Hassidisme

mouvement religieux juif

Le judaïsme hassidique ou hassidisme (hébreu : חסידות, hassidout, « piété ») est un mouvement religieux juif apparu au XVIIIe siècle en Europe de l'Est, dans les régions méridionales de la république des Deux Nations. Il se développe autour de la figure d'Israël ben Eliezer, connu sous le nom de Baal Shem Tov ou Besht, actif principalement en Podolie et mort en 1760. Après sa mort, ses disciples et leurs successeurs diffusent rapidement le mouvement dans une grande partie de l'Europe orientale, où il devient l'un des principaux courants du judaïsme ashkénaze.[1][2]

Un tish (rassemblement religieux) de la dynastie hassidique de Boyan à Jérusalem lors de Soukkot, en 2009.

Le hassidisme puise largement dans la tradition kabbalistique, notamment dans la Kabbale lourianique, tout en développant de nouvelles formes de spiritualité et d'organisation communautaire. Il accorde une importance particulière à la devekout, l'« attachement » à Dieu, à la prière, à la ferveur religieuse, au chant et à la danse, ainsi qu'à la possibilité de servir Dieu dans les différents aspects de la vie quotidienne.[3][4]

À partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, la figure du tsadik, maître spirituel autour duquel se rassemble une communauté de disciples, acquiert une place centrale. Au cours des générations suivantes se développent des « cours » hassidiques et de nombreuses dynasties hassidiques, dont la direction devient souvent héréditaire. Le hassidisme ne constitue cependant jamais une organisation centralisée : ses différentes écoles et dynasties développent des traditions, des pratiques et parfois des conceptions doctrinales sensiblement différentes.[5]

L'expansion rapide du mouvement provoque, à partir des années 1770, une vive opposition de rabbins et de communautés désignés sous le nom de mitnagdim, particulièrement dans les régions lituaniennes. Les controverses concernent notamment les transformations de la prière et de la pratique religieuse, l'autorité accordée au tsadik, la place de la mystique et les nouvelles formes d'organisation communautaire. Cette opposition s'atténue progressivement au cours du XIXe siècle, notamment à mesure que hassidim et mitnagdim sont confrontés à la Haskala, à la sécularisation et aux transformations profondes des sociétés juives d'Europe orientale.[6][7]

Profondément affecté par les migrations, la Première Guerre mondiale, la sécularisation et surtout par la Shoah, qui détruit une grande partie de ses centres historiques d'Europe orientale, le hassidisme connaît après 1945 une importante reconstruction, principalement en Israël et en Amérique du Nord. Il constitue aujourd'hui l'une des composantes majeures du judaïsme haredi, avec des communautés importantes notamment en Israël, aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Belgique et au Canada.[8]

Le hassidisme constitue à la fois un courant religieux et mystique, un ensemble de traditions organisées autour de différentes dynasties et un phénomène social majeur de l'histoire juive moderne. Son étude contemporaine porte aussi bien sur ses doctrines et ses textes que sur sa démographie, ses structures communautaires, son économie, sa culture matérielle, la place des femmes et la vie quotidienne de ses membres.[9]

Terminologie et définition

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Le terme hassidisme dérive de l'hébreu hébreu : חסידות, hassidout, lui-même formé sur hébreu : חסיד, hassid, « pieux » ou « homme pieux ». Le mot hassid est cependant bien antérieur au mouvement apparu au XVIIIe siècle : il est employé dans la littérature juive pour désigner différents groupes ou individus réputés pour leur piété. Il ne faut donc pas confondre le hassidisme moderne avec les Hassidéens de l'époque du Second Temple ni avec le hassidisme médiéval allemand.[10]

À partir du XVIIIe siècle, le terme acquiert un sens plus précis : il désigne progressivement l'adepte d'un mouvement de renouveau religieux associé à Israël ben Eliezer, le Baal Shem Tov, puis à ses disciples et successeurs. Le hassidisme ne constitue toutefois jamais une organisation centralisée. Il rassemble un ensemble de groupes et de courants liés par des traditions spirituelles communes, mais différenciés par leurs maîtres, leurs coutumes et, à partir de la fin du XVIIIe siècle et surtout du XIXe siècle, par leur appartenance à des dynasties hassidiques.[11][12]

