Collectif des familles de disparu(e)s en Algérie
Le Collectif des familles de disparu(e)s en Algérie[a] (CFDA) est une association française créée en par des familles algériennes à la recherche de leurs proches enlevés dans le contexte de « la décennie noire » — les années pendant lesquelles les groupes islamistes armés et les agents des services de sécurité de l’État qui s'affrontaient ont eu recours à l'arme des disparitions forcées. Nassera Dutour, mère d'Amine Amrouche, jeune homme de 21 ans disparu en dans la banlieue d’Alger, s'allie à des familles qui vivent un drame similaire et donne une impulsion décisive à ce collectif[4].
| Fondation |
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CFDA |
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Association déclarée |
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Autres organisations fonctionnant par adhésion volontaire (France) |
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| OpenCorporates |
Près de 10 000 personnes ont été kidnappées par des groupes armés islamistes ou arrêtées par des agents des forces de sécurité de l’État pendant la guerre civile[7].
Contexte
modifierConflit des années
modifierSelon Soraya Larbi, les groupes islamistes armés et les agents des services de sécurité de l’État « usent des mêmes techniques visant à susciter la terreur », dès , au cours de leur affrontement[4]. La décennie noire commence peu après l’annulation du second tour des élections législatives dont le premier tour avait permis la victoire du Front islamique du salut[4].
Cette période est marquée par des assassinats d’intellectuels, d'artistes, de militants des droits de l’homme, mais aussi par des kidnappings de civils, principalement des jeunes hommes de 20 à 35 ans[4].
Sort des disparus
modifierCertains jeunes hommes enlevés sont placés dans des camps d’internement du Sud algérien, où la pratique de la torture est courante[4]. Les camps sont fermés en , les prisonniers sont transférés dans d'autres lieux inconnus[4]. Les dépouilles de ceux qui ont péri sous la torture n’ont pas été rendues aux familles[4].
Formation du collectif
modifierLe collectif fait partie d'un ensemble d'associations qui voient le jour dans durant les années pour demander à l’État algérien des informations, en prenant appui sur les institutions internationales[4]. C'est le cas par exemple de l’association Somoud (« Fermeté ») créée en , en de l’association Djazaïrouna (« Notre Algérie »), et en de l’Association nationale des familles de disparus (ANFD), présidée par Lila Ighil[4]. Ces associations veulent « briser le tabou qui pesait sur les disparitions forcées, en permettre la médiatisation ; leurs revendications sont relayées par Algeria-Watch, association de défense des droits humains créée en Allemagne, qui s’est constituée en association en France en »[4].
Les familles membres du Collectif des familles de disparu(e)s en Algérie sont en contact étroit avec Amnesty International, Human Rights Watch, la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme, la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme (LADDH) de Maître Ali Yahia Abdennour et la Ligue des droits de l’homme[4]. Elles sont également en lien avec le Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires de l’ONU[4].
Actions du Collectif
modifierDès les familles du Collectif se retrouvent à Alger devant le siège de l’Observatoire national des droits de l’homme (ONDH), et brandissent les portraits de leurs proches disparus, comme l'ont fait en Argentine les Mères de la place de Mai qui se rassemblent régulièrement devant la Casa Rosada à Buenos Aires depuis [4]. Elles manifestent régulièrement en Algérie[8].
Mary Lawlor, Rapporteure spéciale sur les défenseurs des droits de l’homme de l'Organisation des Nations unies, indique en que le Collectif a été empêché en 2024, à plusieurs reprises, d’organiser des événements car de nombreux policiers ceinturaient le bureau de l’association à Alger. Des adhérents du collectif, dont des mères de personnes disparues, auraient été maltraités et obligés de quitter les lieux à ces occasions[9],[10].
SOS Disparus
modifierL’association dispose dès d'antennes à Alger, Oran et Constantine sous le nom de « SOS Disparus ». Ses statuts ont été déposés à la préfecture de police de Paris[1] la même année par Nassera Dutour[4].
L’association a établi la disparition de 8 000 personnes, chaque dossier étant documenté avec précision. Pour mémoire la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme donne pour sa part un chiffre de 20 000 individus[11].
À partir de 2024, les autorités algériennes intensifient la répression contre SOS Disparus en particulier en l'empêchant d’organiser des événements dans ses propres locaux. En , le site Internet de l’organisation devient inaccessible à partir de l’Algérie. En , la police refuse à Nassera Dutour l'entrée en Algérie[12]. En , l'antenne du collectif à Alger fait l'objet d'une fermeture administrative au motif que l’organisation n’aurait pas été enregistrée[12],[13].
Pour Nassera Dutour et les membres de l'association, la fermeture des locaux de SOS Disparus ne met pas un terme au travail déjà effectué : « Les dossiers sont dans une base de données qu’on ne peut pas détruire. Nous avons préparé la relève »[11].
Slimane Hamitouche, coordinateur de l’association, est arrêté le 8 avril 2026 lors du rassemblement hebdomadaire des familles de disparus ; il est condamné le lendemain à une peine de six mois de prison ferme, sans mandat de dépôt, pour « attroupement non armé »[14].
