Safi al-Din Ardabili
Safi al-Din Ardabili, né en 650 AH/1252-3 à Ardabil et mort le dans la même ville[1],[2],[3] est un théologien et poète persan qui a fondé l'ordre soufi de la Safavyeh et donné son nom à l'État du même nom. Il était un disciple de Sheikh Zahid Gîlanî, le fondateur de l'ordre de la Zahediye. Grammairien érudit, il a laissé plusieurs poèmes en dialecte azéri. Safi al-Din Ardabili écrivait en azéri ancien et en persan. On dit qu'Ardabîlî a également écrit des poèmes en kurde. Les poèmes qui ont été préservés sont connus sous le nom de Dobeytî[N 1].
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Sépulture | |
| Nom dans la langue maternelle |
صفیالدین اردبیلی |
| Activités | |
| Père |
Amin al-Din Jebrail (d) |
| Conjoint |
Bibi Fatima (d) |
| Enfant | |
| Parentèle |
Khvajeh Ali Safavi (en) (petit-fils) Ismaïl Ier (descendant) |
| Maître |
|---|
Selon Valdimir Minorsky, le gendre de Safi al-Din Ardabili était un homme riche qui vivait dans le Gilan. Plus tard, les rois kurdes lui donnèrent la région d'Erdebil[3]. Sur un document, la généalogie d'Ardabîlî est la suivante : Sheikh Sefiyedîn Ebû Fordreetah Îsheq, fils de Sheikh Amîn Cebraîl, fils de Salih Qudbedîn Ebûbekir, fils de Selahedîn Reşîd, fils de Mihemed Hafizê Kelamellah, fils de Cewad, fils de Pîroz Şahê Kurde de Sencan (Pîroz Şah Zêrînê Sencanî)[4].
Biographie
modifierSafi est né en 1252 ou 1253 dans la ville d'Ardabil, en Azerbaïdjan — région qui constitue la partie nord-ouest de l'Iran[5],[6]— alors sous domination mongole[7]. La ville, située dans une zone montagneuse près de la mer Caspienne, était un centre pour le commerce pendant cette période[6].
Lignage et parents
modifierSafi-ad-Din était d'origine kurde[8],[9]. Selon Vladimir Minorsky, l'ancêtre de Sheykh Safi al-Din, Firuz-Shah Zarrin-Kolah, était un homme riche qui vivait dans la région du Gilan. Par la suite, les rois kurdes lui cédèrent Ardabil et ses dépendances. Minorsky fait référence aux affirmations de Cheikh Safi al-Din, qui fait remonter ses origines à Ali ibn Abu Talib, mais exprime des doutes à ce sujet[10],[4],[N 2].
Le père de Safi s'appelait Amin al-Din Jibrail, et sa mère Dawlati[11]. La famille était d'origine kurde[1],[2],[12],[8],[9], et sa langue principale était le persan[6]. La vie du père de Safi est obscure; Ibn Bazzaz, dont le récit a été déformée, indique qu'Amin al-Din Jibrail est mort lorsque Safi avait six ans ; selon Hayati Tabrizi il est né en 1216 et mort en 1287[13].
Jeunesse
modifierSelon les chroniques hagiographiques, Safi était destiné dès sa naissance à devenir un personnage éminent. Enfant, il a suivi une instruction religieuse, et il a eu des visions d'anges et aurait rencontré les abdal (ar) et les awtad[N 3]. À l'âge de vingt ans (en 1271/2), toujours dans l'incapacité de trouver à Ardabil un murshid (guide spirituel) qui le satisfasse, il partit pour Shiraz, dans le but d'y rencontrer Shaykh Najib al-Din Buzghush, qui lui avait été recommandé. Mais ce dernier mourut avant que Safi n'arrive[5].
La rencontre de Zahed Gilani
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Par la suite, il entendit à différentes reprises que la seule personne capable de lui expliquer ses états mystiques (ḥâl wa-aḥwâl) était un certain Sheikh Zahed Gilani. En 675 AH/1276-7, Safi al-Din finit par le trouver dans le village de Hilya Karin, sur les bords de la mer Caspienne. Il comprit immédiatement que Zahed Gilani, alors âgé de soixante ans, était le murshid qu'il cherchait[5]. Zahed Gilani lui réserva un accueil exceptionnel. Il lui donna en mariage sa fille Bibi Fatima, tandis que le fils de Zahed, Hajji Shams al-Din Muhammad, épousait la fille de Safi[5].
