Trophime d'Arles
Trophime d'Arles, ou saint Trophime, est un saint chrétien dont l'histoire est mal connue. Il serait le premier évêque d'Arles.
| Trophime d'Arles | |
Saint Trophime devant Arles, attribué à Jean Baptiste Marie Fouque (XIXe siècle), cathédrale Saint-Trophime, Arles. | |
| Saint, évêque | |
|---|---|
| Date de naissance | fin du IIe siècle ou début du IIIe siècle |
| Date de décès | vers le milieu du IIIe siècle |
| Vénéré à | cathédrale Saint-Trophime d'Arles |
| Vénéré par | l'Église catholique romaine |
| Fête | 29 décembre |
| Saint patron | Arles ; contre la goutte et le mal de gorge |
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Il est fêté le [1].
Biographie
modifierLégendes et traditions
modifierUne légende dit que saint Trophime serait arrivé à Arles vers 46.
Par ailleurs, Trophime est le nom d'un compagnon de saint Paul, un païen d'Éphèse qui l'accompagne lors de son troisième voyage missionnaire (vers 50-58), et qui tombe malade à Milet en Grèce (2 Timothée 4,20). Le fait qu'il tombe malade à Milet sans continuer de suivre l'apôtre tendrait à invalider la légende[réf. nécessaire].
Jusque dans l'édition de 1960 du martyrologe romain, l'Eglise catholique affirme que Trophime d'Arles est le compagnon de l'apôtre Paul[2],[3], et l'édition de 2004 est muette sur ce point[4].
Documents du ve siècle
modifierEn 417, le pape Zozime affirmait concernant Trophime, que « c'est de cette source que toutes les Gaules ont aperçu les ruisseaux de la foi », en ne pouvant pas ignorer qu'il y avait des martyrs à Lyon et Vienne dès le IIe siècle[5].
Vers le milieu du ve siècle, les dix-neuf évêques d'Arles et de ses environs écrivent au pape Léon Ier pour obtenir le rétablissement de leur métropole, argumentant qu'Arles fut la première ville de toute à avoir un évêque : Trophime, envoyé par l'apôtre Pierre[6].
Selon Grégoire de Tours
modifierSelon Grégoire de Tours (vie siècle) :
« Sous l’empereur Dèce il s’éleva contre le nom chrétien un grand nombre de persécutions. [...] Dans ce temps sept hommes, nommés évêques, furent envoyés pour prêcher dans les Gaules, comme le rapporte l’histoire de la passion du saint martyr Saturnin. [...] Voici ceux qui furent envoyés : Gatien, évêque à Tours ; Trophime à Arles ; Paul à Narbonne ; Saturnin à Toulouse ; Denis à Paris, Strémon [Austremoine] en Auvergne et Martial à Limoges. [...] Gatien, Trophime, Strémon, Paul et Martial, vivant dans une éminente sainteté, après avoir gagné les peuples à l’Église et répandu partout la foi chrétienne, moururent en confessant paisiblement le Seigneur. »
— Historia Francorum (Histoire des Francs, 573-594), livre I
Trophime serait ainsi le fondateur de l'Église d'Arles, au IIIe siècle, en tant que premier épiscope.
En réalité, l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours amalgame des récits d'origines, de dates et de valeurs différentes, pour raconter l'histoire légendaire de ces sept missionnaires : Martial de Limoges, Gatien de Tours, Trophime d'Arles, Paul de Narbonne, Saturnin de Toulouse, Denis de Paris, Austremoine de Clermont[7]. De plus, Grégoire de Tours place Saturnin de Toulouse au Ier siècle dans un autre texte[8],[9].
Hypothèse Numide
modifierCet évêque, peut-être légendaire, pourrait bien avoir existé. En cohérence avec les propos rapportés par Grégoire de Tours, des sources ténues mais fondées sur des documents authentiques (des lettres de l'évêque de Carthage Cyprien, écrites dans les années 250-254) précisent qu'un évêque Trofime a participé aux évènements liés à la persécution de Dèce.
En effet, peu après ces évènements, vers 252, une lettre de Cyprien à Antonianus[10], évêque en Numidie (lettre 55[11]), évoque un Trofime qui, après avoir renié l’église, demande à revenir en son sein.
