Sally Hemings
Sally Hemings, née vers 1773 dans le comté de Charles City (colonie de Virginie) et morte en 1835 à Charlottesville (États-Unis), est une esclave afro-américaine. Sa mère, Betty Hemings, travaille pour John Wayles (en), le père de Martha Wayles. Ce dernier meurt en 1773. Avec le remariage de Martha Wayles avec Thomas Jefferson, Sally passe au service du planteur de Virginie. Martha Jefferson (épouse de Thomas Jefferson, née Wayles) et Sally sont sans doute demi-sœurs.
| Naissance | |
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| Décès | |
| Nationalité | |
| Domicile | |
| Père |
John Wayles (en) |
| Mère |
Betty Hemings (en) |
| Fratrie | |
| Enfants |
William Beverly Hemings (en) Harriet Hemings (en) Madison Hemings Eston Hemings |
| Statut | |
| Propriétaire |
Biographie
modifierAprès la mort de Martha Jefferson en 1782, son époux Thomas Jefferson s'installe à Paris pour y être ambassadeur des États-Unis. Il fait venir sa fille Mary ainsi que son esclave Sally Hemings en 1788. Elle a la peau claire[1]. Alors qu'elle a 15 ans et lui 44, Jefferson débute une relation sexuelle qui durera trente-huit ans[1]. Une fois sa charge terminée, Jefferson rentre aux États-Unis avec Sally, mais elle exige d'être émancipée ainsi que ses enfants et négocie ses conditions d'existence à la plantation de Monticello[1]. Lorsque Jefferson meurt en 1826, elle s'installe à Charlottesville. La fille aînée de Jefferson, Martha, ne l'affranchit pas formellement, mais elle se voit accorder de rester près de ses enfants[1],[2]. Deux de ses enfants avaient rejoint en 1822 et un autre fils violoniste, Eston, devient chef d'orchestre dans l'Ohio[1]
Controverse à propos des enfants de Sally Hemings
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Thomas Jefferson, le maître de Sally Hemings, s'oppose au métissage[3] :
« La fusion des Blancs et des Noirs produit une dégradation à laquelle aucun amoureux de son pays, aucun amoureux de l'excellence du caractère humain, ne peut innocemment consentir. »[4]
Cependant, il circule à l'époque de nombreuses rumeurs, souvent alimentées par les adversaires politiques de Jefferson, sur une éventuelle liaison avec Sally Hemings. Lorsque Jefferson est président, le journaliste James Callender (en) alimente les suspicions. On disait même que l'esclave avait donné naissance à plusieurs enfants, dont le père est Jefferson. Les fondements de ces rumeurs ont longtemps fait l'objet de débat parmi les historiens. Plusieurs études ont été entreprises pour démontrer que Jefferson avait bien eu des enfants avec son esclave.
En 1873, Madison Hemings, l'un des fils de Sally, déclare que tous les enfants de Sally sont de Jefferson. La ressemblance physique de ces enfants avec le troisième président américain est frappante. En outre, ils ont été affranchis par lui. Certains expliquent la ressemblance en attribuant leur paternité aux neveux de Jefferson. D'autres pensent que le père des enfants de Sally Hemings est plutôt Randolph Jefferson (en), le plus jeune frère de Thomas Jefferson.
Tests ADN et fin du secret entourant la relation entre Jefferson et Hemings
modifierLes analyses ADN, menées à la fin des années 1990, par le docteur Eugene Foster sur les descendants connus de Jefferson et de Sally Hemings, semblent prouver qu'Eston Hemings est bien le fils de l'ancien président et de son esclave noire[5]. S'il est possible de postuler que Jefferson, en tant que propriétaire de Hemings - de trente ans sa cadette - abusait sexuellement de cette dernière, aucun élément n'indique a contrario que leur relation n'ait pas été consensuelle[6],[7].
En 2017, des archéologues découvrent, lors de travaux dans la maison de Thomas Jefferson à Monticello, une pièce cachée qui aurait sans doute été habitée par Sally Hemmings et ses enfants[8].
En 2018, une exposition consacrée à Sally Hemings est installée à Monticello, le musée installé dans la plantation de Jefferson, qui officialise ainsi la relation entre Jefferson et Hemings[7].
