Sebastián Alarcón
Sebastián Ramón Alarcón Ramírez né le à Valparaiso au Chili et mort le à Moscou en Russie était, par ordre croissant de participations, un acteur, un musicien, un monteur, un compositeur, un producteur, un chef-décorateur, un scénariste et un réalisateur chilien qui a réalisé une grande partie de son œuvre en Union des républiques socialistes soviétiques. Il faisait partie des réalisateurs du soi-disant cinéma chilien de l'exil qui ont réalisé hors de leur pays natal des films qui étaient pour la plupart des dénonciations de la Dictature militaire d'Augusto Pinochet[1].
Biographie
modifierLes différentes biographies que l'on trouve dans les sites[2],[3] présentent quelques différences entre elles et surtout avec le récit que fait Sebastián Alarcón de la période 1968-1971.dans le site[4].
Né dans une famille pauvre dont les proches étaient communistes, il était métis car son père, espagnol, acteur de profession, avait épousé une araucanienne (cf. Mapuches[4]) De 1968 à 1969, il étudie à l'école de cinéma de Valparaiso[5] où il est l'élève d' Aldo Francia (es), du réalisateur et scénariste José Roman et d'autres. Peu après l'arrivée au pouvoir de Salvador Allende, en 1970, ses parents lui conseillent de postuler au tout nouvel institut d'amitié entre le Chili et l'URSS. En 1971, cela lui permet de faire partie des trente jeunes chiliens qui, grâce aux accords culturels qui avaient été signés entre les autorités soviétiques et le gouvernement chilien d'Eduardo Frei Montalva, bénéficient d'une bourse valable 5 ans. Ils se rendent en Union soviétique pour y étudier l'ingénierie Mais le métier d'ingénieur n'intéresse pas Sebastián ; il rentre à Institut national de la cinématographie à Moscou où il reprend des études cinématographiques comme il en avait déjà suivi dans l'école de Valparaiso.
Pendant un an, on le prépare en lui faisant apprendre le russe puis l'année suivante il est admis dans l'atelier du documentariste Leonid Mikhaïlovitch Kristi (ru). Il commence à tourner en réalisant Rythmes éternels, sur les danses latino-américaines, en 1972 et L'Éveil, une sorte de confrontation avec son passé religieux, en 1973. La même année, il effectue un stage auprès de Roman Karmen qui travaille à Mosfilm sur des films consacrés à l'Amérique latine[6]. C'est alors qu'éclate le Coup d'État de 1973 au Chili. Partisan d'Allende, il décide de rester en URSS mais, en tant qu'assistant, accompagne Karmen qui part de toute urgence au Chili pour y réaliser des documentaires qui deviendront Chili : Un temps de lutte, un temps d'angoisse (en russe : Чили: время борьбы, время тревог), Camarades, camarades (en russe : Камарадос. Товарищи), Le Cœur de Corvalán (en russe : Сердце Корвалана) Dans la masse des pellicules nécessaires à la réalisation de ces documentaires, tournés à Santiago par des opérateurs de tous pays, Roman Karmen n'en garde qu'une partie au montage et le reste est mis à la poubelle. Mais pour Sebastián Alarcón ces rebuts ont beaucoup plus de signification car ces images sont celles du pays où il a fait ses études, passé une partie de sa jeunesse et ont un contenu qui échappe à son mentor et à l'équipe technique. Avec tous ces “bouts”, il monte son propre film où il alterne séquences tournées au Chili et images de Moscou. Bien que surpris par le résultat obtenu, Roman Karmen l'aide à terminer le film, La primera página pour lequel il remporte le grand prix du Festival du film de Tampere en 1974. Deux ans plus tard, pour son film de fin d'études, il réalise Les Trois Pablo, en hommage à Pablo Neruda, Pablo Picasso et Pablo Casals qui est primé au Festival international VGIK (ru). La source indique « Festival du film VKIK » : de quel côté est l'erreur? Avec cette deuxième récompense, Sebastián Alarcón fait son trou dans le monde des documentaristes.
