Sonny Troupé

Batteur de jazz et percussionniste français

Sonny Troupé, né en 1978 en Guadeloupe, est un batteur, tambouyé et compositeur français. Formé au jazz et à une grande diversité de genres, il mène une carrière internationale aux côtés d'artistes tels que Kenny Garrett, David Murray, Lisa Simone, Oumou Sangaré ou Reggie Washington. Sa musique associe le gwoka (percussion et musique traditionnelle guadeloupéenne) à d'autres genres comme le jazz, le hip-hop, la musique électronique, ou la musique classique.

Sonny Troupé
Activité principale Batteur, Tambouyé, Compositeur
Genre musical Jazz, Gwoka, Jazz Contemporain, Hip-hop, Musique électronique
Instruments Batterie, Tambour ka, Vibraphone

Biographie

modifier

Jeunesse et formation (1978–1995)

modifier

Né en 1978[1], Sonny Troupé grandit à Sainte-Anne en Guadeloupe au sein d'une famille baignant dans la musique. Son père, le saxophoniste Georges Troupé, l'initie dès l'enfance à divers styles musicaux (jazz, gwoka, musique classique, salsa, zouk)[1].

Dès l'âge de trois ans, il découvre le tambour Ka aux côtés de son père, qui l'emmène dans les léwoz (soirées traditionnelles de gwoka)[2].

Il commence la pratique du tambour ka de façon plus formelle à l'âge de six ans au sein de Kimbòl, un groupe de gwoka moderne fondé par son père, où il occupe la place de makè (tambour soliste). À huit ans, il débute la batterie et le vibraphone en autodidacte. Il reçoit par ailleurs quelques cours du percussionniste Robert Oumarou, qui l'oriente vers une approche exploratoire de l'instrument[2].

De 1986 à 1995, il reçoit une formation structurée en théorie musicale, ka et batterie auprès de son père à Sainte-Anne, ville où Georges Troupé fondera plus tard l'atelier de musique Marcel Lollia (dit « Vélo »)[3].

En 1994, il étudie les rythmes traditionnels antillais (notamment la biguine et la mazurka) avec le percussionniste M. Theomèl Ursule[4],[5].

Formation supérieure et débuts professionnels (1996–2009)

modifier

En 1996, Sonny Troupé quitte la Guadeloupe pour Toulouse afin d'y poursuivre des études de psychologie à l'Université Toulouse-Jean-Jaurès (alors université du Mirail) et des études musicales au Conservatoire à rayonnement régional de Toulouse[6].

Parallèlement, il intègre l'École de batterie Agostini, où il obtient en 2002 le Prix supérieur avec une option « Harmonie jazz » au piano[7]. Durant cette période, il joue au sein de diverses formations (orchestres symphoniques, groupes de jazz fusion, métal, soul, funk et reggae)[6].

Le Sonny Troupé Quartet et les premiers albums (2010–2019)

modifier

En 2010, il fonde le Sonny Troupé Quartet, composé de Mike Armoogum (basse), Grégory Privat (piano) et, alternativement, Olivier Juste et Arnaud Dolmen (tambour ka). Le premier album du groupe, Voyages et Rêves, sort en 2013. Il y intègre des samples de discours de Bob Marley, Martin Luther King ou Neil Armstrong[8],[9].

La même année, à l'occasion du festival Rio Loco à Toulouse, il initie le projet collectif Nouvo Lokans. Réunissant les musiciens Christian Laviso, Arnaud Dolmen, Mano Falla, Sylvain Joseph, Zagalo et Jean-Pierre Coquerel, cette formation se donne pour objectif de revisiter les œuvres des maîtres du tambour ka. Le collectif se produit notamment à guichet fermé au centre culturel Sonis aux Abymes (Guadeloupe) en 2019[10].

En 2014, le guitariste Hervé Samb l'invite à rejoindre le groupe de la chanteuse Lisa Simone[11]. Aux côtés du bassiste Reggie Washington, il participe aux deux premiers albums de la chanteuse, All Is Well (2014)[12] et My World (2016)[13].

Il forme également un duo avec le pianiste martiniquais Grégory Privat. Leur album en duo, Luminescence, sort en chez le label Jazz Family[14]. Cet enregistrement permet à Grégory Privat d'être nommé aux Victoires du Jazz 2015 dans la catégorie « Révélation »[15],[16].

En 2016, il entame la composition de Reflets Denses, second volet du triptyque, qui paraît en . Ancré dans le gwoka, le jazz contemporain et les chansons créoles traditionnelles, l'album accueille deux saxophonistes : Thomas Koenig et Raphaël Philibert, ainsi que le guitariste Christian Laviso[17].

Projets collaboratifs et actualité (depuis 2020)

modifier

À partir de 2020, il collabore avec la contrebassiste et chanteuse Sélène Saint-Aimé sur ses deux premiers albums, Mare Undarum (2020)[18] et Potomitan (2022)[19].

