Santísima Trinidad
Le Santísima Trinidad (« Très Sainte Trinité »), surnommé « La Real » (« La Royale ») et « El Escorial de los mares » (« L'Escurial des mers »), est un navire de ligne de 1er rang originellement armé de 112, 116 ou 120 canons sur trois ponts, un nombre augmenté en 1795 et 1796 jusqu'à 136 canons mais vite ramené à 130 canons disposés sur quatre ponts[1].
| Nuestra Señora de la Santísima Trinidad | |
Santísima Trinidad | |
| Type | Navire de ligne de 120 canons |
|---|---|
| Histoire | |
| A servi dans | |
| Chantier naval | Royal Shipyard of Havana (en) (La Havane) |
| Lancement | La Havane, Cuba le |
| Statut | Coulé le |
| Caractéristiques techniques | |
| Longueur | 61,30 m |
| Maître-bau | 16,20 m |
| Tirant d'eau | 8,02 m |
| Déplacement | 4 950 tonnes[1] |
| Propulsion | Voile |
| Caractéristiques militaires | |
| Armement | 112 canons en 1769, portés à 136 en 1795 |
| Pavillon | Espagne |
| modifier |
|


Le nom de Nuestra Señora de la Santísima Trinidad (« Notre-Dame de la Très Sainte Trinité ») est aussi mentionné[2] ; ne pas confondre ce vaisseau avec le galion de Manille Santísima Trinidad y Nuestra Señora del Buen Fin (en), lancé en 1751.
Son déplacement de 4 950 tonnes[1] en fait le plus grand voilier au monde pour la durée de sa vie, nettement devant ses contemporains anglais HMS Victory (3 500 tonnes) et français Bretagne, jusqu'à la construction des vaisseaux de la classe Océan dont le premier exemplaire est le Commerce de Marseille lancé à Toulon en 1788.
Construction
modifierSes plans sont conçus par l'architecte naval irlandais Matthew Mullan[1] (domicilié en Espagne sous le nom de Mateo Mullán), qui travaille pour les Espagnols à La Havane[3].
Construit à La Havane en bois de cèdre américain à partir de 1766, il est lancé en 1769 avec trois ponts et 112[4], 116[2],[n 1] ou 120 canons[5] sous le nom de Santísima Trinidad, nom officiel à partir du [4]. Son port d'attache est Barcelone[2].
Carrière
modifierLa guerre d'indépendance américaine : une participation peu convaincante (1779-1783)
modifierLe navire souffre des mêmes défauts de construction que tous les vaisseaux espagnols de l'époque. Construit à La Havane en bois de cèdre et d'acajou, il est très solide mais aussi très lourd et donc peu manœuvrant, et son gréement est de mauvaise qualité[n 2].
Son abondante artillerie ne fait guère illusion non plus, car les canons espagnols sont d'un calibre plus faible que ceux des marines française et anglaise. De plus, nombre d'entre eux sont de facture médiocre et s'enrayent au bout de quelques dizaines de coups[n 3]. M. de Montmorin, ambassadeur de France à Madrid et bon observateur militaire, note aussi le manque d'entraînement des matelots et des officiers[7], alors que la corruption règne dans les arsenaux espagnols.
Une situation que l'on trouve par ailleurs sur tous les vaisseaux espagnols et dont sont parfaitement conscients les adversaires anglais, mais aussi les alliés français, sans illusions sur les qualités militaires réelles de ce navire très haut sur l'eau, couvert de dorures et statues de bois comme on le faisait au XVIIe siècle, mais qui sont totalement anachroniques dans les années 1760-1780. Une « citadelle flottante », selon Jean-Christian Petitfils[8], mais qui est à l'image de l'Espagne de cette période, pays qui cherche à retrouver le rang mondial qu'il avait jusqu'au XVIIe siècle, mais sans en avoir vraiment les moyens, derrière la puissance affichée de ses vaisseaux couverts de dorures et de bouches à feux[8]. L'abbé de Véri, lui aussi bon observateur militaire, note en 1776 que « le roi d'Espagne, fier d'une marine qu'il croit superbe par l'apparence de ses vaisseaux, fait des efforts continus pour l'engager. Il ignore (...) que ces carcasses de vaisseaux, plus belles que partout ailleurs, ne sont servies que par des hommes peu capables et en trop petit nombre. »[9]
Une faible efficacité militaire que la participation à la guerre d'indépendance américaine, comme navire amiral, ne fait que confirmer. Le gros vaisseau, aux ordres de l'orgueilleux et hiératique don Luis de Córdova y Córdova (76 ans), se traîne dans l'Atlantique lors de la concentration navale franco-espagnole de 1779. Les Français passent des semaines au large de Brest à attendre l'arrivée de l'escadre espagnole et de son vaisseau amiral, retard largement responsable de l'échec de cette campagne qui avait normalement pour but de débarquer en Angleterre.
Sa carène est doublée de cuivre[10], une opération réalisée à La Carraca, Cadix, qui dure probablement d' à [2] et en tout cas après car c'est à cette dernière date qu'est réalisé le doublage en cuivre des navires français la Diane et la Néréide, avec quelque succès ; et les Espagnols reprennent pour le Santísima Trinidad – et pour quelques frégates qu'ils doublent aussi de cuivre en même temps – la technique utilisée pour le traitement des plaques de cuivre posées sur ces deux vaisseaux français. Sauf qu'ils ne reproduisent pas exactement la technique : au lieu d'une seule couche de vernis (huile de lin peinte sur les plaques qui sont ensuite chauffées selon une certaine façon), ils en appliquent quatre à six couches, et les carènes de leurs bateaux se retrouvent rapidement couvertes d'herbes et de crustacés. Il est très probable que l'épaisseur notable du vernis a pu servir de matrice pour le développement des plantes et l'attachement des animaux[10].
Le Santísima Trinidad participe ensuite au second siège de Gibraltar, sans grand succès non plus : au combat du cap Spartel (), le « mastodonte doré » (Jean-Christian Petitfils)[11], à la tête des 48 vaisseaux français et espagnols massés devant la forteresse anglaise se montre absolument incapable d'intercepter le grand convoi de ravitaillement conduit par Howe. Échec autant imputable à la lenteur du navire qu'aux erreurs de commandement de Luis de Cordova y Cordova.
La bataille du cap Saint-Vincent
modifierEn 1795 le vaisseau est largement remanié et on lui installe un quatrième pont continu de sorte à pouvoir disposer de 136 bouches à feu.
Il est vaisseau amiral de Don José de Cordoba lors de la bataille du cap Saint-Vincent () où s'illustre un jeune lieutenant de vaisseau nommé Nelson. Entouré de nombreux vaisseaux ennemis (HMS Blenheim (90 canons), HMS Orion (74), HMS Irresistible (74) et HMS Excellent (74)), il échappe de peu à la capture. Largement démâté, la moitié de son équipage tué ou blessé, il amène ses couleurs, mais les Anglais ne parviennent pas à s'en emparer avant qu'il soit secouru par le Pelayo (74 canons) et le Principe de Asturias (112 canons). Quelques jours plus tard le Santísima Trinidad est repéré de nouveau et attaqué, vainement, par l'HMS Terpsichore (1785) du capitaine Richard Bowen (en). Il parvient tant bien que mal à rallier Cadix pour réparer.
L'agonie d'un géant à Trafalgar
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C'est déjà un navire ancien qui retrouve Lord Nelson à la bataille de Trafalgar le où, commandé par le capitaine Francisco Javier Uriarte, il porte la marque de l'amiral Baltasar Hidalgo de Cisneros. Il est placé au centre de la ligne franco-espagnole, juste en avant du Bucentaure à bord duquel se trouve l'amiral Pierre Charles Silvestre de Villeneuve. Sans doute en raison de son aspect imposant, il est pris pour ligne de cap par l'escadre de Nelson à bord du HMS Victory. Durant toute la bataille, le Santisima Trinidad se retrouve au cœur de la mêlée pendant laquelle il voit converger vers lui les vaisseaux de Nelson. Pendant plus de 4 heures, il fait face au feu ininterrompu de nombreux ennemis. Sévèrement touché, ayant perdu deux mâts, le tiers de son équipage tué ou blessé, il semble être le dernier à amener son pavillon et se rend au HMS Neptune, juste avant la nuit. Très endommagé, il est remorqué par le HMS Prince quand il disparait dans la tempête le , causant la perte de quelque 300 marins, sans doute sabordé par ses ravisseurs anglais, craignant qu'il ne soit repris lors de la contre-attaque du capitaine Cosmao Kerjulien.
