Reiner Schürmann
Reiner Schürmann, né à Amsterdam le 4 février 1941 et mort à New York le 20 août 1993, est un philosophe d’expression française. On lui doit un récit autobiographique, Les Origines, une étude édifiante sur Maître Eckhart, Sermons allemands ou la joie errante, et deux ouvrages de philosophie, Le Principe d’anarchie et Les Hégémonies brisées, interrogeant, à la lumière du dernier Heidegger, le destin de l’humain à l’âge de la clôture de la métaphysique.
Après une existence « pérégrinale », qui lui fit connaître la vie dans un kibboutz et le noviciat chez les Dominicains français du Saulchoir, Schürmann passa les quinze dernières années de sa vie comme professeur, puis responsable du département de philosophie de la New School for Social Research de New York.
Biographie
modifierHeidegger conseillait de ne pas trop s’attarder sur la biographie des grands philosophes, exercice qui selon lui n’apportait pas grand-chose à la compréhension de leurs œuvres. Bien que courte (52 ans), la vie de Reiner Schürmann, qu’il crut bon de documenter lui-même dans un récit édifiant[1], fut assez accidentée pour être rappelée ici. Certes, ces éléments biographiques n’expliquent rien, ils fournissent néanmoins quelques clés de lecture qui permettent en particulier de confronter la pensée du philosophe aux préoccupations de son temps.
Reiner Schürmann naquit à Amsterdam en 1941, « trop tard pour connaître la guerre, trop tôt pour l'oublier[2] ». Il est issu de parents allemands dont il ne sut jamais jusqu'à quel point ils avaient partagé l'idéologie nationale-socialiste. Il passa son enfance et sa jeunesse à Krefeld, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Selon le registre de la ville, la famille Schürmann occupait sur Heyenfeldweg, le quartier chic de Krefeld, une vaste villa dont l'architecture moderne n'est pas sans rappeler les ouvrages de Joseph Maria Olbrich, l'architecte de la Sécession de Vienne et du Kaufhof de Düsseldorf[3]. Le père de Reiner, Max Schürmann, dirigeait l'importante "German Stainless Steel Works" (Deutsche Edelstahlwerke), une filiale de Thyssen. En 1959, Reiner s'inscrivit à l'Université de Munich en première année de philosophie, puis se réorienta, à la rentrée suivante, vers les Affaires étrangères, afin, écrit-il, de « rafistoler les craquelures dans l'histoire entre l'Allemagne et Israël[4] ». C'est dans cet état d'esprit, entre bienveillance et naïveté, qu'après avoir repris contact avec l'animateur d'un groupe de Hassidim croisé deux ans auparavant lors d'un stage à Paris, il interrompit ses études après quelques mois pour partir séjourner dans un kibboutz, en Israël. L'expérience ne dura pas plus que quelques semaines avant que les membres de la petite communauté juive ne fassent comprendre au jeune allemand de vingt ans que sa place n'était pas parmi eux. Schürmann fit le récit de ces pérégrinations de jeunesse dans un récit autobiographique, Les Origines, dans lequel il justifie son instabilité par sa nature « pérégrinale ». « Fuir. Je fuis. Je passe mon temps à m’éclipser. Je feins d’être intéressé, en fait, je prépare ma dérobade. Avec les années, je suis devenu expert pour organiser mes fuites. J’aime qu’elles s’enchaînent sans perte de temps[4]. »
Après avoir effectué un long périple de retour d'Israël par la Grèce, il fut admis comme novice dans l'ordre des dominicains de France. C'est au Centre d'études du Saulchoir, à Étiolles, dans l'Essonne, qu'il étudia la théologie, de 1962 à 1969. En 1965, il bénéficia d’une dispense pour suivre l’enseignement du professeur Bernhard Welte à l’Université de Fribourg. Welte[5], qui y occupait la chaire de philosophie de la religion chrétienne depuis 1954, joua un rôle prépondérant dans la formation de Schürmann, notamment en lui permettant de correspondre, puis de rencontrer Martin Heidegger, le 11 mars 1966. L’échange de courriers et le compte rendu de la rencontre entre les deux hommes a été conservé[6].
