & Community History, vol. 11, no 2, , p. 119 (DOI 10.1179/175138108X355148, S2CID 143927181, lire en ligne)
- 1 2 Watson 2008, p. 120.
- 1 2 Watson 2008, p. 121.
- 1 2 Watson 2008, p. 122.
- 1 2 Watson 2008, p. 123.
- 1 2 Watson 2008, p. 124.
- ↑ Watson 2008, p. 125.
- ↑ Forst, « Creators, Destroyers, and a Judge: Infanticide and Puerperal Insanity in Victorian English Courts », Historical Perspectives: Santa Clara University Undergraduate Journal of History, vol. 17, , p. 12 (lire en ligne)
- ↑ Forst 2012, p. 18-19.