Siège du fort Crozon

Siège sur la presqu'île de Crozon, mené par les anglais et les français contre les espagnols en 1594

Le siège du fort Crozon (ou fort El Leon), fut une opération de la guerre anglo-espagnole menée par une armée franco-anglaise contre ce fort espagnol situé dans la presqu'île de Crozon, à la pointe des Espagnols, entre octobre et . Le fort (appelé El Leon par les Espagnols) était très bien situé, et avait été construit en préparation d'un futur siège de Brest. La garnison était composée de 400 Espagnols, et était opposée à une armée franco-anglaise de plus de 8 000 hommes. La défense épique de cette garnison contre une armée beaucoup plus nombreuse, n'était pas sans rappeler le siège de Castelnuovo, les défenseurs y subissant le même sort que ceux du fort Crozon.

Siège du fort Crozon
Description de cette image, également commentée ci-après
Le fort El Leon par John Norreys en 1594.
Informations générales
Date -
Lieu Pointe des Espagnols,France
Issue Victoire alliée
Belligérants
Drapeau du royaume de France : entièrement blanc Royaume de France
Drapeau de l'Angleterre Royaume d'Angleterre
Drapeau de l'Espagne Monarchie espagnole
Commandants
Jean VI d'Aumont
René de Rieux
John Norreys
Martin Frobisher †
Tomé Paredes †
Forces en présence
3 000 Français
3 000 Anglais
700 marins anglais
300 arquebusiers à cheval
400 gentilshommes
milices de Brest
400 hommes
Pertes
6 000 hommes 13 survivants

Guerre anglo-espagnole (1585-1604)

Batailles

Coordonnées 48° 20′ 25″ nord, 4° 32′ 07″ ouest

Préparatifs

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Les espagnols sont venus sur la presqu'île de Crozon à la demande du duc de Mercœur, le ligueur Philippe-Emmanuel de Lorraine[1]. Le fort fut construit selon les plans de l'ingénieur Cristobal de Rojas à l'emplacement de l'actuelle pointe des Espagnols[2]. Les compagnies se relayant dans la construction, la recherche de nourriture et la défense. Pedro de Zubiaur (en) arrive par la suite avec 12 navires et débarque du matériel, qui accélère la construction du fort, en particulier la partie où la péninsule rejoint la terre ferme, et la création en 26 jours de deux bastions en forme de tenaille avec entre les deux, le pont-levis.

Le duc de Mercœur, Philippe-Emmanuel de Lorraine, demande de détruire le fort, mais Juan d'Aguila refuse, lui expliquant que des navires anglais se trouvent dans les parages. À ce moment-là, le fort dispose déjà de deux couleuvrines de 18 et deux de 6, amenées par la flotte de Zubiaur. Le capitaine Tomé de Paredes est nommé commandant de la garnison du fort, avec sa compagnie, celle de Diego de Aller et celle de Pedro Ortiz Dogaleño, avec pour mission d'achever la construction du fort.

Le siège

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Les troupes anglaises arrivent le à Paimpol puis rejoignent le site du siège[3]. Le fort n'est pas terminé quand l'armée ennemie se présente devant ses murs. Elle est composée de 3 000 Français, sous les ordres du baron de Molac, 3 000 anglais sous les ordres de John Norreys, 300 arquebusiers à cheval, 400 gentilshommes, 700 marins anglais avec Martin Frobisher et les milices et l'artillerie de Brest sous les ordres de René de Rieux, seigneur de Sourdéac.

L'armée assiégeante, dirigée par le maréchal d'Aumont, et appuyée par Sourdéac, commence à ouvrir les tranchées le , appuyée depuis la mer par des navires anglais et hollandais. Les soldats alliés souffrent beaucoup de l'artillerie pendant l'installation des gabions. Ils doivent également faire face aux sorties des Espagnols des différents bastions, de jour comme de nuit, tant que les forces ne sont pas définitivement positionnées, et les 12 pièces d'artillerie lourde mises en place. Le feu continu de ces pièces commence à combler le fossé avec de la terre et des débris. À ce moment, les Français attaquent le bastion de droite, et les Anglais celui de gauche. Le combat dure 3 heures, au bout desquelles, les assaillants se retirent avec de lourdes pertes, qui s'alourdissent avec l'incendie des réserves de poudre de leur batterie. Ils doivent attendre le ravitaillement de Brest avant de poursuivre, temps qui est mis à profit par les espagnols pour construire de nouvelles palissades, réparer les bastions, ce qui provoque de très lourdes pertes aux franco-anglais lors de leur deuxième attaque. Au moment de leur repli, les Espagnols font une sortie, et ils les poursuivent jusqu'à leur batterie, clouent trois canons, et reviennent vers les fossés avant que le baron de Molac ne puisse réagir, n'ayant perdu que 11 hommes lors de leur sortie.

