Dynastie hassidique
Une dynastie hassidique est une lignée de dirigeants du hassidisme, généralement appelés rebbes ou admorim, dans laquelle l'autorité spirituelle et communautaire se transmet au sein d'une même famille sur plusieurs générations. À partir de la fin du XVIIIe siècle, certains dirigeants hassidiques commencent à transmettre leur fonction à un fils, à plusieurs fils ou à des gendres ; ce mode de succession devient au XIXe siècle l'un des principaux cadres d'organisation du mouvement hassidique[1].
La succession n'est cependant ni uniforme ni nécessairement fondée sur la primogéniture. À la mort d'un rebbe, son autorité peut être reprise par un fils, un gendre ou plusieurs héritiers, chacun attirant une partie des disciples et pouvant parfois établir une nouvelle cour. Ce processus explique la multiplication des branches issues d'une même famille et la formation d'ensembles dynastiques complexes[1]. Des cas comme la dynastie de Kosov-Vizhnitz illustrent ainsi des successions négociées et la création de nouvelles branches par plusieurs membres d'une même famille[2].

Les dynasties portent fréquemment le nom de la ville d'Europe centrale ou orientale dans laquelle leur fondateur ou l'un de ses successeurs a établi sa cour, comme Gour, Satmar, Belz ou Vizhnitz. Ce nom peut être conservé longtemps après le déplacement de la cour vers d'autres pays.
La notion de dynastie ne recouvre pas exactement celle de cour hassidique : la cour désigne le groupe et les institutions organisés autour d'un rebbe, tandis que la dynastie met l'accent sur la continuité de la direction entre plusieurs générations apparentées. Tous les groupes hassidiques ne correspondent donc pas à une dynastie successorale classique, et certaines lignées ont connu des interruptions, des divisions ou l'absence de successeur.
Formation du système dynastique
modifierLe hassidisme des premières générations ne repose pas encore sur un système de succession héréditaire pleinement constitué. L'autorité des premiers maîtres dépend principalement de leur réputation spirituelle, de leur enseignement et de leur capacité à réunir autour d'eux des disciples. Après la mort d'Israel ben Eliezer, le Baal Shem Tov, le rôle central acquis par Dov Baer de Mezeritch relève ainsi davantage de l'autorité d'un maître reconnu par un réseau de disciples que d'une transmission familiale de la fonction[3].
À partir de la fin du XVIIIe siècle, la stabilisation des cours hassidiques pose de manière croissante la question de la continuité après la mort du tsadik. La transmission de l'autorité à un fils ou à un autre parent proche devient progressivement plus fréquente, sans pour autant supprimer le rôle de la réputation personnelle du successeur ni celui de l'adhésion des disciples[4].
Le principe dynastique se développe surtout au XIXe siècle. Une même maison peut alors engendrer plusieurs branches lorsque plusieurs fils ou gendres d'un rebbe deviennent eux-mêmes dirigeants de communautés distinctes. La parenté avec un maître reconnu devient ainsi une source importante de légitimité, parallèlement aux qualités religieuses attribuées au nouveau dirigeant[3].
La maison de Tchernobyl, fondée par Menahem Nahoum Twerski de Tchernobyl, donne ainsi naissance au XIXe siècle à de nombreuses branches dirigées par ses descendants. De même, les fils et descendants d'Israel Friedman de Ruzhin établissent plusieurs cours qui deviennent à leur tour des dynasties distinctes[3].
Les mariages entre familles de rebbes jouent également un rôle important dans cette structuration. Ils créent des réseaux de parenté entre cours, renforcent le prestige de certaines lignées et facilitent parfois l'établissement de nouvelles branches. L'étude quantitative de ces alliances montre que les dirigeants hassidiques forment progressivement un réseau dynastique étroitement interconnecté[1].
Au cours du XIXe siècle, la dynastie devient ainsi l'un des principaux cadres d'identification des communautés hassidiques. Le nom de la cour, généralement associé à une ville, peut continuer à désigner la communauté et ses dirigeants même après leur déplacement dans une autre région ou un autre pays[4].
Les plus grandes dynasties
modifierLes plus grandes dynasties hassidiques comprennent (par ordre alphabétique) :
Dynasties plus petites
modifierAutres dynasties
modifierA
modifierB
modifier- Dynastie hassidique de Baitchev
- Dynastie hassidique de Basermin
- Dynastie hassidique de Bender/Tighina (de Bender/Tighina, Bessarabie)
- Dynastie hassidique de Bertch
- Dynastie hassidique de Bialystok (de Białystok)
- Dynastie hassidique de Bialzobreg
- Dynastie hassidique de Bilgoray
- Dynastie hassidique de Binding (d'Elbląg, Pologne)
- Dynastie hassidique de Bluzhev (de Błażowa, Pologne)
- Dynastie hassidique de Bikovsk (de Bukowsko, Pologne)
- Dynastie hassidique de Buhush (de Buhuși, Moldavie)
- Dynastie hassidique de Bonia
- Dynastie hassidique de Bosovler
- Dynastie hassidique de Botoshan (de Botoșani, Moldavie)
- Dynastie hassidique de Brody
- Dynastie hassidique de Brisdovitz
- Dynastie hassidique de Bucarest (de Bucarest, Valachie, Roumanie)
- Dynastie hassidique de Burshtin (de Bourchtyn)
C
modifier- Dynastie hassidique de Babrouïsk (Habad)
- Dynastie hassidique de Kapust (Habad)
- Dynastie hassidique de Liadi (Habad)
- Dynastie hassidique de Nezhin (Habad)
- Dynastie hassidique de Strashelye (Habad)
- Dynastie hassidique de Chadusha
- Dynastie hassidique de Chazanow
- Dynastie hassidique de Czernowitz (de Czernowitz/Cernăuți/Tchernivtsi)
- Dynastie hassidique de Cieszanow
- Dynastie hassidique de Czortkow (de Tchortkiv)
- Dynastie hassidique de Khoust (de Khoust)
- Dynastie hassidique de Cleveland
- Dynastie hassidique de Cracovie (de Cracovie)
P
modifierRéférences
modifier- (en) Rabinowicz, Tzvi M. The Encyclopedia of Hasidism. Jason Aronson, Inc., 1996. (ISBN 1-56821-123-6)
- (he) Alfasi, Yitschak. החסידות מדור לדור (Hachasidut miDor leDor) (2 vols)
- 1 2 3 (en) Marcin Wodziński, Uriel Gellman et Gadi Sagiv, « Hasidic Dynasties: Geosocial Patterns of Marriage Strategies », Comparative Studies in Society and History, vol. 67, no 3, , p. 487-523 (DOI 10.1017/S0010417525000052)
- ↑ (en) Gad Sagiv, « Kosov-Vizhnits Hasidic Dynasty », sur YIVO Encyclopedia of Jews in Eastern Europe (consulté le )
- 1 2 3 (en) David Biale, David Assaf, Benjamin Brown, Uriel Gellman, Samuel Heilman, Moshe Rosman, Gadi Sagiv et Marcin Wodziński, Hasidism: A New History, Princeton University Press, (ISBN 9780691175157)
- 1 2 (en) Marcin Wodziński, Hasidism: Key Questions, Oxford University Press, (ISBN 9780190631260), « Leadership »