Le Souvenir normand
Le Souvenir Normand est une association créée en 1896 par Jehan Soudan de Pierrefitte et Alexandre Thibaut de la Rochethulon avec pour objectif de rassembler tous les peuples européens qui ont pour origine des Normands.
| Fondation |
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| Type | |
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| Domaine d'activité |
Régionalisme normand |
| Objectif |
Mise en valeur de la Normandie et de sa diaspora |
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| Pays |
| Fondateur |
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L'association joua un rôle majeur dans le régionalisme normand du début du XXe siècle et participa activa à l'organisation des fêtes du Millénaire en 1911.
Origines
modifierFondé dans le but de promouvoir le rapprochement des peuples issus de l'ancien duché normand[1], le Souvenir Normand tient son origine d'une opérette à succès inspirée d'une légende[2],[3],.
Les Cloches de Corneville
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L'opérette Les Cloches de Corneville, dont la première eut lieu le à Paris au Théâtre des Folies-Dramatiques, s'inspire d'une légende normande : Pendant la guerre de Cent Ans, les Anglais envahissent la Normandie. À Corneville-sur-Risle, on s'empresse de cacher tout ce qui peut être pillé ou transformé en canon. Le carillon de l'abbaye est ainsi décroché par les villageois et embarqué dans un frêle esquif qui, sous le poids, sombre dans la Risle. Une cinquantaine d'années passent et vient le temps où plus personne ne sait ce que sont devenues les cloches. La veille d'une fête en l'honneur de Notre-Dame, une mélodie s'élève de la rivière. On accourt sur la rive. Ce sont bien des cloches. Le lendemain, le village apprend que les Anglais sont définitivement battus. Les moines récupèrent leurs cloches à l'exception d'une seule qui, dès lors, lorsque sonneront ses sœurs, répondra du fond de sa rivière[3].
L'historien normand Alfred Canel fut le premier à faire écho à cette légende (dont il existe plusieurs variantes)[4], reprise ensuite par Amélie Bosquet dans sa Normandie romanesque et merveilleuse[5].
La restauration du carillon de Corneville et les premières assemblées normandes
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(noms des 12 cloches)
Pendant la Révolution, les cloches du carillon de Corneville sont utilisées dans la fabrication de canon. Un siècle plus tard, le marquis de la Rochethulon (descendant, par sa mère, du dernier seigneur de Corneville) nourrit l'ambition de faire revivre le carillon de Corneville, conformément au souhait de son aïeul, le vicomte de Grente. Pour relever ce défi, il fonde avec Jehan Soudan de Pierrefitte l'association Le Souvenir normand, ainsi qu'une œuvre, L'œuvre du réveil des cloches de Corneville, afin de recueillir les fonds pour le nouveau carillon[6].
Une souscription internationale est lancée et, le , Le Souvenir normand organise sa première grande assemblée normande à Corneville[7], recevant le patronage des auteurs de l'opérette. Sous les pommiers, la troupe Cappini-Bellion[8] donne pour la première fois Les Cloches de Corneville à Corneville[6]. Après cette première, les fêtes et les manifestations de soutien se succèdent : trois jours plus tard au théâtre de Pont-Audemer ; la suivante le à Honfleur, présidée au pied levé par le colonel prince de Polignac[9]. Le , la quatrième fête se déroule à Yvetot ; la cinquième en mai à Rouen lors de l'inauguration du monument dédié à Maupassant[10].
Le dimanche , le fameux carillon, fondu à Annecy-le-Vieux[11] et qui vient d'être présenté à l'Exposition universelle, est inauguré et l'opérette est jouée pour clôturer la fête[12],[Note 1]. Les douze cloches du carillon, classé depuis 2003 aux monuments historiques[13], portent le nom des douze pays donateurs : l'Auvergne et la Crétoise, la Germaine, la Suédoise, la Norvégienne, la Savoie, la Russie, l'Anglaise, la Danoise, l'Algérine, la Canadienne, l'Américaine et Ma Normandie.
Les grandes fêtes normandes
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Devant le succès de ces fêtes successives, le Souvenir normand est déclaré officiellement le comme une « œuvre de paix et de justice idéale, dont le but est le groupement des fleurs de la tradition normande, en vue d'une fête annuelle estivale champêtre à Corneville-les-Cloches, sur la Risle (Eure) »[14].