Le feu de la batterie décroit légèrement. Mais la poudre et les munitions commencent à manquer dans le fort, des hommes sont envoyés pour chercher des renforts. Juan d'Aguila décide d'en envoyer, malgré les efforts de Philippe-Emmanuel de Lorraine pour l'éviter. Il se met en route, hésitant car il ne dispose pas de cavalerie, avec 4 000 fantassins et deux pièces d'artillerie, mais il doit contourner une grande force de cavalerie qui lui barre la route, et n'arrive donc que trop tard pour secourir le fort.

Le , le fort est à nouveau attaqué, de l'aube jusqu'au crépuscule, les colonnes d'attaque se relevant les unes les autres. L'une d'elles est formée par les marins anglais, commandés par Martin Frobisher. Juan d'Aguila n'est plus qu'à 4 lieues du fort, et il devrait présent le lendemain, prenant les assaillants entre deux feux.

Les Franco-Anglais font donc un effort suprême, et lancent trois nouveaux assauts. Au cours du dernier, un boulet de canon tue Tomé Paredes, qui défend la brèche. Ils font également exploser une mine, qui leur facilite l'accès au fort au soir du . Dans les derniers assauts, les espagnols ne disposent plus de munitions.

Mais c'est finalement par traîtrise que les assiégeants finissent par pénétrer dans le fort, à l'aide d'un faux drapeau blanc pour parlementer. Ils approchent du bastion à la nuit tombante, où se trouvait un enseigne, dernier officier encore vivant.

« Presque tous les Espagnols périrent » précise Louis-Guillaume Moreau, qui rajoute : « Le siège de Crozon [en fait du fort de Crozon] fut le plus glorieux et le plus terrible qui eut lieu en Bretagne sous la Ligue »[4].

« La joye que tout le peuple ressent de la grande défaite des Espaignols et de la prise de Crozon est si grande, que le bruit en retentit de tous costez » écrivent les députés des États de Bretagne au Roi[5].

Conséquences

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Aucun quartier ne fut accordé, pas même aux femmes et aux enfants pourtant nombreux. Seuls neuf soldats en réchappèrent, en se dissimulant parmi les morts, et quatre en se laissant glisser par les rochers en direction de la mer. Les pertes anglo-françaises s'élevèrent à 3 000 hommes à cause des maladies, et 3 000 autres dues aux combats.

Les Anglais perdirent Martin Frobisher et Daudels, les Français le maréchal Liscoet, le seigneur de Romegon mort dans la même brèche que Paredes, les capitaines Lesurau, de Kerdunau et Lestregat. D'autres gentilshommes étant blessés également.

La défense épique des Espagnols suscita l'admiration de leurs ennemis. Charles Ier d'Aumale ordonna que le corps de Paredes soit enterré dans l'église de Brest, avec celui du seigneur de Romegon.

Juan d'Aguila se trouvait à 2 lieues du fort, lorsque celui-ci tomba. Il avait laissé en arrière son artillerie pour avancer plus rapidement. Les rares survivants qu'il recueillit lui apprirent ce qui s'était passé.

Le chef de guerre Yves du Liscouët fut tué le lors du siège devant le fort de Crozon[6].

Notes et références

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  1. ↑ Trévedy 1891, p. 193.
  2. ↑ Jones 1997, p. 11.
  3. ↑ Jones 1997, p. 12.
  4. ↑ Louis-Guillaume Moreau, Le Brigand de la Cornouailles, chronique bretonne sous la Ligue, tome 1, 1860, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57151248/f124.image.r=Crozon?rk=3991436;0
  5. ↑ Louis Grégoire, La Ligue en Bretagne, 1856, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k124926h/f343.image.r=Crozon
  6. ↑ J. Baudry, La Fontenelle le ligueur et le brigandage en Basse-Bretagne pendant la Ligue : 1574-1602, 1920, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5038234/f127.image.r=Crozon?rk=7875575;2

Bibliographie

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  • Michael Jones, « Les Anglais à Crozon à la fin du XVIe siècle : le témoignage des cartes », sur DIPOUEST, Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, (consulté le ), p. 11-35
  • Arthur Le Moyne de la Borderie, La Bretagne aux temps modernes, 1491-1789, Rennes, J. Plihon et L. Hervé, (lire en ligne), « Le Siège du Fort de Crozon (Novembre 1594.) »
  • J. Trévedy, « Siège de Crozon (1594) », Revue de Bretagne, de Vendée & d'Anjou, Paris et Nantes, Société des bibliophiles bretons, t. 5,‎ , p. 193-208;281-294; 351-361; 450-463