Martial de Limoges

saint catholique
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Martial de Limoges ou saint Martial (IIIe siècle), également appelé l’apôtre des Gaules ou l’apôtre d'Aquitaine, est selon la tradition le premier évêque de Limoges, originaire d'Orient.

Martial de Limoges
Image illustrative de l’article Martial de Limoges
Remise à Martial du bâton de saint Pierre (chapelle de saint Martial, Palais des papes, Avignon).
Saint, évêque de Limoges
Date de naissance IIIe siècle
Lieu de naissance en Orient
Date de décès IIIe siècle
Lieu de décès à Augustoritum (Limoges)
Nom de naissance Martialis
Vénéré à Limoges, église Saint-Michel-des-Lions
Vénéré par Église catholique,
Église orthodoxe orientale
Fête 30 juin
Attributs Habits épiscopaux

Fondateur de l'Église d'Aquitaine, fêté le , il est le saint patron éponyme de multiples villes, villages et lieux de cultes catholiques, dont le plus renommé est l'abbaye Saint-Martial de Limoges. Son culte reste aussi très populaire en Limousin.

Si les traditions et les légendes le concernant convergent sur de nombreux points, la chronologie a donné lieu à deux versions nettement différentes. Selon la plus ancienne (vers 573-594) trace écrite directement conservée, Martial ferait partie des sept missionnaires qui, au temps de la persécution de Dèce autour de 250, auraient été envoyés évangéliser la Gaule par « les évêques de Rome ».

Mais, d'avant 586 au IXe siècle, plusieurs autres écrits d'origines diverses font remonter Martial au ier siècle, envoyé en Gaule par le premier pape Pierre. Après la guérison du mal des ardents attribuée à son intercession en 994, le prédicateur de Saint-Martial de Limoges, Adémar de Chabannes, développe ce second récit. Longtemps défendue par l'Église catholique, cette thèse, mise en cause par des historiens, n'est abandonnée qu'au début du XXe siècle.

Conservées à l'église Saint-Michel-des-Lions de Limoges, les reliques de saint Martial donnent lieu à d'importantes ostensions septennales.

Premières versions de la légende

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Châsse à fonds vermiculés avec des scènes de la vie de saint Martial, musée du Louvre.

Les mentions écrites les plus anciennes relatives à Martial de Limoges datent du début du Moyen Âge. Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont au Ve siècle, affirme qu’Augustoritum (ancien Limoges) reçut Martial comme évêque. Au vie siècle, le martyrologe hiéronymien cite Martial au 30 juin comme évêque : « Lemovicas, depositio S. Martialis episcopi »[1].

Au vie siècle, avant 586, il était écrit dans le manuscrit 5537 de la BnF dont il ne reste que la copie datant du xe siècle (ou du xie siècle selon des sources plus modernes[2],[3],[4]), originaire du diocèse d'Arles, que Martial, ainsi que Gatien, Trophime, Paul, Saturnin, Valère de Trèves, Austremoine plusieurs autres ont été envoyés par l'apôtre Pierre sous le règne de l'empereur Claude (41-54) pour évangéliser les Gaules[5],[6],[7].

Selon Grégoire de Tours

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Selon Grégoire de Tours :

« Sous l’empereur Dèce il s’éleva contre le nom chrétien un grand nombre de persécutions. [...] Dans ce temps sept hommes, nommés évêques, furent envoyés pour prêcher dans les Gaules, comme le rapporte l’histoire de la passion du saint martyr Saturnin. [...] Voici ceux qui furent envoyés : Gatien, évêque à Tours ; Trophime à Arles ; Paul à Narbonne ; Saturnin à Toulouse ; Denis à Paris, Strémon [Austremoine] en Auvergne et Martial à Limoges. [...] Gatien, Trophime, Strémon, Paul et Martial, vivant dans une éminente sainteté, après avoir gagné les peuples à l’Église et répandu partout la foi chrétienne, moururent en confessant paisiblement le Seigneur. »

 Historia Francorum (Histoire des Francs, 573-594), livre I

« Saint Martial, envoyé par les évêques de Rome, commença de prêcher dans la ville de Limoges. Apres avoir renverse les cérémonies de l'idolâtrie, et rempli la ville de la croyance en Dieu, il sortit de ce monde. A cette époque, deux prêtres étaient avec lui ; il les avait amenés d'Orient avec lui dans la Gaule. Des que leurs jours furent accomplis et qu'ils furent rappelés de la terre, on joignit leurs tombeaux et on les ensevelit dans la même crypte que le saint évêque. [...] »

 De Gloria Confessorum (De la Gloire des Confesseurs), ch. XXVII[8]

En réalité, l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours amalgame des récits d'origines, de dates et de valeurs différentes, pour raconter l'histoire légendaire de ces sept missionnaires : Martial de Limoges, Gatien de Tours, Trophime d'Arles, Paul de Narbonne, Saturnin de Toulouse, Denis de Paris, Austremoine de Clermont[9]. De plus, Grégoire de Tours place Saturnin de Toulouse au Ier siècle dans un autre texte[6],[10] ; implique également une évangélisation locale au Ier siècle du fait de ce qu'il rapporte sur la matrone de Bazas ainsi qu'Eutrope de Saintes ; et Trophime est manifestement bien antérieur aux persécutions de Dèce[11].

Selon l'historien Jean Julg, la fondation des premiers évêchés n'est connue le plus souvent que par des traditions locales tardives et légendaires qui visent à prouver l'antériorité d'un siège par rapport à un autre[12].

La vita antiquior

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Une première vie de Martial, appelée vita antiquior (vie primitive), datant d'au moins avant 846 (date de décès du bibliothécaire Regimbertus de Reichenau en Allemagne), aurait été rédigée au VIIIe siècle par un membre du clergé limousin[13],[14]. D'après elle, Martial aurait vécu au ier siècle et aurait été envoyé en Gaule par saint Pierre[15]. Un poème dédié à Martial, que plusieurs historiens de la fin du xixe siècle attribuent à Venance Fortunat (530-609), bien que cela soit contesté par d'autres historiens qui feront ensuite consensus, pourrait permettre de dater la vita antiquior (bien que le poème parle en plus de la tribu de Benjamin et mentionne Martial comme apôtre) d'au moins le vie siècle[16],[17],[11]. De plus, au début du viie siècle, Eloi de Noyon fait reconstruire ou restaurer à Paris une église dédiée à Martial, témoignant d'une construction antérieure et d'une vita datant d'au moins le vie siècle pour diffuser cette dévotion[11],[17].

Plusieurs auteurs placent également Martial au Ier siècle, comme Florus (de Saint-Trond (Belgique) au viiie siècle, ou de Lyon au ixe siècle[18]), au ixe siècle Raban Maur (Allemagne), Hilduin de Saint-Denis et l'auteur de la vie de Sacerdos de Limoges, au xe siècle Flodoard et Abbon de Fleury[5],[19]. Ces auteurs très divers auraient comme source la vita antiquior.

Selon cette vita, Martial, accompagné par deux prêtres, est envoyé à Limoges par l'apôtre Pierre[20]. Là, il convertit tant de monde en quelques jours il n'en trouve plus à convertir[20]. Il convertit aussi Valérie, née noble, qui choisit de ne pas se marier[20]. Au décès de Martial, Valérie lui donne sa sépulture[20]. Dix miracles produits grâce à la sépulture de Martial, principalement des guérisons, sont ensuite énumérés[20].

Traces archéologiques

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Sépulture de Martial

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On sait que le premier évêque fut inhumé dans le cimetière situé près de la via Agrippa. Sur son tombeau fut construite au début du Moyen Âge une abbaye, étape sur la route du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle[21].

Dans les années 1960, des fouilles sont effectuées à Limoges sur l'emplacement de l'ancienne abbaye Saint-Martial, à l'occasion du creusement d'un parking souterrain sous la place de la République. Dans les restes d'une crypte, un tombeau attribué au saint est découvert ainsi qu'une mosaïque du Haut-Empire témoignant de l'importance du personnage inhumé.

Baptistère paléochrétien du Douhet

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Au Douhet (Charente-Maritime), un baptistère paléo-chrétien découvert en 1993 comporte une chaire avec à son pied le M attribué à Martial à qui l'église du village est également dédiée[22],[23].

Crypte de l'église Santa Maria in via Lata

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Dans la crypte de l'église Santa Maria in via Lata à Rome, Martial aurait notamment accueilli les apôtres Pierre, Paul et Luc[24]. Un oratoire dédié à Martial y est présent[25]. Des fouilles ont révélé la présence d'une diaconie paléo-chrétienne ainsi que des structures de l'époque romaine[26].

Ermitage de Mortagne-sur-Gironde

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L'ermitage Saint-Martial de Mortagne-sur-Gironde (Charente-Maritime), aménagé dès les premiers temps de l'ère chrétienne, aurait été un lieu de retraite de Martial.

Eglise Saint-Martial de Paris

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Au début du viie siècle, Eloi de Noyon fait reconstruire ou restaurer à Paris une église dédiée à Martial, témoignant d'une construction antérieure et d'une vita d'au moins le vie siècle pour le faire connaître[11],[17]. Eloi y transporte des reliques de Martial, qui auraient permis à l'édifice d'échapper à un incendie[17]. En 1862, les fouilles de Théodore Vacquer à cet emplacement mettent au jour des éléments d'époque mérovingienne avec des colonnes antiques en remploi et deux chapiteaux du XIIe siècle qui sont affectés, avec un bénitier, au musée de Cluny[27].

Saint Martial apôtre des Gaules

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Du « miracle des ardents » à la vita prolixior

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Lors d'une crise de mal des ardents en 994, les reliques de saint Martial font l'objet d'ostensions auxquelles les contemporains attribuent le reflux de l'épidémie. Selon la plupart des historiens modernes, quelques années après, au début du XIe siècle le prédicateur Adémar de Chabannes (selon l'historien Lasteyrie, il s'agirait plutôt d'un écrit d'autre moine vers 955 antérieurement à Chabannes[17]) développe une nouvelle vie de Martial de Limoges, connue sous le nom de vita prolixior (littéralement « vie plus développée »), appelée aussi Vie récente, ou vie aurélienne du nom de celui qui se présente comme auteur au début de la vita[13].

Cette vita prolixior est présentée lors des conciles de Limoges de 1029 et 1031, présidés par l'évêque de Limoges Jourdain de Laron, puis de celui de Bourges. Elle obtient une large diffusion et des éditions imprimés paraissent dès le XVIe siècle[28]. Placé au rang des apôtres par Jean XIX (1024-1032), saint Martial draine un courant de pèlerinages fructueux pour l’abbaye Saint-Martial de Limoges et la ville.

Contenu de la vita prolixior

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Selon cette version largement répandue, Martial aurait été de la tribu de Benjamin et proche parent en ligne droite du premier martyr saint Étienne. Il serait né près de Ramah, dans un village ou l'on voyait encore au XVIe siècle une église qui lui était dédiée. À peine âgé de quinze ans, il se serait mis à la suite de Jésus-Christ, qu'il n'aurait plus quitté, tout en s'attachant particulièrement à saint Pierre[29].

Ainsi Adémar de Chabannes écrit[30] : « Martial vécut au temps de Jésus et le suivit avec sa famille dès sa plus tendre enfance. Il reçut le baptême dans les eaux du Jourdain. (...) Jésus prit pour exemple le petit Martial en prononçant ces paroles : " Si vous ne vous rendez pas semblables à cet enfant, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux " (Mt XVIII, 3). Martial est le petit garçon qui apporta les poissons lors de la multiplication des pains dans le désert ».

Dans le même but, Adémar de Chabanne rapporte le récit de multiples miracles.

« Il suivit le Christ jusqu’à Jérusalem où il servit lors de la Cène. Auparavant, Jésus aurait demandé à saint Pierre d’envoyer Martial en Gaule. Avec deux compagnons, Alpinien et Austriclinien, Martial, le bâton de saint Pierre à la main, partit évangéliser le peuple des Lémovices. Sur le chemin, Austriclinien mourut – on ne sait de quoi –, Martial prit son bâton et toucha son compagnon défunt qui ressuscita. Il entra sur la terre du Limousin par Toulx, il y guérit une possédée qui était la fille d’Arnulfus ainsi qu'un jeune garçon, le fils de Nerva, qui allait périr étouffé ; les habitants, devant les miracles accomplis, se convertirent ».

