Rigidité nominale

concept de sciences économiques

La rigidité nominale est un concept de science économique, qui désigne la situation dans laquelle les prix ne s'ajustent pas à une modification de l'offre ou de la demande. C'est par exemple le cas lorsque le prix d'un bien reste fixe alors que les coûts de sa production, la quantité d'offre ou de demande varient[1],[2].

On parle de viscosité des prix lorsque l'ajustement se fait lentement.

Il s'agit d'un concept central pour les écoles keynésiennes et de la nouvelle économie keynésienne (NEK), permettant d'expliquer l'existence de déséquilibres durables, mais également la nécessité et l'efficacité de l'intervention publique.

Sources de rigidités

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Parmi les explications que les économistes de la NEK fournissent de la rigidité nominale, on peut en identifier quatre principales[3] :

  • Coûts de catalogues : l'existence de coûts liés à la modification des prix (coûts administratifs pour décider des nouveaux prix, prix de l'affichage, risque de perte de clientèle...)[4].
  • Théorie des contrats implicites : du fait de l'aversion au risque des individus, un accord implicite est passé entre employeur et salarié, pour lisser leurs salaires. En échange d'une stagnation du salaire en période de crise, les salariés renoncent à voir leur salaire augmenter en période de croissance. Il s'agit d'une explication microéconomique de la rigidité des salaires[5].
  • Salaire d'efficience : des salaires plus élevés que le niveau d'équilibre génèrent une incitation à la productivité pour les salariés. Le salaire n'est donc pas égal à la productivité marginale du travail et est rigide à la baisse[6].
  • Rigidités institutionnelles : l'existence de syndicats et de législations protectrices de l'emploi limitent les possibilités d'ajustement à la baisse du salaire, ce qui engendre sa rigidité à la baisse.

Conséquences macroéconomiques

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Une économie avec des prix parfaitement flexible impliquerait un équilibre parfait, comme dans le modèle néoclassique du marché: tout changement dans l'offre ou la demande entraîne un ajustement du prix et donc des quantités pour revenir à l'équilibre. De même, une flexibilité parfaite entraîne la neutralité de la monnaie: une hausse de la quantité de monnaie en circulation (par une politique monétaire expansive, par exemple) n'entraîne pas de modifications de variables réelles. En effet les prix augmenteraient immédiatement pour absorber la quantité supérieure de monnaie, sans modification sur les quantités offertes et demandées.

La rigidité nominale est donc une hypothèse centrale de la remise en cause de la dichotomie classique entre sphère réelle et sphère nominale. Les modèles macroéconomiques de la nouvelle économie keynésienne sont ainsi fondés sur cette hypothèse. Elle explique notamment l'efficacité d'une politique monétaire expansive (qui peut engendrer des effets réels du fait de la viscosité des prix qui n'absorbent pas entièrement et immédiatement la hausse de la quantité de monnaie)[3].

La rigidité nominale explique également l'existence de déséquilibres, notamment sur le marché du travail. C'est notamment l'idée derrière la théorie du déséquilibre : la faiblesse de la demande sur le marché des biens et une rigidité des prix à court terme engendre un ajustement par les quantités. Les actifs demandeurs d'emplois ne sont pas recrutés ce qui génère un chômage keynésien (« involontaire »)[7].

Plus généralement, la rigidité à la baisse des salaires est à l'origine de chômage, puisqu'elle empêche le marché du travail de retrouver son prix, et donc son niveau, d'équilibre.

Références

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  1. ↑ « Rigidités nominales, rigidités réelles », sur public.iutenligne.net (consulté le )
  2. ↑ « Rigidité », dans Alain Beitone, Antoine Cazorla, Estelle Hemdane et Samir Slimani, Dictionnaire de science économique (7è ed.), Paris, Dunod, , 704 p. (ISBN 2100793810, lire en ligne), p. 552-591
  3. 1 2 « La nouvelle économie keynésienne », dans Valérie Mignon, La Macroéconomie après Keynes, Paris, La Découverte, , 126 p. (ISBN 2707157759, lire en ligne), p. 72-101
  4. ↑ George A. Akerlof et Janet L. Yellen, « A Near-Rational Model of the Business Cycle, With Wage and Price Inertia », The Quarterly Journal of Economics, vol. 100,‎ , p. 823–838 (ISSN 0033-5533, DOI 10.2307/1882925, lire en ligne, consulté le )
  5. ↑ Costas Azariadis, « Implicit Contracts and Underemployment Equilibria », Journal of Political Economy, vol. 83, no 6,‎ , p. 1183–1202 (ISSN 0022-3808, lire en ligne, consulté le )
  6. ↑ Efficiency Wage Models of the Labor Market, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-31284-4, DOI 10.1017/CBO9780511559594, lire en ligne)
  7. ↑ « La théorie du déséquilibre », dans Valérie Mignon, La macroéconomie après Keynes, Paris, La Découverte, , 126 p. (ISBN 2707157759, lire en ligne), p. 62-71