Simonne Vidal

infirmière, secrétaire, assistante et épouse de Marc Bloch

Simonne Vidal, née le à Dieppe et morte le à Lyon, est l'épouse de l'historien et résistant Marc Bloch. Elle œuvre au cours de sa vie comme secrétaire et assistante de recherche dans les travaux de son mari. Elle est infirmière bénévole durant les deux guerres mondiales.

Simonne Vidal
Simonne Vidal en 1919.
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nom de naissance
Simonne Jeanne Myriam VidalVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Domiciles
Activités
Conjoint
Autres informations
Distinction
Cénotaphe au Panthéon.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, elle doit élever seule leurs six enfants en raison de la mobilisation de son mari. Les lois antisémites du Gouvernement de Vichy contraignent la famille Bloch à de fréquents déménagements en France et la santé fragile de Simonne Vidal est mise à rude épreuve. Elle travaille comme infirmière bénévole à Paris. Pendant la période de l'Occupation, alors que Marc Bloch rejoint la Résistance, Simonne Vidal l'aide en lui envoyant de la nourriture et des provisions. Lorsqu'il est arrêté par la Gestapo à Lyon, elle s'y rend avec sa fille puis est hospitalisée pour un cancer de l'estomac. Après une intervention chirurgicale, elle meurt à l'hôpital le 2 juillet 1944 sous la fausse identité de Simone Marie Perrier, deux semaines après l'exécution de son mari dont elle ignore la mort. Sa dépouille n’a pas été retrouvée.

Le 23 juin 2026, elle entre au Panthéon à travers un cénotaphe, au côté de Marc Bloch.

Biographie

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Jeunesse

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Simonne Jeanne Myriam Vidal[1] naît dans la ville de Dieppe, en Normandie, le [2]. Elle est la troisième enfant de Paul Vidal, ingénieur polytechnicien, et de son épouse Alice Hirsch[3],[4] [note 1] La famille Vidal appartient à la bourgeoisie et est issue d'une tradition d'ingénieurs et d'industriels[7],[8]. Simonne Vidal est réputée pour ses dons en musique et en langues étrangères[3].

Carrière

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Lors de la Première Guerre mondiale, elle s'engage comme infirmière volontaire en 1916, travaillant auprès des prisonniers et des réfugiés à Dieppe, et est décorée pour son dévouement[9].

Photo en noir et blanc de Vidal et Bloch, portant chacun un enfant sur ses épaules.
Simonne Vidal, son mari et leurs deux plus jeunes enfants au début des années 1930.

Simonne Vidal épouse Marc Bloch à Paris le [10]. Marc Bloch était rentré du front quatre mois plus tôt, après avoir servi pendant la Première Guerre mondiale. À l'automne, le couple s'installe dans la ville de Strasbourg après que Marc Bloch est devenu enseignant de l'université de Strasbourg[9]. Ils vivent à Strasbourg pendant dix-sept ans, et leurs six enfants y sont tous nés, à commencer par Alice, née en 1920[3].

En plus de la gestion du foyer, Simonne Vidal est également secrétaire de son mari et son assistante de recherche[8]. Son rôle dans le travail de son mari est initialement resté non reconnu[11]. Principale collaboratrice de Marc Bloch, elle prend des notes pendant ses cours, classe ses fiches, relit et tape tous ses manuscrits[12]. Partageant beaucoup de ses intérêts, elle est aussi son interlocutrice préférée[8],[3].

Étienne Bloch décrit sa mère comme « une excellente femme au foyer, gérant la cellule familiale avec habileté et efficacité » et son union avec son père comme étant aimante et indissoluble[13]. Il souligne la valeur de son activité : « Marc Bloch serait-il devenu le grand historien reconnu dans le monde sans sa femme ? Je doute de cela. »[13].