« Sur sa route, vers Augustoritum, il traversa Ahun où il rendit la vue à des prêtres païens qui l’avaient molesté, c’est alors que le démon sortit d’une statue de Jupiter qui se brisa. Martial guérit un paralytique qui lui avait demandé de l’aide. Le Christ apparut à Martial, lui ordonnant de quitter la ville d’Ahun pour continuer sa mission : “Ne crains pas de descendre à Limoges, où je te glorifierai et serai toujours avec toi.” Arrivant dans la capitale des Lémovices, Martial guérit un dément en présence de son hôtesse Suzanne et de sa fille Valérie. Mais deux prêtres païens, André et Aurélien, firent emprisonner les trois compagnons ; les deux gallo-romains furent frappés par la foudre qui les tua. Martial les ressuscita, puis aussitôt après les deux païens confessèrent tous leurs péchés. Après le miracle de sainte Valérie – voir ci-dessous –, Martial ressuscita son bourreau et Hildebert, fils du comte de Poitiers, qui s’était noyé dans la Vienne. Les trois évangélisateurs partirent convertir le reste de l’Aquitaine, ils arrivèrent à Bordeaux où Martial guérit Sigisbert, comte de la cité, qui était paralysé. La ville fut alors victime d’un incendie, mais Martial de son bâton éteignit le feu. Il partit alors pour Poitiers où le Christ lui apparut, annonçant les martyres de saint Pierre et saint Paul ; quelque temps plus tard, il lui réapparut, lui affirmant qu’il allait bientôt mourir. Martial retourna à Limoges et choisit comme successeur Aurélien de Limoges, l’ancien prêtre païen ; l’évangélisateur mourut lors d’une messe à laquelle assistaient de nombreux fidèles qui virent l’âme de l’apôtre s’élever vers le ciel. Le premier évêque de Limoges fut enterré hors de la ville ; sur le parcours du cortège funèbre un paralytique fut guéri, le premier d’un long cortège de malades qui viendraient demander leur guérison sur le tombeau de saint Martial ».

Affirmation et contestation de l'apostolicité et de l'époque de Martial

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L'apostolicité de Martial aurait été discutée en 1023 à Paris au palais royal, les Français défendant l'apostolicité et les Limousins s'y opposant, tous étant d'accord sur le fait que Martial ait été envoyé par saint Pierre au ier siècle. L'archevêque de Bourges Gauzlin de Fleury aurait conclut en défendant l'apostolicité comme « coutume pleine de raison que nos pères nous ont transmise »[31]. En 1024, l'évêque de Limoges Jourdain de Laron aurait souhaité continuer à vénérer Martial comme un confesseur et non un apôtre, et aurait demandé son avis au Pape Benoit VIII dans une lettre dont l'authenticité est remise en cause par plusieurs historiens[32],[33]. En 1028, le concile de Limoges aurait validé l'apostolicité de Martial, ayant notamment recueilli les témoignages de deux moines (dont Siméon de Trèves) du Mont Sinaï et un de la basilique Sainte-Sophie de Constantinople témoignant d'une mémoire en ces lieux de Martial comme apôtre[34],[11]. Le pape Jean XIX aurait validé en 1031 l'apostolicité de Martial (la véracité de cette lettre n'est pas contestée par Duchesne, ni Lasteyrie, mais par Louis Saltet (en) en 1926-1931) et, selon Amable de Riom, fait construire un « très bel autel » dédié à Martial dans la basilique Saint-Pierre de Rome (autel ayant réellement existé)[35],[36],[37]. L'apostolicité aurait été validée en 1031 par le synode tenu à Bourges[17]. Néanmoins l'ensemble de ces épisodes concernant Martial, et relatés uniquement via la plume d'Adémar de Chabannes et l'abbaye Saint-Martial de Limoges, sont remis en cause par Louis Saltet de 1925 à 1931 ainsi que par le consensus des historiens ultérieurs dont Richard Landes, accusant Adémar de Chabannes d'interpolation de documents, et de création de faux pour faire taire la critique notamment de Benoît de Cluse[38],[39],[40].

Au xiiie siècle, dans son commentaire de l'évangile selon Matthieu (Mt 19,14), Thomas d'Aquin commente « Et l'on dit que cet enfant était le bienheureux Martial »[41]. En 1616, l'évêque de Genève François de Sales, ensuite canonisé, illustre un chapitre de son Traité de l'amour de Dieu avec la scène de l'évangile avec Jésus et un enfant décrite par l'évangéliste Marc, identifiant l'enfant à Martial : « car ce fut, comme on dit, le bienheureux enfant duquel il est parlé en saint Marc »[42],[43].

Les premières versions imprimées sont reprises au XVIIe siècle par le père Bonaventure de Saint-Amable (v. 1610-1691)[44] dont l'œuvre est à l'origine des multiples biographies de saint Martial et de sainte Valérie publiées au XIXe siècle. Le bréviaire de Limoges de 1736 le cite comme apôtre et lui consacre deux hymnes[45].

Martial reste vénéré comme apôtre au xixe siècle dans la liturgie de l'Église limousine. Lors de la revue du propre de Limoges par la sacrée congrégation des rites préalablement à l'adoption par le diocèse de Limoges de la liturgie romaine, la sacrée congrégation supprime le titre et les prérogatives d'apôtre à Martial sur le projet, conduisant l'évêque Bernard Buissas à insister auprès du pape par courrier en 1854[46],[47]. L'apostolicité est finalement confirmée par la décision suivante de la sacrée congrégation des rites, votée à l'unanimité des quinze cardinaux le , et promulguée par décret du de Pie IX[48],[37] :

« On doit confirmer le privilège dont l’Eglise de Limoges jouit, de temps immémorial et en vertu des Constitutions apostoliques, d’honorer saint Martial, son premier évêque, du titre et du culte d’apôtre »

Néanmoins lors du procès canonique (dont le verdict avait été rendu à l'unanimité[37]) ayant abouti à ce décret, le Promoteur de la foi qualifie la vita prolixior d'apocryphe et y a signale de nombreuses futilités[49]. En 1855, elle est défendue à Limoges notamment par le chanoine François Arbellot, membre de la Société archéologique et historique du Limousin, dans sa Dissertation sur l'apostolat de saint Martial et l'antiquité des églises de France, puis toujours par le chanoine Arbellot (décédé en 1900) jusqu'en 1999 et par Charles-Frédéric Bellet jusqu'en 1900, s'opposant aux travaux de Louis Duchesne.

Bien que la thèse de l'apostolicité soit critiquée dès le XVIIe siècle (avec le chanoine Jean Descordes[50]), il faudra attendre les travaux Charles de Lasteyrie en 1901, Alfred Leroux en 1911 et Louis Saltet en 1926-1931[51], qui mettent en évidence l'action d'Adémard de Chabannes, pour clore le débat sur l'apostolicité de saint Martial. Cette affirmation est finalement abandonnée par l'Église catholique au début du XXe siècle[réf. nécessaire]. En 2024 paraît un livre défendant de nouveau l'apostolicité de Martial[25].

Lettres de Martial aux Toulousains et aux Bordelais

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Deux lettres prétendument écrites par Martial, l'une aux Toulousains, l'autre aux Bordelais, auraient été découvertes en 1060 dans la sacristie de l'église Saint-Pierre-du-Sépulcre de Limoges. Elles y aurait été cachées par les troisième évêque de Limoges durant la persécution de Domitien. Elles ont été recopiées dans un manuscrit du xiiie siècle ayant appartenu à Bernard Gui, puis publiées en 1521 par Josse Bade et dans la Bibliotheca veterum patrum de Margarin de La Bigne[50]. Elles sont toutes deux citées en illustrations par François de Sales dans ses Controverses[52] :

Leur authenticité est attaquée au moins partiellement dès 1573 par Jacques de Bordes, ministre à Bordeaux, puis par le cardinal Robert Bellarmin, par Jean Hessels (en),Guillaume Catel, et les bénédictins auteurs de l'Histoire littéraire de la France reprennent leurs arguments : on retrouve dans la lettre aux Toulousains sept phrases de la Vulgate, et celle aux Bordelais contient un article du symbole d'Athanase[50].

