Nassera Dutour

militante franco-algérienne

Nassera Dutour, née à Marseille en 1955, est une militante franco-algérienne des droits humains. Divorcée, elle s'engage tôt pour les droits des femmes en Algérie, ce qui l'oblige à quitter le pays sans ses enfants en raison de menaces qu'elle subit. Son fils cadet Amine est victime de disparition forcée en . elle s'angage alors dans la lutte pour la reconnaissnce des droits des familles victimes de disparitions forcées en Algérie. Elle est la présidente du Collectif des familles de disparu(e)s en Algérie[1] et de la Fédération Euro-Méditerranéenne contre les Disparitions Forcées[2].

Nassera Dutour
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Biographie

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Nassera Dutour est née à Marseille en 1955[3].

En 1965, alors âgée de 10 ans, sa mère les emmène elle et ses frères et sœurs en Algérie pour « participer à l’effort de construction de leur pays »[3].

Cependant, à l'âge de 16 ans, sa mère l'oblige à quitter l'école, car elle estime que sa fille en a déjà assez appris, et qu'elle doit maintenant se consacrer au travail domestique et penser au mariage comme les filles de sa société[3].

En 1973, alors qu'elle n'a que 18 ans, elle se marie avec son cousin maternel, avec lequel elle a trois enfants. Elle divorce après cinq ans de mariage. Elle quitte l'Algérie en 1986 et décide de revenir en France en espérant qu’une fois installée, elle pourrait faire venir ses enfants[3].

Elle rejoint alors la section de l'UGTA de la Sonelgaz. Elle débute au sein de la commission des œuvres sociales, puis intègre le conseil d'administration, avant d’être élue présidente de cette section syndicale à l'âge de 26 ans[3].

Quand elle cherche à retourner en Algérie pour récupérer ses trois enfants, restés avec sa mère à Baraki, elle se heurte au refus catégorique de son ex-mari de leur accorder une autorisation de sortie du territoire. En effet, le code de la famille algérien, entré en vigueur en 1984, octroie l’autorité parentale uniquement au père[4].

Disparition de son fils Amine

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Quelques années plus tard, elle tente d'obtenir des visas pour ses enfants devenus adultes pour leur permettre de la rejoindre en France. Si son fils aîné a obtenu un visa, mais de 15 jours seulement, les autorités consulaires françaises refusent à plusieurs reprises de donner un visa à son fils cadet Amine. Deux mois après le dernier refus, Amine est arrêté par des agents de l’État algérien et il est porté disparu à ce jour[5].

Après la disparition de fils en , Nassera Dutour retourne en Algérie et se lance à la recherche de son fils Amine[3].

Sur sa route, Nassera Dutour fait la rencontre de centaines de personnes ayant subi le même sort et avec lesquelles elles mutualisent leurs efforts pour obtenir des informations sur leurs proches disparus[2],[3].

Retour en France

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En 1998, Nassera Dutour reprend son travail là où elle l'a arrêté. Elle part à la recherche des familles de disparus présentes en France, et les réunit à la Ligue française des droits de l'Homme (LDH)[3].

Elle commence à constituer des dossiers, les plus exhaustifs possible pour chacune des familles de disparus qu’elle rencontre sur sa route. En , c'est sous le nom de « Collectif des Familles de Disparus en Algérie » que les familles font leur première apparition publique, lors du centenaire de la LDH, auquel elles sont conviées pour témoigner de leur histoire, mais surtout, de leur combat. C’est lors de cet événement qu’émerge l’idée d’organiser une tournée européenne : Amsterdam, Londres, Bruxelles, Genève, Paris, Lyon, Marseille. Avec le soutien d’Amnesty International, de la LDH et de la Fédération Internationale pour les Droits Humains (FIDH), la délégation, menée par Nassera Dutour rencontre des représentants des ministères des affaires étrangères, des députés, des représentants de différentes institution internationales ainsi que des ONG et de nombreux journalistes[6].

Accompagnée de Madame Benslimane dont la fille a été arrêtée à Alger en 1994 et est portée disparue depuis, et de l'avocat Mustapha Bouchachi, elle est reçue à la Maison-Blanche par Hillary Clinton, alors Première Dame des États-Unis d'Amérique[7].

Hébergé dans un premier temps au sein des locaux de la Ligue des droits de l’Homme, le Collectif des Familles de Disparus en Algérie désormais connu sous l'appellation de CFDA s’autonomise et se dote d’une existence juridique en 1999[8].

De retour en Algérie, Nassera Dutour, accompagnée de sa mère Fatima Yous, fonde le mouvement des mères de disparus : c'est la naissance, en Algérie, de SOS Disparus[9].

Au début des années 2000, sept Comités locaux de familles de disparus voient le jour à Alger, Oran, Constantine, Blida, Jijel, Sétif et Tiaret. En 2001, Nassera Dutour continue de structurer le mouvement des mères de disparus et ouvre un premier bureau à Alger[4].

Ce retour en Algérie sera le début d’une longue période d’intensification des menaces et des violences que subiront durant leur parcours militant Nassera Dutour, les mères de disparus, et les membres du CFDA[10],[11]. Celle-ci atteindra son paroxysme en 2005, lors de la campagne lancée par le CFDA contre la dite Charte pour la paix et la réconciliation nationale[12]. Tandis que la campagne en Algérie a été coupée dans son élan par la violence sans précédent des intimidations et des pressions subies par tous ses membres, Nassera Dutour décide de continuer la campagne à l’échelle internationale. Elle tente d’obtenir gain de cause par la voie diplomatique et le droit international. Elle réitère une tournée européenne, accompagnée de mères de disparus qu'elle fait venir d’Algérie. Leur délégation est reçue par Louise Arbour, Haut Commissaire aux Droits de l’Homme des Nations unies, ainsi que d’autres politiques et publiques[8].

En dépit de tous ces efforts, la charte est finalement adoptée par référendum le et mise en application par l’ordonnance no 2006-01 en date du , qui institue l’impunité pour les agents de l’État ayant commis des crimes de disparitions forcées durant la guerre civile[13].

En voulant clore la page des années 1990, Abdelaziz Bouteflika, alors président, nie aux familles de disparus leurs droits à la Justice et à la Vérité[14].

Le CFDA est membre du réseau EuroMed Droits, de la Fédération Internationale pour les Droits Humains (FIDH), de la Coalition Internationale des Sites de Conscience, de la Coalition Internationale Contre les Disparitions Forcées (ICAED). Le CFDA fait également partie de la Fédération Euro-Méditerranéenne contre les Disparitions Forcées (FEMED), dont Nassera Dutour a participé à la création et dont elle est actuellement la présidente[15].

En outre, le CFDA a le statut d’observateur devant la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples (CADHP). En 2006, l'association a reçu la mention spéciale du Prix des Droits de l'homme de la République française ainsi que le prix de l’Institut International Catalan pour la Paix (ICIP) en 2020. Nassera Dutour a également créé avec le CFDA un Centre de Recherche pour la Préservation de la Mémoire et l’Étude des Droits de l'Homme (CPMDH) à Oran ainsi que la Webradio Radio des Sans Voix, diffusant divers programmes traitant des disparitions forcées, des Droits de l'homme et des problématiques socio-économiques des Algériens et des Algériennes[16].

Nassera Dutour continue le travail quotidien du CFDA de sensibilisation, d’information et de transmission. À ce jour, elle a constitué 5400 dossiers individuels de cas de disparitions forcées à transmettre au Groupe de Travail sur les Disparitions Forcées ou Involontaires des Nations unies[17].

En , Nassera Dutour, citoyenne algérienne, est empêchée d’entrer en Algérie alors qu’aucune décision de justice ne justifie ce refoulement[18].

Publications

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  • « Algérie : de la Concorde civile à la Charte pour la Paix et la Réconciliation nationale : amnistie, amnésie, impunité », Mouvements, vol. 53, no 1,‎ , p. 144–149 (ISSN 1291-6412, lire en ligne, consulté le )
  • « « Nous ne pouvons pardonner si on ne nous demande pas pardon », Confluences Méditerranée, vol. 3, no 62,‎ , p. 71-76 (DOI 10.3917/come.062.0071, lire en ligne)

Prix et Distinctions

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  • Prix Matoub Lounès contre l’Oubli, 2015[19].
  • Prix Oscar Romero des Droits de l'Homme, 2011[20].

Notes et références

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  1. ↑ « Collectif des Familles de Disparu.e.s en Algérie », sur Collectif des Familles de Disparu.e.s en Algérie (consulté le ).
  2. 1 2 « La Femed - Fédération Euro-Méditerreanéenne contre les disparitions forcées », sur disparitions-euromed.org (consulté le ).
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 « Entre la France et l'Algérie, le parcours d'une mère de disparu », sur TV5Monde, (consulté le )
  4. 1 2 Marie Verdier, « Avec Nassera Dutour, la mémoire des disparus d’Algérie », sur La Croix, (consulté le )
  5. ↑ « Avec Nassera Dutour, la mémoire des disparus d’Algérie », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le )
  6. ↑ « Disparitions forcées en Algérie. « Jusqu'à notre dernier souffle, nous nous battrons pour obtenir la vérité » », sur Amnesty International Algérie, (consulté le )
  7. ↑ (en-US) Nora Boustany, « A Window of Faith in a Wall of Silence », The Washington Post,‎ (ISSN 0190-8286, lire en ligne, consulté le )
  8. 1 2 « Algérie : la caravane contre l’oubli à Paris le 24, à Marseille le 26, et à Toulon le 27. », sur Histoire coloniale et postcoloniale, (consulté le )
  9. ↑ Rédaction, « Décès de Fatima Yous, une figure du combat des familles des disparus des années 90 », (consulté le )
  10. ↑ « Le harcèlement n’aura pas raison du combat des familles de disparus pour le droit à la justice et la vérité! – Algeria-Watch », sur algeria-watch.org (consulté le )
  11. ↑ « Algérie : Arrestation et libération de Mme Nassera Dutour et de plus d’une vingtaine de manifestants pacifiques », sur Fédération internationale pour les droits humains (consulté le )
  12. ↑ Charte pour la paix et la réconciliation nationale
  13. ↑ (en) Collectif des familles de disparu(e)s en Algérie, « Truth and Justice for the disappeared in Algeria », sur algerie-disparus.org (consulté le )
  14. ↑ « RFI - Nassera Dutour - Dossier Proche et Moyen-Orient », sur www1.rfi.fr (consulté le )
  15. ↑ (en-US) « Algeria - Related members », sur EuroMed Rights (consulté le )
  16. ↑ « Algérie : la radio de Nacéra Dutour fait parler les disparus », sur TV5Monde, (consulté le )
  17. ↑ cfda47, « Arrestations et locaux sous scellés : le CFDA exige la fin de la répression contre les familles de disparus », sur Radio des sans voix, (consulté le )
  18. ↑ « Nassera Dutour refoulée : quand l’État algérien viole ses propres lois », sur Le Matin d'Algérie, (consulté le )
  19. ↑ La Rédaction, « L'association Amgud perpétue la tradition », sur La Dépêche de Kabylie, (consulté le )
  20. ↑ « Nassera Dutour a obtenu le Prix Oscar Romero des Droits de l'homme », sur Le Matin d'Algérie (consulté le )

Annexes

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