« Pour ce qui est de Trofime, au sujet duquel vous avez exprimé le désir d'avoir des explications, les choses ne sont pas telles que vous les ont présentées des rumeurs vagues ou des mensonges malveillants. Comme l'ont fait souvent nos prédécesseurs, notre frère a tenu compte de ce qu'imposaient les circonstances pour ramener nos frères séparés. Une grande partie du peuple fidèle s'était éloignée avec Trofime. Or, Trofime revenait à l'Église, il donnait satisfaction; il avouait, en demandant pardon, son erreur passée; il satisfaisait encore et montrait une humilité parfaite en ramenant à l'Église les frères qu'il en avait séparés. Aussi a-t-on écouté ses prières, et l'Église a reçu non pas tant Trofime lui-même qu'un très grand nombre de frères qui étaient avec Trofime et qui n'auraient point repris le chemin de l'Église, si Trofime n'avait été avec eux. À la suite d'un conseil tenu là-bas entre plusieurs collègues, on a admis Trofime, pour qui satisfaisaient le retour des frères et le salut rendu à un grand nombre. Trofime d'ailleurs n'a été admis à notre communion qu'à titre laïc, et non pas, quoi qu'aient pu vous en dire des écrits malveillants, avec la dignité épiscopale. »
Bien qu’il ne soit pas affirmé que cet évêque soit l’évêque d'Arles, il est impossible de ne pas voir une grande concordance entre ce Trofime et l'évêque d'Arles Trophime. Ce Trofime, dont le patronyme est proche, a été évêque vers 250, à la même époque que celui évoqué par Grégoire de Tours ; il a renié la foi chrétienne lors des persécutions de Dèce, ce que toutefois le récit hagiographique légendaire ne rappelle pas, avec une certaine logique. Ce Trofime semble très connu dans la chrétienté, au point que Cyprien, s'adressant à son interlocuteur, ne juge pas utile de préciser le diocèse dont il est l'évêque[12]. Cyprien nous apprend également que ce Trofime souhaite retourner dans la communauté de l'Église. Ceci suscite des interrogations de la part de ses anciens collègues, tels que cet Antonianus. Or l'évêque de Carthage évoque dans la lettre 68, datée de 254[13], toujours à propos du schisme novatien, l'évêque d'Arles Marcianus qui refuse de réintégrer dans l'Église les chrétiens repentants :
« Faustinus, notre collègue de Lyon, m'a écrit à plusieurs reprises, frère très cher, pour me faire connaître (et je sais que la nouvelle vous a été aussi annoncée par mes autres collègues dans l'épiscopat de la même province) que Marcianus d'Arles s'est joint à Novatien, et éloigné de la vérité de l'Église catholique et de l'unanimité de notre corps épiscopal, il a adopté les dures maximes d'une hérésie présomptueuse, qui fermant la porte de l'Église à des serviteurs de Dieu qui regrettent et pleurent leur faute, et y viennent frapper avec des gémissements et des larmes, leur refuse les consolations et les secours de la Bonté de Dieu et de sa paternelle Miséricorde, sans se soucier d'admettre des blessés à soigner leurs blessures, préférant les abandonner à la rapacité des loups et à la rage du diable[14]. »
Enfin, comme le dit la lettre 55, l'un des enjeux de ce pardon papal, c'est de savoir si Trofime retrouve ou non son diocèse. Tous ces éléments expliquent très bien la conduite de Marcianus, élu évêque d'Arles à la place de Trofime, qui ne souhaite pas que Trofime reprenne sa place au sein de l’église arlésienne. Il est donc possible que ce Trofime ne soit qu'une seule et même personne avec Trophime, comme l'admet historien du XIXe siècle Wladimir Guettée[15].
Culte et patronage
modifierSon nom a été donné à la cathédrale de la cité construite au Ve siècle. Initialement appelé Saint-Étienne, l’édifice prend le nom de Trophime au XIIe siècle. Il est considéré comme le saint patron de la ville d'Arles.
Le martyrologe romain, dans l'édition de 1960, affirmait au sujet de Trophime le 29 décembre[2],[3] :
« À Arles, en Gaule, on célèbre l'anniversaire de saint Trophime, dont saint Paul parle dans sa lettre à Timothée. Or, Trophime lui-même, ordonné évêque par ce même apôtre, fut le premier envoyé dans cette ville pour y prêcher l'Évangile du Christ ; de la prédication duquel (comme l'écrit le pape saint Zosime) toute la Gaule reçut les ruisseaux de la foi. »
L'édition de 2004 du martyrologe déclare à la date du 29 décembre[4] :
« À Arles, dans la province de Gaule, saint Tophime, considéré comme le premier évêque de cette ville. »
Galerie
modifier- Vitrail de la cathédrale représentant la Vierge Marie et l'évêque.
- Portail de la cathédrale, avec de gauche à droite : saint Barthélemy, saint Jacques le Majeur et saint Trophime.
Notes et références
modifier- ↑ Nominis : Saint Trophime.
- 1 2 (la) « Index of /CalibreLibrary/Catholic Church/Martyrologium Romanum (10206) », sur isidore.co (consulté le )
- 1 2 « Martyrologium Romanum - Decembris », sur www.liturgialatina.org (consulté le )
- 1 2 (la) Catholic Church, Martyrologium Romanum, (lire en ligne), p. 691
- ↑ Arbellot 1895, p. 135.
- ↑ Arbellot 1895, p. 133-134.
- ↑ Alain Tallon, Catherine Vincent, Histoire du christianisme en France : des Gaules à l'époque contemporaine, Armand Colin, , p. 14.
- ↑ Étienne-Michel Faillon, Monuments inédits sur l'apostolat de Sainte Marie-Madeleine en Provence, Paris, (lire en ligne), p. 374-378.
- ↑ Arbellot 1895.
- ↑ Cyprien avait reçu auparavant une lettre de ce même Antonianus blâmant le pape Cornélius d'avoir communiqué avec Trofime.
- ↑ Lettre 55 - Cyprien à son frère Antonianus, salut, bibliothèque-monastique.ch.
- ↑ L'expression là-bas, utilisée par Cyprien vis-à-vis d'un interlocuteur se situant comme lui en Afrique, signifie toutefois que ce Trofime n'est pas un évêque d'un diocèse africain.
- ↑ Lettre de Saint-Cyprien (Epistula 68) adressée au pape Étienne.
- ↑ Lettre 68 - Cyprien à Étienne son frère, salut, bibliothèque-monastique.ch
- ↑ Wladimir Guettée - Histoire de l'église de France - Jules Renouard et Ce., 1836, page 41 ici
Voir aussi
modifierBilbiographie
modifier- François Arbellot, « Observations critiques à M. l'abbé Duchesne sur les origines chrétiennes de la Gaule, et sur l'apostolat de saint Martial », Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, vol. XLIII, , p. 125-182 (lire en ligne)
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Saint Trophime d'Arles, évêque, site Iconographie chrétienne
- (it) Éléments hagiographiques sur saint Trophime, site Santi Beati
- (en) Diocèse d'Arles et liste des évêques et archevêques sur le site GCatholic.org