Réduit breton

projet politique et militaire de défense lors de la bataille de France

Le réduit breton est un projet politique et militaire durant la bataille de France, sur le territoire de la Bretagne. Ce projet de concentration des forces combattantes et du gouvernement de la France en Bretagne a pour objectif d'être un dernier retranchement et de faciliter une éventuelle fuite par la mer.

Étudié dans l'urgence entre les 12 et , le dispositif commence à être mis en place par quelques réquisitions. Souffrant de nombreuses lacunes liées à la guerre, il est définitivement abandonné par la signature de l'armistice le .

Contexte

modifier

Le 14 juin, les armées allemandes atteignent Paris déclarée ville ouverte[1].

L'idée

modifier
Plaque commémorant le passage de Charles de Gaulle le dans l’hôtel de Boisgeffroi, 10 et 12 rue de Corbin à Rennes.

Tandis que le régime s’effondre dans la nuit du 11 au 12 juin 1940, sous la présidence d’Albert Le Brun, Paul Reynaud, chef du gouvernement, pense que Quimper pourrait faire une capitale. La préfecture possède des atouts pour installer son gouvernement, la proximité maritime n’étant pas le moindre en cas de repli stratégique. Le président du Conseil pense pouvoir organiser la résistance face à l’ennemi à partir de ce « bout du monde »[2].

Les buts sont :

  1. Retarder les Allemands.
  2. Permettre au gouvernement et à un maximum de troupes de partir en Angleterre pour ne pas être faits prisonniers.
  3. Ultérieurement rejoindre l’Afrique du Nord pour y poursuivre la guerre[3].

Cette portion du territoire comprend plusieurs ports importants : Brest, un des plus grands ports militaires, ainsi que Saint-Malo et Lorient[2].

L'étude de cette option, jugée irréaliste par Maxime Weygand et Philippe Pétain mais ayant les faveurs de Winston Churchill, est confiée à Charles de Gaulle, sous-secrétaire d'État à la Guerre et à André Borie, président du syndicat national des entrepreneurs de travaux publics[4]. De Gaulle se rend les 12 et à Rennes, à l'hôtel de Boisgeoffroi, pour en étudier la mise en place[5]. Celui-ci voit dans le réduit breton l'occasion de « disparaître en beauté, comme la Finlande »[6].

La mise en place de la ligne de défense signifierait un travail colossal, avec le creusement de fossés défensifs et la réalisation d'ouvrages défensifs sur 180 kilomètres, qui nécessiteraient quelques mois de travaux et une estimation à 200 000 hommes pour être effectifs[4].

D'autres facteurs font que le réduit breton ne se fait pas : la rapide avancée des Allemands[5], la désorganisation des troupes, l'afflux de réfugiés (estimés à 1,2 million en Bretagne[7]), plusieurs bombardements et l'absence de défenses naturelles[7].

Le , le général De Gaulle se trouve à Rennes pour étudier la mise sur pied du « réduit breton »[8].

Or l'armistice, envisagé par certains membres du gouvernement dès le [7], est signé quelques jours plus tard.

Aménagements envisagés

modifier

Ligne de défense

modifier

La ligne de défense envisagée passe par le Couesnon au nord, puis les villes de Saint-Aubin-du-Cormier, Châteaubourg, Janzé, Bain-de-Bretagne et Redon pour se terminer au sud par le cours de la Vilaine[5].

Une seconde ligne de défense est envisagée[4].

La défense du réduit est confiée au général Robert Altmayer[9]. La défense serait effectuée par des soldats français, anglais et polonais[9].

Quimper comme capitale provisoire

modifier

Quimper deviendrait la capitale provisoire. Des réquisitions d'habitations et de lieux y sont d'ailleurs effectuées par le préfet Alexandre Angeli[2] afin d'héberger le gouvernement[5].

Lieux utilisés par le gouvernement[2]
Lieu Organe gouvernemental
Préfecture Présidence du Conseil
Théâtre Sénat
Cinéma Odet-Palace Chambre des députés
Hôtel l'Épée Ministère des Affaires étrangères

Gwenn-Aël Bolloré témoigne que la villa qu'il habite est réquisitionnée pour loger la présidence de la République[5].

Références

modifier
  1. ↑ « Les parisiens dans l'exode | Paris Musées », sur www.parismusees.paris.fr, (consulté le )
  2. 1 2 3 4 « Finistère. En juin 1940, de Gaulle quitte le « réduit breton » », Ouest-France,‎ (lire en ligne)
  3. ↑ « 29 mai - 20 juin 1940 - Les espoirs déçus du « réduit breton » - Herodote.net », sur www.herodote.net (consulté le )
  4. 1 2 3 Henri Amouroux, Le peuple du désastre, Robert Laffont, Paris, 1976, p. 444.
  5. 1 2 3 4 5 « De Gaulle et l'espoir d'un « réduit breton » », Ouest-France,‎ (lire en ligne)
  6. ↑ Étienne Maignen, Rennes pendant la guerre, chroniques de 1939 à 1945, Rennes, Éditions Ouest-France, , 245 p. (ISBN 978-2-7373-6173-9), p. 23 & 24
  7. 1 2 3 « L'hypothétique «réduit breton» », sur Le Telegramme, (consulté le )
  8. ↑ « L'hypothétique «réduit breton» », sur Le Télégramme, (consulté le )
  9. 1 2 Erwan Le Gall, « Pour une culture de la guerre de 1940 », sur Ar Brezel (consulté le )

Voir aussi

modifier

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie

modifier