Sirventès
Le sirvente ou sirventès ou sirventés est un poème généralement satirique, politique ou moral que chantent, en langue occitane, les troubadours des XIIe et XIIIe siècles.

De grande importance dans la poésie en ancien occitan des XIIe et XIIIe siècles, le sirvente est le premier genre à distinguer dans cette poésie. Ces satires, qui sont ordinairement divisées en couplets et destinées à être chantées comme les autres poèmes, s’attaquent aux princes, à la noblesse, au clergé, au Saint-Siège lui-même, en général aux personnes, aux événements, aux mœurs. Par exemple, les sirventes de Peire Cardenal peignent énergiquement la corruption, l’orgueil et la cupidité des prêtres de l’époque. Voici la définition de ce genre que donne Pierre Le Gentil : "Le sirventès prend modèle sur la « canso », dont il adopte la technique, mais il traite, à l’exclusion de l’amour, les sujets les plus divers. Morale, satire, politique, religion, panégyrique ou déploration funèbre, constituent son domaine. Parfois très général, il prend souvent un ton personnel, passionné" (Le Gentil, p. 62)
Quelques pièces de ce genre acquièrent l'importance de manifestes politiques. Ainsi, Villemain écrit qu'elles sont « les pièces diplomatiques du temps. »
Répandus dans les châteaux, les sirventes annoncent aux seigneurs les guerres imminentes, les griefs respectifs des partis. Ils poussaient à la croisade, secondant ainsi puissamment les prédications religieuses. Certains deviennent de véritables chants de guerre, comme les sirventes de l’un des maîtres du sirvente politique, Bertran de Born, dont la poésie a abordé des thèmes parfois très violents comme lorsqu’il chante les joies de la guerre.
Ces compositions renseignent les idées et les coutumes de l’époque qui les a produites, quoiqu’il faille prendre garde aux exagérations que des ressentiments personnels ont pu y introduire.
Les sirventes ne sont pourtant pas toujours satiriques ; ils comportent tous les sujets qui n'appartiennent pas aux chansons d’amour.
Les trouvères empruntent ce genre de composition aux troubadours et lui donnent le nom de « serventois » en langue d'oïl.
Source
modifier- Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des littératures, Paris, Hachette, 1876, p. 1885.
- Gérard Zuchetto, Jörn Gruber, Le livre d'or des troubadours, Les Editions de Paris, 1998. (Bertrand de Born, éloge de la guerre, p. 88-90 ; Peire Cardenal, sirvetès moral, plaidoierie adressée à Dieu pour accepter tous les hommes au sein du Paradis, pp. 245-46)
- Pierre Le Gentil, La littérature française du moyen-âge, Armand Colin, coll. U2, Paris, 1968.
Liens externes
modifier- Ressource relative à la littérature :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