Schürmann fut ordonné prêtre en 1970 et sa thèse, quelque peu remaniée, parut deux ans plus tard sous le titre : Maître Eckhart ou la joie errante[7]. Aussitôt ordonné, il quitta la France pour les États-Unis, où il enseigna d'abord à l'Université catholique d'Amérique, à Washington, puis à l'Université Duquesne de Pittsburgh avant d'être accueilli, en 1975, à la New School for Social Research de New York, que Hannah Arendt et Hans Jonas avaient quittée peu de temps auparavant. Il abandonna la prêtrise et consacra les dix-huit années suivantes à l'enseignement de la philosophie, d'abord comme professeur, puis en tant que directeur du département. Entre 1980 et 1983, élu au conseil d'administration de l'Ecole, il participa activement à du Graduate Faculty Department of Philosophy, dont l'existence était menacée ; à partir des années quatre-vingt-dix, il travailla aux côtés de Richard Berbstein et d'Agnès Heller. Le professeur Schürmann était un maître aux méthodes socratiques, très populaire, séduisant, enjoué, doué d’un grand charisme[8]. Ses élèves – auxquels il donnait, en même temps que son enseignement, « le couteau pour le tuer » – lui vouaient une admiration sans borne. En rupture permanente avec les professionnels de la philosophie, qu’avec Husserl il appelait « les fonctionnaires de l’humanité », sa parole visait à l’appropriation, par chacun, de ce qu’il savait déjà confusément par son expérience personnelle. Il avait conservé une malice enfantine, qui ne se refusait aucune impertinence (ainsi sa réaction, après une conférence particulièrement obscure de Jacques Derrida à la New School : « This is metaphysics... so bo-o-o-o-ring[9] ».
En 1981, il passa un doctorat d’État ès lettres et sciences humaines à la Sorbonne, sous la direction de Pierre Aubenque. Sa thèse, Politique et déconstruction : Heidegger et les fondements de la philosophie pratique, fut éditée un an plus tard sous le titre Le Principe d'anarchie[10]. Ce fut lors de ses séjours à Paris, à la fin des années soixante-dix, qu'il rencontra le Maître Taisen Deshimaru, qui l'initia au zen de l'école de Sôtô, dans son dojo de la rue Pernety.
Schürmann mourut des suites d'une maladie liée au sida le 20 août 1993, à New York. Ses disciples les plus proches conservent un souvenir ému du dernier cours qu’il donna (sur Heidegger), alors que la maladie l’avait considérablement affaibli, devant un amphi de 250 personnes. Son magnum opus, Les Hégémonies brisées[11], parut en 1996, soit quelques mois après qu'il en a dicté, à l'article de la mort, les dernière pages. Il était le compagnon du peintre et plasticien québécois Louis Comtois, avec lequel il habitait un vaste loft au cinquième étage d’un bel immeuble victorien, à l’angle de Broadway et Bond Street. Comtois devait lui aussi mourir du sida en 1990.
Travaux et réception
modifierL'œuvre philosophique de Reiner Schürmann est composée de trois ouvrages, tous écrits en français : Maître Eckhart ou la joie errante (1972), Le Principe d'anarchie, sous-titré Heidegger et la question de l'agir (1982), Des hégémonies brisées (posthume, 1996). A des titres divers, ces trois ouvrages font explicitement référence à l'enseignement de Martin Heidegger, dont Schürmann connaissait, dès la fin des année soixante, l'intégralité de l'œuvre publiée dans sa langue d'origine. C'est dans la continuation de l'enseignement du maître de Fribourg que l'apprenti théologien du Saulchoir, puis le professeur de la New School inscrivit sa propre pensée.