Invités au couronnement d'Édouard VII le , les deux fondateurs du Souvenir Normand y poussent le Diex aïe[7],[15], inspiré du cri de ralliement des Normands à la bataille d'Hastings[16]. Le suivant, le Souvenir normand organise à Corneville une nouvelle représentation de l'opérette et pour la circonstance, la compagnie des chemins de fer de l'Ouest met en vente des billets spéciaux aller-retour depuis Paris[17]. Il tombe malheureusement des trombes d'eau et un millier de personnes doivent s'abriter sous un velum[18] avec, parmi elles, Paul Doumer, futur président de la République[3],[19].
Une délégation du Souvenir normand[20], se retrouve le à Hastings à l'invitation de la municipalité pour la première fête de l'Union des Normandies sœurs et inaugure une stèle commémorative[21] que l'association a fait ériger sur le site de l'abbaye de Battle[22]. On y donne en français la représentation d'une œuvre inédite, Herlève de Normandie, légende lyrique historique à propos de la mère de Guillaume le Conquérant écrite par Jehan Soudan de Pierrefitte.
Le Souvenir normand organise une grande fête normande à Rouen du 7 au [23]. En guise d'amende honorable, le maire d'Hastings scelle un lys sur le lieu du bûcher de Jeanne d'Arc et pose un marbre commémoratif dans le cloître Saint-Gervais où le mourut Guillaume le Conquérant[24]. Le financier Charles Faure-Biguet étudie même la possibilité d'un service régulier de bateaux à vapeur entre Le Tréport et Hastings[25].
L'année suivante, c'est à Caen que le Souvenir normand organise ses fêtes normandes du au [26] et pour la première fois en France avant Paris à l'hiver, il donne le à Dives-Cabourg Herlève de Normandie, la légende historique et lyrique de Jehan Soudan de Pierrefitte[27] jouée à Hastings deux ans auparavant. Une autre représentation a lieu le [28] à Corneville avec celle de l'inévitable opérette pour fêter la paix russo-japonaise du traité de Portsmouth.
Au mois de décembre, le Souvenir normand fait savoir que ses fêtes de la prochaine année 1906 se dérouleront en Burgondie normande, au champ de la Sainte-Croix, à Vézelay, où saint Bernard de Clairvaux prêcha la deuxième croisade[29]. « De là on se rendra, comme il y a deux ans, à Hastings, en Normandie danoise, à Copenhague, Elseneur, Borgund et Aaslund ».
À la chandeleur 1907 le Souvenir normand tient à Pont-Audemer sa vingtième assemblée normande[30]. Il inaugure le même jour, à Corneville, la statue symbolique de Notre-Dame des Cloches[31] ; tous les assistants, chandelle en main, chantent le Diex aïe, hymne de l'association[32]. L'annonce est faite que les prochaines fêtes du Souvenir auront lieu au Portugal, pendant les vacances de Pâques.
Une filiale, L'Islam normand
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Le succès des fêtes du Souvenir normand incite Rochethulon à imaginer une fête similaire célébrant l'entente cordiale islamique. Il s'est rendu à de nombreuses reprises en Algérie française[Note 2] et entretient les meilleures relations avec le colonel prince de Polignac[9] qui a honoré de sa présence en 1899 les fêtes du Souvenir à Honfleur. Il fonde ainsi L'Islam normand, filiale du Souvenir normand, une entente cordiale des croyants qui entend marquer de son empreinte des lieux emblématiques de la présence arabe en France.
Le à l'occasion des fêtes de Corneville, la municipalité et Le souvenir normand baptisent des rues du nom des créateurs du célèbre opéra-comique[36], puis dans le cadre de la première fête de L'islam normand[37] inaugurent un marabout[38] au château de Médine[39], distant d'une dizaine de kilomètres, où passait la voie romaine de Juliobona à Brionne[40]. Une banderole reprend cette phrase du colonel prince de Polignac[33] : « Je suis, toujours je serai l'ami des Arabes. Soyez-le après moi »[3]. Le à Hauteville-la-Guichard, le Souvenir normand clôt le cycle de ses pèlerinages par des fêtes populaires à l'honneur des ancêtres.
Dans le cadre de la fête patronale du pays, sur le site archéologique du Vieux-Poitiers où certains historiens préfèrent placer la bataille dite « de Poitiers », l'Islam normand pose le la première pierre d'une kouba islamique[37],[Note 3] en souvenir d'Abd-er Rhamane et de sa garde noire, à Cenon-sur-Vienne, dans la plaine que la tradition séculaire continue de nommer la Fosse au roi[42],[43], lieu-dit du tombeau supposé.