TPP et ONU
modifierEn , Nassera Dutour présente au Tribunal permanent des peuples présidé par Salvatore Senese (it) un dossier sur les disparitions forcées au sein d'un rapport sur « les violations des droits de l’Homme en Algérie (-) »[4]. En , « le Conseil des Droits de l’Homme (CDH) de l’ONU condamne l’Algérie pour deux disparitions forcées imputables aux agents des services de sécurité de l’État, à savoir celles de Salah Saker (enseignant, disparu à Constantine en ) et de Riad Boucherf (fabricant de chaussures à Alger, disparu en ) à la suite de plaintes déposées trois années plus tôt par le CFDA »[4]. Toutefois, l'impunité se perpétue : d'une part la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées censée entrer en vigueur en , n’est pas ratifiée ; d'autre part, dans la Charte pour la paix et la réconciliation nationale adoptée le par référendum, les disparitions « ne sont pas qualifiées de “forcées” » ; enfin, de nombreux auteurs d'enlèvements durant la guerre civile algérienne sont amnistiés[4].
Radio
modifierLe collectif lance La Radio des sans voix, webradio lancée en 2016, censurée en Algérie deux semaines après son lancement[15]. La webradio change d'identité visuelle et de nom de domaine en de radiodessansvoix.org à laradiodessansvoix.org en gardant le même contenu et elle est accessible en Algérie[16].
Journées contre l'oubli
modifierParmi les actions du Collectif figurent aussi le lancement en des « Journées contre l’oubli », « une semaine de projections, de rencontres et de débats pour dire non au « déni de la vérité et de la Justice » à l’occasion du 12e anniversaire de la Charte de la réconciliation nationale ».
Comme les autres associations qui luttent pour la même cause, le Collectif des familles de disparu(e)s en Algérie est entravé dans son action par la loi de sur les associations[4]. Les familles de disparus jouent par la suite un rôle important dans le Hirak, mouvement qui débute en [4].
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ La graphie « Collectif des familles de disparu(e)s en Algérie », avec écriture inclusive, est utilisée dans les déclarations publiées au Journal officiel[1],[2], dans le RNA[3], ainsi que dans les sources académiques consultées[4],[5].
La graphie « Collectif des Familles de Disparus en Algérie », sans écriture inclusive et avec des majuscules, est utilisée dans le logo actuel de l'association.
La graphie « Collectif [des] familles de disparus [en] Algérie [sic] » est utilisée dans le SIRENE[6].
Le site web de l'association, ainsi que les sources de presse, utilisent des graphies avec ou sans écriture inclusive.
Références
modifier- 1 2 Annonce no 1991 du , JOAFE, no 27, , p. 3008.
- ↑ Annonce no 1623 du , JOAFE, no 22, , p. 2646.
- ↑ « Collectif des familles de disparu(e)s en Algérie », sur data-asso.fr, d'après le RNA du ministère de l'Intérieur ; voir aussi « Répertoire National des Associations », sur data.gouv.fr, « Fichier RNA Waldec du 01 Décembre 2023 » (rna_waldec_20231207.zip), rna_waldec_20231207_dept_75.zip, ligne 22331.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 Soraya Laribi, « Les mobilisations des associations de familles et proches des disparus de la décennie noire en Algérie », Confluences Méditerranée, no 114 « Jeux de pouvoirs au Maghreb », , p. 177–188 (ISBN 978-2-343-21576-1, DOI 10.3917/come.114.0177, lire en ligne).
- ↑ Bizimana 2020.
- ↑ « Collectif familles de disparus Algérie », sur annuaire-entreprises.data.gouv.fr, Etalab, d'après le SIRENE de l'INSEE.
- ↑ Frantz Vaillant, « Algérie : la radio de Nacéra Dutour fait parler les disparus », TV5 Monde, (consulté le ).
- ↑ Idir Tazerout, « Empêchées de marcher à Alger : Les familles des disparus ne désespèrent pas », L'Expression, .
- ↑ « Algérie : la poursuite de la criminalisation des défenseurs des droits humains consterne une experte de l'ONU », sur ONU, (consulté le ) : « L’Algérie continue à restreindre et harceler les défenseurs des droits humains pour leurs activités pacifiques, a fustigé jeudi l’experte indépendante de l'ONU sur la situation des défenseurs des droits humains. ».
- ↑ « Une experte de l'ONU « profondément déçue » du traitement des défenseurs des droits », sur L'Orient Le Jour, (consulté le ).
- 1 2 Hamid Nasri, « A Alger, les autorités ferment une association enquêtant sur les disparus de la « décennie noire » », Le Monde, .
- 1 2 « Algérie. Les autorités doivent immédiatement annuler la fermeture de SOS Disparus et respecter les demandes de la société civile en faveur de la vérité et la justice », Amnesty International, .
- ↑ « Le siège de SOS Disparus à Alger fermé par les autorités », Le Matin d'Algérie, .
- ↑ Slimane Hamitouche, membre de SOS Disparus, condamné à six mois de prison, site lematindalgerie.com, 9 avril 2026.
- ↑ « Algérie: la Radio des sans voix suspendue deux semaines après son lancement », RFI, (consulté le ).
- ↑ « Radio des sans voix », sur laradiodessansvoix.org (consulté le ).
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (en) Éric Bizimana, « Responsabilité étatique en matière de disparitions forcées à l’aune de l'affaire Collectif des familles de disparu(e)s c. Algérie », African Human Rights Yearbook / Annuaire africain des droits de l’homme, vol. 4, (ISSN 2523-1367, DOI 10.29053/2523-1367/2020/v4a19, lire en ligne, consulté le ).
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Site officiel
- Ressources relatives aux organisations :