Roger Tual
Roger Tual, né le à Couëron et mort le à Saint-Sébastien-sur-Loire, est un résistant, militant politique, artisan ébéniste-sculpteur et peintre français.
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Il est notamment l'un des piliers de la résistance ouvrière et trotskiste en Loire-Inférieure (actuelle Loire-Atlantique) durant la Seconde Guerre mondiale, ainsi que le dernier témoin et survivant du groupe clandestin lié au journal Le Front ouvrier.
Biographie
modifierJeunesse et premiers engagements
modifierFils d'un ouvrier de la fonderie de plomb Pontgibaud, Roger Tual grandit à Couëron dans un milieu ouvrier[1]. Il s'oriente vers le travail du bois et obtient son CAP de sculpteur à l'âge de 16 ans[2]. En 1935, il adhère aux Jeunesses socialistes de sa commune, dont il prend la direction locale l'année suivante, en pleine euphorie du Front populaire[1].
Marqué par les courants pacifistes, il s'en détache pour soutenir activement la République espagnole dès le déclenchement de la guerre d'Espagne en 1936. En raison de ses critiques envers la politique de non-intervention menée par Léon Blum, le groupe local des JS dont il fait partie est dissous par sa fédération. Roger Tual rejoint alors les Jeunesses socialistes ouvrières et paysannes (JSOP), la branche de jeunesse du PSOP de Marceau Pivert, ce qui lui permet de côtoyer des figures intellectuelles et politiques de la gauche révolutionnaire comme Daniel Guérin ou Yvan Craipeau[1].
Atteint d'une pleurésie durant sa jeunesse, il est exempté de service militaire en 1939. Juste avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, il officialise son adhésion aux comités pour la Quatrième Internationale, mouvement trotskiste[1].
Résistance clandestine (1940-1944)
modifierÀ la suite de la défaite de 1940 et de l'Occupation, la commune de Couëron devient une base de repli pour la direction nationale clandestine des comités de la Quatrième Internationale. Travaillant en étroite collaboration avec le jeune militant Robert Cruau, Roger Tual prend la tête de la cellule clandestine locale[1].
Au début de l'année 1941, il installe une imprimerie clandestine dans une pièce attenante au domicile de Gabriel Rincé, située au 8 rue Jules-Ferry à Couëron[1],[3]. Afin d'étouffer les bruits de la machine et de masquer la lumière, les ouvertures de la pièce sont obstruées par des matelas. C'est dans ce lieu qu'est imprimé clandestinement, entre juillet 1943 et l'été 1944, le journal clandestin Le Front ouvrier[1],[3]. Ce bulletin internationaliste et anti-nazi est tiré à plusieurs centaines d'exemplaires et diffusé auprès des travailleurs d'une quinzaine d'usines de Nantes et de la Basse-Loire.
Militant dans le mouvement sous le pseudonyme de « Denis », Roger Tual rédige plusieurs chroniques portant sur les conditions de travail dans les entreprises de la région. Suite à la publication d'un article signé Denis, il fut interrogé par la gendarmerie locale, qui ne parvint pas à l'identifier[1].
Le 5 octobre 1943, le groupe subit une lourde perte avec l'arrestation et l'exécution de Robert Cruau par la Gestapo à Brest où depuis avril 1943 et sous la responsabilité de Robert Cruau et du Rezéen Georges Berthomé, le Parti ouvrier Internationaliste (POI) developpait une activité de fraternisation en direction des soldats de la Wehrmacht pour y diffuser de la propagande antinazie[1]. Les arrestations touchèrent plusieurs dizaines de militantes et militants du Front Ouvrier dont plusieurs furent déportés.
Malgré ce coup dur, le groupe de Couëron maintient la publication du journal clandestin Le Front Ouvrier jusqu'à la Libération[1].
Parcours politique d'après-guerre
modifierA la Libération, dans un contexte de fortes tensions avec le Parti communiste français, Roger Tual choisit d'intégrer la SFIO pour mener son action au grand jour. En septembre 1945, il est élu conseiller municipal de Couëron sur la liste dirigée par Henri Normand[1]. Il choisit de démissionner de son mandat un an plus tard, jugeant l'action de la municipalité trop tiède.
Il reprend alors ouvertement son engagement sous la bannière du Parti communiste internationaliste (PCI). Lors des élections législatives de novembre 1946, il est placé en deuxième position sur la liste du PCI en Loire-Inférieure avec la mention « Responsable du Front ouvrier »[1]. Les scissions successives et les affrontements internes qui marquent le mouvement trotskiste lors du 4e congrès national du PCI en 1947 l'amènent à s'éloigner du parti à l'âge de 30 ans[1].
En 1953, Roger Tual est à l’initiative de l’association Les amis de la Nature, avec notamment son ami Paul Etrillard ancien du Front Ouvrier et du PCI. En 1970, l’association est officiellement déclarée avec Roger Tual comme premier président. Sous son égide, l’association est très active dans les mobilisations contre l’envoi des jeunes appelés en Algérie[4].
Côté politique, Roger Tual rejoint l’Union de la Gauche Socialiste (UGS) à sa fondation en 1957 (il y retrouve Yvan CRAIPEAU). Il est élu secrétaire adjoint de la section de Couëron qui compte 14 adhérents (le secrétaire de section étant Raymond Le Rauzie, le trésorier est Pierre Jalais. Raymond Viaud siégeant au bureau fédéral[4])
En avril 1960, à la fondation du PSU auquel participe l'UGS, Roger Tual participe à la section PSU de Couëron - 12 adhérent·e·s en 1966 avec Raymond Viaud comme secrétaire. Il est candidat du PSU aux élections municipales de Couëron en 1964, 1965 et 1971. En 1971, la liste Union populaire conduite par le PSU conduite par Raymond Viaud et Pierre Leneveu, un autre ancien du Front Ouvrier, obtient 14,8% des suffrages, plaçant la liste PSU juste derrière la liste communiste, 17,1% et devant la liste SFIO. Au second tour, Roger Tual est élu conseiller municipal sur la liste de rassemblement de la gauche conduite par le socialiste Claude Gilardin. Il y reste trois années avant de démissionner, en mars 1974, avec 5 autres élus PSU. Quelques années plus tard, il explique qu’il s’y ennuie. Roger Tual n’a en réalité aucune appétence pour le pouvoir quel qu’il fut[4]
Ses archives personnelles ainsi que des documents liés à ses activités militantes et de résistance sont aujourd'hui conservés au Centre d'histoire du travail de Nantes[5].
Artisanat, art et engagement associatif
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En 1945, il quitte son emploi d'ouvrier métallurgiste à la fonderie Pontgibaud-Tréfimétaux, où il travaillait depuis 1937, pour fonder son propre atelier d'artisan ébéniste et sculpteur sur bois, métier qu'il exerce pendant quarante ans[1],[2].
Très investi dans la vie culturelle et l'éducation populaire, il cofonde en 1958 le Groupe artistique Léon-Moinard (GALM) à Couëron, une association culturelle dont il assume la présidence pendant trente ans, jusqu'en 1988[6]. En tant que sculpteur, il conçoit et réalise notamment la structure en bois symbolisant la Statue des Droits de l'homme et du citoyen, insérée dans un arbre sur un rond-point à l'entrée de sa commune[2].
En 1971, il devient le premier président de l’association des Amis de la Nature, section de Couëron[7].
À l'âge de 90 ans, il commence à pratiquer activement la peinture, en se passionnant pour l'œuvre du peintre naturaliste franco-américain Jean-Jacques Audubon[8]. Il peint une trentaine de toiles représentant des oiseaux en s'inspirant des planches d'Audubon. En juin 2014, alors âgé de 96 ans, il fait don de dix de ses tableaux à la municipalité de Couëron[8].
Fin de vie et mémoire
modifierRoger Tual reste un acteur engagé au niveau local jusqu'à la fin de sa vie, participant notamment en 1995 à la fondation du Conseil des sages de Couëron, instance consultative dont il reste membre actif[2]. Il meurt le 29 mars 2015 à l'âge de 96 ans[9]. il était le dernier survivant et témoin direct du groupe résistant du Front ouvrier[9],[10].
Sources
modifierPlusieurs sources existent concernant Roger Tual[1], dont :
Sources papier
modifier- Roger TUAL : Pour mémoire (ce témoignage, non daté, mais rédigé à la fin de sa vie, a été remis par Roger à ses enfants et petits-enfants)
- Couëron, bulletin officiel municipal n°2, 1968
- Entretien avec Roger Tual, Etude historique et ethnologique des « petits ports » de l’estuaire de la Loire Ethnopole ESTUARIUM, novembre 2005
- Famille GARCIA VIELBA, note de Carlos Fernandez
- Un été 44, chronique de la Libération de Couëron, publication Ville de Couëron- https://www.calameo.com/read/0011886607d2e603f2036
- Couëron Magazine, juillet-août 2015
- Couëron Histoire & Patrimoine, revue n°8, décembre 2014
- Ouest-France, 2013, 2014, 2015
- Entretien avec Rodolphe Prager et François Préneau
- Raymond BRIANT, Histoire de Couëron
- CHT Nantes, archives du PSU
- Yvan CRAIPEAU, Contre vents et marées
- Pierre JOURDAIN et Jacques COTTIN, Tréfimétaux à Couëron
- Robert HIRSCH, Henri LE DEM, François PRENEAU, Résistance antinazie, ouvrière et internationaliste. De Nantes à Brest, les trotskystes dans la guerre (1939-1945). Editions Syllepse.
Vidéo
modifier- Roger TUAL Artiste, Resistant et Couëronnais, battle-it, 4 avr. 2015[11]
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 François Préneau, « Roger TUAL (1918 – 2015) », sur Mediapart, (consulté le )
- 1 2 3 4 « Roger Tual, 97 ans, la sagesse de la Loire », Ouest-France, 5 mars 2015.
- 1 2 « Histoire des Petits Ports : L'imprimerie clandestine de la rue Jules Ferry », petits.ports.free.fr (Document PDF/Archives locales).
- 1 2 3 François Préneau, « Roger TUAL (1918 – 2015) », sur Mediapart, (consulté le )
- ↑ « Archives de Roger Tual (1918-2015) », FranceArchives / Centre d'histoire du travail de Nantes.
- ↑ « Décès de Roger Tual, premier président de notre association », Amicale Laïque de Couëron, 31 mars 2015.
- ↑ ancoueron, « Décès de Roger Tual, premier président de notre association. », sur Amis de la Nature - Section de Couëron, (consulté le )
- 1 2 « Peinture : Roger Tual lègue des toiles à la Ville », Ouest-France, 28 juin 2014.
- 1 2 « Dernier d'un groupe résistant, Roger Tual est décédé », Ouest-France, 1er avril 2015.
- ↑ « Dernier survivant d'un groupe résistant, disparition de Roger Tual », Ouest-France, 30 mars 2015.
- ↑ [vidéo] « Roger TUAL Artiste, Resistant et Couëronnais », battle-it, , 3:9 min (consulté le )