Severo Pozzati dit Sepo (1895-1983) est un affichiste, un peintre et un sculpteur italien, qui travailla près de quarante années en France, et qui fut influencé par le futurisme.

Severo Pozzati
Severo Pozzati (au centre) en 1967.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 88 ans)
BologneVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités

Biographie

modifier

Origines et débuts

modifier

Severo Pozzati est né à Comacchio le 16 mars 1895. Deux ans plus tard, sa famille s'installe à Bologne. Quatrième d'une fratrie de sept enfants, Severo étudie la sculpture à l'Académie des beaux-arts de Bologne, où son frère aîné, Mario (1888-1947)[1], suivait déjà des cours de peinture. Il s'y lie d'amitié avec Osvaldo Licini, Giacomo Vespignani et Giorgio Morandi. Diplômé en 1913, il remporte le prix de sculpture du ministère de l'Éducation, ce qui lui permet de visiter plusieurs villes d'art italiennes. Au cours de ses voyages, il est impressionné par les œuvres des primitifs italiens[2].

En 1914, il expose deux sculptures au Grand Hotel Majestic già Baglioni de Bologne, aux côtés d'œuvres de Giorgio Morandi, Osvaldo Licini, Giacomo Vespignani et Riccardo Bacchelli. Marinetti, Carrà et Boccioni président le vernissage. L'exposition ne dura que quelques heures mais parvint à attirer l'attention de la presse locale, principalement grâce à la présence des futuristes. En 1915, il retourne à Comacchio pour restaurer une chapelle privée[3].

Durant ces années, consacrées essentiellement à la sculpture, il commence progressivement à explorer la peinture, où il adopte essentiellement le style de ses sculptures : des volumes fortement définis, des paysages essentiels et une palette restreinte. Les références vont à la tradition picturale italienne des XIVe et XVe siècles, en particulier à Giotto. Cependant, l'influence d'artistes plus modernes tels que Cézanne et Picasso, avant le cubisme, est également manifeste[2].

Il commence durant cette même période à fréquenter les artistes et intellectuels de la Bologne du début du XXe siècle, qui se réunissaient dans les cafés du centre-ville. Il se lie d'amitié avec Giuseppe Raimondi, Filippo De Pisis, Mario Tozzi, Dino Campana, Bino Binazzi et Corrado Govoni. Il rencontre également Giovanni Papini, Alfredo Oriani, Mario Missiroli, Ardengo Soffici, Vincenzo Cardarelli et bien d'autres.

Au déclenchement de la Première Guerre mondiale, il est démobilisé à la suite d'un accident survenu lors du transport d'une sculpture. Il peut alors reprendre son travail. Cependant, la conjoncture économique difficile engendrée par le conflit le contraigne rapidement à rechercher une profession plus lucrative que celle de sculpteur ou de peintre. En 1917, il décide de fonder une entreprise de graphisme avec son frère Mario, qui travaille pour l'agence de publicité Maga, l'une des plus importantes du pays à cette époque, fondée par Giuseppe Magagnoli (1878-1933), ex-directeur de l'imprimerie Vercasson à Paris[4]. Parallèlement, il devient professeur d’art dramatique à l’école d’acteurs de cinéma de Sebastiano Sani, critique d’art de L’Avvenire d’Italia et mécène de Pozzati depuis ses débuts à l’hôtel Baglioni. En 1919, il réalise le film d’avant-garde Fantasia bianca, sur une musique de Vittorio Gui[5],[3].