Schürmann publia (en anglais) un nombre relativement faible d'articles et de collaborations à des revues, la plupart dans le but d'éclairer un point particulièrement difficile de sa pensée, ou d'en tirer les conclusions ultimes. Bien que ses sujets de prédilection rejoignent les préoccupations de certains de ses contemporains - on pensera surtout à Michel Foucault, sur la constitution du sujet moderne, et à Jacques Derrida, sur la « déconstruction » de la métaphysique - Schürmann ne versa jamais dans la polémique, se contentant de souligner les différences qui caractérisaient sa pensée des travaux de ses interlocuteurs. Seul son texte sur La philosophie aux Etats-Unis[12] est teinté d'une ironie grinçante - dirigée principalement contre le courant analytique.
Homosexuel allemand attiré par la vie des kibboutz, métaphysicien refusant de s'exprimer dans la langue de Kant et de Hegel, prêtre défroqué, professeur enseignant la philosophie continentale au royaume de la pensée analytique, disciple auto-affirmé de Heidegger, et s'autorisant de sa seule connaissance des travaux du maître pour en prolonger les enseignements - voire en rectifier les errements - sans avoir reçu l'onction du cénacle parisien réuni autour de Jean Beaufret... voilà bien des raisons qui expliquent le long purgatoire qu'ont connu - et que continuent de connaître - les travaux de Schürmann, indépendamment de leur difficulté et du radicalisme perturbant de ses propositions. On peut également penser à juste titre que la défaveur entourant l’enseignement de Heidegger après la parution des Carnets noirs[13] n’a pas servi la mémoire d’un disciple qui n’a jamais renié sa dette envers son maître, quand bien même il aurait inscrit toute son œuvre comme une remise en question de ses conclusions.
Les aléas éditoriaux des deux principaux ouvrages de Schürmann en témoignent : si Le Principe d’anarchie, a rapidement trouvé un éditeur (Le Seuil, 1982), le livre fut rapidement épuisé et il fallut attendre 31 ans pour qu''il soit réédité (Diaphanes, 2013). Il en fut de même pour les Hégémonies brisées. Refusé par de nombreuses maisons d’édition - dont Le Seuil, paradoxalement, qui avait pourtant publié sa thèse - le texte en fut soumis à Gérard Granel, qui accepta de le publier dans la maison d'édition indépendante qu'il avait créée à Mauvezin (Gers), Trans-Express-Reprint (T.E.R.). Ce fut un travail colossal (792 grandes pages), lorsqu’on sait la manière pour le moins « artisanale » avec laquelle T.E.R. fabriquait ses ouvrages[14]. Le résultat fut atteint en 1996, malheureusement, faute d'une distribution nationale, l'ouvrage demeura réservé à un public restreint de spécialistes, et il fallut attendre onze années pour disposer d'une nouvelle édition des Hégémonies (Diaphanes, 2017), dans une version revue, complétée et « autorisée par la famille de l’auteur ». Le public anglo-saxon dut quant à lui attendre 1987 pour lire Le Principe et 2003 pour lire Des hégémonies en traduction (Indiana University Press). En allemand, seules Die gebrochenen Hegemonien sont disponibles depuis 2017 (Diaphanes).
Son unique œuvre littéraire, Les Origines (1976), un récit fortement teinté d'autobiographie, fut distinguée en 1977 par le prix Broquette-Gonin décerné par l'Académie française pour « récompenser l'auteur d'un ouvrage philosophique, politique ou littéraire jugé susceptible d'inspirer l'amour du vrai, du beau et du bien ». Grâce à la sollicitude de Dominique Janicaud (1937-2002) et à la persévérance de Jean-Marie Vaysse (1950-2011), professeur de philosophie à Toulouse, qui organisa en 2008 un colloque « Autour de Schürmann », Les Origines furent rééditées par les Presses Universitaires du Mirail, encadrées cette fois par une préface de Françoise Dastur et une postface de Gérard Granel.
Sous l'impulsion décisives des éditions franco-allemandes Diaphanes, qui avaient pris l'initiative de réimprimer Le Principe et Des hégémonies, au début du XXIe siècle, fut inscrit le projet d'éditer les essais et les cours donnés par le philosophe entre 1975 et 1992. Une trentaine de volumes sont prévus, dont ont paru (en anglais principalement) cinq volumes de cours (sur Nietzsche, Marx, Luther, les philosophie de la volonté, les philosophes de la Renaissance) et trois volumes d'essais.