La même année, il rejoint ExpéKa, projet rassemblant jazz, hip-hop et gwoka, aux côtés de la rappeuse Casey et de la chanteuse Célia Wa, puis des musiciens Didier Davidas, Stéphane Castry et Olivier Juste[20]. Leur premier album homonyme sort au début de l'année 2024[21].

Il participe au projet Altérité[22] avec le pianiste Édouard Ferlet, le violoncelliste Guillaume Latil et la flûtiste Naïssam Jalal, ainsi qu'au collectif Invisible Stream aux côtés du violoncelliste Jean-Guihen Queyras, du pianiste Pierre-François Blanchard et du saxophoniste Raphaël Imbert[23]. Parallèlement, il collabore au projet électro Canne à Sucre d'As Valet[24], et compose la bande originale du film Romance (2023) du réalisateur Stéphane Floricien[25].

En 2022, il intègre le collectif international Black Lives initié par Reggie Washington aux côtés de Jacques Schwarz-Bart, Grégory Privat et d'autres musiciens de la scène jazz internationale. Le premier double album reçoit le prix du « Groupe de l'année international » au Deutscher Jazzpreis en 2023, et est désigné « Meilleur groupe international » par Jazz Magazine en 2024[26]. Un second volet, People of Earth, sort en 2024[27].

En 2024, il effectue une résidence de six semaines aux États-Unis dans le cadre de la Villa Albertine, se produisant à Miami, La Nouvelle-Orléans et Porto Rico avec le bassiste Julian Babou[28].

En , il produit Évy Danse[29], le troisième volet discographique de son quartet, qui conclut le triptyque musical initié avec Voyages et Rêves (2013) et Reflets Denses (2017). Cet album intègre un quatuor à cordes, dont le violoncelliste Guillaume Latil, la chanteuse Lou Tavano, Laurent Lalsingué (Steel pan), Christian Laviso et Raphaël Philibert[30]. Le titre joue sur un double sens entre le nom d'un personnage fictif éponyme dont chaque morceau retrace un moment de vie, et le mot « évidence »[30],[31].

Style musical et influences

modifier

Sonny Troupé est décrit par la critique comme un ambassadeur du gwoka moderne sur la scène internationale[32].

Il se réclame de l'influence de Marcel Lollia (dit « Vélo »), figure du gwoka traditionnel, dont il applique l'approche rythmique à d'autres genres musicaux[2]. Sa démarche s'inscrit également dans la continuité des travaux du musicien et théoricien guadeloupéen Gérard Lockel, fondateur du gwoka moderne (courant dit « Gwo-ka modèn »)[33].

Discographie

modifier

En tant que leader

modifier
  • 2013 : Voyages et Rêves (Sonny Troupé Quartet)
  • 2015 : Luminescence, avec Grégory Privat (Jazz Family)
  • 2017 : Reflets Denses (Sonny Troupé Quartet add 2)
  • 2023 : Romance (avec Stéphane Floricien, bande originale)
  • 2026 : Évy Danse (Sonny Troupé Quartet add 4)

En tant que sideman (sélection)