Carrière à Paris

modifier

En janvier 1920, il décide de s'installer à Paris, malgré l'absence de contacts dans la capitale française. Au printemps de la même année, son ami et peintre Alessandro Cervellati le rejoint, et ensemble, ils subsistent grâce à de petits travaux d'artisanat qui leur permettent tout juste de louer un atelier à Montmartre. Au fil des mois, Pozzati commence à fréquenter les « Italiens de Paris », notamment Mario Tozzi, qui devient un ami proche. Il reçoit une proposition de contrat de la galerie Bernheim-Jeune, intéressée par ses peintures et sculptures, mais il la décline (le contrat stipulait une collaboration exclusive de quinze ans avec une rémunération minimale). Pozzati comprend alors qu'il ne peut pas vivre de son art et, dès l'été 1920, il est contraint de retourner dans le monde de la publicité, et reprend donc sa collaboration avec l'agence Maga, qui avait ouvert une antenne à Paris la même année[6].

Son travail de graphiste publicitaire prend ainsi progressivement plus d'importance que son travail de sculpteur et de peintre. Ce n'est qu'en 1923 qu'il réalise sa première affiche signée. Pour son affiche Le Clos de Postillon pour une entreprise vinicole française, Severo Pozzati adopte le nom de plume de « Sepo » (un acronyme de son nom), qu'il conservera jusqu'à la fin de sa carrière. Au cours des vingt années suivantes, il devient l'un des affichistes les plus recherchés de France et d'Italie.

Les premières affiches sont clairement influencées par Leonetto Cappiello, figure emblématique pour de nombreux affichistes de l'époque : aplats de couleurs, graphisme épuré et perspective en contre-plongée. Cependant, c'est également durant ces années que Cappiello lui-même, pour rester dans l'air du temps, commence à s'inspirer des nouveaux mouvements d'avant-garde en graphisme et en art en général. Parmi les premiers publicitaires à adopter les innovations des derniers mouvements artistiques, notamment le cubisme et le futurisme, et entre par le graphiste Cassandre[7].

Fin 1924, année du décès de son père, Pozzati quitte définitivement Maga. Il travaille alors pour plusieurs agences parisiennes importantes, telles que Star, mais aussi pour Publivox à Genève, Casa Ricordi à Milan, Chappuis à Bologne, et d'autres encore. En 1925, il reçoit la médaille d'or du graphisme publicitaire à l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes. En 1926, il est engagé comme directeur artistique par Dorland. En février 1928, il expose ses toiles à Paris au salon de l'Escalier, avec les « Artistes italiens de Paris », événement organisé par Valentin Marquetty et Jules Kolbert à la Comédie des Champs-Élysées[8].

En 1932, à l'expiration de son contrat avec Dorland, Pozzati décide de fonder sa propre agence de publicité, L'Idea, située au 63 avenue Victor-Hugo à Paris, qui attire une clientèle française et italienne.

À partir de 1933, il s'engage au sein de la section parisienne de l'Union des artistes italiens résidant à l'étranger — supervisée par le Sindacati Fascisti di Belle Arti, fondée la même année par Antonio Maraini, secrétaire général de la Biennale de Venise[9]. Il participe à diverses expositions en tant que peintre, notamment la « Première exposition des artistes italiens à Paris », organisée à l'automne 1933 sous la présidence d'honneur de Luigi Pirandello. Ses rapport avec le régime fasciste sont excellents : durant l'automne 1933, afin de commémorer la Marche sur Rome, il reçoit la commande d'une immense toile de 120 mètres carrés représentant le dictateur italien Benito Mussolini, tableau installé dans la salle Wagram à Paris, où se déroule l'événement en présence des autorités italiennes venues en France pour l'occasion[10]. Au printemps 1936, il participe à la « Première Exposition d'affiches et de graphisme publicitaire » au palais des expositions de Rome. En 1937, il reçoit le « Grand Prix d'honneur » à l'Exposition universelle des arts et techniques à Paris. À l'automne 1938, il est chargé de concevoir le pavillon de la mode à l'exposition « Torino e l'Autarchia » organisée dans la capitale piémontaise.

