Sien Hoornik
Clasina Maria (Sien) Hoornik, née le à La Haye et morte le à Rotterdam, est une couturière et prostituée néerlandaise. Elle est connue pour avoir travaillé comme modèle pour Vincent van Gogh dont elle a aussi été la compagne pendant près de deux ans. Les différentes étapes de sa vie sont consignées dans de nombreux dessins et lettres de van Gogh.
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Clasina Maria Hoornik |
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Biographie
modifierEnfance
modifier- La maison des parents de Sien, 1882.
Clasina Maria Hoornik, dite Sien, est née le 22 février 1850 à La Haye[1]. Elle est l'aînée des dix enfants d'une famille catholique pauvre. Deux des enfants sont morts en bas âge. Elle grandit dans le quartier pauvre de « Geest » à La Haye. Son père, Pieter Hoornik (1823–1875), travaille comme forgeron puis au chemin de fer, et sa mère, Maria Wilhelmina Pellers (1829–1910), travaille comme domestique[1].
À la mort du père, en 1875, la famille vit dans la pauvreté[1]. Elle a souvent recours aux soupes populaires ou aux œuvres caritatives des églises. Pendant un certain temps, Sien et trois de ses frères vivent dans un orphelinat catholique parce que leur famille ne parvient pas à les nourrir et les soigner.
Sien reçoit cependant une certaine éducation, puisqu'elle sait écrire[1].
- La mère de Sien, 1882.
- Fille Maria, janvier 1883.
- A la soupe populaire, 1883.
1874 à 1881 : travail et maternités
modifierPour subvenir aux besoins de la famille, Sien et sa mère travaillent comme couturières et font des ménages. Le frère aîné de Sien, Pieter Anthonie, quant à lui est fabricant de chaises.
Entre 1874 et 1879, Sien Hoornik, célibataire, donne naissance à trois enfants, dont un fils et une fille meurent. Seule sa fille Maria Wilhelmina (1877–1940), survit à la petite enfance. Les pères des enfants ne sont pas connus mais il semble que celui de Maria Wilhelmina ait subvenu à ses besoins puisque Sien Hoornik rapporte que c'est à sa mort qu'elle est contrainte de se prostituer[1].
Elle continue de vivre avec sa mère et ses sœurs, mais, ses maigres revenus de couturière étant insuffisants, elle essaie de gagner sa vie en se prostituant. On ignore si elle coud à domicile, si elle est employée ou si elle travaille pour des clients plus riches, ni à quelle fréquence elle est contrainte de se prostituer.
A l'automne 1881, elle est à nouveau enceinte[1].
1882 à 1883 : Van Gogh
modifierDurant l'hiver 1881-1882, Sien Hoornik rencontre le peintre Vincent van Gogh à La Haye. Les informations concernant leur rencontre proviennent principalement des lettres de ce dernier à sa famille et à ses amis. Dans une lettre à son frère Théo van Gogh, il la décrit comme malade et affamée, abandonnée par le père de l'enfant, « une femme enceinte errant dans les rues en hiver – elle devait gagner sa vie, tu sais comment ». Tout au long de l'hiver, Sien Hoornik travaille comme modèle pour Vincent van Gogh, tout comme sa mère, sa sœur et sa fille, et l'aide dans les tâches ménagères. À cette époque, elle vit avec sa mère dans la Noordstraat, puis plus tard àSlijkeinde (nl) [1].
Comme les ressources financières de van Gogh sont limitées, il ne la rémunère pas au tarif habituel des modèles mais lui fournit de la nourriture en compensation.
Sien Hoornik et Vincent van Gogh entament une relation[1].
Le 2 juillet 1882, Willem, le fils de Sien Hoornik, Willem, naît à Leyde.
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- Maison sur Schenkweg.
- Vue depuis l'atelier.