modifier

Voir aussi

modifier

Notes et références

modifier
  1. 1 2 Estelle Virassamy, « Sonny Troupé » Accès limité (Article), sur guadeloupe.franceantilles.fr,
  2. 1 2 3 Cannelle Louisy-Gabriel, « Le tambour ka « est présent dans tous les domaines de la vie », par Sonny Troupé » (Interview), sur France Musique, .
  3. ↑ Raymond Philogène, « Éritaj, Mizik Tradisyonèl Gwadloup : Georges Troupé, sur une symphonie d'amour » [Documentaire télévisé, diffusé sur Guadeloupe la 1ère], sur FranceTvPro.fr, .
  4. ↑ Marie Vandewoestyne, « Le percussionniste François Ursule, dit Theomèl, s'est éteint à 94 ans » Accès limité, sur France Antilles,
  5. ↑ Christophe Jenny, « Sonny Troupé – batterie & gwoka », sur Le Bananier bleu, .
  6. 1 2 Jean-Marc Le Scouarnec, « Sonny Troupé, Toulouse, la Guadeloupe et les rêves », sur ladepeche.fr, .
  7. ↑ « "Big’In Jazz" : un festival majeur pour la transmission du patrimoine musical antillais », sur Martinique La 1ère,
  8. ↑ Joe Farmer, « L'Épopée des musiques noires - La poésie cadencée de Sonny Troupé » (Article et podcast), sur RFI,
  9. ↑ Kardiatou Traoré, « Sonny Troupé : Le Gwoka Jazz Festival m'apporte une meilleure visibilité » (Interview), sur Afrik.com, .
  10. ↑ « Beau succès pour Nouvo Lokans à Sonis », France-Antilles,‎ (lire en ligne).
  11. ↑ Christian Grimauld, « Lisa Simone - Jazz à Ramatuelle », sur Couleurs JAZZ, .
  12. ↑ « Lisa Simone – All Is Well », sur Discogs, .
  13. ↑ « Lisa Simone – My World », sur Discogs, .
  14. ↑ « Jazz Bonus : Grégory Privat & Sonny Troupé - Luminescence », sur France Musique, .
  15. ↑ Annie Yanbekian, « Victoires du Jazz 2015 : le piano en force dans les nominations », sur France Info, .
  16. ↑ « Sonny Troupé, entre voyage et rêve », sur L'Humanité, .
  17. ↑ Philippe Triay, « Le batteur guadeloupéen Sonny Troupé sort son nouvel album Reflets Denses », sur La 1ère / France Info, .
  18. ↑ Christophe Jenny, « Mare Undarum, le voyage lunaire de Sélène Saint-Aimé », sur Le Bananier bleu,
  19. ↑ Pan African Music, « Sélène Saint-Aimé : autour du Potomitan, la liberté », sur Pan African Music, .
  20. 1 2 Patrice Elie Dit Cosaque, « Expéka : toute l'expérience de Casey, Sonny Troupé et Célia Wa sur scène, en album… et en podcast ! », sur Outre-mer La 1ère, .
  21. ↑ « Expéka – Expéka », sur Discogs, .
  22. ↑ Alex Duthil, « Édouard Ferlet est l'invité du jour » (Article et podcast), sur France Musique, .
  23. ↑ « Raphaël Imbert, Jean-Guihen Queyras - Invisible Stream », sur Harmonia Mundi, .
  24. ↑ Christophe Jenny, « Canne à Sucre, l'électro-Caraïbe d'As Valet », sur Le Bananier bleu, .
  25. ↑ Thierry Docmac, « Sonny Troupé – Romance », sur Paris Move, .
  26. ↑ (en) « Black Lives », sur Jammin' Colors.
  27. ↑ Frédéric Adrian, « Black Lives, People Of Earth », sur Soul Bag, .
  28. ↑ « Julian Babou & Sonny Troupé », sur Villa Albertine.
  29. ↑ Jacques Denis, « «Evy Danse» de Sonny Troupé, le gwoka droit au cœur » Accès limité, sur Libération,
  30. 1 2 « Sortie CD : Sonny Troupé Quartet Add4 - Évy Danse », sur France Musique, .
  31. ↑ Patrice Elie Dit Cosaque, « Sonny Troupé, sa Guadeloupe, sa musique, ses confidences sur Évy Danse », sur La 1ère, .
  32. ↑ Délia Coliné, « À l'Affiche ! - Sonny Troupé, ambassadeur du gwo ka moderne ! » (Reportage vidéo), sur France 24,
  33. ↑ Stéphanie Vélin, « Hommage à Gérard Lockel : explorer le son guadeloupéen » Accès limité, sur guadeloupe.franceantilles.fr, .
  34. ↑ « Soné Ka-La - Jacques Schwarz-Bart, 2006 », sur Afro Caribbean Beats (le Bananier bleu),
  35. ↑ Christophe Jenny, « Jacques Schwarz-Bart présente « Abyss » », sur le Bananier bleu,
  36. ↑ Estelle Virassamy, « Lisa Simone : « All Is Well est un cadeau que je partage avec le public » », sur France-Antilles Guadeloupe,
  37. ↑ « Le rythme, la lumière : Grégory Privat et Sonny Troupé », sur France Inter,
  38. ↑ Edwin Amasha, « "Jazz Ka Philosophie 9" Gammes Guadeloupéennes par le Trio Soleil », sur TRIBUNE2lARTISTE,
  39. ↑ Joe Farmer, « Lisa Simone, chanteuse soul, jazz, blues », sur RFI,
  40. ↑ Jean-Luc Caradec, « Édouard Ferlet, Altérité : nouveau projet avec Naïssam Jalal, Sonny Troupé et Guillaume Latil », sur Journal La Terrasse,
  41. ↑ « Jazz Bonus : Sélène Saint-Aimé, Mare Undarum », sur France Musique,
  42. ↑ Raphaël Benoit, « Ausgang - Gangrène », sur Citizen Jazz,
  43. ↑ Denis Desassis, « Black Lives, un souffle de fraternité », sur Citizen Jazz,
  44. ↑ « Sortie CD "Invisible Stream" — Raphaël Imbert, Jean-Guihen Queyras, Sonny Troupé, Pierre-François Blanchard », sur France Musique,
  45. ↑ Yannick Le Maintec, « Filiations : le choix du jazz et la salsa », sur Le Monde,

Liens externes

modifier