Sisiku Julius Ayuk Tabe
Sisiku Julius Ayuk Tabe, né le à Kembong, est un leader séparatiste camerounais et premier président de l'Ambazonie non reconnue[1].
| Président de l'Ambazonie | |
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Il déclare, le , l'indépendance des deux régions anglophones du Cameroun, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, alors en proie à un conflit naissant, sous le nom de république fédérale d'Ambazonie. En , il est arrêté au Nigeria aux côtés d'autres dirigeants séparatistes, avant d'être extradés au Cameroun, où ils sont condamnés à la prison à perpétuité en .
Biographie
modifierJeunesse et études
modifierSisiku Julius Ayuk Tabe naît le à Kembong dans le département de la Manyu au sud-ouest du Cameroun[2]. Après le décès de son père, agriculteur, il est pris en charge par ses frères et sœurs aînés. Il fait ses études primaires au village d'Ewelle, puis à Ekok. En 1978, après avoir obtenu son certificat de fin d'études primaires, il s'inscrit au lycée public de Mamfé (Government High School ou GHS Mamfe), où il obtient ses diplômes du GCE O-Level et A-Level respectivement en 1983 et 1985, après sept années d'études consécutives. Après avoir réussi son A-Level, Sisiku Julius Ayuk Tabe obtient une bourse pour étudier au Royaume-Uni en 1985. Là-bas, il obtient un Bsc en mathématiques et en informatique à l'université de Keele en 1988, puis un master en ingénierie de contrôle à l'université de Sheffield en 1989[3].
Carrière professionnelle
modifierÀ son retour au Cameroun, il enseigne à l'École nationale supérieure polytechnique de Yaoundé (ENSPY)[3]. Il commence sa carrière professionnelle en tant qu'informaticien dans une entreprise parapublique[4]. Il travaille également comme ingénieur pendant dix ans à la Société nationale d'électricité du Cameroun (SONEL) avant de s'installer au Nigeria en 2006, où il travaille pour le groupe américain Cisco[5]. En 2011, il quitte le groupe pour rejoindre l'université américaine du Nigeria (en) en tant que premier directeur des systèmes d'information[3].
Rôle dans la crise anglophone au Cameroun
modifierPrésident de la république autoproclamée d'Ambazonie
modifierEn , à la suite d'une réunion tenue au Nigeria, Sisiku Julius Ayuk Tabe est nommé président intérimaire des séparatistes[5]. Le , il déclare symboliquement l'« indépendance » des régions anglophones du Cameroun. Sa déclaration est suivie de manifestations de soutien violemment réprimées, faisant 17 morts, selon Amnesty International et des sources officielles[6]. Le , il condamne fermement le meurtre de trois gendarmes et d'un civil à Jakiri et Bamenda, dans la région du Nord-Ouest, qualifiant la situation de « désagréable ». Il condamne également les arrestations arbitraires et les tirs des forces de l'ordre, insistant sur le fait qu'une solution pacifique est la seule façon de sortir de cette impasse. Il accuse également le ministre délégué à la Défense d'avoir donné l'ordre aux forces de l'ordre et aux soldats de tirer à balles réelles sur les manifestants dans les régions anglophones. Il estime que « l'Ambazonie a enregistré 122 morts, 150 personnes disparues, 1 894 personnes blessées par balles ou torturées, et au moins 16 000 personnes déplacées ». Il rapporte que près de 40 000 réfugiés camerounais ont été enregistrés dans l'État de Cross River, au Nigeria. Sisiku Julius Ayuk Tabe conclut en déclarant : « Une telle cohésion est une condition préalable à la réalisation des aspirations du peuple d’Ambazonia et à la prospérité de la nation »[7].
Le , alors qu'il est en détention, Sisiku Julius Ayuk Tabe signe un document déclarant que le cabinet intérimaire dirigé par Samuel Ikome Sako, qui lui succède en , avait été dissous et que son propre cabinet d'avant son arrestation avait été rétabli. Cette décision n'est pas reconnue par le cabinet dirigé par Samuel Ikome Sako, qui refuse de démissionner, arguant qu'un dirigeant en détention n'avait pas le pouvoir de destituer son remplaçant élu[8].
Affaires judiciaires
modifierArrestation, extradition, procès et condamnation
modifierDébut , Sisiku Julius Ayuk Tabe et neuf autres leaders séparatistes sont arrêtés à Abuja, au Nigeria[9]. Le , il est extradé à Yaoundé, au Cameroun avec 46 de ses partisans[10]. Le , Sisiku Julius Ayuk Tabe est aperçu en public pour la première fois depuis son arrestation. Il est en compagnie d'autres activistes, à Yaoundé, pour une audience consacrée à l'examen de leur demande de mise en liberté. À la sortie de la salle d'audience, où leur demande de libération est examinée à huis clos, les militants rejoignent un bus de la gendarmerie, saluant leurs proches, tenus à l'écart[11]. Le , Sisiku Julius Ayuk Tabe et plusieurs autres militants séparatistes comparaissent devant la Cour d'appel de la région du Centre à Yaoundé. La juridiction rejette leur demande de mise en liberté provisoire[12].
Le , Sisiku Julius Ayuk Tabe nie sa nationalité camerounaise devant le tribunal, en affirmant : « Je ne suis pas Camerounais, je suis un citoyen de l’ancien Southern Cameroons britannique, également connu sous le nom d’ “Ambazonie” ». Ses neuf co-accusés lui emboîtent le pas. L'audience est reportée au [13]. Le , Sisiku Julius Ayuk Tabe et ses coaccusés refusent de comparaître à leur procès[14]. Le , le tribunal militaire de Yaoundé condamne Sisiku Julius Ayuk Tabe et neuf de ses partisans à la prison à vie, pour terrorisme et sécession. Ils sont également condamnés conjointement à verser des dommages et intérêts de 250 milliards de francs CFA à l'État du Cameroun[15]. En , la peine est confirmée par la Cour d'appel du Centre[16].
Pourvoi en cassation
modifierLe , la Cour suprême examine le pourvoi en cassation de Sisiku Julius Ayuk Tabe, et de neuf codétenus[16]. L'affaire est renvoyée au [17]. Le , la Cour suprême casse l'arrêt de la Cour d'appel qui avait condamné le leader séparatiste et ses coaccusés à la prison à perpétuité. L'affaire est renvoyée à la Cour d'appel, siégeant dans une composition différente, en vue d'un nouveau procès[18].
Vie privée
modifierŒuvres caritatives
modifierL'engagement caritatif de Sisiku Julius Ayuk Tabe comprend la création de la Ayuk Tabe Foundation dans la ville d'Eyumodjock, où lui et son épouse résidaient, ainsi que sa participation à l'initiative « Peacemakers » de l'État d'Adamawa, au Nigeria. Il organise et parraine régulièrement des tournois inter-villages afin d'occuper les élèves pendant les vacances dans la subdivision d'Eyumodjock. Il accorde également des bourses aux écoliers et aux étudiants de son village, tout en contribuant aux projets de développement du village[3].
Autres activités
modifierSisiku Julius Ayuk Tabe intervient en tant que conférencier motivateur lors de plusieurs congrès à travers le monde[3]. Il est également agriculteur et possède une vaste plantation à Eyumodjock[3].
Notes et références
modifier- ↑ Cameroon Anglophone crisis: Major incidents over a deadly year (1), AfricaNews, Oct 1, 2018. Accessed Jan 13, 2019.
- ↑ (en-GB) « Human Rights in Ambazonia - ChannelDraw », (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 (en) « Search for return to peace in NW, SW: Biya, please thinking about them? », sur theguardianpostcameroon.com, (consulté le )
- ↑ [vidéo] « Qui est Julius Ayuk Tabe, leader séparatiste camerounais condamné à la perpétuité ? », FRANCE 24, , 2:42 min (consulté le )
- 1 2 Georges Dougueli, « Cameroun : Sisiku Ayuk Tabe, président éphémère de la République d’Ambazonie », sur Jeune Afrique, (consulté le )
- ↑ « Le Cameroun anglophone, en ébullition, compte ses morts », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Nathan Ndoumbe, « Cameroun - Crise anglophone: Le «président» par intérim d’«Ambazonie» condamne l’assassinat des trois gendarmes dans le Nord-Ouest », sur Actu Cameroun, (consulté le )
- ↑ (en-US) « Cameroon: Confusion as detained Ambazonia leader impeached by peers », Journal du Cameroun, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ « Cameroun : le leader des sécessionnistes anglophones arrêté », sur Le Point, (consulté le )
- ↑ « Le Nigeria extrade au Cameroun des dirigeants séparatistes anglophones », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Au Cameroun, le leader séparatiste anglophone pour la première fois devant la justice », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Cameroun: «le président de l'Ambazonie» restera en prison », sur RFI, (consulté le )
- ↑ « Crise anglophone au Cameroun : la nationalité des leaders séparatistes arrêtés débattue au tribunal », sur JeuneAfrique.com, (consulté le )
- ↑ « Crise anglophone au Cameroun : pourquoi les leaders séparatistes boycottent leur procès », sur JeuneAfrique.com, (consulté le )
- ↑ « Cameroun: le chef des séparatistes anglophones condamné à la perpétuité », sur RFI, (consulté le )
- 1 2 « Cameroun: la Cour suprême examine les condamnations d’un leader séparatiste anglophone et de codétenus », sur RFI, (consulté le )
- ↑ « Cameroun: la Cour suprême renvoie au 15 janvier l’examen du pourvoi en cassation du leader séparatiste anglophone Sisiku Ayuk Tabe et ses 9 co-accusés », sur RFI, (consulté le )
- ↑ « Cameroun: la peine de prison à vie contre Ayuk Tabe et d’autres séparatistes cassée par la Cour suprême », sur RFI, (consulté le )
- ↑ (en-US) admins, « Profile: Meet The Man, Sisiku Julius Ayuktabe, The Ambazonian Revolutionary Leader - Cameroon News Agency », sur cameroonnewsagency.com, (consulté le )