Safi et Bibi Fatima eurent trois fils ; Muhyi al-Dîn, Sadr al-Milla wa-l-Dîn (qui lui succéda plus tard à la tête de la Safavieh), et Abu Sa'id. Avant de mourir, en , Zahed désigna Safi al-Dîn comme son successeur à la tête de la Zahediyeh. Cette transmission de la Zahediyeh à Safi al-Dîn (à quoi s'ajoutaient des questions de propriétés de terrains et de waqfs) a été fort mal prise par certains membres de la tariqa, en particulier par le fils aîné de Sheikh Zahed et sa famille[5].
Murshid
modifierDevenu murshid de la Zahediyeh, Safi al-Dîn renomma la tariqa afaviyya, et entreprit de le réformer, afin de faire de cet ordre actif sur le plan local un mouvement religieux dont les idées se diffusèrent (da'wa) à travers l'Iran, la Syrie, l'Asie Mineure, et même jusqu'au Sri Lanka[14]. Il s'est ainsi assuré une influence politique considérable. Plus tard, en faisant de son fils Sadr al-Din Musa son héritier, il montrait qu'il était décidé à conserver le pouvoir politique dans sa famille[14].
Safi est décédé le à Ardabil, où il a été enterré[14]. Son mausolée devint un important lieu de pèlerinage (ziyarat).
Œuvre
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Safi al-Din a composé des poèmes dans le dialecte iranien de l'ancien azéri[15]. Il était un descendant à la septième génération de Firuz-Shah Zarrin-Kolah (en), un dignitaire local iranien[16]. Onze quatrains (rubaiyat) de Sheikh Safi ad-Din Ardabili, ont été répertoriés en 1924 par l'orientaliste Ḥosayn Pīrzāda Zāhedī sous le titre « Poèmes Talyches de Razhi » (Rājī-e Ṭālešī poems)[17]. La langue azérie des quatrains de Sheikh Sefi ad-Din a été étudiée par B. V. Miller. Ce dernier a conclu que le dialecte des habitants d'Ardabil et de la région d'Ardabil est la langue des ancêtres des Talyches modernes, mais déjà dans la première moitié du XIVe siècle[18],[19]. Seuls quelques vers de la poésie de Safi al-Din, appelés Dobaytis (distiques), nous sont parvenus. Écrits en azéri ancien et en persan, ils revêtent aujourd'hui une importance linguistique.
De la tariqa à la dynastie
modifierSafi al-Din a hérité de l'ordre soufi de Sheikh Zahed Gilani, la Zahediyeh, dont il est devenu le murshid en 1301. Par la suite, il a fait de cette tariqa la sienne en la renommant Safaviyeh. Au cours des 170 années qui suivirent, l'ordre de la Safaviyeh acquit une puissance politique et militaire finalement dans la fondation de la dynastie Séfévide, laquelle étendit son contrôle sur des parties du Grand Iran et réaffirma l'identité iranienne de la région[20],[21], devenant ainsi la première dynastie autochtone depuis l'Empire sassanide à établir un état national officiellement connu sous le nom d'Iran[22].
Il faut relever que bien qu'il soit considéré comme le fondateur de la dynastie safavide (1501-1736) — qui a fait du chiisme duodécimain la religion officielle de l'État safavide — Safi al-Dîn était lui-même un sunnite, rattaché au madhab shaféite. Toutefois, en raison du syncrétisme religieux que l'on trouve sous le règne des Mongols, il convient de ne pas accorder trop d'importance à cet élément[5].
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ C'est-à-dire « distiques ».
- ↑ La lignée masculine de la famille Safavide donnée par le plus ancien manuscrit du Safwat as-Safa est la suivante : « (Sheykh) Safi al-Din Abul-Fatah Ishaaq le fils de Al-Shaykh Amin al-Din Jebrail le fils de al-Saaleh Qutb al-Din Abu Bakr le fils de Salaah al-Din Rashid le fils de Muhammad al-Hafiz al-Kalaam Allah le fils de Javaad le fils de Pirooz al-Kurdi al-Sanjani (Piruz Shah Zarin Kolah le Kurde de Sanjan) » (Z. V. Togan, « Sur l’Origine des Safavides » dans Mélanges Louis Massignon, tome III, Damas, 1957, p. 345-57) ; elle est similaire à celle du beau-père de Cheikh Safi al-Din, Cheikh Zahed Gilani, qui était lui aussi originaire de Sanjan, dans le Grand Khorasan.
- ↑ Un sous-groupe des abdal.
Références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Safi al-Din Ardabili » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 (en-US) Roger M. Savory, « EBN BAZZĀZ », sur Encyclopaedia Iranica, (consulté le )
- 1 2 (en) Muhammad Kamal, Mulla Sadra's Transcendent Philosophy, Ashgate Publishing, Ltd., (ISBN 978-0-7546-5271-7, lire en ligne)
- 1 2 Minorsky 1978, p. 517-518
- 1 2 Z. V. Togan, « Sur l’Origine des Safavides » dans Mélanges Louis Massignon, tome III, Damas, 1957, p. 345-57
- 1 2 3 4 5 6 Babinger et Savory 1995
- 1 2 3 Blow 2009, p. 1.
- ↑ (en) Ali Anooshahr, « Timurds and Turcomans: Transition and Flowering in the Fiftheenth Century », dans Touraj Daryaee (Ed.), The Oxford Handbook of Iranian History, Oxford, Oxford University Press, (ISBN 978-0-199-87575-7), p. 271–285
- 1 2 (en) James L. Gelvin, The Modern Middle East: A History, Oxford, Oxford University Press, 2005. V. page 326 : « (...) Shah Isma'il (règne de 1501 à 1520) Descendant du mystique kurde Safi Ad Din (...) ».
- 1 2 (en) Sebastian Maisel, The Kurds: An Encyclopedia of Life, Culture, and Societ, ABC-CLIO, , 392 p. (ISBN 978-1-440-84256-6).
- ↑ Minorsky 1978, p. 517–518.
- ↑ Babinger et Savory 1995, p. 281.
- ↑ (en) Richard Tapper, Frontier Nomads of Iran: A Political and Social History of the Shahsevan, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-58336-7, lire en ligne)
- ↑ (en) Kioumars Ghereghlou, « Chronicling a Dynasty on the Make. New Light on the Early Ṣafavids in Ḥayātī Tabrīzī’s Tārīkh (961/1554) », Journal of the American Oriental Society, vol. 137, no 4, , p. 805-832 (V. p. 814) (lire en ligne)
- 1 2 3 Babinger et Savory 1995, p. 801.
- ↑ (en) Ehsan Yarshater, « Azerbaijan vii. The Iranian Language of Azerbaijan », sur Encyclopaedia Iranica, (consulté le )
- ↑ (en) Barry D. Wood, « The Tarikh-i Jahanara in the Chester Beatty Library: an illustrated manuscript of the "Anonymous Histories of Shah Isma'il », Iranian Studies, vol. 28, no 1, , p. 89-106 (DOI 10.1080/0021086042000232956, lire en ligne [PDF])
- ↑ (en) Aḥmad Tafażżolī, « FAHLAVĪYĀT », sur iranicaonline.org, Encyclopaedia Iranica (consulté le ).
- ↑ A.A. Umnyashkin, « The Caucasus and Iranian languages : Толышә зывон [la langue talyche] » in Proceedings of the Academy of Sciences of the Republic of Tajikistan», n° 3, 2019, p. 88-97.
- ↑ A. Kirakosyan, « Note on the Azari-Talysh lexical parallels » in Bulletin of the Talysh National Academy, n° 1, 2011, p. 68-71.
- ↑ (en) Rudi Matthee, « Safavid dynasty », sur Encyclopædia Iranica,
- ↑ « Pourquoi y a-t-il tant de confusion sur les origines de cette dynastie importante, qui a réaffirmé l'identité iranienne et établi un État iranien indépendant après huit siècles et demi de règne de dynasties étrangères ? » in Roger Savory, Iran under the Safavids, Cambridge, Cambridge University Press, 2007 (ISBN 978-0-521-04251-2) p. 3
- ↑ (en) Vesta S. Curtis (Ed.) et Sarah Stewart (Ed.), Birth of the Persian Empire, I.B. Tauris, , 160 p. (ISBN 978-0-857-71092-5)
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (en) Fr. Babinger et Roger Savory, « Ṣafī al-Dīn Ardabīlī », dans Bosworth, C. E. et al. (Eds.), The Encyclopaedia of Islam, vol. VIII (Ned–Sam), Leiden, E. J. Brill, , 2e éd. (ISBN 978-9-004-09834-3), p. 801
- David Blow, Shah Abbas: The Ruthless King Who Became an Iranian Legend, London, I.B. Tauris, , 288 p. (ISBN 978-1-845-11989-8)
- Saeid Khânâbâdi, « Le Mausolée du Sheikh Safi à Ardebil », La Revue de Téhéran, no 167, (lire en ligne)
- (en) Vladimir Minorsky (préf. J.A. Boyle), The Turks, Iran and the Caucasus in the Middle Ages, London, Variorum Reprints, (ISBN 978-0-860-78028-1)