Navire musée
modifierUne réplique grandeur nature se trouve dans le port d'Alicante et servait de navire musée. Il est désormais fermé au public, ayant besoin de lourdes réparations et a dû être déplacé de son emplacement d'origine.
Galerie historique
modifier- Plan schématique du Santisima Trinidad avec trois ponts, avant sa conversion en un quatre ponts. Le navire, construit à La Havane est superbe, mais il est trop lourd, lent et peu manœuvrant.
- Le Santisima Trinidad sert de navire-amiral à Luis de Córdova y Córdova (76 ans) pendant la guerre d'indépendance des États-Unis et lors du siège de Gibraltar.
- La bataille du cap Saint-Vincent par Robert Cleveley. Le Santisima Trinidad y est très gravement endommagé.
- Le Pelayo (Desaix 1804) secourant le Santisima Trinidad à la bataille du cap Saint-Vincent, le .
- Au cœur de la bataille de Trafalgar, par William Turner, (1806-1808). Le Santisima Trinidad, capturé, coule après la bataille.
- La réplique touristique du navire-musée Santisima Trinidad à Alicante .
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Selon le site threedecks.org, le vaisseau est lançé avec les canons suivants[2] :
- pont inférieur : 30 canons de 36 livres espagnoles (Spanish 36-Pounder)
- pont médian : 32 canons de 24 livres espagnoles
- pont supérieur : 32 canons de 12 livres espagnoles
- gaillard d'arrière : 16 canons de 8 livres espagnoles
- gaillard d'avant : 6 canons de 8 livres espagnoles.
- ↑ Le doublage en cuivre de sa carène intervient plus tard : les Anglais sont les plus avancés dans cette technique et en 1766 ils n'ont eux-mêmes que deux navires doublés de cuivre, à titre d'expérimentation[6].
- ↑ Sur l'état réel de la marine espagnole on peut consulter Taillemite 2002, chapitre 7 : « L'Espagne, allié ou poids mort ? », p. 125-139.
Références
modifier- 1 2 3 4 (en) Philip K. Allan, « The Santisima Trinidad », sur philipkallan.com (consulté en ).
- 1 2 3 4 5 (en) « Spanish First Rate ship of the line 'Nuestra Señora de la Santísima Trinidad' (1769) », sur threedecks.org (consulté en ).
- ↑ (es) Gervasio de Artinano y de Galdacano, La Arquitectura Naval Espanola (en Madera), Madrid, (lire en ligne [sur archive.org]), p. 162, 225.
- 1 2 « Santisima Trinidad », sur gianhien.net (consulté en ).
- ↑ Galdacano 1920, p. 89.
- ↑ (en) John Fincham, Outline of Ship-Building in Four Parts, Londres, Whittaker and Co., , 3e éd. (1re éd. 1820, Portsea, William Woodward : An introductory outline of the practive of ship-building) (lire en ligne), partie III, Partie 4, p. 62.
- ↑ Taillemite 2002, p. 167.
- 1 2 Petitfils 2005, p. 405.
- ↑ Cité par Taillemite 2002, p. 126-127. Sous Louis XV, le duc de Praslin, secrétaire d'État de la marine, avait déclaré que l'Espagne était comme « le squelette d'une grande puissance, énervée, décharnée, sans ressort » (Ibid.) .
- 1 2 [Panckoucke 1786] Charles-Joseph Panckoucke, Encyclopédie méthodique. Marine, t. 2, chez Panckoucke, , 897 p. (lire en ligne), « Doublage », p. 76-91.
- ↑ Petitfils 2005, p. 407.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- [Harbron 1988] (en) John D. Harbron, Trafalgar and the Spanish Navy : the Spanish experience of sea power, Annapolis (Md.), Naval institute press, , 178 p. (ISBN 0-87021-695-3).
- [Petitfils 2005] Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, Paris, éditions Perrin, , 1116 p. (ISBN 2-262-01484-1).
. - [Taillemite 2002] Étienne Taillemite, Louis XVI ou le navigateur immobile, Paris, éditions Payot, coll. « Portraits intimes Payot », , 272 p. (ISBN 2-228-89562-8).
. - [Vergé-Franceschi 2002] Michel Vergé-Franceschi (dir.), Dictionnaire d'Histoire maritime, Paris, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins », , 1508 p. (ISBN 2-221-08751-8 et 2-221-09744-0).
