Route solaire en France
Cet article concerne les routes solaires en France.
Solutions techniques proposées
modifierColas, filiale de travaux routiers de Bouygues, a conçu un revêtement pour routes et parkings incluant des cellules photovoltaïques. Selon le PDG de Colas, Hervé Le Bouc, en couvrir 2,5 % des surfaces routières assurerait 10 % des besoins en électricité de la France. Ce revêtement, composé de cellules photovoltaïques collées à la route existante et recouvertes d'un substrat de résines supportant la circulation des véhicules, y compris les poids lourds, sera vendu sous la marque « Wattway » à compter de , au terme de cinq ans de recherche avec l'Institut national de l'énergie solaire (Ines). Il peut alimenter l'éclairage public, des affichages lumineux, des abribus ou des feux rouges en zone urbaine, ou des habitations ou entreprises en zones peu peuplées. Wattway peut aussi recharger des véhicules électriques par induction : 100 m2 fournissent l'énergie pour rouler 100 000 km par an, selon l'INES. Colas affirme que le prix sera le même que celui des fermes solaires[1].
Les partenaires du projet Wattway sont la filiale « routes » de Bouygues, Colas, et le CEA Tech[2]. Le PDG de Colas, le dans Les Échos : « Si on recouvrait un quart des routes, on assurerait l’indépendance énergétique de la France (…) Nous serons au même prix qu’une ferme solaire, de manière à constituer une alternative à ce mode de production d’électricité photovoltaïque ». Il estimait donc cette technologie capable en France de remplacer les centrales nucléaires. De son côté l'INES (CEA) publiait un communiqué évoquant à plusieurs reprises une « prouesse », affirmant que la route solaire était quasi aboutie, qu'elle n'était plus au stade de prototype. Le , le site web du magazine Science et Vie publie un message totalement opposé a celui du PDG de Colas : « on ne remplacera jamais une centrale nucléaire par des routes solaires[3]. »
Les panneaux photovoltaïques sont protégés par une résine protectrice sur la chaussée particulièrement résistante mais coûteuse, montant le coût d'investissement de l'expérimentation normande à cinq millions d'euros, ceci sans compter le coût du raccordement au réseau électrique qui a été offert par Enedis[4],[5].
Applications et projets réalisés
modifierAprès des expérimentations sur quatre sites pilotes[2], un tronçon de route solaire d'un kilomètre (2 800 m2) est ouvert le à Tourouvre au Perche dans l'Orne, subventionné par l'État à hauteur de 5 millions d'euros. Il suscite de nombreuses critiques : « il s'agit sans doute d'une prouesse technique, mais, pour développer les renouvelables, il y a d'autres priorités qu'un gadget dont on est certain qu'il est très cher sans être sûr qu'il marche », pense Marc Jedliczka, vice-président du Réseau pour la transition énergétique (CLER) ; le prix du watt-crête raccordé se monte alors à 17 euros contre seulement 1,30 euro pour le photovoltaïque posé en grande toiture, et moins de 1 euro pour les installations au sol[4]. Cette section de route normande est empruntée par deux mille véhicules quotidiennement. Elle est pavée de 2 800 m2 de dalles « made in France »[2], avec une puissance de 120 watts par mètre carré, soit environ deux fois moins que le solaire standard.
Pour Olivier Appert, délégué général de l'Académie des Technologies et ex-président du comité français du conseil mondial de l'énergie, le concept de route solaire est « énergétiquement et économiquement absurde[6] ». L'ingénieur australien Dave Jones publie une série de vidéos démontrant par A+B pourquoi ce projet est selon-lui « incroyablement stupide[7] ». En 2018, la production est un tiers inférieure à celle de 2017, cette dernière ayant déjà été deux fois plus faible que prévu[8]. Selon le Conseil Départemental de l'Orne elle a été en travaux tout au long de l'année 2018[réf. nécessaire].
Un mur en béton, jugé peu esthétique par les élus normands, a été placé tout au long du kilomètre de route solaire pour cacher divers matériel électrique (onduleurs etc.). Il est prévu de consommer 44 000 € additionnels (dont 60 % d'argent public) pour tenter de camoufler ce mur avec une fresque street-art. Des personnalités emblématiques, peut-être Ségolène Royal, y seront dessinées a rapporté le journal Ouest-France[9] le . Pour Michael Liebreich, le fondateur de l'agence BNEF (Bloomberg New Energy Finance), l'aspect excentrique du solaire routier risque d'être dommageable à l'image de l'industrie photovoltaïque dans son ensemble[10].
Le projet est critiqué en raison d'une incertitude sur le rendement énergétique et le coût est considéré comme élevé[4]. La production observée durant l'année 2017 a été de 150 MWh, ce qui est deux fois moins que ce qui était prévu. 340 kW d'énergie solaire en toiture permettent de produire 350 000 kWh par an avec un facteur de capacité de 12 % en Normandie. Si les panneaux sont posés à plat, la production théorique est alors de 285 000 kWh par an dans la même région selon l'outil de calcul du NREL américain. Les 150 000 kWh produits concrètement par la route solaire normande posent donc sérieusement problème. Ils correspondent à seulement 53 % des 285 000 kWh théoriques. Pour le président du Syndicat des énergies renouvelables se pose la question de la possibilité de réduction des coûts[11]. Sur les 17 € le module Wattway représente 6 € (la résine qui protège les cellules photovoltaïques de l'écrasement coûte cher), le reste (11 €) porte sur le BoS (Balance of System). Le coût de la main d’œuvre pour la pose (qui est complexe en milieu routier) semble particulièrement élevé et la colle coûte cher.
Il existe aussi une réserve au sujet de la résistance dans la durée au passage des poids lourds et aux intempéries[12]. La route solaire vendéenne de Bellevigny, où le trafic automobile est pourtant très inférieur à celui d'une autoroute, a duré 18 mois. Elle a dû être retirée. Une centrale solaire standard dure 30 ans, soit 20 fois plus longtemps.
Le président de l'association négaWatt qualifie ce projet de « miroir aux alouettes[13] » et EELV-Ardèche a pris publiquement position contre ce concept le qualifiant de « greenwashing[14] ».
Le scientifique écossais Ryan Dylan remarque que la route solaire normande a coûté dix fois plus cher que le solaire standard, et ceci pour produire trois fois moins, d'où un facteur 30 de différence[15], ce qu'ont confirmé les médias américains GreentechMedia[16], Treehugger[17] et ExtremeTech[18], ainsi que le média économique allemand Handelsblatt[19]. La candidate du green parti (parti vert) américain a commenté ces résultats, tout comme le journaliste scientifique Nick Ellis du média O Meio Bit, l'un des médias techniques les plus importants du Brésil : « Ségolène Royal a commis une lourde erreur »[20]. Pour le média tchèque Hospodářské noviny, « les routes solaires sont déjà en France et aux États-Unis. Cependant, les premières données montrent qu'elles sont inefficaces »[21] tandis que le média bulgare Nauka estime qu'elles sont « trop inefficaces »[22].
Selon le média Construction Cayola,
« d’un point de vue environnemental, elles sont également questionnées. Le manque d’éléments communiqués interroge notamment sur la quantité d’énergie requise pour produire ce type de technologie (…) le bilan écologique global n’a pas été dévoilé concernant les composants de la solution (résine, colle, etc.). Quelle quantité d’énergie est nécessaire à leur production ? Sont-ils polluants ? »[23],[24]
« Mais quel joli gadget! » s'est exclamé le journaliste Olivier Razemon dans un article publié le par Le Monde et intitulé « Route solaire, aérotrain, Autolib’, etc. Voyage au cimetière des innovations ratées ». Pour ce spécialiste des transports, « Une aventure non aboutie demeure bien sûr une expérience enrichissante pour celui qui la mène. Elle laisse aussi derrière elle, des dégâts ou des traces, sous forme de factures impayées, de subventions inutiles, d’objets encombrants ou d’infrastructures abandonnées »
La route solaire normande (1 000 mètres de long) est hors d'usage après moins de deux ans et demi de service. La totalité des panneaux solaires va être retirée avant [25],[26]. Dans les faits, seuls 300 mètres de panneaux ont été retirés. Début , la route solaire est toujours en expérimentation[27]. La route solaire aura donc produit « beaucoup moins que prévu[28],[29] ». Pour le média Contrepoints, « cette pénible aventure illustre à elle seule plusieurs maux que le peuple français subit régulièrement sans trop grogner : idiotie d’une idée initiale, sa récupération pour des raisons purement médiatiques par des politiciens aussi incompétents qu’avides d’exposition facile, capitalisme de connivence qui permet à certaines entreprises bien en cour de bénéficier d’une publicité gratuite[30] ».
Faute de résultat probant pour le test de la route solaire à Tourouvre, Colas négocie la prolongation de l'essai pendant deux ans. En parallèle, il lance la commercialisation du « Wattway pack » pour des surfaces plus modestes (3 à 12 mètres carrés) afin d'alimenter de petits équipements non raccordables au réseau : alimentation de bornes de recharge de vélos ou trottinettes électriques, de caméras de surveillance ou d'abribus éclairés[31].
Le Département de la Seine-Saint-Denis considère quant à lui que l’usure des dalles de la piste cyclable, installées sur le site pilote du Canal de L’Ourcq, ne peut pas être comparée à celle de la route de Tourouvre, puisque seuls des cyclistes et des piétons sont amenés à l’emprunter. La piste ne souffrira effectivement pas du poids des voitures et des camions[32].
Fiasco normand
modifierSelon le journaliste Igor Bonnet du quotidien Le Monde (), « la plus grande route solaire du monde » est « un fiasco »[33]:
- une centaine de mètres était trop dégradée pour être remise en état
- certains joints sont abîmés, certains panneaux se décollent, des débris ont usé par endroit la résine protégeant les panneaux photovoltaïques,
- la dégradation des feuilles d'arbre opacifient les cellules photovoltaïques,
- le bruit de la route a conduit à abaisser la vitesse de ce tronçon à 70 km/h[33],[34].
« Un kilomètre devait produire l'équivalent de 790 kWh. La moitié seulement a été produite la première année, le quart l'année suivante, un huitième encore l'année d'après... Pourquoi ? » interroge France-inter le , ajoutant que « le projet fonctionnerait bien si des voitures ne roulaient pas dessus[35]. »
« Les recettes de vente de l’électricité produite par la route devaient nous rapporter 10 500 euros par an. En 2017, nous avons perçu 4 550 euros. En 2018, 3 100 euros, et pour le premier trimestre 2019, nous en sommes à 1 450 euros » a énuméré Gilles Morvan, directeur général des services du conseil départemental de l'Orne, a rapporté le média France soir le [36]. Pour L'Express, s'il s'agit d'un « gros flop »[37] tandis que Capital estime que ce projet « a viré à la catastrophe »[38],[39]. Pour le média 20Minutes.fr, il s'agit d'un « fiasco technologique »[40],[41]. Pour le Journal du Geek, l'échec est « cuisant[42] ».
La constatation d'échec est rapporté par l'ensemble de la presse[43],[44],[45],[46].
En mai 2024, sept ans après leur installation, les panneaux photovoltaïques sont retirés. Le projet d’un coût de 5 millions d’euros est présenté par Le Figaro comme étant caractéristique de « projets inutiles ou mal dimensionnés »[47].
Amendement sénatorial
modifierLe , un amendement relatif à la route solaire a été accepté par le Sénat.
« Cet amendement propose de compléter la liste des actions éligibles aux CEE dans le domaine des transports telle qu'établie à l'article 25 bis, en l'étendant à la mise en œuvre de solutions de mobilité innovantes comme les routes solaires. Cette technologie, actuellement en cours d'expérimentation, qui permet d'alimenter des petits équipements tel que l'éclairage public ou la signalisation routière, apporte des perspectives intéressantes, notamment aux Collectivités territoriales, bien que son coût soit encore élevé et son rendement limité. »
Dans un article intitulé « Le Sénat fan de la route solaire[48] » et publié le le média Journal de l'Environnement a souligné, non sans ironie, qu'« une fois n’est pas coutume, la Chambre haute du Parlement veut soutenir l’énergie solaire. Jeudi 28 mars, une majorité des sénateurs présents ont adopté un curieux amendement au projet de loi sur les mobilités ». Le média Reporterre a, de son côté, titré le : « Les économies d’énergie détournées pour financer d’inutiles routes solaires[49] ». Pour Connaissance des énergies, « la route solaire plaît à certains élus car elle est visible »[50].
Notes et références
modifier- Cet article est partiellement ou en totalité issu de l'article intitulé « Route solaire » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Quand la route devient centrale photovoltaïque, une première mondiale française, Les Échos, 14 octobre 2015.