Avec l'arrivée de la Seconde Guerre mondiale, Pozzati parvient à vivre dans la capitale française dans une relative tranquillité. Mais le 10 juin 1940, lorsque le pacte de non-agression entre l'Italie et la France est rompu et que Mussolini entre en guerre aux côtés d'Hitler, tous les Italiens occupant des postes importants sont arrêtés et internés. Pozzati, qui n'avait jamais renoncé à sa nationalité italienne et était une figure de proue de l'Union des artistes italiens résidant à l'étranger, fut arrêté et déporté au camp d'internement du Vernet. Il est libéré quarante jours plus tard et retourne alors en Italie pour l'été, mais à l'automne, il est de retour à Paris. En 1941, il épouse la Française Alphonsine Debreuil, qui devient sa collaboratrice.

Les années de guerre sont très difficiles, d'autant plus que, sous l'occupation nazie, Pozzati décide de ne pas travailler pour des clients allemands, malgré les pressions qu'il reçoit. Il tente alors de retrouver du travail, en secret, auprès de ses anciens clients et d'imprimer clandestinement ses propres affiches.

Les années d'après-guerre sont marquées par des événements contrastés dans la vie de Pozzati : en 1948, la Biennale de Venise lui consacre un espace, mais c'est aussi l'année du décès prématuré de sa femme. Cependant, avec la reprise économique d'après-guerre, l'actitivé publicitaire redémarre et Pozzati peut reprendre son activité à plein régime et, à la fin des années 1940, il crée certaines de ses affiches les plus célèbres.

Retour en Italie

modifier

En 1957, après 38 ans passés en France, Pozzati décide de rentrer à Bologne. En 1959, il est chargé de fonder une école d'art publicitaire, qu'il dédie à la mémoire de son frère Mario, décédé en 1947. Cependant, en raison d'une certaine difficulté à s'intégrer dans un milieu qui avait fortement évolué, et en partie par désir de renouer définitivement avec la peinture, Pozzati décide de quitter le monde de la publicité. Il est néanmoins membre du comité chargé des hommages à Leonetto Cappiello, décédé en 1942. Il donne par la suite de nombreuses conférences en l'honneur du grand maître et assiste, en 1961, à l'inauguration du monument qui lui est dédié sur la place éponyme de Livourne.

Dans la dernière phase de sa vie, à partir de 1960, il se consacre pleinement à la peinture. Pozzati revient essentiellement à des thèmes qui lui sont chers (natures mortes, paysages et scènes de la vie rurale), mais avec le style qu'il a acquis durant ses années comme illustrateur publicitaire (précision du trait, recherche constante de l'effet produit par l'œuvre, constructivisme et rationalité extrême).

En 1982, il publie ses poèmes accompagnés de dessins inédits (Bologne, Tamari).

En 1980, à l'âge de quatre-vingt-trois ans, il se remet également à la sculpture, créant des œuvres inspirées à la fois d'esquisses de jeunesse et de nouvelles.

Severo Pozzati meurt à Bologne le 30 septembre 1983, à l'âge de 86 ans.

Boîte en fer blanc pour les caramels Venchi (années 1950) reproduisant l'image conçue par Sepo.

Affiches principales

modifier

Toutes ces créations sont signées Sepo :

  • 1923 : Le Clos de Postillon
  • 1924 : Les Filatures De La Redoute
  • 1926 : Cacao[11]
  • 1927 : La Rumeur. Le Grand Quotidien de Midi (dir. Georges-Anquetil)
  • 1928 : Noveltex
  • 1929 : Sardines & Thon Amieux Frères
  • 1929 : L'Anthracine
  • 1930 : Bouillon Kub
  • 1930 : Castell - A. W. Faber
  • 1930 : Vin Primior
  • 1930 : Cigares National
  • 1931 : Cigarettes Roulées
  • 1931 : Lucullus Rivoire et Carret
  • 1932 : Cigarettes Balto
  • 1928 : Noveltex Pour Le Soir
  • 1928 : Palais de la Nouveauté
  • 1932 : Lavol Torino
  • 1934 : L'Apéritif Amer Picon
  • 1934 : Panettone Motta
  • 1934 : Cigarettes Extra-Douces Anic
  • 1934 : Lotteria di Tripoli
  • 1934 : Terza Mostra Nazionale della Moda
  • 1935 : Tortonese Torino Per La Donna D'Italia
  • 1936 : All Roads Lead To Rome. ENIT[12].
  • 1936 : Week-End Cigarettes Goût Anglais[13]
  • 1939 : Allumettes Casque d'Or. Les Préférées
  • 1949 : Avec La Bonne Moutarde Vert-Pré[14]
  • 1949 : La Merveilleuse Torino Via Roma
  • 1950 : Venchi La Caramella Preferita
  • 1951 : Lustucru Pâtes Aux Œufs Frais
  • 1952 : Soupe de poisson Maggi[15]
  • 1953 : All Brandy Il Cavallino Rosso
  • 1954 : Ravioli Buitoni