Début 1882, Vincent van Gogh loue un atelier plus grand sur Schenkweg, dans un nouveau quartier résidentiel à la périphérie de La Haye, pour y vivre avec Sien Hoornik et ses deux enfants. Bien que Theo van Gogh, désapprouve leur relation il continue à soutenir matériellement son frère, au moins au début[1],[2].
Ils vivent là modestement mais heureux. C'est la seule période durant laquelle Vincent van Gogh ait connu une quelconque forme de vie familiale[1],[3].
Sien Hoornik et ses enfants bénéficient d'une relative sécurité et Vincent van Gogh profite de la disponibilité constante d'un modèle et d'une vie de famille avec sa femme et ses enfants. En mai, Vincent van Gogh écrit à Théo qu'ils veulent se marier. Ce projet ne sera cependant pas mis à exécution[1].
- Dessins de Sien enceinte, 1882.
- Chagrin.
De nombreux dessins datant de la grossesse de Sien ont été conservés. On la voit faire des courses avec sa mère, seule avec un parapluie et un livre de prières en route pour l'église, ou assise par terre près du feu. L'un des premiers dessins, intitulé Chagrin, représente Sien Hoornik comme un symbole de la femme enceinte, abandonnée et désespérée, victime des conditions de la société. Ce dessin est largement reconnu comme un chef-d'œuvre, aboutissement d'un long apprentissage de son art.
Après la naissance de Willem, des croquis de Sien en mère, s'occupant de l'enfant, l'allaitant ou berçant le bébé sur ses genoux, sont réalisés jusqu'au printemps 1883. Van Gogh la dessine également avec sa fille, vêtues de vêtements simples et pratiques, accomplissant des tâches quotidiennes. Ces croquis représentent notamment Sien en train d'éplucher des pommes de terre, de coudre ou de prier à genoux.
- 1882.
- Mars 1883.
- Mars 1883.
- Mars 1883.
Leur relation se détériore à partir du printemps 1883. Dans ses lettres à son frère, Vincent van Gogh déplore le caractère capricieux de Sien, son comportement irascible, son désespoir qu'il ne comprend pas, ainsi que son indifférence croissante et son refus de se conformer à son idée de la vie domestique. Il blâme sa pauvreté, son manque d'éducation et ses fréquentations douteuses, y compris sa famille. Leurs familles respectives les poussent à la séparation et van Gogh perd une parti de ses soutiens à cause de cette relation[1].
En septembre 1883, lorsque Vincent van Gogh part pour Drenthe, Sien Hoornik retourne avec ses enfants chez sa mère dans la Bagijnestraat, dans le quartier rouge. Elle travaille comme blanchisseuse et, occasionnellement, comme employée de maison. En décembre 1883, elle revoit van Gogh, qui la décrit comme étant « dans une grande misère et en mauvaise santé »[1],[4].
1884 à 1904 : l'après van Gogh
modifierAu cours des années suivantes, Sien Hoornik déménage plusieurs fois dans La Haye avant de s'installer à Delft en juillet 1888. Elle laisse sa fille chez sa mère et son fils chez son frère Pieter, mais maintient des contacts sporadiques avec eux. Entre 1890 et 1891 environ, elle vit à Anvers, puis à nouveau à La Haye, à Rotterdam et, en 1900, pendant un an à Dordrecht. Dans les registres de population, elle est généralement répertoriée comme femme de chambre et couturière[1],[5].
À partir du , elle est enregistrée à l'adresse de Arnoldus Franciskus van Wijk (1860-1916), un boulanger ou un marin selon les sources, de dix ans son cadet, qui vit au 30, Verlaatstraat à Rotterdam depuis le 27 juin. Le couple se marie le 4 septembre 1901, après quoi Arnoldus van Wijk adopte les enfants Maria et Willem (ou peut-être seulement Willem selon les sources)[1],[6].