Le millénaire normand de 1911
modifierEn , Rouen célèbre avec faste le millénaire du traité de Saint-Clair-sur-Epte. Les fêtes du 1000e anniversaire de la fondation du duché de Normandie, organisées avec la complicité du Souvenir Normand, rassemblent plusieurs centaines de milliers de spectateurs.
Le Souvenir normand réunit à la même époque sa vingt-deuxième assemblée dans la ville[44] où fut signé le traité. Son conseil, qui prend désormais le nom d’échiquier[45], comprend un lord-président, un héraut-trouvère, un connétable, un sénéchal, un argentier, un schérif... En septembre, il organise à la Tronche, près de Grenoble, un banquet pacifiste où toutes les nationalités sont représentées[46]. Cependant, l'entente cordiale entre les peuples que prône le Souvenir normand n'a aucun écho en Allemagne et c'est le début de la Grande guerre.
Après la guerre et en association avec d'autres organisateurs, le Souvenir renoue avec les grandes fêtes normandes de ses débuts. Des festivités médiévales avec un grand concours d'Anglais se déroulent l'après-midi du au château de Falaise après l'inauguration le matin d'un mémorial à la gloire des compagnons d'armes de Guillaume le Conquérant[47] dans le château qui le vit naître.
Seconde guerre mondiale
modifierDurant l'occupation, la revue du Souvenir normand parait à Cherbourg en 1940 sous le titre de La Duché normande, puis l'année suivante le comité Tancrède de Hauteville publie à Cherbourg un bulletin trimestriel Le Wiking[48] avec, comme rédacteur, le baron de Brix[49], spécialiste de l'histoire normande.
Le Souvenir Normand au XXIe siècle
modifierHymne du Souvenir Normand
modifierDiex Aie ! Aux Ducs Rois ! est une chanson écrite en 1902 par Jehan Soudan de Pierrefitte afin de servir d'hymne au Souvenir Normand[51].
Reprenant l'air du God Save the Queen britannique, le court texte évoque les premiers ducs de Normandie et met en avant les origines vikings des Normands[52].
- Diex Aïe ! Aux Ducs Rois !
- (Sur l'air de God save the Queen)
- Diex Aïe ! Aux Ducs Rois !
- Roll, Guillaume, et nos Droits,
- Normands: vos Lois !
- Fils du sang généreux
- Des Vikings glorieux,
- Donnons la paix à tous païs,
- Normands unis !
Notes et références
modifierRéférences
modifier- 1 2 « Bayeux. Le Souvenir normand, une association vieille de 127 ans. », Ouest France, (lire en ligne)
- ↑ « Le Souvenir normand », sur Le Souvenir normand (consulté le ).
- 1 2 3 4 Laurent Quevilly, « La naissance du Souvenir normand » (consulté le ).
- ↑ Essai sur l’arrondissement de Pont-Audemer (t. I, p. 379) sur Google Livres
- ↑ La cloche merveilleuse de Corneville sur Google Livres
- 1 2 Laurent Quevilly, « La naissance du Souvenir normand ».
- 1 2 3 « Les Fêtes du Souvenir normand (Le Journal du dimanche) », sur Gallica, (consulté le ).
- ↑ Jacques Hébertot, « La légende de Corneville (journal Gil Blas) », sur Gallica, (consulté le ).
- 1 2 « Le Monde et la Ville, Charité (journal Le Figaro) », sur Gallica, .
- ↑ Eugène de Feuquières, « Les cloches du Souvenir normand (journal Gil Blas) », sur Gallica, .
- ↑ « Courrier des théâtres (journal Le Figaro) », sur Gallica, .
- ↑ « Renseignement mondain (journal Le Figaro) », sur Gallica, .
- ↑ « Carillon de 12 cloches de l'Auberge les Cloches de Corneville », sur Préfecture de l'Eure.
- ↑ « Le Souvenir normand (JO du 18 mars 1902) », sur Gallica, (consulté le ).
- ↑ Alphonse Allais par lui-même sur Google Livres
- ↑ René Lepelley, « Dex aïe : « l'enseigne au duc de Normandie » » (consulté le ).
- ↑ « La Fête de Corneville (journal Le Vélo) », sur Gallica, .
- ↑ « Courrier des théâtres (journal Le Figaro) », sur Gallica, (consulté le ).
- ↑ Pierre Mille, « En passant à Corneville (journal Le Temps) », sur Gallica, .