Malgré un petit nombre de publications, l'œuvre de Reiner Schürmann compte parmi les pensées les plus marquantes de la fin du XXe siècle. Il est reconnu d'une part comme l'un des lecteurs les plus perspicaces des Beitrage[15], les six livres dont Heidegger avait interdit la publication de son vivant et dans lesquels est reprise à nouveaux frais la question du sens de l'être, et d'autre part comme l'un des penseurs les plus originaux de la condition de l'homme à l'ère postmétaphysique. En France, l'importance de son oeuvre fut reconnue par de nombreux philosophes aussi divers que Jacques Derrida, Dominique Janicaud, Mehdi Belhaj Kacem, Françoise Dastur, Rémi Brague ou Gérard Granel. Elle est désormais étudiée, lue et commentée dans certaines universités françaises, en raison de l'intérêt que lui portent aujourd'hui des philosophes tels que Bruce Bégout, Emmanuel Cattin ou Giorgio Agamben. Preuve de ce regain d'intérêt, la revue Philosophie lui a consacré un numéro entier en janvier 2021, coordonné par Vincent Giraud. En Italie, l'oeuvre de Schürmann a été très tôt discutée, grâce notamment aux articles d'Alberto Martinengo, de Gianni Vattimo et de Federico Guercio, son traducteur. Aux Etats-Unis enfin, l'attention portée à Schürmann ne s'est pas démentie, notamment dans les cercles philosophiques évoluant autour de la New School de New York.
Recensions
modifierMaître Eckhart ou la joie errante
Le Principe d'anarchie : Heidegger et la question de l'agir
Les Hégémonies brisées
Œuvres de Reiner Schürmann
modifierLivres
modifier- Maître Eckhart et la joie errante, Paris, Denoël,1972 (réédité sous le titre Sermons allemands ou la joie errante traduits et commentés par Reiner Schürmann, Payot, Coll. Rivages Poche - Petite Bibliothèque, 2005). En anglais : Mystic and Philosopher, Indiana University Press, 1978.
- Les Origines, Paris, Fayard, 1976 (réédité en 2003, aux Presses Universitaires du Mirail, avec une préface de Françoise Dastur et une postface de Gérard Granel). En Allemand : Ursprünge, Zurich/Berlin, Diaphanes, 2008. En anglais : Origins, Zurich/Berlin, Diaphanes, 2016. En italien : Le origini, Edizioni Efesto (traduzione di Ferruccio Scabbia e introduzione di Francesco Guercio)
- Le Principe d'anarchie : Heidegger et la question de l'agir, Paris, Seuil, 1982 (réédité aux éditions Diaphanes, Zurich/Berlin, 2013). En anglais : Heidegger on Being and Acting : From Principles to Anarchy, Indiana University Press, 1987.
- Des hégémonies brisées, Mauvezin, Trans-Europ-Repress, 1996 (réédité aux éditions Diaphanes, Zurich/Berlin, 2013). En anglais : Broken Hegemonies, Indiana University Press, 2003. En allemand : Die gebrochenen Hegemonien, Zurich, 2017.
- Tomorrow the Manifold: Essays on Foucault, Anarchy, and the Singularization to Come, ed. Malte F. Rauch and Nicolas Schneider. Zurich: Diaphanes, 2019.
- Neo-Aristotelianism and the Medieval Renaissance: On Aquinas, Ockham, and Eckhart, ed. Ian Alexander Moore. Zurich: Diaphanes, 2020.
- The Philosophy of Nietzsche, ed. Francesco Guercio. Zurich: Diaphanes, 2020.
- Reading Marx: On Transcendental Materialism, ed. Malte Fabian Rauch and Nicolas Schneider. Zurich: Diaphanes, 2021.
- Modern Philosophies of the Will, ed. Kieran Aarons and Francesco Guercio. Zurich: Diaphanes, 2022.