Conservation

modifier

De nombreuses œuvres peintes de Severo Pozzati sont aujourd'hui exposées à la Pinacothèque civique de Pieve di Cento, grâce à un don de sa nièce Amelia Pozzati. Cet ensemble d'œuvres a été présenté au Palazzo Bellini de Comacchio en 2012[16].

Une grande partie de ses affiches est conservée au Museo nazionale Collezione Salce de Trévise[17].

Notes et références

modifier
(it) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en italien intitulé « Severo Pozzati » (voir la liste des auteurs).
  1. ↑ « Mario & Concetto Pozzati », Art Tribune, sept. 2009.
  2. 1 2 (it) « Sepo – Pozzati Severo », Futurismo Now.
  3. 1 2 (it) L. Scardino, « Sepo e Diana Mac-Gill. Note sui film di due ferraresi, futuristi sui generis », in: Cineprese futuriste, atti del convegno internazionale nei cento anni del Manifesto della cinematografia futurista. Roma 28 novembre 2016, a cura di Enrico Bittoto, Bologne, Pendragon, 2018, p. 170.
  4. ↑ « Severo Pozzati Sepo Biography », sur The Vintage Poster.
  5. ↑ Fantasia bianca, base IMDB.
  6. ↑ (it) « Il pittore Severo Pozzati (Sepo) emigra a Parigi », Bologna.OnLine.
  7. ↑ (it) [PDF] Andrea Daffra, [file:///Users/admin/Downloads/admin-05-Daffra-1.pdf Manifesti iconici: la rivoluzione graf ica di Sepo], Annali Online Unife, XVI, 2021, p. 91-117.
  8. ↑ Le Gaulois, Paris, 7 février 1928, p. 4 — sur Retronews.
  9. ↑ Pour l'histoire détaillée des rapports entre le régime fasciste et les artistes italiens, cf. : (it) [PDF] Sileno Salvagnini, « Fascismo e organizzazione della cultura artistica in Italia », Italia contemporanea, déc. 1988, 173, p. 5-21 — sur reteparri.it.
  10. ↑ Pierre Milza, « Le fascisme italien à Paris », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 1983, 30-3, p. 438-439 — sur Persée.
  11. ↑ (en) « Notice objet. Vente aux enchères », Eurantico
  12. ↑ « Severo Pozzati », Centre de la gravure et de l'image imprimée.
  13. ↑ Myriam Tsikounas, Les codes publicitaires de l'alcool et du tabac dans les années 1930, sur Histoire par l'image, janvier 2006.
  14. ↑ Notice objet, sur Mutual Art.
  15. ↑ (en) « Maggi Soupe de Poisson 1952 | Sepo French Food Poster », sur Vintage Poster Archives.
  16. ↑ (it) Gabriele Turola, I figli delle Muse Inquietanti, a cura di Corrado Pocaterra e Lucio Scardino, Ferrare, 2025, p. 130-134.
  17. ↑ (it) « Catalogue de la Collection Salce », Collezione Salce Muzeo Nationale.

Liens externes

modifier