- 1 2 3 Timothée Vilars, « Première route solaire en France : un immense pari », sur nouvelobs.com, Le Nouvel Obs, (consulté le ).
- ↑ Science-et-vie.com, « Route solaire : voie royale ou cul-de-sac ? », Science-et-vie.com, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 Pierre Le Hir, « En Normandie, une route solaire au banc d’essai », sur lemonde.fr, (consulté le ).
- ↑ Esther Paolini, « Le premier kilomètre de route solaire au monde inauguré en Normandie », sur lefigaro.fr, (consulté le ).
- ↑ Olivier Daniélo, « Route solaire : le grand gaspillage », Reporterre, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ [vidéo] « EEVblog # 1047 - Les Routes Solaires ENFIN réfutées! (Colas Wattway) », sur YouTube
- ↑ « Fiche installation - BDPV », sur www.bdpv.fr (consulté le )
- ↑ Tourouvre-au-Perche. Une fresque street art longera la route solaire, ouest-france.fr, 14 novembre 2018
- ↑ (en) « France's solar road : International solar experts give their analysis | Energy », sur stanford.edu via Internet Archive (consulté le )
- ↑ Non trouvé le 9 janvier 2018, sur le site lequotidien.re
- ↑ Victor Garcia et AFP, « La première route solaire du monde inaugurée en France », sur lexpress.fr, L'Express, (consulté le ).
- ↑ « Route solaire : Ségolène Royal a tout faux », Reporterre, le quotidien de l 'écologie, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Projet de route solaire : EELV dénonce un « greenwashing à l’ardéchoise » », Le Dauphiné libéré, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Dylan Ryan, « Solar panels replaced tarmac on a road -- here are the results », The Conversation, 21 septembre 2018, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Jeff St. John, « Solar Roadways Prove Expensive and Inefficient », greentechmedia.com, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Lloyd Alter, « Solar road in France generates half the power expected », TreeHugger, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en-US) « Solar Roads Officially Suck - ExtremeTech », ExtremeTech, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (de) Werner Pluta, « Solarmodule als Straßenbelag: Strom aus der Straße ist noch kein Erfolgsmodell », Handelsblatt, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (pt-BR) « O problema das autoestradas solares - Meio Bit », Meio Bit, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (cs) David Busta, « Solární silnice leží už ve Francii i USA. První data ale ukazují, že jsou neefektivní » [« Les routes solaires sont déjà en France et aux États-Unis. Cependant, les premières données montrent qu'elles sont inefficaces »]
, sur ihned.cz, Hospodářské noviny, . - ↑ (bg) « Соларните пътища са твърде неефективни » [« Les routes solaires sont trop inefficaces »], offnews.bg, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Charlotte Divet, « Le solaire tient-il vraiment la route ? », sur www.constructioncayola.com, (consulté le ).
- ↑ « Environnement Magazine - Actualités », sur environnement-magazine.fr (consulté le )
- ↑ Normandie. Trois ans après son inauguration, la route solaire de Tourouvre va être refaite, Ouest-France, 22 mai 2019.]
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- ↑ Sacha Dubesset, « (…) La route solaire (…), une idée pas si lumineuse », sur actu.fr, (consulté le ).
- ↑ Sébastien Gavois, « La route solaire de WattWay (dans l'Orne) produit beaucoup moins que prévu », sur www.nextinpact.com, (consulté le ).
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- ↑ L'essentiel, « La route solaire est un fiasco technologique »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), sur L'essentiel (consulté le ).
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- ↑ AFP, « France: la «première route solaire du monde» est un échec », sur Le Journal de Montréal (consulté le )
- ↑ « Bruyante, non rentable et abîmée, la route solaire de l'Orne est un échec », sur Sciences et Avenir (consulté le )
- ↑ Pierre-Loeiz Thomas, «On savait que ça ne fonctionnerait pas» : la sombre histoire de la route solaire de Ségolène Royal à 5 millions d’euros, lefigaro.fr, 2 novembre 2024
- ↑ « Le Sénat fan de la route solaire - Journal de l'environnement », sur journaldelenvironnement.net (consulté le )
- ↑ Moduloo.net, « Les économies d'énergie détournées pour financer d'inutiles routes solaires », sur Reporterre, le quotidien de l'écologie (consulté le )
- ↑ « Route solaire : arrêtons de dépenser sans compter au nom de la transition », sur Connaissance des Énergies, (consulté le )