- Ways of Releasement: Writings on God, Eckhart, and Zen, ed. Francesco Guercio and Ian Alexander Moore. Zurich: Diaphanes, 2023.
- The Place of the Symbolic: Essays on Art and Politics, ed. Kieran Aarons and Nicolas Schneider. Zurich: Diaphanes, 2024.
Cours
modifier- Luther – The Origin of Modern Self-Consciousness, 2021(édition en anglais), Diaphanes – TransPositions
- The Philosophy of Nietzsche, 2020 (édition en anglais), Diaphanes – TransPositions
- Neo-Aristotelianism and Medieval Renaissance – On Aquinas, Okham and Eckhart, 2020 (édition en anglais), Diaphanes – TransPositions
- Reading Marx – On Transcendental Materialism, 2021(édition en anglais), Diaphanes – TransPositions
- Modern Philosophies of the Will, 2021(édition en anglais), Diaphanes – TransPositions
- Heidegger’s (De)construction of Metaphysics, 2021(édition en anglais), Diaphanes – TransPositions
Articles, essais, conférences et autres publications
modifier- Maitre Eckhart, expert en itinérance, in La Vie spirituelle 124, 1971
- La différence symbolique, in Cahiers Internationaux du Symbolisme numéro 21, 1972
- Il y a dans le poème..., in Cahiers Internationaux de Symbolisme, 1973
- Trois penseurs du délaissement : Maitre Eckhart, Heidegger, Suzuki: Part one, in Journal of the History of Philosophy 12 (4), 1974
- Trois penseurs du délaissement : Maitre Eckhart, Heidegger, Suzuki: Part two, in Journal of the History of Philosophy 13 (1), 1975
- La praxis symbolique, in Cahiers Internationaux de Symbolisme, 1975
- Du luxe d'exister : Karl Jaspers et le Sacré, in Cahiers Internationaux de Symbolisme, 1975
- Louis Comtois ou la couleur, Instrument de lumière, in Vie des Arts vol. 20, n°79, 1975
- Le défi du Petit Format, 1978
- L'hénologie comme dépassement de la métaphysique, in Les études philosophiques 3 1982 Philosophie grecque, Paris, PUF, septembre-
- Le temps de l'esprit et l'histoire de la liberté, in Les études philosophiques 3 1983 Recherches, Paris, PUF, juillet-
- Que faire à la fin de la métaphysique?, in Cahier de l'Herne numéro 45 Martin Heidegger, 1983
- Afraid of Neither Full nor Empty, in catalogue Galerie Jolliet, Montréal,
- De la philosophie aux Etats-Unis, in Le Temps de la Réflexion. Essais sur la tradition et l'enseignement, (n°6), 1985
- Se constituer soi-même comme sujet anarchique, in Les études philosophiques 4 1986 Foucault, Paris, PUF, octobre-
- Une abstraction post-moderne : à propos de deux expositions de Louis Comtois à New York, in Revue d'esthétique n°13/14/15 (1987/1988)
- Recension de Systématique ouverte de Kostas Axelos, in The Review of Metaphysics 41 (3), 1988
- Recension de Heidegger (M.), Beitrage zur Philosophie, in Annuaire philosophique 1988-1989, François Wahl (dir.), Paris, Le Seuil (collection L'ordre philosophique),
- Abstraction that makes the viewer think: about the last paintings of Louis Comtois, in C. Magazine n°29, Spring 1991
- Des doubles contraintes normatives, in Penser après Heidegger, Jacques Poulain et Wolfgang Schirmacher (dir.), Paris, L'Harmattan (collection la philosophie en commun), 1992 (Actes du Colloque du Centenaire, Paris, CIP, 25-)