Débats historiographiques
modifierLes spécialistes de Jefferson ont longtemps discuté de l'affaire Sally Hemings. Ils n'ont pas retenu les accusations de Callender, parce qu'elles étaient de toute évidence trop politiques. Dans son ouvrage sur les relations interraciales aux États-Unis (White Over Black (1968)), Winthrop Jordan conclut que la relation Jefferson-Hemings est plausible. La biographie de Jefferson écrite par Fawn McKay Brodie en 1974 relance le débat et prétend prouver que les enfants de Sally Hemings sont aussi ceux de Jefferson, mais elle est critiquée pour son approche trop psychanalytique de la question ; les historiens Dumas Malone, Douglass Adair et Virginius Dabney (en) soulignent la fragilité des indices. Le roman de Barbara Chase-Riboud (Sally Hemings) ainsi que le film de James Ivory Jefferson à Paris présentent au contraire la liaison du maître et de son esclave comme véridique. En 1997, le professeur de droit Annette Gordon-Reed publie son Thomas Jefferson and Sally Hemings: An American Controversy.
Représentation
modifierTitus Kaphar peint une œuvre liant Sally Hemings et Thomas Jefferson[9].
Notes et références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Sally Hemings » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 3 4 5 Corine Lesnes, « 250 ans d’indépendance américaine : Thomas Jefferson et John Adams, « les pôles Nord et Sud de la révolution américaine » », sur lemonde.fr, (consulté le ).
- ↑ (en) « The Life of Sally Hemings », sur www.monticello.org (consulté le )
- ↑ Pat Wingert, « Et Jefferson et son esclave eurent beaucoup de descendants... », sur Courrier international, (consulté le )
- ↑ (en) Edna Bolling Jacques, « The Hemmings Family in Buckingham County, Virginia », sur buckinghamhemmings.com (consulté le )
- ↑ Sur cette question, voir aussi le site de PBS ((en) 1998) qui fait le point sur la descendance de Jefferson ; plusieurs articles de la revue britannique Nature reviennent sur les analyses ADN des descendants de Sally Hemings : n°396 (5 novembre 1998) et n°397 (7 janvier 1999)
- ↑ Rothman, Joshua D., Notorious in the neighborhood: sex and families across the color line in Virginia, 1787-1861, 2003, Chapel Hill, NC: University of North Carolina Press. pp. 19–20. (ISBN 978-0-8078-5440-2).
- 1 2 (en-US) Farah Stockman et Gabriella Demczuk, « Monticello Is Done Avoiding Jefferson’s Relationship With Sally Hemings (Published 2018) », The New York Times, (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Excavation at Jefferson’s Monticello Mansion Reveals Home Of Sally Hemings », sur National Viral, (consulté le ).
- ↑ (en-US) « Annette Gordon-Reed and Titus Kaphar — Are We Actually Citizens Here? », sur The On Being Project (consulté le )
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (en) Annette Gordon-Reed, Thomas Jefferson and Sally Hemings : An American Controversy, University Press of Virginia,
- (en) Byron W. Woodson Sr., A President in the Family : Thomas Jefferson, Sally Hemings, and Thomas Woodson, Praeger Publishers,
- (en) Eyler Robert Coates Sr., The Jefferson-Hemings Myth, An American Travesty, Thomas Jefferson Heritage Society,
- (en) Rebecca L. et James F. McMurry Jr., Anatomy of a Scandal, Thomas Jefferson and the Sally Story, Thomas Jefferson Heritage Society,
- (en) Thomas Jefferson Heritage Society, The Jefferson-Hemings Controversy : Report of the Scholars Commission, (lire en ligne)
- (en) Brodie, Thomas Jefferson : An Intimate History, W. W. Norton & Company,
- Biographie de Thomas Jefferson en six volumes : Dumas Malone (Little, Brown, 1948-1981)
- (en) Jane Feldman et Shannon Lanier, Jefferson's Children : The Story of One American Family, Random House,
- (en) Sam Sloan, The Slave Children of Thomas Jefferson, Kiseido, (ISBN 4-906-57400-9)
- (en) Thomas Jefferson Foundation, Thomas Jefferson's Farm Book, (ISBN 1-882-88610-0)
- (en) Jan Lewis et Peter S. Onuf, Sally Hemings and Thomas Jefferson : History, Memory, and Civic Culture, University Press of Virginia,
- Barbara Chase-Riboud (trad. Pierre Alien), La Virginienne [« Sally Hemings »], France, Albin Michel, 1980, 355 p. (ISBN 2-226-01082-3)
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Ressource relative à la bande dessinée :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :