Le scénario social (Histoire sociale ou social story pour les anglophones) est un outil structuré, pédagogique, d'intervention, créé pour aider les personnes à « lire » et interpréter différentes situations sociales afin de pouvoir mieux y naviguer. Il est destiné à des personnes porteuse d'un trouble envahissant du développement : enfants autistes notamment, ou porteuse de tout autre trouble de la personnalité affectant les compétences sociales, la régulation émotionnelle et la compréhension des normes sociales.

Les scenarii sociaux décrivent, de manière simple et rassurante, des événements, comportements ou interactions spécifiques, en expliquant ce qui se passe, pourquoi, et comment y réagir de façon appropriée.

Ce concept a été créé par Carol Gray dans les années 1990. Dans le chams de la psychologie, il s'inscrit dans la famille des « narratifs sociaux » (Social narratives pour les anglophones qui regroupe outre le concept de Social Stories™/social stories, ceux de social scripts, cartooning, comic strip conversations, power cards, and social autopsies) et des interventions basées sur des histoires (story-based interventions), et des outils d'entraînement aux compétences sociales.

Description

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Les scénarios sociaux sont surtout utilisés auprès d'enfants neuroatypiques, autistes le plus souvent (car ils peinent à spontanément comprendre les codes de la communication humaine)[1]. Ils peut aussi aider des personnes présentant d'autres trouble envahissant du développement (TED)[2],[3]. La caractéristique centrale de l'autisme (ou du TED) étant la difficulté de la personne (élève, étudiant, salarié, retraité…), à s'adapter et à comprendre son environnement social.

L'« histoire sociale » est rédigée par un membre de la famille, par un enseignant, un proche-aidant, ou tout autre professionnel qui connaît bien la personne. Pour les enfants, ces histoires peuvent être écrites en style FALC (facile à lire et à comprendre), à la première personne, avec des phrases courtes, des illustrations, et avec un ton neutre, de manière à favoriser la compréhension, réduire l'anxiété et encourager l'autonomie sociale. L'histoire peut s'appuyer sur l'un des centres d'intérêts spécifiques de la personne. Une histoire sociale peut expliquer comment dire bonjour à un camarade, se préparer à une visite chez le médecin, gérer une frustration en classe ou une crise autistique ; ou elle peut expliquer à un adulte comment interagir avec ses collègues de travail, ou avec son partenaire dans un couple, etc.

Selon Gray et Garand (1993), le scénario social est une courte histoire, décrivant une situation sociale, de façon détaillée, et représentant ce qui est souhaité ou attendu de la personne dans cette situation particulière. Le scénario social peut être écrit et enrichi d'illustrations (à l'aide de dessins, photos ou d'autres formes d'images qui facilitent souvent la compréhension chez l'enfant autiste)[4]. Il peut aussi être filmé pour répondre au besoin de la personne (par exemple en tant qu'élève). Il est utilisé pour présenter un comportement socialement attendu, pour améliorer la compréhension d'une situation sociale, par exemple pour expliquer un nouveau règlement ou un changement de routine.

Objectif

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L'objectif du scénario social est d'illustrer avec précision une situation sociale et des « scripts sociaux » pour améliorer la compréhension sociale de la personne (enfant, adolescente ou adulte) et/ou son habileté à interagir socialement.

Il vise ainsi l'adaptation aux contextes sociaux (Gray et Garand, 1993). Le script social (social script) est généralement une séquence verbale ou comportementale répétitive que la personne peut apprendre et utiliser dans des situations sociales ; ce script est souvent plus court, direct et automatisé (ex. : phrase-type pour dire bonjour ou demander de l'aide) ; il est parfois utilisé comme stratégie d'apprentissage comportemental dans des approches comme l'ABA (analyse appliquée du comportement). Alors que le script social fournit les mots ou gestes à utiliser, le scénario social explique le contexte et les intentions.

L'objectif peut être prospectif, c'est-à-dire orienté vers le futur (pour préparer la personne à une situation nouvelle), ou éventuellement rétrospectif, c'est-à-dire orienté vers le passé (par exemple pour revenir sur une situations de malentendu, sur une situation que la personne a mal comprise, ou qu'elle a vécue comme injuste, etc.)[5]. L'objectif peut aussi être double, par exemple pour aider une personne à percevoir les prémisses d'une crise autistique, afin de mieux éviter ou mieux gérer d'autres crises dans le futur[6].

Conditions d'efficacité

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Selon Gray (1994), le scénario social, pour maximiser son efficacité, doit respecter certains critères : les phrases le constituant doivent être courtes et, pour les enfants ou les personnes avec déficience intellectuelle, écrites à la première personne du singulier. Le scénario social doit aussi inclure trois types de phrases :

  1. descriptives, qui décrivent et illustrent une situation sociale (actions et personnes impliquées) de façon claire ;
  2. directives, qui présentent les réactions socialement adaptées (attendues) de la personne, dans la situation donnée ;
  3. projectives (ou perspectives), qui décrivent les réactions potentielles des personnes impliquées dans la situation sociale décrite ;
  4. affirmatives, qui décrivent et rappellent des points importants.

Le langage utilisé et la longueur de l'histoire doivent être adaptés au niveau de développement de la personne.
Les situations sociales décrites dans un scénario social seront peu complexes et spécifiques (ex. : dire bonjour quand je rencontre une ou plusieurs personnes que je connais) ; elles doivent être ciblées (ex. : difficultés sociales, comportements problématiques) ; et adaptées au niveau de compréhension de la personne impliquée.

De plus, pour être efficace, le scénario social doit être  systématiquement  lu par la personne, dans un contexte de calme et permettant sa concentration ; et ce scénario doit ensuite rester à sa disposition, tant que de besoin. S'il est fait pour un enfant ou une personne ne maitrisant pas la lecture, le scénario social peut lui être lu par un tiers, et soigneusement et pédagogiquement illustré.

Il pourra ensuite être modifié en fonction des besoins de la personne, au fur et à mesure que son évolution ou en fonction de l'évolution de son contexte social. Le scénario social doit de plus être estompé afin que le ou les comportements ciblés soient maîtrisés de façon autonome par l'enfant[pas clair].

En accompagnement d'une thérapie

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Les personnes concernées par un trouble envahissant du développement (personne autiste notamment) présentent souvent des comorbidités nécessitant des thérapies adaptées et un travail en groupe d'entraînement aux habiletés sociales[7].

Les social stories peuvent préparer une personne à une intervention médicale ou paramédicale, et elles peuvent être intégrées à une thérapie cognitivo-comportementale (TCC) ou à d'autres types de thérapies.

Elles ont en effet des objectifs communs avec les TCC : améliorer les compétences (habiletés) sociales[8], réduire les comportements problématiques, améliorer la flexibilité psychologique, pour favoriser l'adaptation aux situations sociales, notamment quand elles sont nouvelles.

Elle peut accompagner des exercices de résolution de problèmes ou de pleine conscience, typiques des TCC dites de troisième vague (qui regroupent des approches intégrant les émotions, la pleine conscience et la relation à soi), en complément des techniques classiques de restructuration cognitive et de modification comportementale.
Une histoire sociale peut donc, par exemple, illustrer une situation anxiogène (comme aller chez le dentiste, participer à une fête d'anniversaire, rentrer à l'université, aller à un enterrement, affronter une phobie..) et proposer des stratégies de gestion émotionnelle, en lien avec les techniques de restructuration cognitive.

Évaluation scientifique de l'efficacité des scenarii sociaux

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Il est difficile de scientifiquement évaluer, autrement qu'au cas par cas ou dans de petits panels, ces techniques, tant par des études empiriques, quantitatives que qualitatives et temporelles, car un scénario social est par définition construit pour une personne donnée, à un moment donné de son parcours de vie, et pour répondre à une difficulté particulière, ce qui exclut la possibilité de construire un protocole de recherche avec groupe témoin.

Zimmerman et Ledford, en 2017 observent que, « bien qu'ils soient couramment prescrits et utilisés », les scenarii sociaux ont été peu étudiés en termes d'efficacité ; et en outre les études n'ont porté presque exclusivement que sur des enfants d'âge scolaire et atteints de troubles du spectre autistique[9] ; or le spectre de l'autisme est très large, intégrant des personnes avec ou sans déficit intellectuel, souvent porteuses de comorbidités, et pour certaines non-verbales.

En 2006, une revue de la littérature publiée par Georgina Reynhout et Mark Carter conclut que les effets des Social Stories™ sont prometteurs mais variables. En raison de méthodologies d'évaluation hétérogènes et d'un manque de clarté quant à leurs éléments clés, les auteurs notent que des recherches complémentaires restent nécessaires[10].

Une étude (2017) invite à une utilisation prudente des « récits sociaux isolés pour les enfants sans TSA », « en raison des résultats variables et de l'absence d'un nombre suffisant d'études rigoureuses » démontrant une réduction des comportements difficiles ou une augmentation du comportement prosocial chez les enfants sans TSA[9].

Une autre revue de la littérature, en 2020, conclut que la majorité des études disponibles sur les récits sociaux ne fournissent pas de preuves convaincantes de leur efficacité, appelant à nouveau à des recherches plus rigoureuses[11].