Dans les communautés hassidiques constituées, le mot hassid ne signifie donc plus seulement « homme pieux » au sens général : il désigne aussi l'adepte d'un tsadik ou d'un rebbe particulier et, progressivement, le membre d'une communauté ou d'une dynastie déterminée. Cette fidélité au maître et à sa lignée devient l'un des principaux marqueurs de l'identité hassidique.[13]

Les chercheurs soulignent par ailleurs la difficulté à définir le hassidisme par une doctrine théologique unique. Nombre de thèmes présents dans la littérature hassidique — la devekout, l'immanence divine, l'élévation spirituelle ou la place de la kabbale — existent déjà dans des traditions juives antérieures et se retrouvent également chez des auteurs non hassidiques. L'identité hassidique se reconnaît donc autant par ses formes de leadership, ses pratiques, ses usages et son organisation sociale que par un corpus doctrinal propre.[14][15]

Origines et contexte

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Le judaïsme d'Europe orientale au XVIIIe siècle

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Israël ben Eliezer, le Baal Chem Tov

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Sources sur le Baal Chem Tov

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Formation et expansion du mouvement

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Dov Baer de Mezeritch et la seconde génération

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Diffusion géographique

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Naissance des cours et des dynasties

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Pensée et vie religieuse

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Devekout et présence divine

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Prière, ferveur et joie

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Le tsadik

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Torah, étude et kabbale

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Tsimtsoum et immanence divine

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Coutumes et pratiques

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Oppositions et controverses

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Les mitnagdim et le Gaon de Vilna

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La Haskala et les critiques modernes

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Rapprochement entre hassidim et mitnagdim

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Écoles et dynasties

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Bratslav

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Pologne centrale

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Galicie, Bucovine et Hongrie

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Belz, Sanz et Vizhnitz

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Ruzhin et Sadigora

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Satmar et les courants hongrois

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Courants de Jérusalem

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Toldot Aharon

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Dynasties contemporaines et querelles de succession

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Société et culture hassidiques

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Le rebbe et la cour

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Famille et place des femmes

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Éducation

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Langues et culture matérielle

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Vêtements

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Musique, nigounim et danse

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Économie et vie communautaire

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XIXe et début du XXe siècle

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Institutionnalisation du hassidisme

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Modernisation, urbanisation et migrations

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Reconstruction après 1945

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Israël

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États-Unis et Canada

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Hassidisme contemporain

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Population et géographie

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Diversité des communautés

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Rapports avec la modernité

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Politique, sionisme et antisionisme

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Historiographie

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Gershom Scholem et l'interprétation classique

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Révisions historiographiques

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Notes et références

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  1. (en) David Biale, David Assaf, Benjamin Brown, Uriel Gellman, Samuel C. Heilman, Moshe Rosman, Gadi Sagiv et Marcin Wodziński, Hasidism: A New History, Princeton, Princeton University Press, (ISBN 9780691175157)
  2. Henri Minczeles, Une histoire des Juifs de Pologne, La Découverte, , « Le hassidisme », p. 119
  3. (en) Rachel Elior, The Mystical Origins of Hasidism, Littman Library of Jewish Civilization, (ISBN 9781874774679)
  4. (en) David Biale, David Assaf, Benjamin Brown, Uriel Gellman, Samuel C. Heilman, Moshe Rosman, Gadi Sagiv et Marcin Wodziński, Hasidism: A New History, Princeton, Princeton University Press, (ISBN 9780691175157)
  5. (en) Marcin Wodziński, Hasidism: Key Questions, New York, Oxford University Press, (ISBN 9780190631260)
  6. (en) Immanuel Etkes, The Gaon of Vilna: The Man and His Image, Berkeley, University of California Press, (ISBN 9780520223943)
  7. (en) David Biale, David Assaf, Benjamin Brown, Uriel Gellman, Samuel C. Heilman, Moshe Rosman, Gadi Sagiv et Marcin Wodziński, Hasidism: A New History, Princeton, Princeton University Press, (ISBN 9780691175157)
  8. (en) Marcin Wodziński, Hasidism: Key Questions, New York, Oxford University Press, (ISBN 9780190631260)
  9. (en) Marcin Wodziński, Hasidism: Key Questions, New York, Oxford University Press, (ISBN 9780190631260)
  10. (en) David Assaf, « Hasidism: Historical Overview », sur The YIVO Encyclopedia of Jews in Eastern Europe, (consulté le )
  11. (en) David Assaf, « Hasidism: Historical Overview », sur The YIVO Encyclopedia of Jews in Eastern Europe, (consulté le )
  12. (en) David Biale, David Assaf, Benjamin Brown, Uriel Gellman, Samuel C. Heilman, Moshe Rosman, Gadi Sagiv et Marcin Wodziński, Hasidism: A New History, Princeton, Princeton University Press, (ISBN 9780691175157)
  13. (en) Joseph Dan, « Hasidism: Teachings and Literature », sur The YIVO Encyclopedia of Jews in Eastern Europe, (consulté le )
  14. (en) Joseph Dan, « Hasidism: Teachings and Literature », sur The YIVO Encyclopedia of Jews in Eastern Europe, (consulté le )
  15. (en) Marcin Wodziński, Hasidism: Key Questions, New York, Oxford University Press, (ISBN 9780190631260)