- ↑ « Le « Souvenir normand » à Hastings », sur Gallica, (consulté le )
- ↑ « Stone Commemorating The Battle Of Hastings 1066 ».
- ↑ « Les Fêtes de Hastings (journal Le Figaro) », sur Gallica, (consulté le ).
- ↑ « Le Souvenir normand (journal Le Figaro) », sur Gallica, (consulté le ).
- ↑ La geste du Guiscard sur Google Livres
- ↑ « Le Souvenir normand (journal Le Figaro) », sur Gallica, (consulté le ).
- ↑ « Paris au jour le jour (journal Le Figaro) », sur Gallica, (consulté le ).
- ↑ « Les Fêtes du Souvenir normand (journal Le Figaro) », sur Gallica, (consulté le ).
- ↑ « Les Théâtres (journal Le Figaro) », sur Gallica, (consulté le ).
- ↑ « Renseignements mondains (journal Le Figaro) », sur Gallica, (consulté le ).
- ↑ « Renseignements mondains (journal Le Figaro) », sur Gallica, (consulté le ).
- ↑ Laurent Quevilly, « Inauguration de la statue Notre-Dame des Cloches » (consulté le ).
- ↑ « Le "Souvenir normand" (journal Gil Blas) », sur Gallica, (consulté le ).
- 1 2 « Faits algériens, province d'Alger (journal La Croix de l'Algérie et de la Tunisie) », sur Gallica, .
- ↑ « Nouvelles et échos (journal Gil Blas) », sur Gallica, (consulté le ).
- ↑ « Souvenir de Morès (journal La Croix de l'Algérie et de la Tunisie) », sur Gallica, .
- ↑ « Une fête à Corneville (journal Gil Blas) », sur Gallica, .
- 1 2 « La Jeune Turquie : l'Islam français », (consulté le ) lire en ligne sur Gallica.
- ↑ « « Le Souvenir normand » (journal Gil Blas) », sur Gallica, .
- ↑ « Lieu-dit Medine près de Valletot (Géoportail) », sur Gallica.
- ↑ Voie romaine de Juliobona à Noviomagus sur Google Livres
- ↑ « De la fête de « l’Islam Normand » au « Sacré nom d’Cenon » ».
- ↑ « La légende de la Fosse au Roi – de longs peupliers balancent… », sur Gallica.
- ↑ « La Fosse au roi à Cenon-sur-Vienne (Géoportail) », sur Gallica.
- ↑ « Le Souvenir normand à Saint-Clair-sur-Epte (Le Journal du dimanche) », (consulté le ).
- ↑ Jeannine de Villers, « Causerie mondaine (Journal Le Petit écho de la mode) », (consulté le ).
- ↑ « Le banquet pacifiste de La Tronche (Le Journal du dimanche) », (consulté le ).
- ↑ « Grandes fêtes à Falaise (journal Le Journal) », sur Gallica, (consulté le ).
- ↑ « Le Viking, bulletin trimestriel du Comité Tancrède de Hauteville », sur Presse locale ancienne (consulté le ).
- ↑ « Notes du baron de Brix », sur Archives départementales de la Manche.
- ↑ « Le Souvenir normand », sur Le Souvenir normand.
- ↑ (en) « Their mission », The Herald of Peace and International Arbitration, , p. 114 (lire en ligne).
- ↑ Laurent Quevilly, « La naissance du Souvenir normand », sur jumieges.free.fr.
Notes
modifier- ↑ En on débat du projet de carillon au conseil général de l'Eure où Rochethulon a de nombreux partisans. Seulement, le préfet fait observer que le clocher de Corneville, en piteux état, ne peut recevoir un tel carillon sans danger. Un architecte de Pont-Audemer se voit confier l'étude d'un projet de restauration. Le carillon trouve provisoirement un abri dans un pavillon servant aussi de débit de boisson[7], transformé depuis en l'Auberge des Cloches de Corneville, où l'on peut toujours l'entendre !
- ↑ Thibaut de la Rochethulon préside aux arènes de Bab El Oued, le , un meeting avec le marquis de Morès[33], et quelques mois plus tard, il est du bal offert par l'amiral de Boissoudy et les officiers de l'escadre de la Méditerranée[34]. Il prononce le à Alger un discours pour la remise du drapeau du « Souvenir de Morès»[35] au président de cette société.
- ↑ L'islam français renouvellera sa fête en 1926[41].