Héraldique

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Blason de la ville de Limoges.

Le portrait et les initiales de saint Martial figurent sur le blason de la ville de Limoges et il est également cité dans la devise de la ville : Dieus gart la vila e sent Marsals la gent (occitan) : Dieu garde la ville et saint Martial le peuple.

Mémoire et culte

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A Limoges

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La reconnaissance de Martial comme apôtre renforce le succès du pèlerinage à Limoges. L'abbatiale romane dédiée au Sauveur était une des plus belles églises du sud de la France. La bibliothèque des moines, en grande partie conservée à la Bibliothèque nationale de France, est d'une grande richesse, les enluminures des manuscrits sont de magnifiques témoins de l'art roman. Les émaux qui y étaient produits eurent une renommée immense dans l'Occident chrétien.

Les reliques de Martial trouvent refuge dans l'abbaye de Solignac à deux reprises : pendant les invasions normandes du ixe siècle ainsi qu'au xiie siècle pendant la première guerre de Cent Ans[53],[17].

Dès la fin du XIIe siècle, de nombreuses confréries voient le jour pour honorer saint Martial et participer à son culte autour de ses reliques. La première fut celle "du Luminaire devant le sépulcre", puis, celles "des Oboles", celle de Saint-Martial-du-Sépulcre" et la grande confrérie de saint Martial, la seule subsistante de nos jours avec celle des "Porteurs de la chasse"..

Le culte de saint Martial se perpétue encore aujourd'hui lors d'ostensions, qui se déroulent tous les sept ans à Limoges. Les plus récentes ont eu lieu en 2023, toujours lors de la fête de la Divine Miséricorde, c'est-à-dire le samedi et le dimanche qui suivent Pâques.

Ailleurs en France et à l'étranger

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Une quarantaine d'églises dédiées à Martial existent en France, principalement sur le territoire de l'ancienne Gaule aquitaine. De nombreuses représentations (statues, vitraux) lui sont également consacrées. Il existe une église dédiés à Martial à Venise. Une chapelle lui est dédiée dans le Palais des papes d'Avignon. Il existait un couvent dédié à Martial à Paris, fondé par Eloi de Noyon, ensuite devenu l'église Saint-Martial de Paris.

A Rome, la basilique Saint-Pierre avait, jusqu'au début du xixe siècle, un autel dédié à Martial ainsi qu'un tableau de Sparadino présentant Martial et Valérie (nue et décapitée)[37]. Cet autel en mosaïque était situé dans le transept Sud (croisée du Midi), au-dessus de la tombe de Léon IX qui y est toujours, après l'autel de Thomas et celui de Simon et Jude (dédiée à Joseph depuis 1963)[37].

Plusieurs lieux sont situés sur son passage selon la légende, et en gardent une trace, souvent un lieu de dévotion :

Plus d'une vingtaine de villages français portent le nom « Saint-Martial », principalement en Limousin et Aquitaine.