Voir aussi

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Bibliographie

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Sources hassidiques

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Études générales

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  • (en) David Biale, David Assaf, Benjamin Brown, Uriel Gellman, Samuel C. Heilman, Moshe Rosman, Gadi Sagiv et Marcin Wodziński, Hasidism: A New History, Princeton, Princeton University Press, (ISBN 9780691175157)
  • (en) Marcin Wodziński, Hasidism: Key Questions, New York, Oxford University Press, (ISBN 9780190631260)
  • (en) Marcin Wodziński et Waldemar Spallek, Historical Atlas of Hasidism, Princeton, Princeton University Press, (ISBN 9780691174013)
  • (en) Moshe Rosman, Founder of Hasidism: A Quest for the Historical Ba'al Shem Tov, Berkeley, University of California Press, (ISBN 9780520206154[à vérifier : ISBN invalide])
  • Jean Baumgarten, La Naissance du hassidisme : Mystique, rituel et société, XVIIIe-XIXe siècle, Paris, Albin Michel,
  • Julien Bauer, Les Juifs hassidiques, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? »,
  • (en) Immanuel Etkes, The Besht: Magician, Mystic, and Leader, Brandeis University Press, (ISBN 9781584653677)
  • (en) Rachel Elior, The Mystical Origins of Hasidism, Littman Library of Jewish Civilization, (ISBN 9781874774679)
  • (en) David Assaf, Untold Tales of the Hasidim : Crisis and Discontent in the History of Hasidism, Brandeis University Press, (ISBN 9781584658610)
  • (en) Hasidism Reappraised, Liverpool, Liverpool University Press, (ISBN 9781874774167)
  • Jacques Gutwirth, Judéité hassidique et urbanité, Toulouse, Presses universitaires du Mirail,
  • (en) Arthur Green, Tormented Master : The Life and Spiritual Quest of Rabbi Nahman of Bratslav, Jewish Lights, (ISBN 9781879045118)

Historiographie, récits et réception

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  • Martin Buber, La Légende du Baal-Shem, Éditions du Rocher, 1993, (ISBN 2-268-01621-8).
  • Martin Buber, Les Contes de Rabbi Nachman, Stock, 1981.
  • Jean de Menasce, Quand Israël aime Dieu : Introduction au hassidisme, Plon, 1931 ; rééd. Cerf, 1992 et 2007.
  • Arnold Mandel, La Voie du hassidisme, Calmann-Lévy, 1963.
  • Arnold Mandel, La Vie quotidienne des Juifs hassidiques du XVIIIe siècle à nos jours, Hachette, 1974.
  • Elie Wiesel, Célébration hassidique : portraits et légendes, Seuil, 1972.
  • Elie Wiesel, Contre la mélancolie : Célébration hassidique II, Seuil, 1981.
  • Yitsḥak Alfasi, Hahasidut mi-dor le-dor, 2 vol., Jérusalem, 1995-1998.

Articles connexes

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Liens externes

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