Seconde Guerre mondiale

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En , la famille Bloch déménage de Strasbourg à Paris. Plus tôt cette année-là, à la suite de la remilitarisation de la Rhénanie par Hitler, Marc Bloch partage avec Lucien Febvre sa préoccupation à propos de vivre près de la frontière allemande[9]. Le , une semaine avant le début de la Seconde Guerre mondiale, il est mobilisé en Alsace[14]. En raison de la menace de bombardements de grandes villes, Simonne Vidal et lui décident de déménager avec leur famille dans la ville de Guéret, près de leur maison de campagne à Fougères.

Pendant les combats, Simonne Vidal travaille à temps partiel comme bénévole dans un hôpital parisien[2],[3]. Lors de la signature de l'armistice du 22 juin 1940, elle se trouve en zone occupée avec l'un de ses fils, afin de récupérer sa belle-mère à Marlotte et de la ramener à Guéret, en zone libre. Sur le chemin du retour, ils aperçoivent une colonne militaire allemande et sont contraints de rebrousser chemin, passant finalement une semaine à Paris. Simonne Vidal obtient alors l'autorisation allemande pour qu'ils puissent retourner en zone libre[9],[3]. Après le retour de Marc Bloch de la guerre, la famille s'installe dans un petit appartement à Clermont-Ferrand, où Bloch peut rejoindre le corps professoral de l'Université de Strasbourg, récemment transféré[13],[9].

Simonne Vidal est régulièrement malade durant ces années[13]. Le , elle est victime d'une pleurésie. Dans l'espoir d'améliorer la santé de son épouse, Marc Bloch obtient un poste d'enseignant à Montpellier, ville au climat plus clément, au bord de la Méditerranée, et sa famille s'y installe plus tard dans l'année[3],[9]. Aux alentours de l'invasion de la zone libre, le , Marc Bloch rejoint la Résistance française[3]. Durant cette période de clandestinité, sa femme lui envoie régulièrement de la nourriture, des vêtements, des livres et des provisions[3]. Elle lui rend visite de temps à autre[7]. Marc Bloch est arrêté par la Gestapo le [9]. Sa dernière lettre à sa femme, envoyée ce matin-là, dit : « Malgré ton courage et ta raison, j'imagine que tu es un peu troublée par toutes les décisions à prendre. Je suis désolé d'être si loin »[3].

Mort et sépulture

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Préoccupée par le sort de son mari, Simonne Vidal se rend dans la ville de Lyon avec sa fille Alice[9]. Atteinte d’un cancer de l'estomac, son état s’aggrave et elle est hospitalisée le 1er juillet à l’hôpital Édouard-Herriot sous le faux nom de « Simone Marie Perrier ». Elle y subit une intervention chirurgicale en urgence, mais meurt le lendemain sans savoir que son mari a été assassiné deux semaines auparavant. Son décès est déclaré sous son nom d’emprunt, mais la mention d’une décision du 12 décembre 1944 suite à une requête du procureur de la république de Lyon le 2 juillet 1944, et apposée sur le document d’état civil le 27 décembre de la même année, redonne à Simonne Jeanne Myriam sa véritable identité[15].

Elle est réputée être enterrée dans une fosse commune[3]. Cependant les archives gardent une trace de son inhumation dans une tombe individuelle à Lyon. Mais le paiement de la concession funéraire n’ayant pas été effectué, en 1954, le cercueil est exhumé, incinéré, et ses cendres répandues dans un endroit dédié au cimetière de la Guillotière[15].

Une plaque à son nom est présente sur le caveau familial, située dans le cimetière de Le Bourg-d'Hem, près de la maison de campagne de la famille.

Hommage

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Les cénotaphes de Marc Bloch et de Simonne Vidal dans le caveau XIII du Panthéon.

Le président de la République Emmanuel Macron annonce le 23 novembre 2024, à l'occasion du 80e anniversaire de la libération de Strasbourg, que Marc Bloch et Simonne Vidal entreront au Panthéon avec des cénotaphes[16].

La panthéonisation a lieu le 23 juin 2026. Au cours de la cérémonie, Vincent Delerm et Anne Sila chantent la Ballade triste, un poème écrit par Marc Bloch pour Simonne Vidal en 1943 : « La route parfois fut malaisée/ Le fardeau parfois nous fut lourd/ Mais nous étions deux, mon aimée ». Les deux cercueils cénotaphes prennent place dans le caveau XIII de la nécropole parisienne, aux côtés de Missak Manouchian et de ses camarades, de Maurice Genevoix et de Joséphine Baker[17].

  1. Les frères et sœurs de Simonne comprennent Jacques, son frère aîné, et Jeanne, sa sœur cadette[5],[6]. Jeanne meurt à Auschwitz en 1944[6].

Notes et références

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  1. Simonne Jeanne Myriam Vidal, « Registre d'état civil : Naissances, Dieppe - 01/01/1894-31/12/1894, Cote 4 E 11627 », sur Archives de la Seine-Maritime (consulté le )
  2. 1 2 Étienne Bloch, « Marc Bloch à Étienne Bloch : Lettres de la "drôle de guerre" [Préface] », Les Cahiers de l'Institut d'Histoire du Temps Présent, vol. 19, , p. 5–7 (DOI 10.3406/ihtp.1991.2203, lire en ligne, consulté le ).
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 (en) Carole Fink, Marc Bloch: A Life in History, Cambridge, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-52140-671-0, lire en ligne).
  4. « Registre état civil - Naissances - Dieppe - 01/01/1894-31/12/1894 [4 E 11627] », Arrondissement communal de Dieppe (consulté le ).
  5. Marc Bloch, « Marc Bloch à Étienne Bloch : Lettres de la "drôle de guerre" », Les Cahiers de l'Institut d'Histoire du Temps Présent, vol. 19, , p. 27–107 (DOI 10.3406/ihtp.1991.2203, lire en ligne [archive du ], consulté le ).
  6. 1 2 Claude Pennetier, Dominique Tantin et Michel Thébault, « Hanff, Arnold », dans Le Maitron, (lire en ligne) (consulté le ).
  7. 1 2 (en) Franck Johannès, « Fired for being Jewish, executed for being a resistant: Marc Bloch's WWII years », Le Monde, (lire en ligne [archive du ], consulté le ).
  8. 1 2 3 (en) Eugen Weber, « Historiography: About Marc Bloch », The American Scholar, vol. 51, no 1, , p. 73–82 (JSTOR 41210793, lire en ligne [archive du ], consulté le ).
  9. 1 2 3 4 5 6 7 8 Jean-Louis Panné, L'Histoire, la Guerre, la Résistance, Gallimard, , 1–78 p. (ISBN 978-2-07-077598-9, lire en ligne), « Marc Bloch (1886-1944): Vie et Œuvre ».
  10. Archives de Paris, « État civil du XVIe arrondissement, mariages, 1919, acte no 1385 », sur archives.paris.fr (consulté le )
  11. Jonathan Livernois, « Marc Bloch et la permanence des nuages », Le Devoir, (lire en ligne, consulté le ).
  12. « Marc et Simonne Bloch au Panthéon : unis dans la guerre et dans la mort », sur France 24, (consulté le )
  13. 1 2 3 4 Étienne Bloch, L'Histoire, la Guerre, la Résistance, Gallimard, , LXI–LXXI p. (ISBN 978-2-07-077598-9, lire en ligne), « Avant-propos ».
  14. François Bédarida, « Marc Bloch à Étienne Bloch : Lettres de la "drôle de guerre" [Marc Bloch historien, soldat et père de famille] », Les Cahiers de l'Institut d'Histoire du Temps Présent, vol. 19, , p. 9–25 (DOI 10.3406/ihtp.1991.2203, lire en ligne [archive du ], consulté le ).
  15. 1 2 « L’histoire de Simonne Bloch, qui entre au Panthéon, n’a pas encore livré tous ses secrets », sur www.telerama.fr, (consulté le )
  16. « Marc Bloch au Panthéon : ses cendres resteront au cimetière du Bourg d’Hem, "là où repose toute sa famille" », sur ICI, le média de la vie locale, (consulté le ).
  17. « Marc Bloch fait son entrée au Panthéon dans un émouvant moment de communion républicaine », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )

Liens externes

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