1904 : fin de vie
modifierLe 22 novembre 1904, Sien Hoornik est trouvée morte dans le canal à Provenierssingel (nl), à Rotterdam. Son corps est transporté par barge jusqu'au Cimetière municipal de Crooswijk, au nord de la ville. La noyade est déclarée comme cause du décès. Arnoldus van Wijk n'ayant signalé la disparition de son épouse que le 28 novembre, son corps n'a pu être identifié immédiatement. Il a fallu procéder à l'exhumation pour une identification officielle[6]. Il est très probable que Sien Hoornik se soit suicidée, comme elle l'avait elle-même prédit : « Ça va forcément se terminer par moi qui saute dans l'eau (1883) »[1],[5],[6].
Les représentations littéraires de Sien Hoornik
modifierDans les ouvrages consacrés à Vincent van Gogh, Sien Hoornik est souvent dépeinte comme une femme désagréable et alcoolique. Theun de Vries la décrit dans son roman de 1963, Ziet, een mens!, comme une figure tragique et peu fiable. Dans sa biographie de Sien Hoornik parue en 2016, Marloes Huiskamp la présente comme la seule femme avec laquelle Vincent van Gogh a partagé une vie de famille[1]. En 2020, l'écrivain belge Yves Saerens (nl) -un roman sur Sien Hoornik sous la forme d'un journal intime fictif intitulé Sien van Gogh, dans lequel il dresse un portrait nuancé[7],[8].
On estime souvent que van Gogh vivait avec Sien Hoornik par pitié, devoir ou encore par intérêt. Mais il a vraiment envisagé d'épouser Sien et ses lettres montrent une réelle affection entre eux[1].
« L'existence de cette femme fut si tragique que, pour cette seule raison, il vaut la peine de s'y plonger - même si elle n'a laissé aucune œuvre d'art brillante - avec autant d'amour et d'attention que tant d'autres en ont porté à la vie de Vincent van Gogh. (Jan Hulsker, in Maatstaf, 1958) »
Bibliographie
modifier- (nl) Theun de Vries, Vincent in Den Haag. Roman uit de jaren 1881-1883 (réimpr. 1972) (1re éd. 1963 (Ziet, een mens! )) (ISBN 90-214-1135-0)
- (nl) Yves Saerens, Sien van Gogh, Yves Saerens, , 215 p. (présentation en ligne)
- (en) Martin Bailey, Living with Vincent van Gogh: The Homes & Landscapes that Shaped the Artist, White Lion Publishing, , 192 p. (présentation en ligne, lire en ligne)
- (en) Carol Zemel, « Sorrowing women, rescuing men: Van Gogh’s images of women and family », Art History, vol. 10, , p. 351-368
Références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 (nl) Marloes Huiskamp, « Hoornik, Clasina Maria (1850-1904) » [archive du ], sur Digitaal Vrouwenlexicon van Nederland, (consulté le ).
- ↑ (en) « Vincent van Gogh's First Steps as an Artist: 1881-1883 », sur Van Gogh Museum (consulté le ).
- ↑ (en) Candy Bedworth, « Is This Van Gogh’s One True Love? Sketches of Sien », Daily Art Magazine, (lire en ligne).
- ↑ (nl) « Van Gogh in Den Haag », sur Van Gogh Route (consulté le ).
- 1 2 (en-US) « The Tragic Fate of Vincent van Gogh’s Girlfriend Is Revealed in a New Book », sur Artnet News, (consulté le ).
- 1 2 3 (en) Martin Bailey, Living with Vincent van Gogh: The Homes & Landscapes that Shaped the Artist, White Lion Publishing (présentation en ligne).
- ↑ (nl) Hans Hemmes, « Eerherstel voor Sien ‘van Gogh’, de enige die Vincent een gezinsleven schonk », Algemeen Dagblad, (lire en ligne
). - ↑ (nl) Philippe Truyts, « Vincent van Gogh anders bekeken: wie was de prostituee waarmee hij wou trouwen en die óók in Antwerpen terechtkwam? », Provinciale Zeeuwse Courant, (lire en ligne
).
Liens externes
modifier- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :