Ambazonie
L'Ambazonie, en forme longue la république fédérale d'Ambazonie, également appelée Amba Land (en anglais : Ambazonia et Federal Republic of Ambazonia), est un État autoproclamé dans les deux régions anglophones du Cameroun, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, depuis le [1].
République fédérale d'Ambazonie
(en) Federal Republic of Ambazonia
Drapeau de l'Ambazonie |
| Hymne | en anglais : Hail Ambazonia, Land of Glory (« Vive l'Ambazonie, terre de gloire ! ») |
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| Forme de l'État | République fédérale |
|---|---|
| Revendiqué par |
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| Langue officielle | Anglais |
| Capitale | Buéa |
| Plus grande ville | Bamenda |
|---|---|
| Superficie totale | 43 700 km2 |
| Fuseau horaire | UTC +1 |
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| Indépendance |
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| Déclarée |
| Gentilé | Ambazonien, Ambazonienne |
|---|---|
| Population totale (2015) | 3 521 900 hab. |
| Densité | 81 hab./km2 |
| Monnaie | Franc CFA (CEMAC), AmbaCoin |
|---|
| Code ISO 3166-1 |
CMR, CM |
|---|---|
| Domaine Internet | .cm (de facto) |
| Indicatif téléphonique | +237 |
Étymologie
modifierLe nom « Ambazonie » est choisi par des dirigeants séparatistes qui souhaitaient éviter toute référence au Cameroun lorsqu’ils évoquaient l’État qu’ils aspirent à créer. Ce terme est dérivé d’« Ambas », nom donné à la région de la baie située à l’embouchure du fleuve Wouri, historiquement appelée « baie d'Ambas » par les Britanniques[2].
Histoire
modifierTerritoire sous tutelle britannique depuis 1946, le Cameroun méridional, que les séparatistes appellent Ambazonie, est rattachée à la république du Cameroun (ancien Cameroun français) le pour former une république fédérale[3]. Le , le président Ahmadou Ahidjo aboli le fédéralisme au profit d’un État unitaire, suscitant un sentiment de marginalisation au sein de la minorité anglophone, qui représente 20 % de la population[4],[5].
Des mouvements fédéralistes et séparatistes, tels que le All Anglophone Congress (AAC) et le Conseil national du Cameroun méridional (CNCM), apparaissent dans les années 1990[4],[6]. Fin 2016, la répression violente du gouvernement central à l'encontre des manifestations pacifiques menées par des enseignants et des avocats anglophones envenime la situation. Ainsi, le leader séparatiste Sisiku Julius Ayuk Tabe déclare symboliquement l’indépendance des régions anglophones, baptisées Ambazonie, le [7]. L'escalade des tensions sécuritaires conduit alors à un conflit opposant l'armée camerounaise à des groupes séparatistes, provoquant une grave crise humanitaire qui a coûté la vie à des milliers de personnes et en a déplacé des centaines de milliers d'autres[8],[9].
Politique et administration
modifierGouvernement provisoire et groupes en exil
modifierSelon les séparatistes, l’Ambazonie est dirigée par le gouvernement intérimaire de l’Ambazonie, qui fait office de gouvernement provisoire en exil[10]. Cependant, au cours du conflit, ce gouvernement en exil s’est scindé à plusieurs reprises, ce qui a donné lieu à des luttes internes autour de sa légitimité[11].
Malgré les conflits au sein du gouvernement provisoire, ses membres et d’autres militants en exil conservent une certaine influence sur les groupes séparatistes. Par exemple, les exilés organisent des campagnes de collecte de fonds, notamment le lancement de leur propre cryptomonnaie, l’AmbaCoin. L’argent récolté sert ensuite à acheter des armes pour les groupes séparatistes sur le terrain. Les commandants de certains groupes opèrent également depuis l’exil[11],[12].
Afin de favoriser la cohésion au sein du mouvement et de renforcer l’idée d’un « État-nation ambazonien », les militants en exil créent une série d’autres organisations pour soutenir le gouvernement provisoire. Parmi celles-ci figurent la FUCACM, la chaîne SCBC TV destinée à diffuser de la propagande pro-séparatiste, et le Conseil de l’éducation du Cameroun méridional-Ambazonie (CECMA), chargé de mettre en œuvre un nouveau programme scolaire dans les établissements des zones séparatistes[13].
Découpage territorial
modifierSelon les séparatistes, l'Ambazonie est divisée en trois zones : la Zone équatoriale (Equatorial Zone), les Highlands (Highlands) et la Savane (Savannah), elles-mêmes subdivisées en 13 comtés (counties), chacun étant divisé en 59 zones de gouvernement local (Local Government Areas ou LGAs)[14].
Groupes armés
modifier
Les séparatistes impliqués dans le conflit se considèrent comme fidèles à l’Ambazonie et utilisent les symboles de cet État autoproclamé, mais ils sont divisés en des dizaines de groupes, souvent rivaux et aux allégeances changeantes[15],[16]. Les chercheurs qualifient les commandants de ces groupes de « seigneurs de guerre »[17]. Les séparatistes sont communément appelés « Amba Boys » ou « Ambazoniens »[18],[19]. La taille de ces groupes varie généralement, allant de petits groupes à des alliances comptant des centaines de membres[20],[18],[21],[22].
De nombreux groupes de guérilla rejoignent le Conseil d’autodéfense de l’Ambazonie (CAA). Les principaux groupes n’appartenant pas au CAA sont les Forces de défense de l’Ambazonie (FDA) et les Forces de défense du Cameroun méridional (FDCM), qui coopèrent dans une certaine mesure avec le CAA[23]. Il existe également des dizaines de groupes plus modestes. Ces groupes diffèrent considérablement par leurs objectifs et leurs méthodes, bien qu’ils bénéficient généralement d’un certain soutien au sein de la population rurale[17].
Des experts estiment que les groupes séparatistes se tournent davantage vers une économie criminelle en raison des revers subis. Yerima Kini Nsom, rédacteur en chef du bihebdomadaire anglophone The Post, observe que les séparatistes se livrent à des enlèvements et à des extorsions dans les zones rurales où ils se sont repliés. L'historien Raoul Sumo Tayo note une évolution vers le terrorisme pur, avec un nombre croissant d'attentats à la bombe. De plus, les engins explosifs sont utilisés sans discernement. Les vols, le racket, les enlèvements contre rançon, les attaques contre les institutions de microfinance et les particuliers se multiplient[24].
Un nombre important de séparatistes se servent également de la religion pour justifier leurs actes. Les religions traditionnelles occupent une place importante pour bon nombre d’entre eux, mais des « versets tirés hors contexte de la Bible et du Coran » sont également utilisés dans des vidéos de propagande. Des chefs de guerre séparatistes, tels que General No Pity, laissent publiquement entendre qu’ils bénéficient d’une protection mystique et religieuse afin de renforcer leur réputation[25].
Géographie
modifierL'Ambazonie est constituée des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun. Elle est située entre le Nigeria à l'ouest et au nord, le reste du Cameroun à l'est et l'océan Atlantique au sud. Elle couvre une superficie de 43 700 km2 .
Notes et références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Ambazonia » (voir la liste des auteurs).
- ↑ « Incertitude dans les régions anglophones du Cameroun – DW – 29/09/2017 », sur dw.com (consulté le )
- ↑ « Cameroun : aux origines de la crise séparatiste », sur IRIS, (consulté le )
- ↑ « Pourquoi le Cameroun se déchire-t-il ? », sur Le Point, (consulté le )
- 1 2 [vidéo] « Crise anglophone : pourquoi le Cameroun s’enflamme ? », Le Monde Afrique, , 5:39 min (consulté le )
- ↑ « Cameroun : la crise anglophone à la croisée des chemins | Crisis Group », sur Crisisgroup, (consulté le )
- ↑ Piet Konings et Georges Courade, « Le «problème anglophone» au Cameroun dans les années 1990 », Politique africaine, vol. 62, no 1, , p. 25–34 (ISSN 0244-7827, DOI 10.3406/polaf.1996.5959, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Cinq choses à savoir sur la crise anglophone au Cameroun », sur Voice of America, (consulté le )
- ↑ AFP, « Cameroun anglophone : un mort dans un attentat à la bombe », sur Voice of America, (consulté le )
- ↑ Julius A. Amin, « Règlement de la crise anglophone au Cameroun : pourquoi l'État refuse l'aide étrangère », sur The Conversation, (DOI 10.64628/AAJ.6xr64e3cq, consulté le )
- ↑ (en-GB) « Several killed in Cameroon as anglophones declare 'independent Ambazonia' », sur www.euractiv.com, (consulté le )
- 1 2 (en-US) Gareth Browne, « Cameroon’s Separatist Movement Is Going International », sur Foreign Policy (consulté le )
- ↑ (en) « English-speaking villages are burning in Cameroon », The Economist, nov 7th 2019 (ISSN 0013-0613, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Joseph Nkwain, « Current Insights into the Evolution of Cameroon English: The Contribution of the ‘Anglophone Problem’ », ATHENS JOURNAL OF HUMANITIES & ARTS, vol. 9, no 3, , p. 233–260 (ISSN 2241-7702, DOI 10.30958/ajha.9-3-3, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en-US) admins, « Separatist Leaders Welcome Biya’s Military Option, Say They Are Ready - Cameroon News Agency », sur cameroonnewsagency.com, (consulté le )
- ↑ (en) Gareth Browne, « Cameroon’s Separatist Movement Is Going International », sur Foreign Policy (consulté le )
- ↑ (en) Mark Dike DeLancey, Mark W. Delancey et Rebecca Neh Mbuh, Historical Dictionary of the Republic of Cameroon, Rowman & Littlefield, (ISBN 978-1-5381-1968-6, lire en ligne)
- 1 2 « Wayback Machine », sur web.archive.org (consulté le )
- 1 2 (en) Mark Dike DeLancey, Mark W. Delancey et Rebecca Neh Mbuh, Historical Dictionary of the Republic of Cameroon, Rowman & Littlefield, (ISBN 978-1-5381-1968-6, lire en ligne)
- ↑ « Cameroun : au moins vingt morts dans une attaque de « séparatistes » anglophones », Le Monde.fr, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en-US) Gareth Browne, « Cameroon’s Separatist Movement Is Going International », sur Foreign Policy, (consulté le )
- ↑ (en) « Cameroon: I spent a week embedded with Anglophone armed separatists », sur RFI, (consulté le )
- ↑ (en) « Cameroon’s Anglophone Crisis: How to Get to Talks? », sur www.crisisgroup.org, (consulté le )
- ↑ (en) « Cameroon: I spent a week embedded with Anglophone armed separatists », sur RFI, (consulté le )
- ↑ « Au Cameroun anglophone, les groupes armés indépendantistes changent de stratégie », sur RFI, (consulté le )
- ↑ (en) Alex Purcell, « Amba Boys: Transforming Pacifists into Warmongers? », sur grey dynamics, (consulté le )
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (en) Mark Dike DeLancey, Rebecca Mbuh, Mark W. Delancey, « Ambazonia (Ambazania)», in Historical Dictionary of the Republic of Cameroon, Scarecrow Press, 2010 (4e éd.), p. 36 (ISBN 9780810873995)
Articles connexes
modifier- Crise anglophone au Cameroun
- Gouvernement intérimaire de l'Ambazonie
- Organisation territoriale de l'Ambazonie
- Hail Ambazonia, Land of Glory
- Emblème de l'Ambazonie
- Camerounais anglophones
- Cameroun anglophone
- Groupes séparatistes de la crise anglophone au Cameroun
- Commandants séparatistes de la crise anglophone au Cameroun
- Constitution de l'Ambazonie
- Séparatisme au Cameroun anglophone
Liens externes
modifier- Sites officiels : (en) statehousebuea.org et (en) ambazoniagov.org
- INS Resource Information Center document on Ambazonia