Notes et références

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  1. « Hieronymus, Martyrologium », sur monumenta.ch (consulté le )
  2. Donatella Nebbiai-Dalla Guarda, « Catalogue des manuscrits notés du Moyen Âge conservés dans les Bibliothèques publiques de France. Collections de Normandie, Bibliothèque nationale de France et bibliothèques parisiennes, Christian Meyer (éd.), Laura Albiero (collab.) », Cahiers de civilisation médiévale, Université de Poitiers, vol. 266, no 2, , p. X–X (ISSN 0007-9731, DOI 10.3917/ccm.266.0384, lire en ligne)
  3. « Latin 5537 », sur archivesetmanuscrits.bnf.fr (consulté le )
  4. Louis Duchesne, Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, t. I, Paris, Fontemoing, (lire en ligne), p. 138, 173
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  6. 1 2 Étienne-Michel Faillon, Monuments inédits sur l'apostolat de Sainte Marie-Madeleine en Provence, Paris, (lire en ligne), p. 374-378
  7. Léon-Paul Piolin, Histoire de l'Eglise du Mans, t. I, Paris, Julien, Lanier, , 475 p. (lire en ligne), p. LV-LVI
  8. Grégoire de Tours (trad. Henri Bordier), Les livres des miracles et autres opuscules, t. II, Paris, Jules Renouard, (lire en ligne), p. 396-397
  9. Alain Tallon, Catherine Vincent, Histoire du christianisme en France : des Gaules à l'époque contemporaine, Armand Colin, , p. 14.
  10. (en) Grégoire de Tours, Glory of the Martyrs, Liverpool university press, (ISBN 978-0853232360, lire en ligne), p. 47
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  23. 1 2 « Le baptistère oublié », sur SudOuest.fr, (consulté le )
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  28. Wauchier de Denain, p. 18.
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  33. Jean Becquet, « Actes des évêques de Limoges. Des origines à 1197 », Documents, études et répertoires de l'Institut de Recherche et d'Histoire des Textes, Persée - Portail des revues scientifiques en SHS, vol. 56, no 1, , p. 39-42 (lire en ligne, consulté le )
  34. Jérome Charbonnel, Origine et histoire abrégée de l'Église de Mende, , p. 47
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  45. Breviarium Lemovicense... D. D. Benjamini de L'Isle Du Gast episcopi Lemovicensis auctoritate, ac venerabilis Capituli Lemovicensis consensu, editum. Pars aestivalis (lire en ligne), p. 405
  46. Saltet 1931, p. 164-165.
  47. Albert Houtin, La controverse de l'apostolicité des églises de France au XIXe siècle, Paris, Picard, (lire en ligne)
  48. Jérome Charbonnel, Origine et histoire abrégée de l'Église de Mende, , p. 35
  49. Saltet 1825.
  50. 1 2 3 Achille Auriol, « I. La tapisserie de saint Martial à la cathédrale de Toulouse (planche) », Annales du Midi, Privat, vol. 32, no 125, , p. 339–353 (DOI 10.3406/anami.1920.8145, lire en ligne, consulté le )
  51. Charles de Lasteyrie, L'Abbaye Saint-Martial de Limoges, A. Picard, Paris, 1901 (thèse de l'École des Chartes, 1899), [lire en ligne] ; Alfred Leroux, La légende de saint Martial dans la littérature et l'art anciens, Limoges, 1911.
  52. François de Sales, Controverses, t. I, Annecy, Nierat, , 313 p. (lire en ligne), p. 125; 144
  53. « Abbaye de Solignac », sur limousinmedieval (consulté le )
  54. A. Orrillard, « L'église Notre-Dame-de-la-Fin-des-Terres à Soulac-sur-Mer (Gironde) », Bulletin Monumental, Persée - Portail des revues scientifiques en SHS, vol. 99, no 2, , p. 157–192 (DOI 10.3406/bulmo.1940.9275, lire en ligne)

Voir aussi

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Bibliographie

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Documents et ouvrages anciens

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Documents et ouvrages récents

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  • Wauchier de Denain (édition critique par Molly Lynde-Recchia), La vie saint Marcel de Lymoges, Genève, Droz, coll. « Textes littéraires français », , 130 p., sur "books.google.fr" (ISBN 2-600-01012-2, lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Claude Andrault-Schmitt, Saint-Martial de Limoges. Ambition politique et production culturelle (Xe-XIIIe s.), Presses Universitaires de Limoges, , 545 p. (lire en ligne).
  • Jean-François Boyer, « Saint Martial : de l’évêque évangélisateur à l’apôtre, une patiente construction politique », dans Chefs d’œuvre romans de Saint-Martial de Limoges, catalogue d’exposition, dir. Charlotte Denoël, Alain-Charles Dionnet, musée des Beaux-Arts, Palais de l’Evêché, Limoges, 2019, p. 12-23.

Articles connexes

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