Pour continuer à instruire sur les aspects originaux de la Junte de gouvernement du Chili de 1973 et développer certains thèmes qui en résultent d'autres films vont suivre :
En 1977 avec Aleksandr Borissovitch Kossarev (ru) il réalise Nuit sur le Chili (ru) qui retrace les débuts du coup d'État[7]. Vu par plus de quatre-vingts millions de personnes en Union soviétique ce film obtient un prix spécial au Festival international du film de Moscou 1977
En 1979, il sort Santa Esperanza (ru) un film qui raconte la vie des prisonniers politiques dans le Camp de prisonniers de Chacabuco (es) pour lequel le réalisateur a consulté le dirigeant communiste Luis Corvalán qui y avait été enfermé[8].
En 1982, c'est La Chute du Condor (ru) qui raconte l'histoire d'un dictateur latino-américain, métaphore d'Augusto Pinochet qui finit par être renversé et assassiné par celui qui l'admirait[9].
En 1984, le film La Victoire personnelle d'un homme d'affaires (ru) est une fiction satirique et dramatique. Sebastián Alarcón en a écrit le scénario avec Aleksandr Adabachian. Dans un Chili minutieusement reconstitué en territoire soviétique, l'action se déroule dans le cadre de la vie quotidienne sous la dictature militaire.
En 1986, Jaguar (film, 1986) (ru) est une adaptation libre du roman La Ville et les chiens de Mario Vargas Llosa qui transpose l'histoire dans le contexte chilien des années 1980[10].
Dans les années 1990, il revient au Chili avec Karen Chakhnazarov et Aleksandr Borodianski où il organise une semaine Mosfilm à Santiago. Il y reste vingtaine d'années et pendant ces deux décennies réalise environ cinq films avec des équipes techniques composées de russes, de chiliens, d'hispanophones et d'autres origines. Il enseigne dans des universités chiliennes et produit des émissions de télévision dont une série d'une vingtaine d'épisodes, « La ruta de la sed » (en français : La Route de la Soie).
En 2002, son film Le Photographe est sélectionné pour le Festival international du film de Viña del Mar (es) et en juin 2008, il est membre du jury au Festival international du film de Moscou 2008.
Il meurt des suites d'un cancer[11] et repose désormais au cimetière Bogorodskoe (ru)[12].
Famille
modifier- De sa première épouse, Tatiana Vitalievna Iakovleva, (en russe : Татьяна Витальевна Яковлева), docteure en histoire de l'art, scénariste, chercheuse, professeure au VGIK, etc., il a eu un fils, Denis Sebastianovitch Alarkon-Ramires (ru) né le devenu directeur de la photographie qui a été opérateur pour son film Sans oreilles.
- Tatiana Iakovleva a été actrice dans deux de ses films : Nuit sur le Chili et Les agents du KGB tombent aussi amoureux et scénariste pour deux autres Jaguar et Cicatrice. Tentative d'assassinat de Pinochet.
- Son fils a aussi participé en tant qu'acteur à deux de ses films : Les agents du KGB tombent aussi amoureux et Une actrice espagnole pour un ministre russe.
- Sebastián Alarcón s'est remarié avec Svetlana Kotchetova, assistante réalisatrice, avec laquelle il a eu deux enfants ; celle-ci était assistante réalisatrice
Filmographie
modifierActeur
modifier- 1977 : Nuit sur le Chili : un sergent
Musicien
modifier- 1986 : Jaguar
Monteur
modifierCompositeur
modifier- 1986 : Jaguar avec Viktor Borissovitch Babouchkine (ru)
- 1992 : Le Contrebandier avec Aleksandr Vladimirovitch Beliaïev (ru)
- 2018 : L'Oppositionniste
Producteur
modifier- 1996 : Cicatrice. Tentative d'assassinat de Pinochet avec Alks Doll, Valeri Davydovitch Rouzine
- 2002 : Le Photographe
- 2008 : Sans oreilles
- 2018 : L'Oppositionniste avec Dmitri Sergueïevitch Glazovski, Ivan Sergueïevitch Katchaline (ru), Denis Kollontaï (ru), Igor Omeltchenko
Chef-décorateur
modifierScénariste
modifier- 1977 : Nuit sur le Chili avec Sergueï Moukhine
- 1979 : Santa Esperanza avec Vladimir Ilitch Amlinski (ru)
- 1982 : La Chute du Condor avec Vladimir Ilitch Amlinski (ru)
- 1984 : La Victoire personnelle d'un homme d'affaires avec Aleksandr Adabachian
- 1986 : Jaguar avec Tatiana Vitalievna Iakovleva
- 1988 : L'Histoire d'une équipe de billard Aleksandr Adabachian[13]
- 1990 : Une actrice espagnole pour un ministre russe avec Aleksandr Adabachian, Aleksandr Borodianski
- 1991 : Les agents du KGB tombent aussi amoureux avec Aleksandr Adabachian, Aleksandr Borodianski
- 1992 : Le Contrebandier ou À la recherche du phallus d'or avec Aleksandr Borodianski
- 1996 : Cicatrice. Tentative d'assassinat de Pinochet avec Aleksandr Adabachian, Tatiana Vitalievna Iakovleva
- 2002 : Le Photographe avec Aleksandr Adabachian
- 2008 : Sans oreilles
- 2013 : Vestes en cuir avec Aleksandr Adabachian
- 2018 : L'Oppositionniste avec Aleksandr Adabachian
Réalisateur
modifier- 1972 : Rythmes éternels (en espagnol : Ritmos eternos)[3]
- 1973 : L'Éveil (en espagnol : El despertar)
- 1974 : La Première Page, un court métrage (en russe : Первые страницы)
- 1975 : Les Trois Pablo, un court métrage (en russe : Три Пабло)
- 1977 : Nuit sur le Chili (ru) coréalisé avec Aleksandr Borissovitch Kossarev (ru)
- 1979 : Santa Esperanza (ru)
- 1982 : La Chute du Condor (ru)
- 1984 : La Victoire personnelle d'un homme d'affaires (ru)
- 1986 : Jaguar (ru)
- 1988 : L'Histoire d'une équipe de billard (en russe : История одной бильярдной команды)
- 1990 : Une actrice espagnole pour un ministre russe (ru)
- 1991 : Les agents du KGB tombent aussi amoureux (ru)
- 1992 : Le Contrebandier (ru). Ce film a un autre titre À la recherche du phallus d'or (es) ou (en russe : В поисках золотого фаллоса)
- 1996 : Cicatrice. Tentative d'assassinat de Pinochet (en russe : Шрам. Покушение на Пиночета)
- 2002 : Le Photographe (es)
- 2008 : Sans oreilles (es)[14].
- 2013 : Vestes en cuir (en russe : Косухи)[15]
- 2018 : L'Oppositionniste (en russe : Оппозиционер)[16]
Notes et références
modifier- ↑ (es) « Cine chileno en el exilio (1973-1983) », sur Memoria Chilena: Portal (consulté le ).
- ↑ (es) « Sebastián Alarcón », sur memoriachilena.gob.cl (consulté le ).
- 1 2 (es) « Sebastián Alarcón », sur Cinechile (consulté le ).
- 1 2 « Вспоминая режиссера Себастьяна Аларкона (1949 », sur mosfilm.ru (consulté le ).
- ↑ (es) « Escuelas de cine », sur memoriachilena.gob.cl (consulté le ).
- ↑ (ru) « Пылающий континент (1972) », sur Музей ЦСДФ (consulté le ).
- ↑ (es) « Noche sobre Chile », sur Cinechile (consulté le ).
- ↑ (es) « Santa Esperanza », sur Cinechile (consulté le ).
- ↑ (ru) « 1982 Падение кондора », sur Сергей Юрский, (consulté le ).
- ↑ (es) « El Jaguar - 50 años del Golpe de Estado », sur 50 años del Golpe de Estado -…, (consulté le ).
- ↑ (es) EFE / Cultura El Mostrador, « Fallece el cineasta chileno Sebastián Alarcón en Moscú », sur elmostrador.cl, (consulté le ).
- ↑ https://moscow-tombs.ru/by-years/alarkon_s/
- ↑ « История одной бильярдной команды », sur mosfilm.ru (consulté le ).
- ↑ (es) El Mostrador, « Sebastián Alarcón culmina el rodaje de película « El Desorejao » », sur elmostrador.cl, (consulté le ).
- ↑ « Косухи (2013) », sur Кино-Театр.Ру (consulté le ).
- ↑ « Оппозиционер (2019) », sur Кино-Театр.Ру (consulté le ).
Voir aussi
modifierLiens externes
modifier- Ressources relatives à l'audiovisuel :