René Julliard

éditeur français

René Henri Julliard, né le à Genève et mort le à Paris 7e, est un éditeur français, fondateur des Éditions Julliard et découvreur de Françoise Sagan.

René Julliard
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Fonction
Directeur
Éditions Julliard
-
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
René Henri JulliardVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Conjoint
Autres informations
Distinction

Biographie

modifier

René Henri Julliard est le fils de Édouard Auguste Arthur Julliard et de Hélène Pauline Esther Albertine Delessert. Né suisse, il sera naturalisé français en 1932.

Les débuts et la guerre

modifier
Un comédien nommé Molière par Dussane, Sélection Sequana n° 80 (1936), titre repris des éditions Plon.

René Julliard se lance dans l'édition en décembre 1923 en inventant sans doute le premier club du livre français, la Sélection Sequana, qui fait choisir ses ouvrages à publier par un comité de lecteurs prestigieux et les vend sur abonnement à des abonnés d'une revue[1]. Son partenaire en affaires est Louis Mouilleseaux, futur pilier de Solidarité française, un mouvement d'extrême-droite[2].

Dans les années 1930, il transforme Sélection Sequana en société anonyme, et avec cette maison d'édition mise aussi sur des lancements de titres à grands renforts de publicité.

La Seconde Guerre mondiale éclate. Pétainiste convaincu, il adhère dès 1940 à la « Révolution nationale » du maréchal Pétain et monte une nouvelle structure éditoriale à Paris, Sequana éditions, puis René Julliard, « Éditeur à Sequana », au 33, rue de Naples. Il inaugure également une structure à Vichy au 21, rue du Maréchal-Foch, où il édite des ouvrages dans la ligne maréchaliste, mais, prudent, il publie aussi sous pseudonyme des romans de Jean Zay, ministre du Front populaire, vilipendé par les « collabos ». En février 1943, il lance une revue, Plaisir de lire. En novembre suivant, il fonde les Éditions Littéraires de Monaco, couverture clandestine pour contourner la censure nazie[3].

Ayant habilement « joué sur deux tableaux » en 1945, René Julliard n'est pas victime de l'épuration ; il publie d'ailleurs aussitôt des textes d'Éluard et d'Aragon. Sous sa sobre couverture blanche et verte dessinée par Marcel Jacno, il édite Joseph Kessel, Maurice Druon, Witold Gombrowicz, Albert Cossery, Michel Droit, Arthur Conte.

En 1945, il épouse Gisèle d'Assailly.

Les succès d'après-guerre

modifier

Il réussit une performance en éditant les Prix Goncourt des années 1946, 1947 et 1948, qui assurent son succès et la bonne marche de ses affaires. Il s'agit de Jean-Jacques Gautier (Histoire d'un fait divers, prix Goncourt 1946), de Jean-Louis Curtis (Les forêts de la nuit, prix Goncourt 1947) et de Maurice Druon (Les Grandes Familles, prix Goncourt 1948).

D'autres titres connaissent également un immense succès, comme les poésies de Minou Drouet, et certains deviennent des films à très grand public : Le Salaire de la peur, de Georges Arnaud, Le Pont de la rivière Kwaï, de Pierre Boulle

En 1954, le premier livre de Françoise Sagan, Bonjour tristesse, fait un triomphe immédiat. Il est d'emblée l'objet de 21 traductions et se voit lui aussi porté au cinéma, par Otto Preminger, avec la jeune Jean Seberg.

En 1959, c'est Le Lieu du supplice[4], de Vladimir Pozner, chroniques de la guerre d'Algérie rapidement interdites par les autorités militaires et qui vaudront à leur auteur un attentat de l'O.A.S. en .

Après Julliard

modifier

Julliard disparaît au début de l'été 1962, juste avant que Louis Calaferte, tout jeune écrivain dont il a publié les deux premiers ouvrages en 1952 et 1953, n'achève l'écriture de Septentrion, attendu aux fins d'édition depuis six ans.

Il est inhumé à Vouillé (Deux-Sèvres), dans le cimetière familial de son épouse Gisèle d'Assailly, qui prend la relève avec Christian Bourgois, directeur de l'entreprise, mais en 1965, la maison d'édition est absorbée par le puissant groupe des Presses de la Cité.

Christian Bourgois crée alors sa propre maison d'édition. Parmi les auteurs publiés par Julliard figurent d'autres découvertes : Michel Del Castillo, Françoise Mallet-Joris, Italo Calvino, Vladimir Nabokov, Alexandre Soljenitsyne, Vladimir Volkoff, Alexandre Zinoviev.

Les éditions Julliard appartiennent aujourd'hui au groupe Robert Laffont.

Bibliographie

modifier

Références

modifier
  1. « René Julliard, par Jean-Claude Lamy » (1992), Bulletin des bibliothèques de France.
  2. Louis Mouilleseaux, lorrain d'origine, industriel, écrivain et éditeur, publia le pamphlet Pour nettoyer les écuries d'Augias en 1933, L'Entente communautaire, Le Corporatisme et la défense de l'État et Le Manifeste syndical en 1936. Après l'épisode de la Solidarité française, il publie d'autres ouvrages : Le Manifeste paysan : essai d'une doctrine humaniste appliquée à l'agriculture française, en 1937, écrit avec Pierre Mathé et François de Clermont-Tonnerre. Il sera condamné au moment de l'épuration — cf. 1. copie de l'arrêt de condamnation, 27 mai 1948 2. rejet du recours en grâce, 23 mars 1949, sur FranceArchives.
  3. Pascal Fouché, Chronologie de l'édition française depuis 1900, moteur de recherche en ligne.
  4. Le Lieu du supplice.

Liens externes

modifier