Une étude a en 2015 évalué l'impact de cette méthode sur les compétences sociales de 30 garçons autistes répartis en groupe expérimental et groupe témoin. Après 16 séances, les membres du groupe expérimental ont montré des progrès significatifs en compréhension, initiation et maintien des interactions sociales, mais aucune amélioration de leur capacité à répondre aux autres. L'intervention est néanmoins jugée globalement efficace et utile pour les professionnels[12].

Notes et références

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  1. (en) Geraldine Dawson, Andrew N. Meltzoff, Julie Osterling et Julie Rinaldi, « Children with Autism Fail to Orient to Naturally Occurring Social Stimuli », Springer Link, vol. 28, no 6, , p. 479–485 (ISSN 1573-3432, DOI 10.1023/A:1026043926488, lire en ligne, consulté le ).
  2. « L'utilisation des scénarios sociaux : élaboration d'un programme d'intervention et perceptions d'adolescents ayant un trouble envahissant du développement – Revue de psychoéducation », sur Érudit (consulté le ).
  3. [PDF]Exemple de scénarios sociaux : Pour faciliter mon parcours aux études supérieures par J. Parent, L. Picard, O. Raymond, Cégep du Vieux-Montréal, L. Stezewski, CRDI, sur www.autisme.qc.ca, révision par la Fédération québécoise de l'autisme, janvier 2013.
  4. (en) Jennifer B. Ganz, Maria Kaylor, Bethany Bourgeois et Kathy Hadden, « The Impact of Social Scripts and Visual Cues on Verbal Communication in Three Children With Autism Spectrum Disorders », Focus on Autism and Other Developmental Disabilities, vol. 23, no 2, , p. 79–94 (ISSN 1088-3576 et 1538-4829, DOI 10.1177/1088357607311447, lire en ligne, consulté le ).
  5. Myriam Bost, « Chapitre 5. Les habiletés sociales », dans L'autisme chez l'enfant, Mardaga, coll. « Psychologie & Parentalité », , 115–125 p. (lire en ligne).
  6. Marie-Ève Garon, Les scénarios sociaux pour la gestion de crises chez les autistes de haut niveau (Mémoire de Maître ès sciences en sciences biomédicales, option réadaptation), Université de Montréal, 1-199 p. (lire en ligne).
  7. J. Andanson, F. Pourre, T. Maffre et J. -P. Raynaud, « Les groupes d'entraînement aux habiletés sociales pour enfants et adolescents avec syndrome d'Asperger : revue de la littérature », Archives de Pédiatrie, vol. 18, no 5, , p. 589–596 (ISSN 0929-693X, DOI 10.1016/j.arcped.2011.02.019, lire en ligne, consulté le ).
  8. Francine Cuny, « Les groupes d'entraînement aux habiletés sociales », Annales médico-psychologiques, vol. 170, no 7, , p. 482–484 (ISSN 0003-4487, DOI 10.1016/j.amp.2012.06.017, lire en ligne, consulté le ).
  9. 1 2 (en) Kathleen N. Zimmerman et Jennifer R. Ledford, « Beyond ASD: Evidence for the Effectiveness of Social Narratives », Journal of Early Intervention, vol. 39, no 3, , p. 199–217 (ISSN 1053-8151 et 2154-3992, DOI 10.1177/1053815117709000, lire en ligne, consulté le ).
  10. (en) Georgina Reynhout et Mark Carter, « Social Stories™ for Children with Disabilities », Journal of Autism and Developmental Disorders, vol. 36, no 4, , p. 445–469 (ISSN 0162-3257 et 1573-3432, DOI 10.1007/s10803-006-0086-1, lire en ligne, consulté le ).
  11. (en) Justin B. Leaf, Julia L. Ferguson, Joseph H. Cihon et Christine M. Milne, « A Critical Review of Social Narratives », Journal of Developmental and Physical Disabilities, vol. 32, no 2, , p. 241–256 (ISSN 1056-263X et 1573-3580, DOI 10.1007/s10882-019-09692-2, lire en ligne, consulté le ).
  12. (en) Fatemeh Golzari, Ghorban Hemati Alamdarloo et Shahram Moradi, « The Effect of a Social Stories Intervention on the Social Skills of Male Students With Autism Spectrum Disorder », Sage Open, vol. 5, no 4, (ISSN 2158-2440 et 2158-2440, DOI 10.1177/2158244015621599, lire en ligne, consulté le ).

Voir aussi

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Articles connexes

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Liens externes

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Bibliographie

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  • Gray C (1997). Nouveau Livre de Scenarios Sociaux 1994 : Les scénarios sociaux compris dans ce Livre ont été soigneusement conçus pour les enfante et les adultes atteints d'autisme. Future Horizons.