- Situer René Char - Hölderlin, Heidegger, Char et le "il y a" (traduction par Martin Rueff), in Poésie n°119,
Etudes et articles concernant la philosophie de Reiner Schürmann
modifier- THOMAS AÏT-KACI, « L’absent, vois-le comme fermement présent. » Hegel dans les Hégémonies brisées - Philosophie No. 148, Janvier 2021, pp. 72-90
- DAVID APPLEBAUM, Writing Technology in Schürmann’s Heidegger, State University of New York, New Palz
- BRUCE BEGOUT, Fin de partie. Philosophie de l’histoire et clôture de la métaphysique chez Reiner Schürmann, Philosophie No. 148, Janvier 2021, pp. 38-59
- EMMANUELLA BIANCHI, Natal Bodies, Mortal Bodies, Sexual Bodies: Reading Gender, Desire, and Kinship through Reiner Schürmann’s Broken Hegemonies, Graduate Faculty Philosophy Journal No. 33-1, Avril 2012, pp. 57-84
- VINCENT BLANCHET, Des langues brisées. Silence et origine dans la pensée de Reiner Schürmann, Philosophie No. 148, Janvier 2021, pp. 91-108
- EMMANUEL CATTIN,, Reiner Schurmann et les Grecs, in Quaderni di acme n°133, 2012, La Source, Philosophie No. 148, Janvier 2021, pp. 109-127
- FRANCOISE DASTUR, Préface (sans titre), Les Origines, 2003, pp. VII-XVIII
- BERNARD P. DAUENHAUER, Schürmann on Political Philosophy, Philosophy and Phenomenological Research, Vol. 42, No. 1 (Sept. 1981), pp. 130-132
- CHRISTIAN DELACAMPAGNE, Le destin de l'Occident. Le testament spirituel d'un philosophe allemand récemment disparu, Reiner Schurmann, in Le Monde,
- BERNARD FLYNN, Reiner Schürmann: 1941-1993, Social Research, Vol. 60, No. 4, The East Faces West; The West Faces East (Hiver 1993), pp. v-vii
- RODOLPHE GASCHÉ, Hegemonic Fantasms, Research in Phenomenology, Vol. 35 (2005), pp. 311-326
- VINCENT GIRAUD, Reiner Schürmann, « phénoménologue des ultimes » , Philosophie No. 148, Janvier 2021, pp. 26-37
- GERARD GRANEL, L'indomptable singularité de Reiner Schurmann ou Indomptable singularité (Quelques remarques sur Des hégémonies brisées), in Critique n°600, Éditions de Minuit,
- DREW A. HYLAND, Reiner Schürmann's Parmenides: Of Unbroken Non-Hegemonies, Research in Phenomenology, Vol. 28 (1998), pp. 243-258
- ANDRE JACOB, compte rendu de Reiner Schurmann, Des hégémonies brisées, Mauvezin, Tran-Europe-Repress, 1996, in L'homme et la société Volume 127 Numéro 1, 1998
- DOMINIQUE JANICAUD, recension de Reiner Schurmann, Des hégémonies brisées, in Esprit
- SERVANNE JOLLIVET, La Recherche des origines : de l’anamnèse à l’oubli. Heidegger relu par Schürmann, Philosophie No. 148, Janvier 2021, pp. 60-71
- RONALD KLAPA, De la désaisie, Lettres de la Magdelaine, 2009
- REGINALD LILLY, The Topology of "Des Hégémonies brisées", Research in Phenomenology, Vol. 28 (1998), pp. 226-242
- CHRISTOPHER P. LONG, The Duplicity of Beginning: Schürmann, Aristotle and the Origins of Metaphysics, The Graduate Faculty Philosophy Journal, N° 29-2, 2008, pp.145-159 · The Voice of Singularity and a Philosophy to Come: Schürmann, Kant and the Pathology of Being, Philosophy Today, No. 53, 2009, pp. 138-150 · Care of Death: On the Teaching of Reiner Schürmann, Philosophy Today, No. 31, Janvier 2017, pp. 351-363 · Reiner Schürmann and the Poetics of Politics, Dead Letter Office, Babel Working Group, 2018, 168 pp.
- ALBERTO MARTNENGO, Anti-humanisme et anarchie chez Reiner Schurmann (traduction par Marion Sicre), in "L'Impersonnel" colloque international ERRAPHIS et EuroPhilosophie, Université Toulouse II-Le Mirail, 24 et (PDF)
- GUY PETITDEMANGE, recension de Les origines de Reiner Schurmann, in Etvdes 2004/3 (Tome 400), S.E.R,
- MALTE FABIAN RAUCH and NICOLAS SCHNEIDER, Of Peremption and Insurrection: Reiner Schürmann’s Encounter with Michel Foucault, In Reiner Schürmann Tomorrow the Manyfold, Diaphanes, 2019, pp. 151-181 - On Transcendental Materialism: Reiner Schürmann’s Reading of Marx, In Reiner Schürmann Reading Marx, Diaphanes, 2021, pp. 131-147
- DENNIS J. SCHMIDT, Riveted to a Monstrous Site, Research in Phenomenology, Vol. 35 (2005), pp. 327-339
- JOERI SCHRIJVERS, Anarchistic Tendencies in Continental Philosophy: Reiner Schürmann and the Hubris of Philosophy, Research in Phenomenology, Vol. 37, No. 3 (2007), pp. 417-439
- PEYMAN VAHABZADEH, Of Hegemonies Yet to be Broken: Rhetoric and Philosophy in the Age of Accomplished Metaphysics, The European Legacy, Vol. 10, N°. 4, 2005, pp. 375-388
- JEAN-MARIE VAYSSE (éd.), Autour de Reiner Schurmann, Georg Olms Verlag - Europaea Memoria,
Références
modifier- ↑ Reiner Schürmann, Les Origines, Paris, Fayard, (réimpr. Presse Universitaires du Mirail, Toulouse, 2003)
- ↑ Les Origines, p.7
- ↑ Thornton Botz-Bornstein, Through Krefeld with Reiner Schürmann, www.botzbornstein.org/reiner-schürmann
- 1 2 Les Origines, p.
- ↑ A la frontière des questionnements théologique et philosophique, Bernhard Welte a laissé une œuvre imposante qui l'a fait reconnaître comme l’un des plus grands philosophes de la religion du XXe siècle. Son opus magnum (Auf der Spur des Ewigen. Philosophische Abhandlungen über verschiedene Gegenstände der Religion und der Theologie, 1965) fut loué par Jaspers et Gadamer. Dans son seul livre traduit en français, Qu’est-ce que croire ? (Cerf, coll. Cogitatio Fidei, 1984, depuis longtemps épuisé), il explore le concept d’expérience comme totalité et immédiateté, théorisant « l’expérience-du-rien » comme possibilité d’ouverture sur la dimension religieuse. Cette phénoménologie à rebours le conduit à élargir le domaine de la foi comme ce qui fonde (rationnellement) le Dasein. Antérieur au domaine religieux, le concept de foi peut ainsi s’appliquer à l’amitié et à l’amour ; il donne leur sens à ces expériences. On imagine le bénéfice que Schürmann a pu retirer de l’enseignement d’un tel maître, qui fut, incidemment, correspondant du philosophe bouddhiste zen Tjuchimura. Welte et Heidegger étaient en effet très proches. Non seulement tous deux étaient natifs de Messkirch, mais ils devinrent, à quelques mois d’intervalle, citoyens d’honneur de la ville de Fribourg. Heidegger, qui souhaitait être enterré religieusement, demanda expressément à Welte de prononcer un discours sur sa tombe. « Nous songions aussi à Maître Eckhart, qui disait que Dieu se confond avec le néant », se rappelle le théologien d’une de ses dernières visites au philosophe (in G. Neske Erinnerung an Martin Heidegger, Pfullingen 1977, p.251).
- ↑ Voici le texte de ces questions, traduit d'après la version anglaise qu'en a donnée Pierre Adler : « La pensée fondatrice de Maître Eckhart a pour objet l’union de « l’âme séparée » avec Dieu. Dans la mesure où l’âme « laisse être » toutes choses, elle peut accéder au lieu fondateur où la divinité crée continuellement ces choses, qui deviennent mon propre fondement. L’unité est l’unité tissurée dans laquelle Dieu agit pour mon devenir – ce en quoi je deviens son fils. Par conséquent, l’être est matière à expérience, et non recours à un quelconque fonds de quiddités ontiques. Plus proche de l’âme que n’importe quelle autre créature, le « Dieu inconnu » n’est perçu qu’à partir de l’événement du langage, et c’est pour cette raison qu’il demeure la négation de tout étant. La pensée de maître Eckhart ne nous conduit-elle pas, ce faisant, à une méditation sur l’être qui toujours se dérobe et qui, dans sa rétention-même, s’adresse à nous ? » […] « Le silence inquiet qu’inspire le don de la vie peut-il faire que nous nous laissions aller à évoquer certains mots que nous avons, dans un premier temps, bégayés, puis, plus tard, passés sous silence compte tenu de leur impropriété ? Peut-on ainsi céder à certaines bribes de souvenirs confus qui subsistent en nous ? J’ai en tête, avant tout autre, le mot « Vous » (« Thou »). La proposition « L’être est ce qui est donné » (« Es gibt sein ») peut-elle être ainsi formulée sous la forme « L’être est ce que Vous nous donnez » sans porter offense au mystère ? » Le compte rendu de sa visite, qui eut lieu le 12 mars suivant, traduit l’enthousiasme du jeune homme après trois bonnes heures d’un entretien qui dura jusqu’à la nuit tombée. Bien sûr, Heidegger ne consentit pas à reconnaître quelque présence que ce soit sous le « Es » de la donation, mais sa leçon, sur Eckhart et sur la différence entre ce qui relève de la foi et ce qui fait l’objet de la philosophie dut marquer profondément le jeune séminariste. Schürmann ne cache pas sa fierté en concluant son compte rendu en se complimentant de sa prestation : « Félicitations ! Tu as su le séduire. » In Graduate Faculty Philosophy Journal, Vol. 19, Number 2, Vol. 20, Number 1, 1997.
- ↑ Maître Eckhart et la joie errante, Paris, Denoël,1972 (réédité sous le titre Sermons allemands ou la joie errante traduits et commentés par Reiner Schürmann, Payot, Coll. Rivages Poche - Petite Bibliothèque, 2005)
- ↑ Christopher P. Long, Remembering Reiner Schürmann, Graduate Faculty Philosophy Journal Vols. 31, No. 3, 2015
- ↑ Cité par Christopher P. Long, p.
- ↑ Le Principe d'anarchie : Heidegger et la question de l'agir, Paris, Seuil, 1982 (réédité aux éditions Diaphanes, Zurich/Berlin, 2013).
- ↑ Des hégémonies brisées, Mauvezin, Trans-Europ-Repress, 1996 (réédité aux éditions Diaphanes, Zurich/Berlin, 2013)
- ↑ De la philosophie aux Etats-Unis, in Le Temps de la Réflexion. Essais sur la tradition et l'enseignement, (n°6), 1985
- ↑ Les Carnet noirs
- ↑ D'après le récit qu'en fit
- ↑ Rappelons que les Beiträge correspondent aux cinq ouvrages qu’Heidegger avait refusé de publier de son vivant, et qu’il avait expressément demandé, d’éditer, dans la troisième section de la Gesamstaube après les cours et les traités. Il s’agit de L’avenance (1941-42, tome 71), de La passerelle du commencement (1944, tome 72), de l’Approche de la pensée de l’Avenance (tome 73), de l’approche de l’aître de la parole (tome 74.) Ces ouvrages ont été partiellement traduite en français récemment. Ils s’inscrivent dans la pensée de ce qu’il est convenu d’appeler un « Heidegger II » (voir III) où le philosophe ne prend pas en vue ni la vérité de l’être (Heidegger I , soit sein &Zeit), ni son lieu (Heidegger II, mais l’être comme, qu’il écrit désormais Seyn. Il semble que Reiner Schürmann avait une connaissance approfondie de ces ouvrages dès la fin des années soixante-dix, c'est-à-dire à un moment où bien peu de philosophes français y avait eu accès.