Alphasyllabaire siddham
L’alphabet siddham (𑖭𑖰𑖟𑖿𑖠𑖽 « abouti » ; sanskrit : सिद्धम्), parfois nommé gupta tardif, est un ancien alphasyllabaire, utilisé jusqu’au IXe siècle dans le nord de l’Inde pour écrire le sanskrit. Il fut progressivement remplacé par la devanāgarī, pour disparaître complètement des écrits indiens autour du XIIe siècle.
| Siddham | |
𑖭𑖰𑖟𑖿𑖠𑖽 sid-dhaṃ écrit en siddham médiéval. Noter la ligature conjointe de la deuxième syllabe ddham, utilisant la forme subjointe de la lettre dha, sous la forme réduite de la consonne da (avec un virâma supprimant sa voyelle implicite) qui porte en chef l’anousvâra notant le -ṃ final de nasalisation (cette forme conjointe historique a été plus tard simplifiée par l’utilisation de la consonne 𑖛 ddha distincte). Certaines polices de caractères siddham ou certains moteurs de rendu ne prennent pas correctement en charge les ligatures conjointes composées avec un virâma et peuvent produire un rendu incorrect en termes d’espacement horizontal (en positionnant incorrectement à droite et séparément la deuxième consonne et non en dessous de la première consonne) | |
| Caractéristiques | |
|---|---|
| Type | Alphasyllabaire |
| Langue(s) | Sanskrit |
| Historique | |
| Système(s) parent(s) | Protosinaïtique (origine contestée) Phénicien (origine contestée) |
| Système(s) dérivé(s) | Devanāgarī, Néwar, Tibétain |
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Il descend directement du gupta et a donné notamment naissance aux alphasyllabaires devanāgarī tibétain et néwar. Il présente en particulier de nombreuses similitudes avec la devānagari.
Historique
modifierDe l'Inde à l'Asie de l'Est
modifierDérivant de la gupta, l'écriture siddham apparaît en Inde au VIe siècle EC. Elle est étroitement associée à la conservation et à la transmission de formules sacrées sanscrites, et a joué un rôle important dans la diffusion du bouddhisme tantrique au Népal, en Asie centrale et en Chine[1]. C'est ainsi que beaucoup de textes bouddhiques parvenus en Chine étaient été écrits en siddham, et l’influence de cette écriture a été particulièrement importante pour la transmission des tantras bouddhiques. En effet, il était important de préserver la prononciation exacte des mantras, et le chinois se prêtait mal à la retranscription des sons du sanskrit. Cela conduisit à conserver le siddham en Asie de l'Est et dans les zones où le bouddhisme tantrique (vajrayāna) s’est développé.
Diffusion au Japon
modifierKūkai, le fondateur du bouddhisme japonais Shingon, a introduit le siddham dans son pays à son retour de Chine en 806, après l'avoir étudié avec un moine formé à université de Nâlandâ, du nom de Prajna[2]. Au moment où Kūkai apprit cette écriture, le négoce et les itinéraires de pèlerinage vers l’Inde venaient de fermer du fait de l’expansion de l’empire islamique des Abbassides.
Au Japon, l’écriture de mantras et la copie de sutras au moyen des caractères siddham se pratique encore dans les écoles bouddhiques ésotériques Shingon et Tendai, ainsi que dans la secte syncrétique du Shugendō. Ces caractères sont connus comme shittan (悉 昙?) ou bonji (梵字?). L’édition du Taishō shinshū daizō-kyō pour le canon bouddhique japonais du bouddhisme mahâyâna (issu du Tripitaka pour le canon pali, utilisé depuis le Sri Lanka jusqu’en Birmanie et en Chine), conserve les caractères siddham pour la plupart des mantras, et les bouddhistes coréens écrivent encore les syllabes germes (bija) dans une forme modifiée du siddham. bouddhisme ésotérique
Au milieu du IXe siècle, la Chine des Tang connut une série de purges des « religions d’origine étrangères » entrainant le déclin du bouddhisme ésotérique (mikkyō au Japon), ce qui coupa le Japon de ses sources en textes siddham. Dans le même temps, d’autres écritures dérivées (en particulier le tibétain, le néwar au Népal, avant la devanāgarī déjà adoptée en Inde) remplacèrent le siddham en Asie du sud comme écriture. Ce qui fait que l’Asie de l'Est est à l’heure actuelle la seule région où le siddham est encore employé pour les textes et le symbolisme bouddhiques.
Il est typique de voir le siddham écrit avec des pinceaux, comme l’écriture chinoise. Au Japon, une brosse spéciale appelée bokuhitsu (朴笔) est utilisée pour la calligraphie siddham formelle.
Utilisation contemporaine
modifierUne innovation récente est l’écriture de slogans en langue japonaise sur les t-shirts à l’aide de caractères bonji. Le siddham japonais bonji a évolué à partir de l’original et est maintenant un peu différent de l'ancienne écriture.
Représentation informatique
modifierLa plage de caractères Unicode prévue pour le siddham s’étend de U+11580 à U+115FF.
| en fr |
0 | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | A | B | C | D | E | F |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| U+11580 | 𑖀 | 𑖁 | 𑖂 | 𑖃 | 𑖄 | 𑖅 | 𑖆 | 𑖇 | 𑖈 | 𑖉 | 𑖊 | 𑖋 | 𑖌 | 𑖍 | 𑖎 | 𑖏 |
| U+11590 | 𑖐 | 𑖑 | 𑖒 | 𑖓 | 𑖔 | 𑖕 | 𑖖 | 𑖗 | 𑖘 | 𑖙 | 𑖚 | 𑖛 | 𑖜 | 𑖝 | 𑖞 | 𑖟 |
| U+115A0 | 𑖠 | 𑖡 | 𑖢 | 𑖣 | 𑖤 | 𑖥 | 𑖦 | 𑖧 | 𑖨 | 𑖩 | 𑖪 | 𑖫 | 𑖬 | 𑖭 | 𑖮 | 𑖎𑖯 |
| U+115B0 | 𑖎𑖰 | 𑖎𑖱 | 𑖎𑖲 | 𑖎𑖳 | 𑖎𑖴 | 𑖎𑖵 | 𑖎𑖸 | 𑖎𑖹 | 𑖎𑖺 | 𑖎𑖻 | 𑖎𑖼 | 𑖎𑖽 | 𑖎𑖾 | 𑖎𑖿 | ||
| U+115C0 | 𑖎𑗀 | 𑗁 | 𑗂 | 𑗃 | 𑗄 | 𑗅 | 𑗆 | 𑗇 | 𑗈 | 𑗉 | 𑗊 | 𑗋 | 𑗌 | 𑗍 | 𑗎 | 𑗏 |
| U+115D0 | 𑗐 | 𑗑 | 𑗒 | 𑗓 | 𑗔 | 𑗕 | 𑗖 | 𑗗 | 𑗘 | 𑗙 | 𑗚 | 𑗛 | 𑖎𑗜 | 𑖎𑗝 | ||
| U+115E0 | ||||||||||||||||
| U+115F0 | ||||||||||||||||
- Voir aussi : Table des caractères Unicode/U11580
Le code ISO 15924 du siddham est Sidd.
Notes et références
modifier- ↑ Pierre-Sylvain Filliozat, « La diffusion des écritures indiennes », sur essentiels.bnf.fr
- ↑ Gaston Renondeau et Bernard Frank, « Le Bouddhisme au Japon », in René de Berval (Dir.), Présence du Bouddhisme, Paris, Gallimard, 1987, p. 629.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (en) Saroj Kumar Chaudhuri, « Siddham in China and Japan », Sino-Platonic papers, no 88, , p. 2-139 (lire en ligne [PDF])
- (en) Robert van Gulik, Siddham: An Essay on the History of Sanskrit Studies in China and Japan, International Academy of Indian Culture and Aditya Prakashan, (1re éd. ?), 234 p. (ISBN 978-8-177-42038-8)
- (en) Taikō Yamasaki (Translated and adapted by Richard and Cinthya Peterson ; edited by Yasuyoshi Morimoto and David Kidd), Shingon. Japanese Esoteric Buddhism, Boston - London, Shambala Publications, (ISBN 0-877-73443-7, lire en ligne)
Liens externes
modifier- (en) Omniglot.com : Siddham script
- (en) Manuscrit du Sûtra du cœur en sanskrit, copié en siddham. [lire en ligne (page consultée le 1 juillet 2026)]
